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III. PILES TERRESTRES

Le sol étant toujours plus ou moins humide et sa résistance extrêmement faible (1), il était à supposer qu^en enterrant aune certaine distance Tune de l'autre deux plaques zinc et cuivre ou zinc et charbon, le globe

(1) Voir mon Mémoire sur les Transmissions à travers le sol. Annales iéîéçraphiquett tome lY, pafi^e 4Ô5.

terrestre pourrait constituer avec ces deux éléments une espèce de pile a la Bagration capable de fournir un courant électrique. C'est en effet ee qui arrive, et cette action non-seulement se produit avec des métaux différents, mais même avec des plaques d'un même métal sons certaines conditions*

C'est au professeur Kemp, d'Edimbourg, que Ton doit les premières recherches qui ont été faites à ce sujet. Ce savant imagina, en 18%, de plonger dans la mer, à un demi-mille de distance Tune de l'autre, deux grandes plaques zinc et cuivre, qu'il reliait par un fil suffisamment isolé sur le rivage. En interposant au milieu de ce fil un galvanomètre^ il put s*sssurer qu'un courant énergique le parcourait dans sa longueur. Peu de temps après, M. Fox, de Falmouth et M. Reicb, de Freyburg, répétèrent «es expériences en substituant la terre à l'eau de mer. Pour cela^ ils enterrèrent à une certaine distance Tune de l'autre leur plaque de zinc et levr plaque de cuivre, et en réunissant métalliquement les deux plaques, ils trouvèrent exactement les même effets ; de sorte qu'ils purent coiif:hirs que la terre, dans cette circonstance, jouait le rôle du sable biuneeie dans une pile à sable ordinaire composée d'un seul élément.

Ces différentes expériences répétées par MM. fiecquerel, Magrini, Malteucci, et autres, etc., montrèrent bientôt que non-seulement la terre pouvait engendrer des courants électriques & la manière d'une pile à sabkr, comme on vient de le voir, mais encore de beaucoup d'autres manières, dépendant des conditions particulières des lames enterrées par rapport à la nature chimique du sol, à son état physique, à la température relatire des points extrêmes de la ligne, à la différence d'altitude de ceux-ei et même à l'orientation de la ligne.

D'après lesrechcrchesde M. Becquerel, faites avec des lames inoxj— dables, une simple différence dans l'action de Teau sur les matières qui entrent dans la composition des terrains aux deux extrémités de la ligne suffit pour donner lieu à des courants, parce que cette différence d'actrâ» a pour effet de constituer ces terrains, et par suite les lames polaires qni s'y trouvent plongées, dans des états électriques différente ; alors les rants qui en résultent ont pour force électro-motrice, ou la différence tensions aux deux extrémités du circuit, si ces tensions sont de même signe, ou leur somme si elles sont de signes contraires (1).

(i) L'une des plus intéressantes obsenations que M. Becquerel a faites sur ces sortes de courants, est que Teau est positive par i apport à la terre quand elle appartient à a» cours d*eau ou à une rivière^ mais que l'inverse a lieu quand cette eau est dormanl» mm

TECHNOLOGIE ÉLECTRIQUE. &0i

Si an contraire Taction de Fean snr les terrains reste la même, mais que le terrain à l'une des extrémités du circuit soit à une température plus froide qu'à l'autre extrémité^ comme cela a lieu quand on plonge Tune des plaques dans un glacier, alors que Tautre plaque reste en terre, on obtient également un courant, mais il est thermo-électrique.

Ces différents effets sembleraient expliquer à eux seuls les courants produits par l'action de la terre sur des circuits mis en rapport avec elle : cependant^ d'après les expériences de MM. Matteucci et Magrini, il faudrait encore admettre d'autres causes, et la principale serait, d'après eux, r action même du globe terrestre. Ainsi, M. Matteucci assure que quand les deux extrémités du circuit sont placées à des altitudes différentes ou que la ligne est orientée suivant le méridien magnétique, il se détermine des courants toujours dirigés dans un même sens (du Sud au Nord, dans ce dernier cas, de bas en haut dans le premier), qui fournissent des variations diurnes d'intensité en rapport avec les phénomènes météorologiques, et qui augmentent même à mesure que les plaques sont enterrées plus profondément (1).

Suivant M. Magrini, la présence d'une seule plaque enterrée suffirait pour déterminer des courants dans un fil librement suspendu en l'air et la source de ces courants se comporterait en quelque sorte comme une source calorifique, car leur intensité décroîtrait àpartir de la plaque enterrée jusqu'à une certaine limite, après laquelle la différence ne pourrait plus être appréciée, mais qui pourrait être éloignée par l'allongement du fil ou la réunion de plusieurs fils. Ces courants, d'après M. Magrini, ont cela de curieux que leur direction est inverse de celle

fond d*un puits. M. Lambron, inspecteur des eaux de Luchon, qui a étudié cette question au point de vue des eaux thermales et sulfureuses, a reconnu que ces conclusions de M. Becquerel peuvent être modifiées dans certaines circonstances. Ainsi, avec les eaux sulfureuses, la terre est toujours positive par rapport à ces eaux, qt^elUs êoietU cou' rantes ou dormantes. Avec les eaux ordinaires > les effets sifjpnalés par H. Becquerel se retrouvent le plus souvent, mais M. Lambron a reconnu cependant que la terre était négative par rapport à Veau d*an puits creusé dans un sol sableux très-inflltrable à 250 mètres d'un cours d*eau ; Teau de ce puits partageait donc la même polarité que celle du cours d*eau lui-même. U'un autre cété, M. Lambron a également reconnu que cette même eau courante pouvait devenir négative par rapport à la terre, après avoir subi une chute sur des rochers et alors qu'elle se trouvait à Tétat floeooueux et bouillonnant. (Voir le mémoire de M. Lambron dans le Bulletin de la Société médicale de Paris.)

(t) Voir les deux mémoires de M. Mattouoei dans les Mondes, tome V, page 115.

qui correspondrait à un développement électrique dû à une simple oxydation de la lame enterrée.

Quoiqu'il en soit de ces différentes origines des courants issus du globe terrestre, il n'en est pas moins vrai qu'ils jouent un rôle important dans les transmissions électriques, et on a pu même en tirer parti dans la télégraphie, comme nous allons le voir à l'instant. Toutefois, avant d'étudier les différents systèmes qui ont été proposés dans ce but, nous croyons devoir exposer les conclusions auxquelles nous ont conduit de très-nombreuses expériences faites sur des circuits terminés par des plaques oxydables de différentes dimensions. Voici ces conclusions.

i** Des plaques oxydables de même métal et de même grandeur, réunies par un fil isolé, peuvent donner naissance à un courant tellurique assez énergique lorsqu'elles sont enterrées dans des terrains différemment humides ; alors le courant qui prend naissance est dii-igé (à travers le circuit métallique) de la plaque enterrée dans le terrain le plus sec à la plaque enteiTée dans le terrain le plus humide, celle-ci se comportant d'ailleurs exactement comme la lame électro-positive d'un couple voltaîque ;

3^ Le courant ainsi produit est d'autant plus énergique que la différence d'humidité des terrains est plus grande, que la surface de la plaque électropositive est plus attaquable, et que la plaque électro-négative est plus grande ;

S'' Ces courants, pour un circuit métallique constitué par un fil de fer télégraphique de 3 millimètres de diamètre et de 1735 mètres de longueur, ont pu atteindre une intensité représentée par 9°,l7, avec une boussole des sinus de M. Bréguet, dont le multiplicateur n'avait que 30 tours, ce qui leur supposait une force électro-motrice représentée pnr 1005, alors qme celle d'un élément Daniell ét-ait représentée avec la même boussole par 5973 ;

4*^ Ces courants perdent successivement de leiu* intensité à mesui'e que la terre se dessèche autour des plaques ;

5'* En définitive, un circuit télégraphique mis en rapport avec le sol par des plaques oxydables se trouve toujours sillonné par un courant provenant, soit de la différence d'humidité du terrain autour de ces plaques, soit de la différence des dimensions de celles-ci, soit de l'état plus ou moins oxydable de leur surface, et l'intensité aussi bien que la direction de ce courant dépendent de la prédominance de telle ou telle de ces causes. (Voir mon méiii. sur cette question^ Annales télégr,^ t. IV, p. 465.)

Pfle teFPestre de M. Pala^. — Les expériences que nous venons de citer, avaient bien démontré que la terre, sous certaines conditions, ponvait engendrer un courant^ mais dans ces conditions mêmes, ce courant ne pouvait pas être utilement employé en télégraphie. M. Palagi, à la suite d'expériences du plus haut intérêt^ semble avoir résolu ce problème, du moins pour les télégraphes |k aiguilles.

L'un des grands inconvénients des courante électriques obtenus par rimmersion de lames métalliques, zinc et cuivre, était le changement irrégulier et continuel de leur direction, changement qui, d'après les observations de M. Pàlagi, faites deux fois par jour pendant trois mois, ne semblait avoir aucune cause apparente. Voulant se rendre compte de ce phénomène, M. Palagi remplaça la lame de cuivre par une plaque de charbon, et quel fut son étonnement lorsqu'il reconnut non-seulement que le courant produit était plus intense, mais encore qu'il se trouvait dirigé d'une manière régulière et durable du charbon au zinc ! Cette décoi^verte l'encouragea à entreprendre d'autres expériences, M il pat reconnaître bientôt les faits suivants :

1° La force du courant tellurique obtenu avec charbon et zinc plongés dans l'eau aux deux extrémités d'un circuit diminue, il est vrai, d'intensité quelques instants après l'immersion des lames, mais devient bientôt d'une constance très-grande ;

H^ L'énergie des courants telluriques ne dépend pas de la surface des lames de charbon et de zinc, mais bien du nombre de ces lames lorsqu'elles sont suspendues les unes à la suite des autres (les lames charbon avec les lames charbon, les lames zinc avec les lames zinc), comme les grains d'un chapelet; alors l'accroissement d'énergie du courant est presque proportionnel au nombre des plaques formant chacune des deux chaînes ;

3® Si les plaques charbon et zinc, au lieu d'être suspendues les unes au-dessous des autres, sont réunies aux deux extrémités du fil formant le circuit, cette augmentation d'énergie n'existe pas ;

4*^ La condition essentielle pour que le développement électrique ait lieu^ est que la chaîne formée par les plaques de zinc ne touche pas le sol^ mais flotte librement au sein de l'eau dans laquelle elle est immergée ;

5^ La chaîne charbon peut toucher sans inconvénient le fond de Teau dans laquelle elle est immergée, à la condition que les fils de cuivre formant la suspension des charbons ne se touchent pas. Si cependant ce

contact avait lieu, Fintensité du courant dimisuerait, conuiie si on supprimait les charbons placés à la suite dn fil touché ;

6^ Plus les zincs on les charbons réunis en chaîne sont éloignés les uns des autres, plus le courant est énergique;

7^ Si les lames de zinc se touchent entre elles, le courant cesse complètement. Si, au contraire, les charbons se touchent, le courant n^est que notablement diminué ; il reste cependant plus fort que si les charbons ne formaient qu'une seule pièce ;

8® Si les zincs sont relerés de Teau et plongés de nouyeau sans avoir été essuyés, le courant diminue d'énergie, et ne reprend sa force première qu'après avoir été essuyés, puis replongés. Les charbons, au contraire, peuvent être retirés de l'eau, puis replongés sans avoir été essuyés, sans qu'aucun changement ait lien ;

9^ L^amalgamatîon des zincs augmente l'intensité du courant ;

10'* La chaîne des charbons et celle des zincs peuvent être plongées dans un même puits ou dans des puits plus ou moins éloignés, ou dans des rivières ; elles peuvent être placées verticalement ou horizontalement, en les soutenant par des flotteurs ;

1 1® La déviation de Taiguille aimantée n'est pas diminuée quand on sort de Teau la chaîne des charbons, pourvu qu'ib soient humides, et que le dernier d'entre eux, au moins, soit plongé en totalité ou en partie ;

1^® Les chaînes peuvent même être placées dans des vases d'eau pure isolés de la terre.

Voici maintmiant les expériences tentées par M. Palagipour utiliser les courants telluriques obtenus de la manière précédente à la télégraphie :

< 1^ Le 20 septembre 1857, dit M. Palagi, douze lames de zinc d'enyiron % centimètres de longueur sur 20 de largeur, furent placées dans un puits aux Batignolles. A Asnières, douze charbons de piles de Bimsen, de 20 centimètres de longueur sur 4 de diamètre, furent plongés dans la Seine. Ces deux chaînes furent réunies aux deux extrémités d'un fil de ligne télégraphique de 3 kilomètres de longueur environ. Deux appareib Bréguet à cadran, placés dans le circuit, fonctionnèrent d'une manière satisfaisante.

c 2^ Le 16 octobre, à Asnières, on fit usage d'une chaîne de 45 charbons : à Cbatou, une chaîne de 24 zincs fut mise dans la Seine ; le fil tâégraphique entre ces deux stations avait environ 12 kilomètres de longueur. L'iq)pareil Bréguet fonctionna d'une manière imparfaite ; mais

le télégraphe à aiguille de Wheatstone fonctioona parfaitement.

c 3" Le 31 octobre, nne diaine de vingt-quatre zijica fut mise dans la Seine au pont d^Oissel, près Ronen, et une de ijoarante charbons à Asnières; la distance entre ces denx, stations était de 1^ kilomëtres; le télégraphe Wheatstone put fonctionner; il fonctionna même avec un seul charbon. >

Pile terrestre die Mlil. flosé et Pi^^tt. — Avec la di^osition ordinaire des eîrenits telluriques, même ayec celle que nous Tenons de décrire, on est toujours dans rimpossibiltté de renverser à volonté le sens du conrant, puisque les pôles de la pile qui les engendre sont aux deux extrémités de la ligne : on est donc obligé de télégraphier avec un courant toujours dans le même sens, ce qui entraine l'emploi de signaux télég^pfaiqnes très-compliqués. Pour éviter cet inconvénient, MM. Hogé et Pigott ont eu Tidée d'employer, au lieu d'une lame de cuivre et d'une lame de zinc, trois lames de métaux diftérenta d'une nature telle, que Tun de ces métaux fut à la fois électro-négatif et électro-positif par rapport aux deux antres. Ces conditions ont été réalisées avec le cuivre, le fer et le zinc.

A chaque station, MM. Hogé et Pigott enterrent donc trois plaques, cuivre, fer et zinc, en ayant soin de mettre les plaques de fer en rapport avec des conjoncteurs L^L' (fig. 74), reliés àla fois aux appareils tél^;raphiques T,T' et aux manipulateurs AB,A'B'. Les deux appareils télégra-

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phiques sont d'iâlenrs reliés par le fil de ligne, et les deux touches à ressorts A et B de chaque manipulateur correspondent dans chaque station aux plaques cuivre et zinc C,Z. Avec cette disposition, quand on abaisse la touche cuivre A à la station S, le courant passe de A à la lame AB, de celle-ci à l'appareil T, traverse la ligne et le télégraphe T' arrive à A'B', puis an conjoncteur L', puis à la plaque de fer F', et revient à

la plaque C à travers le sol, la plaque de fer étant négative par rapport à la plaque de cuivre. Quand on abaisse la touche zinc B, le courant part au contraire de la plaque F\ va au conjoncteur L', à la lame A'B', traverse la ligne et les deux {télégraphes, passe à travers la lame AB, la touche B, la lame Z, et revient par le sol à la plaque F\ cette fois électropositive par rapport à la plaque Z. Le courant se trouve donc ainsi envoyé dans les deux sens opposés, suivant qu'on touche Tune ou Tautre des lames à ressort A et B, et il en serait de même avec les touches A',B', puisque les appareils et les plaques Z,F,C sont symétriquement placés aux deux stations. Mais il faut avoir soin pour cela que la communication de la plaque de fer avec le conjoncteur correspondant soit retirée du poste expéditionnaire, car cette communication n*est faite que pour introduire les appareils dans la ligne, comme cela a lieu quand on met les appareils à la croix dans les télégraphes ordinaires. Ainsi, quand c'est la station S' qui transmet, le conjoncteur L' ne doit plus toucher la plaque A'B'.

M. Pigott, après de nombreuses expériences, a reconnu que les dimensions des plaques devaient varier avec la longueur des circuits, et que pour obtenir une même intensité de courant avec des circuits de longueurs difierentes, il fallait que les surfaces de ces plaques fussent augmentées dans le rapport des racines carrées des longueurs de ces circuits.

Suivant MM. Hogé et Pigott, ce système télégraphique présenterait

ravantage d'exiger un moins bon isolement du fil de ligne ; car le courant, ayant franchi la première moitié du circuit, a plus de propension à continuer sa route vers la station opposée qu'à revenir sur ses pas. Il pourrait même, dans ce cas, traverser une solution de continuité, pour peu qu'il y eut autour de cette solution de continuité une couche humide. Envoyé a travers les lignes sous-marines, ce courant aurait Tavantage, en raison de son peu d'intensité, d'éviter les réactions statiques si nuisibles aux transmissions électriques.

S'il faut en croire certains journaux anglais, ce système télégraphique aurait été essayé avec succès entre Southampton et Guemesey. Mais j'avoue que*ce résultat me parait très-extraordinaire, car en appliquant ce système à un télégraphe anglais à aiguilles et employant pour plaques de transmission des lames de près d'un mètre carré de surface, je n'ai pu faire fonctionner convenablement l'appareil au delà de 20 kilomètres. On peut, (lu reste, trouver tous les renseignements concernant ce télé-

graphe dans une brochure publiée à Londres chez M. Edward Stranford (Charing-Cross), par M. S. Beardomore, et intitulée : The Globe Télégraphe

Pile «oas-marine de M* Pi^^tt* — M. Pigott a démontré dernièrement que des réactions du genre de celles que nous venons d'é^ tudier peuvent se retrouver dans un câble sous-marin immergé. En réunissant en effet Tàme d'un câble à Tenveloppe de fer quiTentoure, on obtient un courant électrique appréciable, et ce courant résulte précisément de ce que Tenveloppe isolante du câble jouit d'une sorte de conductibilité particulière qui donne lieu au phénomène de condensation dont nous avons parlé page 93, et qui suffit pour placer le câble entier dans les conditions d'un couple voltfiuque, dont Tarmature protectrice représente l'élément électro-positif, c'est-à-dire l'élément oxydable et le fil du cuivre l'élément électro-négatif. La résistance de l'enveloppe isolante du câble représente alors la résistance de ce couple, et a pour expression ainsi qu'on l'a vu page 54 :

D'après cette donnée, l'intensité du courant produit par le câble transatlantique serait représentée par :

ou 0,0001436.

Or, ce nombre exprime à peine la quarante millième partie de l'intensité du courant fourni par un seul couple de Daniell agissant sur un circuit ;sans résistance. On voit par là, qu'il faudrait des appareik bien sensibles pour constater les différences d'intensité que pourrait présenter un pareil courant, si, comme l'a proposé M. Pigott, il s'agissait de lui faire fournir des signaux télégraphiques par l'effet d'un renforcement ou d'un affaiblissement dû à l'intervention d'une pile auxiliaire. Cette difficulté serait naturellement encore plus grande sur un câble télégraphique de moindre longueur que le câble transatlantique, puisque la surface de la gaine isolante serait alors moins grande.

Pile terrestre de III. I^enoir. — De tons les essais tentés pour faire intervenir d'une manière efficace, l'action de la terre dans la production de courants susceptibles d'être utilisés, aucun n'a fourni de résultats plus complètement satisfaisants, que ceux entrepris en 1871

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par M. Leiioir. Ses expériences ont été faites en Belgique sur plusieurs lignes, que M. Vinchent aTsit eu l'amabilité de mettre à sa disposition, et elles ont pu être poussées jusqu^à une longueur de ligne de 57 k&o • mètres.

Dans les différ^its systèmes de piles terrestres que nous aTons précédemment passés en revue, le dégagement électrique est fondé uniquement sur l'oxydation du zinc par suite de rhumidité du sol, d'où il résulte qne le globe terrestre joue alors le rôle d'un couple Toltaîque dont la résistance est représentée par le coefSctent de résistimce que nous avons assigné au sol dans les transmissions télégraphiques, et varie suivant la grandeur des plaques enterrées. Or, un pu^il système de pile, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne peut être très-énergique, puisqu'on définitive Toxydation du zinc par l'eau ordinaire, ne peut jamais développer une grande force électro-motrice. C'est précisément pour donner à ce système de pile, les avantages des piles ordinaires que M. Lenoir a fait les essais dont nous avons parlé, et ces essais lai ont fait en même temps reconnaître d'autres propriétés avantageuses de ces sortes de générateurs électriques sur lesquelles il ne comptait pas.

Le système de M. Lenoir consiste à placer les deux lames zinc et charbon ordinairement employées pour ces sortes de piles, dans des vases poreux de très-grandes dimensions , enfoncés en terre aux deux stations opposées dans un terrain humide, et contenant chacun un liquide différent. L'un de ces liquides, qui correspond au vase poreux dans lequel est immergée Téleetrode de charbon, est de l'eau acidulée avec de l'acide nitrique à un degré très-faible. L'autre dans lequel est immergée la lame de zinc n'est que de Teau salée avec du sel ordinaire. On obtient de cette manière une sorte d'élément Bunsen qui a une force relativement considérable et une constance infiniment plus grande que les piles terrestres dont nous avons parlé. Cette constance, d^'après les expériences de M. Lenoir, devrait être attribuée principalement à la présence de l'acide azotique, qui sans doute atténue un peu les effets de la polarisation ; M. Lenoir a en effet observé que sans acide nitrique, le courant produit par cette pile diminue assez promptement d'intensité, mais qu'il suffit de cinq à six gouttes seulement de cet acide^ pour donner à l'intensité électrique une constance relative très-marquée.

Une conséquence très-importante de l'emploi de ces courants et que M. Lenoir a constatée d^une manière certaine, c'est qu'avec eux l'isole-

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ment des fils de la Hgne n'a plus besoin d'être aussi parfait qu'avec les piles ordinaires ; il a pu en e£fet établir sans inconvénient au milieu de la ligne d'essai qu'il avait à s.ï disposition, une dérivation très-peu résistante à la terre, sans altérer sensiblement la marche de ses appamls. Cet effet se comprend, du reste aisément, si Ton réfléchit que la résistance du sol dans les transmissions télégraphiques pouvant être considérée comme nullcy la formule des courants dérivés que nous avons donnée page 155, se trouve réduite à :

I = ou à I = -r"

Or, cette expression ainsi transformée représente précisément celle qui exprime l'intensité du courant sur un circuit parfaitement isolé.

M. Lenoir a également remarqué qu'avec ces sortes de courants les fils de ligne ainsi que les fils des électro -aimants devaient avoir un diamètre beaucoup plus gros qne dans le système des transmissions ordinaires, et cela était d'ailleurs facile à prévoir, puisque la pile ne se composant alors que d'un seul élément a beaucoup moins de tension que les piles généralement employées, et ne peut vaincre, par conséquent, aussi facilement une résistance un peu grande. Mais ce qui s'explique plus difficilement, c'est qu'un fil multiple, c'est^dire un faisceau composé de plusieurs fils réunis parallèlement les uns à côté des autres donne des effets beaucoup plus satisfaisants qu'un fils unique d'une section égale à la somme des sections de tous ces fila réunis en faisceau. Cet effet aurait-il une relation avec les expériences de M. GuiUemin que nous avons rapportées page 69 ?

Bouées électriques de M. Dueltemiii. — La mer, par la composition saline de ses eaux, se prête admirablement bien à la construction d'une pile, et l'expérienoe de H» Kemp, d'Edimbourg, que nous avons rapportée en commençant, tout en prouvant qu'on pouvait transmettre un courant électrique dans un circuit d'une certaine longueur par l'immersion dans la mer d'une lame électro-positive et d'une lame élcctro-négartive, montrait également qu'on pouvait constituer une pile ordinaire avec l'eau même. de lamer^ en rapprochant les deux lames l'une de l'autre. Cette idée est venue, du reste, à plusieurs inventeurs, et l'on trouve aux brevets d'invention plusieurs descriptions d'appareils imaginés dans ce

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bnt ; Tiu) de ces brevets est même intitalé : pile pouvant fftnctionner

dans la mer.

Les bouées électriques de M. Ducbemin sont des piles de ce genre. Ce n'est doue pas la aouyeauté de l'iuventiou que nous devrons rechercher dans ces appareils, mais bien les bonnes appUcations qui en ont été faites, particulièrement à la préservation des coques des navires en fer.

La bouée électrique do M. Duchemin est par le fait un élément de pile de Wollaston formé d'un cylindre de charbon EF, Ug. 75, eareloppant une lame de zinc G, le tout maiatena par une traverse de bois sur laquelle se trouvent vissés les appendices polaires A,B et qui est soutenue ellemême par un Aotteur en liège ou en bois. Cet élément plonge donc dans la mer, et Daturellement les Sis isolés qui aboutissent aux appendices polaires doivent transmettre un courant analogue, quant à la force électromotrice , à celui d'une pile zinc charbon et eau salée, mais beaucoup

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plus constant, d'abord, en raison de la masse du liquide excitateur qui conserve toujours un même degré de saturation saline, et en second lieu, à cause du mouvement continuel de ce liquide qui dépolarise les élcctrodes. La force électro-motrice de cet élément peut être estimée à 4406. M. Ducbemin énum^e de la manière suivante les applications que ses bouées électriques peuvent recevoir : 1° conservation des coques et des

cuirasses en fer des navires, la pile étant placée dans un puits à bord de ces navires et le pôle négatif communiquant à leur cuirasse de fer ; ^^ inflammation des mines sous-marines et des torpilles par l'intermédiaire de la bobine de Ruhmkorff ; S'' nettoyage, aussi par rintermédiaire de la même bobine, des carènes des navires ordinaires, rexpérience ayant montré que quand on a fait communiquer un pôle de la bobine avec la coque, Tautre avec la mer, les moules et autres mollusques se détachent promptement; 4^ transmission par signaux électriques des commandements et des manœuvres à bord des navires ; 5® signalement dans les ports, aux navires qui veulent y entrer, du niveau actuel de la mer ; 6® indication des voies d^eau les plus faibles ; 7® transmission des signaux électriques d*un navire à Tautre par des câbles ou conducteurs volants. La combinaison des bouées avec la bobine de Ruhmkorff et des tubes de Geisseler permettrait de signaler pendant la nuit, en chiffres de feu, les passes dangereuses et de rendre visibles les bouées des entrées des ports, application que M. Brioude, de Rouen, a signalée et poursuit en ce moment.

Dernièrement, c'est-à-dire en 1870, M. Duchemin a eu Tidée d'augmenter considérablement Ténergie électrique de ses bouées, en plongeant les lames de charbon dans des vases poreux remplis de la solution de perchlorure de fer dont nous avons parlé page 38G, et en ayant soin d'entourer ces lames d'une certaine quantité de petits fragments de coke concasse comme dans la pile Leclanohé.r

Cette disposition a produit de très-bons résultats, mais elle n'est en définitive que la reproduction sous une autre forme de la pile au perchlorure de fer du même auteur.

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