LÉGENDE DE LA FIGURE
A, frotteur articulé en G, et appuyant contre le cylindre transmetteur;
B, levier monté sur le même axe que le firotteur A, et oscillant avec lui;
C, cylindre transmetteur;
D, support métallique du frotteur A et du levier B en communication avec le fil de terre ;
E, ressort mis en rapport avec le fil de ligne, et contre lequel vient battre le levier B, à chaque oscillation, par l'intermédiaire d'une vis F. C'est ce contact qui produit les fermetures de courant appelées à i^agir sur les appareils télégraphiques;
R, ressort du rappel pour appuyer le frotteur A, contre le cylindre C et les types que celui-ci lui présente.
Ce système exécuté dans de grandes p^opo^ tions à l'administration des lignes télégraphiques sous la direction de M. Marqfoy, a été plusieurs fois mis en essai; mais les avantages qu'il a fournis n'ont pas été assez manifestes pour le faire adopter : de sorte que les énormes appareils qui avaient été construits à grands frais sont restés au musée de l'administration
Kf^^^^^s^ comme un des monuments de Thistoire de
^S"^ rart.
ISystême de M. Bregpuet. — M. Breguet a encore propose, il y
TÉLÉGRAPHES ÉCUrVANTS. 187
a longtemps, il est vrai^ de composer les dépêches en collant sur une bande de papier les différents signaux de falphabet Morse, imprimés séparé* ment et en provision sur de petits morceaux de papier avec un mordant rendu métallique par les procédés de la chromo-lithographie. Ces impres* sions, étant effectuées dans le sens de la largeur du papier, donnent la fodlité d'adapter deux styles au transmetteur et d*opérer la fermeture du courant, non plus par un contact seul avec les parties conductrices des signaux composés, mais par le contact simultané de deux pièces métalliques, faisant partie il'un circuit interrompu, avec un conducteur métallique. Des essais ont été faits, dit. on, avec ce ystème, et ils auraient, à ce qu'il paraît, bien réussi. Bien plus, même, il paraîtrait que pour composer les dépêches on aurait mis moitié moins de temps que pour les transmettre directement au moyen de la clef, attendu que les morceaux de papier sur lesquels se trouvent imprimés les signaux se collent comme des timbresposte. Nous croyons, toutefois, que ce système est plutôt théorique que pratique.
Sy*lèin«t télé^r«pliiqtt«f partîooli«r*
Téléi^Aphe contrôleur de il. Tremeschlni. — Ce système imaginé dans le but d'obtenir le contrôle écrit des dépèches transmises par le télégraphe à cadran est principalement destiné aux chemins de fer et il est représenté fig. 3, 4 et 5, pi. II. C'est comme on le voit une combinaison du télégraphe à cadran et du tél^raphe écrivant de Morse, mais il est «lisposé de manière à pouvoir être employé sous une forme moins complexe, soit comme télégraphe écrivant, soit comme télégraphe à cadran. En conséquence il se compose de trois genres de mécanismes : 1» d'un mécanisme à échappement pour faire tourner l'aiguille indicatrice des signaux autour d'un cadran ; 2** d'un mécanisme pointeur avec ses accessoires pour l'entraînement de la bande de papier qui doit être imprimée; S^* d'un mécanisme transmutateur pour transformer un télégraphe dans l'autre. Tous ces mécanismes doivent être, bien entendu, commandés par un même électroaimant, par le même mécanisme d'horlogerie, et reliés de telle façon les uns avec les autres qu'une de leurs fonctions leur soit commune.
Le premier mécanisme est placé à l'intérieur de la boîte ABGD du mouvement d'horlogerie qui, dans les télégraphes Morse ordinaires, entraîne la bande de papier. Nous le représentons séparément fig. 5, pi. II. H se compose d'une roue d'échappement à chevilles R, commandée par un levier d'encliquetage AB et sollicitée à tourner par un système d'engrenages
composé de trois roues, dont Tune S est placée sur Taxe du deuxième mobile du mécanisme d'horlogerie. Comme la marche de cette roue dépend de réchappement et qu'elle ne doit pas faire obstacle par son arrêt au mouvement d'horlogerie qui fait défiler le papier, on a dû en faire une roue folle en la fsûsant tourner librement sur son axe et en ne la faisant parti* ciper au mouvement de celui-ci que pour une pression exercée sur elle par un fort ressort boudin, pression ayant pour effet de l'appuyer contre une assiette fixée sur Taxe lui-même.
D'après cette disposition on comprend aisément que si on fait réagir sur la bascule AB le levier de Télectro-aimant terminé par un coude ADC, on pourra faire fonctionner la roue R comme dans les télégraphes ordinaires, et par conséquent obtenir le mouvement saccadé d'une aiguille indicatrice sans pour cela empêcher le mécanisme moteur de défiler.
Le mécanisme destiné au pointage des dépêches est représenté fig. 4 pi. IL On le voit en partie au centre du cadran dans la fig. 3. Il est fixé sur Taxe même de la roue d'échappement, et se compose d'un petit cylindre a b sur lequel se trouvent fixées transversalement trois petites roues à dents pointues, ^,c,e, dont il ne ressort que les dents au-dessus de la surface du cylindre. L'une de ces roues c a treize dents, les deux autres d et e n'en ont que trois et quatre. Mais ces dents doivent se correspondre d'une manière particulière, de &çon que pour un tour complet du cylindre, elles puissent Iburnir, sur une bande de papier qui passerait devant ce cylindre, les traces suivantes :
Pour faciliter ce pointage, un petit cylindre g h, placé devant a 6, se trouve évidè en gouttière en fece des trois roues, et ce cylindre est porté par un levier mobile que l'on voit en X dans la fig. 3. C'est entre ce cylindre et le cylindre a b que passe la bande de papier dont la pression contre les roues traçantes peut être réglée au moyen d'une glissière CD, fig. 3 que l'on manœuvre au moyen de la manivelle M, et qui a pour effet de repousser plus ou moins le ressort r qui termine le levier X. Quant au mouvement de la bande de papier, il s'obtient comme dans tous les autres appareils écrivants, au moyen des deux cylindres E, F formant laminoir; seulement, en raison du mode de pointage, la bande de papier est obligée d'être repliée à angle aigu devant la roue traçante, et de passer par conséquent par une poulie G qui la dirige sur la roue où elle se trouve en provision.
Les autres parties de l'appareil n'ont rien de particulier et se compren-
TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS. M
nent aisément. Ainsi H est rélectro-aimant, 1 son armature, J le translateur, E le ressort antagoniste, L la pédale pour ramener l'aiguille au repère (cette pédale réagit d'ailleurs sur Téchappement absolument comme dans les télégraphes à cadran); Enân 0, la manivelle pour dëclancher ou arrêter le mouvement d'horlogerie. Voici maintenant quel est le jeu de cet appareil : mais pour qu'on puisse bien le saisir, nous ferons remarquer tout d'abord que les engrenages de l'échappement sont disposés de telle manière que, pour chaque fermeture de courant opérée à travers l'électroaimant H, une dent de la roue e (fig. 4] de Tappareil pointeur doit passer et fournir son point sur la bande de papier. D'un autre côté, comme réchappement fournit deux mouvements saccadés pour une seule fermeture de courant, l'aiguille indicatrice peut, pour chaque point tracé, indiquer deux signaux différents; de telle sorte que pour un tour complet du cylindre pointeur, elle aura passé devant les vingt-six signaux de l'alphabet. Supposons maintenant que l'appareil soit mis en mouvement continu par un manipulateur de télégraphe à cadran ordinaire, l'aiguille indicatrice tour* nera autour du cadran, et le pointage s'opérera sur la bande de papier de manière à reproduure la disposition de points que nous avons représentée précédemment; mais au moment où Ton arrêtera l'aiguille devant la lettre signalée, le point marqué par le pointeur s'allongera et pourra se distinguer focilement des autres, et il en sera de même des intervalles des points. Pour plusieurs lettres signalées, les impressions formées sur la bande de papier pourront donc avoir l'aspect suivant :
Or, si l'on considère que tous les points longs ou courts représentent des lettres de l'alphabet ainsi que les espaces blancs qui les séparent, et, d'un autre côté, que les points situés en dehors de la ligne de la dépèche peuvent servir de points de repère feciles à distinguer de six en six lettres, on com* prendra aisément qu'il devient possible de savoir quelles lettres ont été transmises, surtout en admettant comme point de départ de l'alphabet le repère fourni par les trois points placés sur la même verticale. Ainsi, dans la dépèche figurée précédement, les lettres transmises sont A,B,R,U, Z, E. On peut donc, par ce moyen» conserver l'expression imprimée d'une dépèche fournie par le télégraphe à cadran, et par conséquent obtenir un contrôle automatique des dépèches envoyées.
Maintenant si, à l'aide de la manivelle M, on repousse asses la glissière
190 TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS.
CD pour que le levier X du cylindre conducteur du papier n'appuie plus contre le cylindre pointeur, il arrivera qu'aucune trace ne sera laissée sur la bande de papier, et le télégraphe marchera comme un télégraphe à cadran ordinaire. Mais si, au lieu d'employer le manipulateur des télégraphes à cadran^ on fait marcher l'appareil avec une clef de Morse sans se (Nréoccuper des signaux indiqués par l'aiguille, on obtient sur la bande une dépêche imprimée dans le système alphabétique de Morse et qui sera en tous points semblable à celle qu'on aurait obtenue avec un appareil spécial. £n effet, nous avons vu que, pour chaque fermeture de courant, une dent du cylindre pointeur échappait après avoir laissé sa trace; mais cet échappement ne peut avoir lieu.qu'à la suite d'une interruption du courant. Or, tout le temps que le coiuant reste fermé, le pointage continue; et comme la bande se déroule toujours, la dent qui marque laisse une trace plus ou moins longue en rapport avec les durées de fermeture du circuit, comme cela a lieu dans les télégraphes Morse ordinaires.
Un système du même genre que le précédent, mais beaucoup moins complet et beaucoup moins perfectionné, avait été combiné vers la même époque par MM. Bain et Glover, dans le but de conserver pendant quelques instants les indications si fugitives fournies par les télégraphes à cadran. A cet effet, le mécanisme d'horlogerie dont ces appareils sont munis est disposé de manière à mettre en mouvement une courroie de caoutchouc enroulée sur deux poulies et se développant horizontalement d'un bout à Tautre de Tinstrument Un traceur mû par l'électro-aimant commandant le mécanisme du télégraphe vient, à chaque mouvement, déposer sur la courroie une goutte d'un liquide coloré pris dans un réservoir voisin, et par la plus grande longueur de la trace ainsi laissée, on reconnaît la lettre qui a été transmise. Dans ce système, les points de repère deviennent inâtiles, car les quatorze points tracés pour chaque tour complet de l'aiguille sur le cadran et qu'il est facile d'ailleurs de distinguer puisqu'ils se trouvent confinés dans la partie la plus visible de la courroie, peuvent servir eux-mêmes de repères, et se trouvent effacés après chaque révolution de l'aiguille au moyen d'un rouleau de papier buvard, contre lequel frotte la courroie.
Téléi^aplte A slipnaux fap^tif» de M. Wlteatoione. — M. Wheatstone, se fondant sur le principe de son photomètre à perles d'acier, a cherché à transformer à la vue le mouvement produit par l'armature d'un électro-aimant fonctionnant d'après le système Morse, pour faire apparaître pendant quelques instants des signaux entiers tous formés et
TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS. 191
Pour obtenir ce résultat, M. Wiieatstone place sur uae plaque peinte en noir deux petites perles d*acier dont Tune est fixe et l'autre tonne la terminaison d'une armature d'électro-aimant placée derrière la plaque. Sous Tinfluence du courant transmis, cette dernière perle danse sur la première à des interyalles plus ou moins espacés et pourrait fournir des traces dans le langage Morse, si elle pouvait laisser une empreinte sur une bande de papier. Mais comme ces traces n'existent pas, M. Wheatstone a cherché à les &ire apparaître à la vue en profitant de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine, et pour cela il place devant ces perles un prisme de flint rectangulaire, dont la face hypoténuse est disposée de manière à produire la réflexion totale des deux perles dans une direction un peu excentrique par rapport à la perle fixe. Ce prisme, placé dans un disque noirci, qui lui-même est soutenu verticalement pai* trois galets à gorge, peut être
Fig. 82.
mis en mouvement de rotation assez rapide par Tun de ces galets au moyen d'un engrenage à manivelle, et il en résulte que l'image des deux perles d'acier décrit deux cercles lumineux concentriques, dont l'un, le plus petit, reste toujours parfaitement régulier, mais dont l'autre dessine, par suite du mouvement de la perle de l'armature, des sinuosités qui représentent précisément les signaux transmis. Avec une énorme vitesse de transmission électrique, on pourrait lire de cette manière, les unes à la suite des autres, plusieurs lettres, comme on le voit sur la figure 82 ci-dessus; mais par le fait on ne peut jamais en distinguer plus d'une à la fois, et elles se succèdent dans la même partie du cercle.
Ce système est, il est vrai, plutôt théorique que pratique, mais il n'en constitue pas moins une brillante invention qui pourra être utilisée dans d'autres applications.
192 TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS.
Téléi^apltes Hopse mlliteires. — Plusieurs constructeurs et en particulier MM. Hipp, Siemens et Digney ont construit des appareils Morse portatifis pour être employés dans les opérations militaires. Celui de M. Hipp qui figurait à l'exposition de 1855 et qui était établi dans le système de celui que nous avons décrit p. 121, avait des dimensions assez restreintes pour pouvoir être porté en bandoulière dans un étui de peau, et ne pesait pas plus de 6 kilog. Dans cet appareil la clef du manipulateur était constituée par Farmature elle-même de Télectro-aimant du récepteur, qui se prolongeait à cet effet en dehors de la boîte contenant Tappareil et se terminait par un bouton à poignée. En outre du télégraphe, la boîte qui le contenait était munie d'un assortiment d'outils pour le montage et le démontage de l'appa* reil, d'une alarme et de deux tiroirs renfermant dans des auges en guttapercha à 12 compartiments une pile à charbon et à zinc amalgamé, qui se chargeait en remplissant les interstices de verre pilé imbibé d'eau acidulée.
Ce système télégraphique essayé avec succès dans les camps fédéraux Suisses mesurait 9 pouces en longueur, 4 pouces 1/2 en largeur et 5 pouces en hauteiu*.
Le télégraphe militaire de M. Siemens a été disposé de plusieurs manières, mais il se rapporte toujours plus ou moins au type que nous avons décrit p. 113. Généralement il fonctionne sous l'influence d'ime machine magnétoélectrique combinée d'après son système et qui ne nécessite pas une grande installation, puisqu'il peut être renfermé avec tous ses accessoires dans une caisse de petites dimensions. Dans ce système le manipulateur-clef est adapté directement au cylindre renfermant la bobine d'induction, laquelle n'ayant pas besoin de tourner, est terminée par deux masses de fer carrées. Bien qu'un peu plus dur à manœuvrer que les clefis ordinaires, ce manipulateur est mis facilement en action. MM. Digney construisent également cet appareil et celui qu'ils ont exposé en 1862 et en 1867 ne semble laisser rien à désirer.
Pour obtenir un télégraphe plus économique, M. Siemens a construit un modèle plus simple dans lequel le mécanisme d'horlogerie est supprimé et qu'on manœuvre en tirant simplement à la main la bande de papier. L'appareil magnéto-électrique est également plus simple; il se compose de deux aimants en fer à cheval placés l'un au dessus de Tautre, les pôles coH' traires en regard; une armature de fer portant la bobine d'induction, est placée transversalement à travers ces quatre pôles et se trouve articulée de manière à basculer. H en résulte que quand on abaisse et qu'on relève cette armature, elle s'aimante successivement dans deux sens différents et donne lieu à deux courants induits inverses qui réunissent à la fois les cou*
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lants d*aimantation et les courants de désaimantation et qui ont relativement une grande énergie.
Dans ces derniers temps (1873), M. Breguet a construit un très-bon télégraphe militaire magnéto-électrique, dont le manipulateur n'est autre que Fappareil d'induction du même auteur que nous avons décrit tome II» p. 212, et dont le récepteur n'est qu'un diminutif, pour les dimensions, de Tappareil ordinaire de Digney. Cet appareil fonctionne parfaitement et est admirablement construit.
En Belgique, les télégraphes militaires, d'après la brochure intéressante publiée par le capitaine Van den Bogaert en 1873, ne sont autre chose qu'un récepteur Digney du modèle que nous avons représenté fig. 38, mais de dimensions plus petites, et qui porte sur la même planche un galvanomètre vertical, la clef, le parafoudre et un second rouleau pour l'enroulement de la bande imprimée. Un commutateur à 4 directions, une sonnerie rembleuse, im galvanomètre de passage et une pile de 10 éléments^ soit de Marié Davy, soit de Devos, complètent l'attirail télégraphique. Nous n^insisterons pas en ce moment sur ce genre de télégraphes qui constituent vne application à part, nous en parlerons avec plus de détails quand nous en serons aux applications de la télégraphie.
Autres appareils. -^ A l'exposition de Vienne, de 4673, les télé-* graphes écrivants ont fourni de nombreux spécimens chez les dififerentes nations. Sans nous occuper des systèmes français dont nous avons déjà plus DU moins parlé, nous devrons mentionner ceux de l'exposition Allemande qui ont été exposés par MM. Siemens, Lewert, Schaffler, Wemicke, Stohrer, Jaite, Gurlt et Meiler, Brabender etc.
On sait que c'est M. Siemens qui, le premier en 1849, a perfectionné le télé' graphe Morse, lors de son importation en Europe, et qui le disposa de manière à fonctionner rapidement lorsqu'il eut, en 1853, à organiser les lignes Russes. Dans les appareils qu'il construisit alors, le noyau de l'électro-aimant auquel se rattachait le levier écrivant était muni d'un appendice recourbé qui, dans ses oscillations verticales, mettait ce noyau à proximité de l'autre noyau, de façon à obtenir par leur effet simultané une action plus rapide que celle obtenue avec un électro-aimant ordinaûre» Cette disposition a été imitée un peu plus tard, en 1856, par M. Frischen, pour les électro^aimants de ses appareils à translation, et on voyait dans la partie historique de Texpositioa Allemande des modèles de ces deux systèmes. On y trouvait également des modèles du système Thomas John et du système Digney modifié par M. Siemens, ainsi que les différents appareils construits par M. Siemens ni 13
IH TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS.
pour les lignes de la mer rouge, de Malte et de Gorfou, qu'il avait été chargé .d'organiser.
Les deux appareils de M. Lewert étaient disposés pour fournir des signaux encrés. Dans l'un, qui se rapprochait du système Digney, la molette recevait son mouvement du tampon encreur lui-même, et celui-ci était alimenté par un récipient rempli d'encre et muni d'un ventilateur. L'autre appareil était pourvu d'une disposition pour le déclanchement automatique et d'un levier écrivant, susceptible d'être utilisé aussi bien avec les courants de travail qu'avec les courants de repos. L'appareil de M. Schafiler était un appareil du même genre que ce dernier, du moins quant au levier écrivant qui, pour se prêter à la double fonction qu'on exigeait de lui, était muni à sa partie antérieure et sur ses deux faces opposées d'une lame de platine et d'une lame d'ivoire, et il suffisait de tourner ce levier pour le faire agir d'une manière ou d'une autre.
Le système de M. Wernicke avait une certaine analogie avec celui de M. Herman, de Lisbonne, que nous avons décrit p. 115. Dans cet appareil l'encre vient d'un petit récipient fixé sur le levier écrivant, et se mouvant avec lui, elle arrive sur le papier sur un petit tube capillaire.
Les autres appareils exposés par MM. Stohrer, Jaite, etc., étaient des appareils à double style, disposés pour l'alphabet de M. Steinheil. La plupart, marchant avec des courants induits positifs et négatifs, étaient disposés en conséquence, et quelques-uns d'entre eux^ ceux de MM. Jaite et Gurlt, fournissaient les dépêches perforées sur une bande de papier afin de pouvoir être réexpédiées de nouveau automatiquement.
Les réactions électro-chimiques produites sous l'influence des courants pouvant fournir des traces colorées, on a dû naturellement songer à les mettre à contribution pour la télégraphie, et on a obtenu de cette manière des télégraphes écrivants d'un genre particulier qui ont produit des effets ti'ès-intéressants, surtout au point de vue de la célérité des transmissions. Nous verrons en effet que les transmissions automatiques, dans ces condilious, ont donné des résultats étourdissants. Mais le soin qu*il fallait apporter aux manipulations chimiques que ce système entraînait, la nécessité d'avoir du papier préparé et légèrement humide pour les réceptions, constituèrent des obstacles suffisants, pour empêcher la mise en pratique lie ce système» de sorte qu'aujourd'hui malgré les résultats obtenus par
TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS. 195
MM. Chauveésaigne et Lambrigot, on en est encore aux systèmes ordinaires.
. La première idée des télégraphes électro-chimiques appartient à M. Goxe qui, dès Tannée 1810, avait songé à utiliser à la transmission des signaux télégrapliiques les effets de la décomposition de Teau par le courant. Une année plus tard, en 1811, M. Sœmmering conçut la même idée, mais il fit plus que M. Coxe; il construisit à Munich un modèle de ce système télégraphique qui put fonctionner d'une manière satisfaisante. L'appareil se composait de deux châssis de bois montés sur pieds et correspondant l'un au récepteur, l'autre au transmetteur. Ce dernier portait sur une traverse de bois horizontale une série de trous garnis de petits tubes de cuivre, qui étaient chacun en rapport avec un fil particulier et en nombre égal aux- lettres de Talphabet ou aux signaux composant le vocabulaire télégraphique.
Deux chevilles métalliques, communiquant aux deux pôles de la pile par des fils extensibles, pouvaient être introduites alternativement dans ces différents trous, et pouvaient ainsi compléter avec les fils correspondant à ces trous, un circuit à travers l'appareil récepteur. Celui-ci se composait uniquement d'une longue auge de verre remplie d'eau acidulée et au fond de laquelle étaient rangées, les unes à côté des autres, ime série de pointes d'or mises en rapport avec les différents fils de Tappareil transmetteur. Lorsqu'on voulait parler, il sufiisait, à la station où était le récepteur, d'implanter Tune des chevilles polaires (celle correspondant au pôle négatil) dans le trou correspondant à la lettre qu'on avait à signaler, et de placer Tautre dans un trou voisin afin de diminuer la résistance apportée à la transmission du courant. Sous l'influence du courant ainsi fermé à travers cette espèce de voltamètre, Teau se trouvait décomposée : des bulles de gax hydrogène se dégageaient à la pointe négative, et de petites bulles de gaz oxygène se montraient à' la pointe positive. Toutefois, comme le dégagement de ces gaz est bien différent, il était facile de distinguer celle de ces pointes qui correspondait à la lettre signalée*
L'alarme de ce télégraphe était réellement très-ingénieux pour l'époque i il consistait dans une sonnerie à détente mise en tintement par la chute d'un poids tombant sous l'influence électro-chimique. A cet effet, une petite bascule à bras coudé, oscillant très-librement sur sa partie moyenne, était disposée verticalement à Tintérieur du voltamètre récepteur, de manière que l'un des bras, terminé par une espèce de cuiller et plus lourd que l'autre, fiU placé au-dessus de deux des poiates d'or. Ce bras était maintenu horizontalement en équilibre par un contre-poids
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qu'on faisait courir sur le second bras (le bras extérieur de la bascule), jusqu'à ce que l'équilibre ait eu lieu. Devant ce dernier bras se trouvait un entonnoir placé immédiatement au-dessus de la détente de la sonnerie. Lorsqu'à la station qui devait transmettre^ on faisait passer le courant à travers les pointes du voltamètre récepteur placées sous la cuiller, ceUe*ci se trouvait soulevée et le bras supérieur de la bascule étant considérablement incliné, laissait glisser le contre-poids qui tombait dans l'entonnoir, et, par suite, sur la détente de la sonnerie ; celle*cl se trouvait alon dégagée.
' Après Sœmmering, Edward Davy chercha à utiliser les réactions chimiques des courants, non plus pour la simple désignation des signaux télégraphiques, mais pour leur impression sur une feuilJe de papier ou d'ôtofPe préparée à cet effet.
Ce système télégraphique, imaginé en i839, exigeait 3 fils à la ligne et comportait trois sortes d'appareils :
10 Un récepteur électro-chimique composé de deux cylindres placés Tun contre Tautre, dont Fun, métallique, était commandé par un mouvement d*horlogerie et un électro-aimant, et dont l'autre^ construit en matière isolante, portait 6 anneaux de platine en rapport avec 6 ressorts. Le mouvement communiqué au premier faisait tourner le second par suite de leur adhérence réciproque. Pour plus de clarté, nous désignerons le dernier de ces deux cylindres sous le nom de cylindre traçant, et le premier sous le nom de cylindre enregistreur;
2<' Un système de relais composé de 6 multiplicateurs à barreaux aimantés ;
3» Un système de manipulateur composé de 6 clefs formant commutateurs à renversement de pôles.
La substance chimique impressionnable à Faction du courant électrique était une dissolution d'hydriodate de potasse et de muriate de chaux dont on imprégnait un tissu très-mince, comme du calicot par exemple. Ce tissu était fixé sur le cylindre enregistreur du récepteur au moyen de deux anneaux mobiles, et lorsque le courant le traversait eu passant par l'un ou Tautre des 6 anneaux de platine du cylindre traçant de ce même récepteur, une trace suffisamment visible était marquée à sa surface.
D'après cette disposition du système, on peut facilement en comprendre le jeu et les fonctions.
Quant à la station d'où Fon parlait, en touchait Fane des clefs du manipulateur, ia ciel n« 2 Je suppose, le courant était dirigé à travers le fil n« ii Qc manière à faire dévier le barreau aimanté du multiplicateur relais n* ?
TÉLÉGRAPHES ËCRIVANTS. 197
dans le sens nécessaire pour établir un contact avec le ressort-relais placé à portée : ce contact avait pour effet de diriger le courant de la pile locale sur l'anneau n* 2 du cylindre traçant du récepteur en même temps que sur rélectro-aimant commandant le mouvement du cylindre enregistreur. Celuici avançait donc d'un demi-échappement en même temps qu'une trace était marquée sur le tissu préparé. Après Tinterruption du courant^ le cylindre enregistreur tournait de nouveau sous l'influence de Tinertie de rélectro-aimant et complétait ainsi son échappement. Or, la position de cette trace sur le cylindre pouvait entrer comme élément de combinaison dans la désignation des signaux transmis, comme nous le verrons à rinstant.
Quand une autre touche était abaissée, supposons la touche n* 1, le courant était dirigé à travers le même fil n» 1, que celui correspondant à la touche n« 2, mais, étant renversé par la touche même, ce n'était plus le multiplicateur-relais n« 2 qui devenait actif, mais bien le multiplicateur- relais n* It interposé d'ailleurs dans le même circuit. 8ous Tinfluence de ce relais, le courant local se trouvait transporté à travers l'anneau n* 1 du cylindre traçant, imprimait une nouvelle marque sur le tissu préparé, à côté et audessous de celle qui avait été déjà marquée, et le cylindre enregistreur se trouvait de nouveau avancé d'un pas.
On comprend maintenant qu'en employant une pile différente pour .chaque fil, on pouvait imprimer à la fois plusieurs signes différents. Or, la combinaison simultanée de ces différentes marques pouvait donner lieu à de nouveaux signes et compléter le vocabulaire télégraphique.
Voici, du reste, les signaux adoptés par M. Davy pour représenter les différentes lettres de l'alphabet (1).
ABCDEF GHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ
Téléi^aphe électP€»«cUmique de M. Bain. — Si le télégraphe précédent renferme en lui le principe des télégraphes électro^himiques qui, dans ces derniers temps, ont fourni des résultats si remarquables, on ne peut
(i) Voir pour les détails, l'ouvrage de M.VaiIsur le télégraphe électromagnétique {unéricaio.
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se dissimuler qu'il était d'une telle complication, d'une telle délicatesse de manœuvre, qu'il n'était guère susceptible d'être appliqué. D'ailleurs, le composé chimique adopté par M. Davy n*ayait pas toute la sensibilité désirable pour les transmissions promptes. M. Bain en passant en revue et en expérimentant les différents composés chimiques dont la décomposition par le courant pouvait fournir un nouveau composé fortement coloré, trouva que c'était le cyanure de potassium qui possédait cette propriété au suprême degré, et, dès lors, il se mit à l'œuvre pour exécuter un télégraphe électro-chimique, basé sur ce principe, qui fi\t réellement pratique. Il y arriva assez promptement, car, dès l'année 1851, à l'Exposition universelle de Londres, tout le monde était dans l'extase des merveilleux efifets de ce télégraphe qui imprimait jusqu'à 1500 signaux par minute. Cette découvcrle était immense, non-seulement par son application dans la télégraphie, mais encore dans une foule d'autres applications électriqnes qu'elle a permis de réaliser. Nous pourrons en juger par la suite.
Le télégraphe électro-chimique de M. Bain est combiné à peu près de la même manière que les télégraphes écrivants que nous avons étudiés précédemment; seulement pour éviter l'emploi d'une bande continue de papier qu'on se procurait à cette époque, assez difficilement et qui, d'ailleurs, présentait des difficultés pour sa préparation, M. Bain a cherché à faire décrire au style traçant une spirale très-serrée sur une feuille de papier ordinaire.
A cet effet, cette feuille de papier se trouvait fixée sur un plateau métallique horizontal mis en mouvement très-rapide de rotation sur lui-même par un fort mécanisme d'horlogerie, et ce mécanisme se trouvait relié au style, ou du moins, au porte-style par une vis sans fin dont l'engrènement était calculé de manière à faire reculer d'un pas celui-ci pour chaque tour complet accompli par le plateau tournant. Il résultait, comme on le comprend, de ce double mouvement, une volute très-nettement déterminée sur l'étendue de laquelle les signaux pouvaient aisément être tracés les uns à la suite des autres. Telle était d'ailleurs toute la disposition de l'appareil récepteur de ce genre de télégraphe.
L'appareil transmetteur était au moins aussi simple et se rapprochait considérablement de celui que M. Froment avait appliqué à cette époque à son t^ôgraphe écrivant. Comme dans ce système télégraphique, en effet, la dépêche était traduite d'avance par des combinaisons de trous longs et courts découpés sur une bande de papier. Cette bande était enroulée sur une poulie où elle était en provision, et se trouvait tirée quand l'appareil marchait^ par deux cylindres métalliques entre lesquels elle était forcée de passer. L'un de ces cylindres était en relation avec l'une des branches du
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circuit, et pouvait fermer le courant par l'intermédiaire d'un petit ressort en pointe qui appuyait sur sa circonférence. Comme la bande de papier passait entre ce petit ressort et le cylindre, la continuité du courant ne pouvait avoir lieu dans tous les moments, et les fermetures ne se fiais'iient que quand le ressort s'engageait dans les trous de la bande.
D'après la disposition des deux appareils, on comprend aisément que si le plateau de l'appareil récepteur était recouvert d'une feuille de papier préparée au cyanure de potassium et en rapport avec le pôle négatif de la pile, tandis que la pointe d'acier était en rapport avec la branche positive, chacune des combinaisons de trous de la bande de papier de l'appareil transmetteur devait être reproduite en traits bleus sur la feuille de l'appareil récepteur; et comme cette impression, qui ne nécessitait pas une action mécanique, était instantanée, la transmission des signaux pouvait se faire aussi vite que l'on voulait. Elle ne dépendait que de la vitesse de déroulement de la bande sur l'appareil transmetteur, déroulement qui s'opérait sous l'influence du mouvement d'horlogerie lui-même, car chaque appareil était double et portait à la fois Tappareil transmetteur et l'appareil récepteur.
On s'était fait à l'époque de l'apparition de ce système beaucoup trop d'Olusions sur sa valeur, car, disposé tel que nous venons de l'indiquer, il ne pouvait être appliqué que quand les distances de transmission étaient extrêmement petites, il faut, en effet, pour obtenir les traces électro-chimiques dues à la décomposition du cyanure de potassium une certaine énergie électrique; or, cette énergie n'existe pas sur les longs circuits. Il faut donc dans ce cas avoir recours à un relais, et alors la vitesse d'impression, réellement merveilleuse, dont nous avons parlé, se trouve subordonnée à l'action ^du relais. C'est sans doute cette raison, jointe à la difficulté .d'entretenir le papier suffisamment humide pour co!iduire le courant, qui a tait que cette invention, accueillie d'abord avec une faveur sans égale, «î'est trouvée abandonnée jusqu'à ce que l'on ait imaginé le papier chimique hygrométrique dont nous avons parlé tome II p. 138.
Système de M. HouIlleroM. ^ A partir de l'mvention du papier hygrométrique, mise pour la première fois au jour par M. Pouget-Maisonneuve, vers 1855, on chercha à appliquer l'enregistration électro-chimique aux appareils Morse Alors existants, et M. Mouilleron établit à cette époque un modèle dont j'ai donne le dessin dans le tome il de la deuxième édition de cet ouvrage (voir fig. 17 pi. II). Ce modèle ne différait, d'ailleurs, guère de celui qu'il avait combiné, pour les télégraphes Morse ordinaires qu'il livrait à l'administration des lignes télégraphiques; l'éleçtro-aimant seulement
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était supprimé^ et le rouleau où était enroulée la bande de papier ea pro vision, était renfermé dans une boîte afin d'empêcher le dessèchement du papier humidifié; une soucoupe remplie d'eau était même disposée audessous de ce rouleau pour entretenir celte humidité et saturer Tair renfermé dans l'espace clos. La boîte était placée au lieu et place de réiectro-aimant, et la pointe de fer traçante était constituée par une lame de ressort d'acier» que l'on pouvait avancer plus ou moins sur la bande de papier à l'aide d'une pince à vis de serrage. Un relais et un galvanomètre placé sur le haut de la boite pour indiquer l'intensité du courant local destiné à produire l'action chimique complétaient l'appareil.
Une disposition analogue fut essayée à difiérentes reprises, tantôt pour les transmissions manuelles, tantôt pour les transmissions automatiques, mais ce ne fut guère qu'en 1867, à la suite de rétablissement du télégraphe Caselli sur la ligne de Lyon à Paris, que M. Lambrigot, chargé de la direction de ce télégraphe, fît conjointement avec M. Ghauvasseigne inspecteur des lignes télégraphiques^ de nombreuses expériences qui le conduisirent à un système de télégraphe automatique électro-chimique très-rapide qui aurait pu être très-pratique, si on n'avait pas eu en horreur, dans les administrations, les manipulations électro*chimiques.
Système de HM. Ghauvasseigne et I^ambri^ot (1). — Dans ce système, la dépèche est d'abord composée en signaux Morse sur une bande de papier métallique, à l'aide d'un vernis isolant. On se sert à cet effet d-un manipulateur Morse ordinaire. Le papier passe dans les rouages d'un mécanisme Morse où la molette à encre est remplacée par un petit godet plein d'une résine chaude. Une température convenable est entretenue dans ce petit récipient au moyen d'une tige métallique que chauiïa une lampe à alcool. Le godet porte à sa partie inférieure un orifice fermé seulement par un linge à travers lequel filtre lentement la résine chaude. C'est contre ce linge que le levier de l'appareil vient appuyer le papier métallique, de façon qu'il y reçoive en points et en traits de petits dépôts de résine. Cette résine sèche instantanément. La dépêche se trouve donc imprimée delà façon ordinaire, seulement les traces sont isolantes et le papier conducteur.
La bande ainsi préparée sert & la transmission automatique. On la porte sous un mécanisme de déroulement dont la vitesse est réglée par un
(1) La description qui sait est extraite du rapport que radministration télégraphique a publié sur la télégraphie à rexposition de 1867 (voir ce rapport p. 170.)
TtLÉGRAPHBS tCRIVANtS. $01
système d'ailettes. Un style qui appuie sur le papier envoie ie courant de la pile à la terre, tant qu'il touche la partie conductrice, et le fait passer par la ligne quand il rencontre les points et les traits isolants, comme dans le système Caselli.
A Tarrivée, la dépêche est tracée chimiquement par une pointe de fer sous laquelle se déroule un papier imprégné d'une solution de cyanure jaune de potassium. Cette impression chimique se fait dans des circonstances spéciales qui constituent un progrès sur les méthodes employées jusque là. On se servait autrefois de papier préparé à l'avance, et on obtenait difficilement qu'il fut toujours impressionnable au moment où il fallait s'en servir. On l'humectait quelquefois pour l'employer, mais alors il n'avait plus la consistance nécessaire pour être bien guidé par le laminoir. M. Ghauvasseigne a résolu la difficulté en se servant d'une bande Morse ordinaire non préparée à l'avance. La bande étant placée dans l'appareil et se déroulant» un tampon imprégné de la solution chimique Thumecte légèrement en son milieu sur une largeur d'un ou de deux millimètres seulement, et le papier conserve ainsi sa raideur par les deux bords; il est guidé de manière que la zone humide reste toujours sous la pointe de fer.
On conçoit que, dans un pareil système, on puisse régler le transmetteur automatique et le récepteur de façon à obtenir une très grande vitesse de transmission, si on dispose d'an assez grand nombre de dépèches composées d'avance. Les procédés qui viennent d'être indiqués présentent encore un avantage. Au lieu de produire toujours une impression chimique à l'arrivée, on peut se réserver de produire dans certains cas une impression par points et traits isolants sur une bande métallique et la dépèche ainsi reçue se prête à une réexpédition automatique. On peut trouver là un dispositif utile pour la solution générale du problème de la réexpédition des dépêches de passage (1).
Système de M. Renoir. — Avec ce système, la transmission s'effectue avec une bande de papier découpée par un système de perforateur analogue, quant au principe, à celui de MM. Digney que nous avons décrit p. 171 et disposé de manière à fournir les découpures des signaux sur deux lignes. Une particularité du système de M. Renoir, c'est que toutes les lettres
(1) Pour être juste nous devons dire que Tidée de MM. Chauvasseigne et Lambrigoti ea ce qui concerne la bande métallique appelée à fournir la transmission automatique, avait été brevetée par MM. Digney le 7 août 1858 ; seulement la nature du dépôt isolant n*y est pas spécifiée.
m TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS.
alphabétiques sont constituées par des points, tous les chiffres par des traits et les autres signes par des traits combinés avec des points ; de sorte que du premier coup d'œil ii est facile de distinguer quel genre de lecture on a à faire* Le nombre d'émissions de courant ne dépasse pas d'ailleurs quatre pour les différentes lettres de l'alphabet.
M. Renoir a cherché à adapter ce système d'écriture des signaux Morse, sur deux lignes, aux récepteurs électro-chimiques, et voici la manière simple et ingénieuse dont il a résolu ce problème :
Tout le secret du procédé consiste à isoler le rouleau métallique sur lequel appuie la bande de papier préparée au cyano-ferrure de potassium, à faire appuyer sur cette bande deux styles de fer ou de cuivre, et à mettre l'un en rapport avec la terre, alors que l'autre communique avec la ligne. On comprend, en effet, qu'il doit advenir de cette disposition que, quand on envoie des courants positifs, le style en rapport avec la ligne marque des traits ou des points, tandis qu'en envoyant des courants négatifs c'est le style en rapport avec la terre qui remplit cette fonction, puisqu'il représente alors l'électrode positive.
Système de M. W. C Barney. — Afin d'éviter dans les télégraphes électro-chimiques les effets de l'induction et rendre les traces électrochimiques plus nettes et plus arrêtées, M. W. C Barney a combiné un système à contre-courant analogue à celui que MM. Caselly, Bonelli et Lenoir ont employé dans leurs appareils autographiques, et qui résout du reste le même problème que lés systèmes usités de nos jours dans la télégraphie sousmarine pour accélérer la vitesse de transmission et rendre les dépêches plus facilement lisibles.
Dans ce système, la pile, au poste de transmission, est réunie par son pôle positif à la fois à la ligne et à la pointe destinée à établir les contacts automatiques à travers la bande perforée, et le pôle négatif correspond, par l'intermédiaire d'un rhéostat, à la pièce métallique sur laquelle se déroule la bande perforée et, en même temps, à la plaque de terre.
Au poste de réception le pôle positif de la pile de ligne est en rapport direct avec laUgne, et le pôle négatif communique d'un côté avec la pièce métallique sur laquelle glisse la bande de papier préparé et de l'autre avec la terre par l'intermédiaire de deux rhéostats, dont Tun est relié, d'autre part, avec la pointe traçante. Ces rhéostats étant convenablement réglés voici les effets qui sont produits au moment de la transmission au poste A :
Lorsque la pointe traçante appuie, à cette station, sur un plein du papier perforé, le courant de la pile du poste tend à passer à travers la ligne; mais comme il rencontre le courant de la pile du poste de réception qui lui est
TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS, m
Opposé, il ge troove annihilé ainsi que Tautre, et aucune trace u*est produite à la station de réception. Quand au contraire la pointe traçante, à la station de transmission, est dans un vide de la bande perforée, le courant de la pile de la station B passe presqu'en totalité par le circuit le plus court, qui sera celui correspondant à la pointe traçante, et le courant de la pile de la station de réception B pouvant dès lors circuierv passe en partie à la station A par le même chemin que celui de la pile de cette station et revient à la station B par la terre et le circuit correspondant à la pointe traçante^ qui pourra dès lors produire son action électro-chimique sur la bande préparée. (Voir le Télégraphie Journal, tome II, p. 44),
Système de M. Uttle. ^ Ce système employé en Amérique n'a on réalité rien de nouveau : c*est un télégraphe électro-chimique à bande, analogue à ceux que nous avons décrits précédemment et auquel a été ajouté un condensateur pour diminuer les effets électro-statiques de la transmission. Dans ce système, Faction du transmetteur s'effectue par Tintermédiaire d'une bande de papier perforée comme dans le système de M. Wheatstone, et les pièces destinées à réagir électriquement, c'est-à-dire, la pointe traçante et le pinceau métallique destinés à établir les contacts, sont disposées sur un même levier à manette qui est articulé à Tune de ses extrémités et qui porte en même temps le rouleau supérieur du laminoir destiné à entraîner la bande de papier. Le condensateur est en relation^ d'un côté avec ce levier^ de l'autre avec la terre, et un Rhéostat est mterposé sur une déri* vation établie entre la ligne et la terre avant l'appareil récepteur, c*est^à-dire sur le fil qui fdit communiquer celui-ci avec la ligne. (Voir la description et les dessins de cet appareil dans le Télégraphie Journal, tome II, p. 84).
iSystème de M. Garapon. — M. Garapon préoccupé comme les différents inventeurs dont nous venons de parler d'accélérer la vitesse des transmissions télégraphiques avec les appareils écrivants, a cherché à éviter les temps perdus dans les transmissions ordinaires avec la clef Morse, en disposant l'appareil récepteur de manière à fournir les indications en ligne brisée, comme on le voit fig. 83, p. 204. D'après M. Garapon, on gagnerait à ce système une accélération de 43 pour cent, et cette accélération serait due :
i« A un moindre temps pour l'émission des lettres, 0",32 au lieu de 0",51.
2* A la suppression des entre-lettres, représentées dans le système usité par aes ouvertures de courant, et qui peuvent être indiquées, dans le système nouveau,' par la forme même des signaux.
3» A l'avantage résultant de la possibilité de représenter 26 assemblages
204 TÊLfiGRAPBES ECRIVANTS,
de doubles ou tpiples lettres par un seul sigoaU La figure 83, montre, du reste, Talphabet de M. Garapon tel qu'il Ta compris pour son appareil.
Pour obtenir de la part d'un style de pareils signaux, il fallait qu'il pût accomplir lui-même un mouvement perpendiculaire à celui de la bande de papier : or ce mouvement est déterminé, dans lappareil de M. Garapon, par une excentrique adaptée au mécanisme d'horlogerie, et le mécanisme imprimeur réagit en rapprochant la bande de papier du style et en lui oppo*
Fig. 83.
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AtUque finalo sy x vut8r((p
sant, comme pièce de résistance, une surface plane. Le style lui-même est constitué par un fil de platine replié sur lui-même, et dont les extrémités sont mises en rapport avec une pile locale d'assez grande surface pour provoquer son échauffement Cette disposition a été prise pour fournir des •signaux colorés sur du papier sec; mais il faut pour cela que ce papier ait été imprégné préventivement d'une solution capable de le faire passer au noir sous l'influence de la chaleur; or les chlorures et oxydes de cobalt, l'hydrochlorate d'or, le nitrate d'argent, le lait, le suc d'oignon même, peu* vent produire ce résultat.
La disposition du manipulateur dans ce système n'est pas arbitraire, car pour profiter des avantages dont il a été question, il faut que les émissions de courant surprennent le style du récepteur dans des positions déterminées, qui ne peuvent être indiquées que par un mouvement synchronique. Or pour que la manœuvre d'un pareil télégraphe fi\t facile, il fallait nécessairement un manipulateur mécanique. Ce manipulateur pouvait n'être, du rester qu'un manipulateur à davier dans le genre de ceux de ^IM. Joly et Uégnard que nous avons déjà décrits, mais disposé de telle manière que la transmission d'une lettre ne put se foire que quand celle de la lettre qui avait précédé s'était elle-même effectuée. Le mécanisme moteur devait d'ailleurs être réglé de façon que les émissions de courant, produites par l'abaissement de l'une ou de l'autre des touches pussent s'efifectuer en temps opportun, pour surprendre le style du récepteur dans les positions
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voulues pour reproduire la forme du signal envoyé. Le mouvement de ce mécanisme et celui du récepteur devaient donc être solidaires l'un de l'autre^ et c'est pour régulariser cette solidarité que le récepteur doit être muni d'une vis régulatrice. La manipulation de cet instrument peut être rendue focile au moyen d'une aiguille placée au-dessus de l'appareil et qui indique quand le signal est transmis en totalité.
Les dépèches télégraphiques ayant pu être obtenues au moyen d'une aiguille indiquant successivement sur un cadran les différentes lettres qui les composaient, on s'est demandé naturellement si on ne pourrait pas profiter du petit temps d'arrêt nécessaire à la désignation de ces lettres pour en produire matériellement l'impression sur une bande de papier, et fournir ainsi au destinataire une dépêche facilement lisible sortant de l'appareil télégraphique lui-même. Cette idée était la conséquence de Tinvention du télégraphe à cadran : aussi la voyons-nous non-seulement conçue, mais encore réalisée dès l'année 1840, par M. Wheatslone. S'il £aut en croire M. Yail, cette invention remonterait même à Tannée 1837, et ce serait à lui qu'il faudrait en rapporter l'honneur. Mais n'ayant pas été à même de vérifier l'exactitude de cette assertion, nous nous contenterons de la signaler en renvoyant le lecteur à l'ouvrage de M. Yail, publié en 1848, et intitulé : Télégraphe électro-magnétique américain.
Comme résultat produit, le télégraphe imprimeur est bien certainement fait pour être un sujet d'étonnement. Pourtant^ en principe, rien n'est plus simple qu'un semblable appareil. Supposons, en effet, que Taxe portant l'aiguille indicatrice d'un télégraphe à cadran soit muni d'une roue sur la circonférence de laquelle seront gravées en relief les différentes lettres de l'alphabet. Admettons que, devant un repère fixe qui représentera la croix du télégraphe à cadran, soit placé un petit mécanisme ayant pour effet, à un moment donné et sous une influence électrique provoquée à la station de départ, de presser une bande de papier contre la circonférence de cette i-oue : on comprendra aisément que, par une manipulation analogue à celle des télégraphes à cadran, on pourra faire arriver facilement telle ou telle lettre qu'on voudra devant le repère et obtenir, par une action subséquentet le jeu du mécanisme imprimeur. Cette réaction subséquente pourra d'ailleurs avoir poiur résultat complémentaire de faire avancer la bande de papier, après chaque impression, de manière à placer les unes à côté des autres les différentes lettres imprimées.
On comprend, d'après ce simple exposé, que les télégraphes imprimeurs doivent se composer de quatre mécanismes différents : i« d'un mécanisme compositeur destiné à faire arriver devant le repère fixe, celui des caractères
de la roue gravée ou roue des types qui a été désignée; 2« d'un système encreur pour recouvrir d'encre ces différents caractères; 3® d'un mécanisme imprimeur destiné à presser la bande de papier sur laquelle doit être ipiprimée la dépèche contre le type ou caractère placé devant le repère; 3* d'un gouverneur de la bande de papier propre à la bien diriger et à la faire avancer, après chaque impression de lettre, d'une quantité suffisante pour que les impressions ne se superposent pas.
La grande difficulté du problème était d'obtenir le fonctionnement de ces divers organes mécaniques avec un môme circuit^ et c'est principalement par les moyens employés pour vaincre cette difficulté que les différents sys* tèoies qui ont été proposés se distinguent les uns des autres.
T^es télégraphes imprimeurs, eu égard à leur mode de fonctionnement^ peuvent se diviser en trois catégories bien distinctes : Les télégraphes à mouvements synchroniques, les télégraphes à échappement^ et les télégraphes à mouvements électro-synchroniques qui sont une combinaison des deux premiers systèmes. A la première catégorie se rapportent les télégraphes de >*M. Yail, Bain, Theiler, Desgoffe, Donnier, Hughes; à la seconde^ les appareils de MM. Wheatstone, Brett, Digney, Mouilleron, du Moncel, Rousse, Giordano, House, Thompson, Joly, Morénès, Chambrier, Hayet, Dujardin, Freitel ; à la troisième catégorie les télégraphes de MM. Siemens d'Arlincourt, Trintignan et Lelandais. Ne pouvant entrer dans de grands détails sur tous ces appareils, nous n'insisterons que sur les plus importants d'entre eux^ nous contentant seulement d'exposer le principe des autres.
Les avantages des télégraphes imprimeurs ont été longtemps contestés, et il faut le dire aussi, jusqu'au moment de Tinvention de l'appareil Hughes, ces avantages, sur les longues lignes, étaient plus que contestables, et comme à cette époque les petits bureaux municipaux n'existaient pas, on se trouvait avoir en eux des appareils compliqués, marchant lentement, très délicats dans leurs fonctions et susceptibles de se déranger facilement. Avec les employés habiles dont les administrations télégraphiques disposent dans les postes importants, ces appareils n'avaient donc pas leur raison d'être, et on ne pouvait changer le matériel télégraphique, alors en usage, qu'à la condition d'une vitesse de transmission beaucoup plus grande ; or c'est ce problème qu'a résolu la découverte de Hughes, et encore ce système, malgré sa perfection, n'est pas exempt d'inconvénients, car il nécessite l'adjonction de mécaniciens dans les principaux postes où ces appareils sont employés. Plus tard, quand l'ouverture des petits bureaux municipaux a été demandée et alors qu'il fallait employer poxxc le service de ces bureaux des personnes peu familiarisées avec les manœuvres télégraphiques, on put penser aux
télégraphes imprimeurs dont la manipulation était généralement assez facile et qui pouvaient fournir des transmissions facilement lisibles. Dans ces conditions, la vitesse de transmission n'était plus qu'une question accessoire, et le but que les administrations devaient se proposer était de tâcher d'obtenir, de la part des constructeurs, un appareil à bon marché et d'une construction solide. Les télégraphes imprimeurs à échappement résolvaient parfaitement le problème, et c'est ainsi que les appareils d'Arlincourt et Dujardin ont été successivement employés, mus la pratique qu'on en a faite n'a que médiocrement répondu aux espérances qu'on s^en était promises; de sorte, qu'un type éminemment pratique manque encore aujoar« d'hui, et il y aura encore, sans doute, beaucoup à faire pour que le pro« blême soit parfaitement résolu.