II. PILES A GAZ
Pile à, ^az de M* Grove. — M. Grove a eu Tidée de réunir en pile des couples formés par deux lames de platine plongées mi-partie dans de l'oxygène et de Thydrogënc, mi-partie dans un liquide conducteur. Il a obtenu ainsi ce qu'il a appelé la pile à gaz^ dans laquelle il n'entre qu'un seul liquide et un seul métal, et où l'action électrique résulte des actions exercées par les lames auxquelles adhèrent l'hydrogène et Toxygène.
Chaque élément de cette pile se compose de deux tubes de verre renfermant chacun une longue lame de platine et fermés à l'une de leurs extrémités par une douille de cuivre, à laquelle est soudée la lame de platine. L'un de ces tubes est rempli de gaz oxygène, l'autre de gaz hydrogène, et ils plongent tous les deux dans un vase rempli d'eau acidulée, de manière à ce que les lames de platine soient immergées par leur extrémité inférieure.
Dans un couple ainsi disposé, le pôle positif est foimé par la lame de platine plongeant dans l'oxygène, et le pôle négatif correspond à l'autre lame.
D'après M. Becquerel, la cause du dégagement électrique dans la pile à gaz doit être rapportée à la combinaison lente des gaz, dissous dans le liquide sous l'influence des lames de platine. En effet, quand on décompose l'eau dans un voltamètre à l'aide d'une batterie à gaz, à mesure que les volumes des gaz provenant de la décomposition de l'eau augmentent dans le voltamètre, les volumes de l'oxygène et de l'hydrogène de chaque couple à gaz diminuent dans la même proportion ; or, cet effet montre que dans chaque couple il se forme de nouveau autant d'eau qu'il y en a eu de décomposée dans le voltamètre.
Cette déduction, comme on le verra plus loin, conduit au mouvement perpétuel, et ne doit évidemment pas être prise au pied de la lettre. Du reste, cette théorie a été contestée par plusieurs savants (entr'autres par M. Schœmbein), et M. Gaugain par des expériences récentes, et en précisant exactement le rôle de chacun des éléments qui entrent dans cette pile, en a donné une théorie beaucoup plus rationnelle.
En effet, M. Gaugain a pu constater que l'action du platine ne s'exerce que sur les gaz déjà dissous dans les liquides, et non sur les gaz eux-mêmes, ainsi que l'avait admis M. Grove ; en sorte que les cloches dans lesquelles sont renfermés ces gaz ne jouent absolument d'autre rôle que celui de
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réservoirs ou de -gazomètres destinés à maintenir à Tétat de saturation les dissolutions qu'elles recouvrent. En second lieu, M. Gaugain a reconnu qu'un seul de ces gaz (l'hydrogène) est nécessaire pour obtenir un courant de la part de ces sortes de piles, et que la force électro-motrice de ce courant ne change pas, quand on change la nature du gaz de la seconde cloche, ou même qu^on emploie au lieu de gaz, de f eau privée de gaz. Enfin, il a montré que la présence de Voxygène ne contribuait eu rien à la production du courant, puisqu'on répétant pour Voxygène les expériences précédentes faites avec l'hydrogène, on n'obtenait aucun courant. La conclusion de ces expériences est donc que la force électromotrice du courant produit par la pile h gaz, provient exclusivement de l'affinité qui s'exerce entre l'oxygène de Veau et l'hydrogène condensé par le platine, et que l'oxygène n'a d'autre rôle à remplir que celui de dépolarisateur de la lame positive, absolument comme le sulfate de cuivre dans une pîle de DanieQ. Seulement, dans ce dernier cas, la dépolarisation est beaucoup plus complète, car, tandis que la force électro-motrice reste à peu près constante dans l'élément DanicU, elle s'abaisse rapidement dans la pile à gaz, et la part que prend l'électrode entourée d'oxygène entre dans cet abaissement pour 96, alors que la part de l'autre électrode n'y entre que pour 26.
La force électro-motrice de la pile à gaz a été estimée à 155 unités
thermo-électriques —^ — dans ses meilleures conditions ; elle est donc
pas rapport à l'élément Daniell, dans le rapport de 1 à 1,116. Elle varie du reste singulièrement avec l'état des fils de platine dont on se sert, et suivant M. Matteucci, on exalte leur action en les faisant chauffer dans la flamme d'une lampe à alcool, avant de les employer comme électrodes.
D'un autre côté, M. Emilie Villari prétend que la force élecro-motrice des piles à gaz peut être augmentée considérablement quand on substitue le palladium ou platine dans les électrodes, en raison de la force condensante du palladium, à l'égard de l'hydrogène qui, d'après M. Thomas Graham, peut absorber dans ses pores plus de 900 fois son volume d'hy* drogène. Seulement, comme cette condensation est assez lente avec ce métal, il faut maintenir celui-ci au moins 30 minutes en contact avec l'hydrogène (1) avant de l'employer comme électrodes.
Pile du n^ Caposio. — Le docteur Carosio, de Gènes, a tenté
(1) Toir le mdmoîre de M. Yfflari dans les Mondes, tome 2t, pafe 587.
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en 1855 de faire de la pile à gaz un appareil à mouvement perpétuel, dont les journaux de Tépoque ont fait beaucoup de bruit, mais qui ne devait aboutir, comme tous .les essais du même genre, qu'à une complète déconvenue. Comme les appareils de M. Carosio avaient été exécutés sur une grande échelle, il n*est pas sans intérêt de connaître la description qu'en a fait le Cosmos dans son numéro du 16 janvier 1855,
< MM. Deleuîl père et fils, dit-il, nous ont invité à venir voir dans leurs ateliers l'appareil qu'ils ont construit pour la mise à exécution de l'idée fantastique du docteur Carosio, qui prétend transformer la pile à gaz de Grove en source féconde et économique de force motrice. Cet appareil vraiment extraordinaire est très-habilement construit sur les plans de l'auteur. Ce sont deux grands cylindres formant l'un la pile, l'autre le voltamètre. Les parois du premier cylindre sont en gutta-percha parfaitement moulée; il est divisé en deux compartiments par une cloison en terre poreuse; le long de chaque compartiment règne un cylindre de charbon tourné au tour et auquel sont appendues 1^ plaques rectangulaires, aussi en charbon, constituant les éléments positifs de la pile à gaz. Cette pile compte donc deux fois 1^0 ou 240 éléments. Le cylindre enveloppé sera rempli à moitié d'eau acidulée par de l'acide sulfurique, puis d'un côté avec de l'oxygène, de l'autre avec de l'hydrogène. Le voltamètre a ses parois en verre ; il est pai'tagé aussi en deux compartiments par un diaphragme en porcelaine poreuse, et dans la longueur de chacun des compartiments régnent trois tubes recouverts de feuilles de platine. Les feuilles de platine d'un des compartiments communiquent avec le pôle négatif, les feuilles de l'autre compartiment communiquent avec le pôle positif: le premier compartiment sera rempli moitié d'eau acidulée, moitié de gaz oxygène; le second, moitié d'eau acidulée^ moitié de gaz hydrogène. Quand la pile sera armée comme nous l'avons dit, elle devra engendrer à son tour des torrents de gaz ; ces ton*ents de gaz devront enfin soulever les pistons énormes d'une toute-puissante machine 1 Parlurient montes I »