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Cryptoi^rstphe de M. li¥hesttotone. — M. Wheatstone a aussi combiné un cryptographe indéchi (Trahie, qui est surtout remarquable par sa simplicité. Il se compose uniquement d'une petite boîte de la taille d'une tabatière, dans laquelle se trouve adaptée une espèce de minuterie qui a pour effet de faire tourner autour de deux cadrans concentriques, portant les différentes lettres de Talphabet, deux aiguilles disposées comme dans ime pendule. Cette minuterie est combinée de manière qu'à chaque tour da cadran, l'une des aiguilles soit en retard sur l'autre d'une division, c'estr
à-dire d'une lettre, et de plus, les lettres des cadrans, imprimées sur de petits carrés de carton, peuvent être déplacées à volonté. Or, il est facile de comprendre qu'avec cette disposition il suffit, pour obtenir une dépêche indéchiffrable, de pointer successivement l'une des aiguilles sur les différentes lettres (du cadran correspondant) 'qui entrent dans la dépèche, en ayant soin, après chaque pointage, de faire accomphr un tour complet à l'aiguille, et de noter les différentes lettres désignées par l'autre aiguille sur le second cadran. En dérangeant Tordre des lettres sur ce dernier cadran et d'après un système convenu d'avance, il devient impossible, sans instrument, de. pouvoir déchiffrer les dépêches ainsi composées. Quant à leur traduction, elle s'effectue en faisant précisément ilnverse de ce qui avuit été fait primitivement, c'est-à-dire en portant successivement la seconde aiguille sur l^îs différentes lettres (du second cadran) correspondantes à celles de la dépêche transmise, et en lisant les indications fournies par la première aiguille sur l'autre cadran.
Moyens proposés par M. Rég^nard pour rendre les dépêches secrètes. — « La télégraphie aérienne, dit M. Régnard, assurait le secret des correspondances par la multiplicité des signaux qui représentaiv,^nt des mots et même des phrases tout entières. Les employés des stations transmettaient et recevaient la dépêche sans la comprendre. Il fallait, pour la traduire, être en possession des volumineux vocabulaires que les frères Chappe avaient élaborés ave^ tant de peine.
î( En employant exclusivementles lettres do l'alphabet on quelques signaux qui les représentent, la télégraphie électrique livre les dépc:lies à la connaissance de tous ceux qui sont employés à leur transmission. Le gouvernement ne peut ainsi adresser un avis à ses hauts fonctionnaires en France ou à i étranger^ sans que cet avis soit cormu de tous les employés des stations télégraphiques que la dépêche a traversées, et 'les personnes qui ont recours à la télégraphie privée sont aussi obligées de livrer à découvert le contenu des dépêches qu'elles envoient.
« On pourrait peut-être rendre les dépêches secrètes en conpliquant les signaux de la télégraphie électrique comme Tétaient ceux de la télégrapliie aérienne. Mais il importe de conserver à son alphabet toute sa simplicité, parce que c'est iTelle que dépend la célérité de la transmission des correspondances. Il faut donc cliercher ailleurs le moyen d'arriver au but. J'ai pensé que le moyen le plus simple et le plus sur serait de disposer les lettres des dépêches dans un certain ordre indiqué [)ar un uo.iibre convenu entre l'oxpùdileur et le destinataire, et cjnnu d'eux ^euls. Ce nuinhre constituerait ce que j'appellerai la clef de la dépjche sccrule. Il n'y aurait dès lors que
celui qui connaîtrait ce nombre, qui pourrait rétablir les lettres dans leur ordre véritable, comme il n'y a que celui qui connaît le mot sur lequel une serrure à combinaisons a été fermée qui puisse l'ouvrir.
- La dispersion des lettres d'après un nombre peut avoir lieu de plusieurs manières. Je me bome à indiquer celles qui paraissent les plus simples.
« 1®' système par séries sur une seule ligne. — Les lettres de la dépêche au lieu d'être placées dans leur ordre natursl, sont disposées suivant un ordre indiqué par les chiffres du uombre convenu et par séries égales à la somme de ces chiffres. Si nous convenons, par exemple, du nombre 3542, les séries comprendront quatorze lettres. La première lettre de la dépêche sera écrite au 3« rang, la seconde au 5«rang à partir de celle-ci, la troisième au 4° rang à partir de la précédente, et la quatrième au 2« rang qui suivra et qui terminera la première série. On place ensuite les dix autres lettres de cette série dans les intervalles laissés par les quatre premières, qui servent pour ainsi dire de jalons, et on les distribue d'un intervalle à l'autre (par mêmes numéros d'ordre) jusqu'à ce que tous soient remplis. On forme une seconde série avec les quatorze lettres suivantes, puis une troisième, e; ainsi de suite. On ajoute quelques lettres inutiles pour compléter la dernière série, s'il y a lieu. On peut marquer la fin de chaque mot par un point.
« Je suppose, pour me faire bien comprendre, qu'il s'agit de transmettre secrètement les phrases qui suivent :
Les . Français . ont . pris . d'assaut . Malakoff . Sébastopol . est . en . leur . pouvoir .
V Elles se disposeraient ainsi sur les chiffres du nombre 3542 :
fclrasoeai . sn . rdniasutssa : • plftafsb . k . emoapcaos . nsltet .
oru . . vi . Iporeou —
« Pour traduire la dépêche, le destinataire commence par compter les lettres en séparant les séries à l'encre rouge. Il pointe ensuite les lettres indiquées par les chiffres du nombre; ces lettres lui servent de jalons pour dégager les autres, et la traduction se fait alors sans aucune difficulté.
« 2« système par séries sur plusieurs lignes, — Au lieu de placer les lettres les unes à la suite des autres sur une seule ligne horizontale, on les dispose verticalement sur un nombre de lignes convenable. Les lettres de la première série se placent ainsi au commencement des lignes; celles de la seconde série sont disposées à la suite dans le môme ordre, puis celles de la troisième, et ainsi des autres. Les séries marchent pour ainsi dire de front sur un nombre de lignes égala celui des lettres qui les composent. On place
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ainsi dix, vingt ou trente séries, puis on recommence une nouvelle période.
« 3* système par dizaines sur un certain nombre de lignes. —La clef de la dépêche comprend deux nombres ; les chiffres du premier indiquent dans quel ordre les lettres sont disposées sur un nombre de lignes égal à celui de ces chiffres; le second indique à quel rang se trouve la première lettre placée dans chaque ligne qui comprend dix lettres. Les neuf autres se placent à la suite de celle-ci jusqu'à ce que les dizaines soient entièrement remplies.
« Ainsi, si nous prenons pour clef les nombres 2143 et 5728, la première lettre de la dépêche se placera au 5« rang sur la 2« ligne ; la seconde au ?• rang sur la 1" ligne; la troisième au 2" rang sur la 4% et la quatrième au 8* rang sur la 3®. Ces quatre premières lettres servent de jalons pour la distribution des autres^ et comme le nombre des aizaines est égal à celui dos cliiffres des nombres de la clef, la série tout entière comprendra quarante lettres. On emploie le chiffre 0 pour la 10« ligne ou le 10» rang. On peut comprendre dans chaque série jusqu'à cent lettres.
c Dans ce système, les phrases que nous avons prises pour exemples seraient disposées de la manière suivante sur les nombres 2143 et 5728, en deux séries.
c< Ce moyen de voiler la dépêche en dispersant les lettres suivant un ordre indiqué par un nombre, est d'un emploi sîir et facile pour les correspondances écrites de la guerre ou de la diplomatie. Le papier rayé verticalement que tournit le commerce faciliterait le placement des lettres, qui se ferait sans qu'il fût besoin de compter les rangs et sans qu'il y eût de chances d'erreur.
« Pour la transmission télégraphique, il ne faudrait pas se borner à donner les lettres sans précaution dans leur ordre mystérieux; le défaut d'une seule pourrait rendre la traduction impossible. Pour éviter cet obstacle et agir avec une sécurité suffisante, il suflirait d'envoyer la dépêche par groupes séparés de dix lettres. L'expéditeur fournirait les lettres de la dépêche préalablement groupées par dizaines. Après la transmission de chaque dizaine,
on donnerait un signal qui marquerait la séparation des groupes. De cette manière les erreurs, qu'il est difficile d'éviter, ne se perpétueraient pas d'une dizaine à Tautre, et n'apporteraient pas d'obstacle sensible à la traduction de la dépêche. »
La lettre élecfpiqac de M. Arnoux. — M. Arnoux, chef d'escadron d'artillerie, a publié dans une brochure intéressante sur une organisation nouvelle du service télégraphique, la description de certains dispositifs ingénieux, à l'aide desquels on peut rendre les dépêches secrètes en les plaçant dans les conditions dos lettres ordinaires, c'est-à-dire en les faisant parvenir toutes cachetées à destination et sans qu'aucun employé n'en ait pris connaissance. Il a adapté ce dispositif aux appareils Morse, aux appareils Caselli et aux appareils Hughes.
Appliqué aux appareils Caselli, ce dispositif consiste dans une sorte d'enveloppe serai cylindrique, trcs-légère, mobile sur un châssis, qui renferme les plaques cylindriques destinées à la réception et à la transmission. Celte enveloppe a une longueur double de la plaque qu'elle recouvre, et se trouve percée dans sa partie moyenne, d'une rainure transversale dans laquelle s'engage le porte-style de Tappareil. A l'état normal, le cylindre enveloppe est placé de manière que la rainure corresponde à la partie du cylindre transmetteur ou récepteur où commence la dépêche, et par suite de la marche latérale de la pointe traçante, après chaque oscillation accomplie par elle, ce cylindre enveloppe se déplace en maintenant toujours cachée lu dépêche reçue, ou a transmettre, puisque sa longueur est double de celle de cette dépêche. Le secret est même encore assuré à l'aide de franges de soie dont on munit les lèvres de la rainure. Le cylindre à dépêche, dans cette combinaison, au lieu d'être adapté du-ectement sur l'appareil, n'y est fixé que par l'intermédiaire du châssis qui porte le cylindre enveloppe. Or, il résulte de cet arrangement, que ce cylindre à dépêche peut être glissé par l'expéditeur lui-même dans le châssis, et comme il peut être en même temps enclanchô mécaniquement avec un pêne à ressort, dont le bouton de déclanchement peut être mis sous les scellés, le destinataire et l'expéditeur peuvent être sûrs du secret de la dé{)êclio envoyée. Cette mise sous les scellés du bouton do déclanchement ne présente, d'ailleurs aucune difficultés, puisqu'on peut la produire à l'aide d'un timbre gommé, qui joue alors le rôle du pain à cacheter des lettres ordinaires.
Dans son application au télégraplic Hughes, le système est moins simple, car il exige, pour la transmission et la réception, un appareil spécial que Ton doit placer i côté du mécanisme imprimeur, et l'employé doit forcément prendre connaissance des diiférentes lettres de la dépèche pour pou-
voir les transmetttre; 11 est vrai que ces lettres ne se font voir qu'isolément et instantanément à travers un petit guicliet, mais ce moyen suffirait-il pour empêcher un employé curieux de saisir le sens de la dépèche? Nous ne le croyons pas. Quoiqu'il en soit, voici comment est combiné ce dispositif.
L'appareil spécial dont nous avons parlé se compose de deux boîtes. Tune cylindrique et verticale, qui est percée à sa partie inférieure, d'une fente à visière à travers laquelle passe la bande imprimée, au sortir de la roue des types, pour s'enrouler sur un petit tambour placé à l'intérieur de cette boîte; Tautre carrée, placée en arrière de la première, et portant également un tambour sur lequel est enroulée la dépêche à expédier. Cette dépêche doit être écrite en caractères un peu gros, sur une bande de papier quadrillé, de manière que chaque caractère y occupe une position déterminée. Devant cette bande se trouve un guichet ouvert dans la boîte, afin de laisser voir successivement, et une par une, les différentes lettres de la dépêche. Si les tambours de ces deux boîtes sont mis en mouvement par un mécanisme d'horlogerie convenablement combiné, c'est-à-dire avec des engrenages qui peuvent tourner à la manière de roues folles, quand un obstacle se présente, on comprend aisément que l'un de ces tambours pourra enrouler la dépêche reçue au fur et à mesure de son impression, tandis que l'autre déroulera la dépêche à transmettre, en faisant passer successivement devant le guichet les différentes lettres qui la composent, Il suffira donc, pour que les dépêches soient secrètes, que l'expéditeur place lui-même, dans la boîte au guichet, la dépêche qu'il aura enroulée préalablement sur une bague susceptible de s'adapter au tambour de cette boîte, et que la boîte cylindrique à la station de réception, soit détachée de l'appareil et remise au destinataire. Des bandes de scellement peuvent, d'ailleurs, être collées sur les parties ouvrantes des deux boîtes, et prouver par leur état intact, que le secret a été gardé.
La même disposition peut être appliquée au Morse ; mais le bruit cadencé de l'armature électro-magnétiqne, permetterait toujours la lecture au son de la dépêche; de sorte que, quoiqu'invisible, cette dépêche pourrait être parfaitement déchiffrée.
Dans la brochure qu'il a publiée sur ces appareils, M. Arnoux entre dans de longs détails sur la manière d'organiser le service, pour ce mode de correspondance, mais nous ne le suivrons pas sur ce terrain qui est du domaine administratif; nous renverrons le lecteur que cette question intéresse, au travail de M. Arnoux, publié chez M. Arthus Bertrand, en 1867.
Si nous voulions traiter à fond la question de la télégraphie électrique, nous
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aurions encore beaucoup de choses à dire, notamment sur la disposition des appareils et l'organisation des communications électriques dans les postes, sur la manipulation des appareils, sur les transmissions à courant fermé et à courant ouvert, enfin sur l'organisation pratique des accessoires télégraphiques ; mais toutes ces questions sont du domaine des traités de télégraphie électrique, et celui que nous avons publié les résume suffisamment bien. Nous préférons, pour le grand ouvrage que nous publions aujourd'hui, nous en tenir à l'histoire complète de tous les appareils successivement inventés; c'est à ce titre que cet ouvrage a dû son succès, et, comme il s'adresse plutôt aux inventeurs et aux constructeurs qu'aux télé* graphistes, nous pouvons passer sous silence ces détails de métier^ qui n'ont d'ailleurs aucun intérêt