‹ Expose de la situation de la mecanique appliqueeChapitre 2 sur 186 · CARACTÈRE DES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DES SCIENCES MODERNES

dent pas, en général, à être mis en usage par l'industrie. De l'union déplus en plus intime entre la pratique et la science spéculative, résulte un concours d’efforts dont il est permis d'attendre les conséquences les plus heureuses. Tantôt l’industrie profite des progrès de la science; tantôt les rôles sont intervertis, et l'industrie met la science sur la voie de quelque vérité jusqu’alors inaperçue. L’union de la pratique et de la théorie a ainsi des avantages pour la science môme , avantages que méconnaissent parfois les défenseurs trop exclusifs des études abstraites et désintéressées. Pour le savant, cette union prévient le pénible isolement on, dans les temps passés, tant de puissants génies se sont trouvés condamnés à vivre; rappelant sans cesse à la pensée les lois précises du monde réel, elle prévient les égarements auxquels de très-grands esprits ne savent pas toujours résister par leurs propres forces. Pour le vulgaire, l'union de la pratique et de la théorie, en rendant la science abstraite plus accessible, met l’instruction à la portée d'un plus grand nombre d’individus; sous l’inlluence de cette union naît et s'organise dans tous les centres de population l’enseignement professionnel. Qui peut prévoir l'étendue des résultats moraux de cette courageuse lutte entreprise contre l’ignorance , ce redoutable fléau des sociétés modernes?

La mécanique a beaucoup à gagner à cette diffusion de plus en plus grande des connaissances humaines; car il reste encore sur ce point bien des préjugés à détruire, bien des notions fausses à redresser. La justesse du sentiment mécanique est très-rare parmi les hommes, et les vrais principes de la science, si satisfaisants pour celui qui les possède, sont assez éloignés de l'évidence intuitive pour avoir échappé à toute la sagacité des géomètres antiques. C’est aux grands génies du xvn' siècle, à Galilée, à Huyghens, à Newton, que revient la gloire d’avoir enfin trouvé le mot de l’énigme qui jusque-là paralysait tous les efforts. Les progrès modernes de la science sont dus à cette sorte de révélation (pii a ouvert à l’esprit humain tant d’horizons nouveaux. Mais ces principes, adoptés uni-

ENSEIGNEMENT DE LA MÉCANIQUE. :i

versellemenl par ceux qui ont pu en suivre les admirables conséquences, ont à peine pénétré jusqu’ici dans le gros de f humanité , toujours dupe des mêmes illusions, toujours victime des mêmes erreurs. On en peut juger par les nombreux projets de mouvement perpétuel proposés encore de nos jours par toute une classe d’inventeurs, étrangers aux premières notions mécaniques, et néanmoins trop sûrs d’eux -mêmes pour que l’insuccès des anciennes tentatives puisse les décourager et leur épargner d’inutiles et coûteuses recherches.

L’enseignement de la mécanique a été longtemps réservé aux établissements d'instruction supérieure, aux facultés des sciences, à l’Ecole polytechnique et aux écoles d’application, à l’École centrale des arts et manufactures. Il n’a pu encore entrer bien profondément dans les programmes des lycées et des collèges. Les élèves qui participent à cet enseignement ne sont pas pris d’ordinaire parmi les ouvriers et les contre-maîtres, pour lesquels cependant l'utilité des connaissances mécaniques est hors de doute aujourd'hui. Les écoles d’arts et métiers, les cours industriels là où il y en a d’établis, l’enseignement professionnel, en un mot, sont destinés à combler cette lacune. Les premiers pas sont déjà faits. Depuis 1 8 a 8 , on possède le programme et la méthode des cours qu’on peut faire suivre à cette classe d’auditeurs. La Mécanique industrielle de M. Poncelet reste le modèle de cet enseignement à la fois solide et élémentaire, mis par un grand géomètre A la portée des intelligences les moins préparées. C’est grâce à tant de généreux efforts que nous voyons aujourd'hui l'instruction scientifique forcer la porte des ateliers. Après n'avoir demandé à l’ouvrier ([lie de la force musculaire, on apprécie de mieux en mieux son instruction et son intelligence. La mécanique, par le perfectionnement des machines, a rendu possible cette bienfaisante transformation.

Nous avons cru devoir éviter dans ce travail l’emploi des formules analytiques; si elles sont indispensables dans un traité, elles n’étaient pas admissibles, pensons-nous, dans un simple résumé, où

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