IH. PILES TERRESTRES
Le sol étant toujours plus ou moins humide et sa résistance extrêmement faible (1), il était à supposer qu^en enterrant aune certaine distance l'une de l'autre deux plaques zinc et cuivre ou zinc et charbon, le globe
(1) Voir mon Mémoire sur les Transmissions à travers le sol» Annalet télégraphiquett tome IV, page 485.
terrestre pourrait constituer avec ces deux éléments une espèce de pile à laBagration capable de fournir un courant électrique. C'est en effet ce qui arrive, et cette action non-seulement se produit avec des métaux différents, mais même avec des plaques d'un même métal sous certaines conditions.
C'est au professeur Kemp, d'Edimbourg, que l'on doit les premières recherches qui ont été faites à ce sujet. Ce savant imagina, en 1828, de plonger dans la mer, à nn demi-mille de distance l'une de l'autre, deux grandes plaques zinc et cuivre, qu'il reliait par nn fil suffisamment isolé sur le rivage. En interposant au milieu de ce fil un galvanomètre^ il put s*assurer qu'un courant énergique le parcourait dans sa longueur. Peu de temps après, M. Fox, de Falmouth et M. Reich, de Freyburg, répétèrent ces expériences en substituant la terre à l'eau de mer. Pour cela, ils enterrèrent à one certaine distance Tune de l'autre leur plaque de zinc et leur plaque de cuivre, et en réunissant métalliquement les deux plaques, ib trouvèrent exactement les même effets ; de sorte qu'ils purent conclure que la terre, dans cette circonstance, jouait le rôle di^ sable humecté dans une pile à sable ordinaire composée d'un seul élément.
Ces différentes expériences répétées par MM. Becquerel, Magrini, Matteucci, et autres, etc., montrèrent bientôt que non-seulement la terre pouvait engendrer des courants électriques à la manière d'une pile à sable, comme on vient de le voir, mais encore de beaucoup d'autres manières, dépendant des conditions particulières des lames enterrées par rapport a la nature chimique du sol, à son état physique, à la température relative des points extrêmes de la ligne , à la différence d'altitude de ceux-ci et même à l'orientation de la ligne.
D'après les recherches de M. Becquerel, faites avec des lames inoxydables, une simple différence dans l'action de l'eau sur les matières qui entrent dans la composition des terrains aux deux extrémités de la ligne suffit pour donner lieu à des courants, parce que cette différence d'action a pour effet de constituer ces terrains, et par suite les lames polaires qui s'y trouvent plongées, dans des états électriques différents ; alors les coarants qui en résultent ont pour force électro-motrice, ou la différence des tensions aux deux extrémités du circuit, si ces tensions sont de même signe, ou leur somme si elles sont de signes contraires (1).
(i) L'une des plus intéressantes observations que M. Becquerel a faites sur ces sortes de courants, est que l'eau est positive par i apport à la terre quand elle appartient à ua cours d'eau ou à une rivière, mais que l'inverse a lieu quand cette eau ett dormante au
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Si au contraire Taction de l'eau sur les terrains reste la même, mais que le terrain à Tune des extrémités du circuit soit à une température plus froide qu'à l'autre extrémité^ comme cela a lieu quand on plonge Tune des plaques dans un glacier, alors que Tautre plaque reste en terre, on obtient également un courant, mais il est thermo-électrique.
Ces différents effets sembleraient expliquer à eux seuls les courants produits par Taction de la terre sur des circuits mis en rapport avec elle : cependant, d'après les expériences de MM. Matteucci et Magrini, il fau* drait encore admettre d'autres causes, et la principale serait, d'après eux, r action même du globe terrestre. Ainsi, M. Matteucci assure que quand les deux extrémités du circuit sont placées à des altitudes différentes ou que la ligne est orientée suivant le méridien magnétique, il se détermine des courants toujours dirigés dans un même sens (du Sud au Nord, dans ce dernier cas, de bas en haut dans le premier), qui fournissent des variations diurnes d'intensité en rapport avec les phénomènes météorologiques, et qui augmentent même à mesure que les plaques sont enterrées plus profondément (1).
Suiyant M. Magrini, la présence d'une seule plaque enterrée suffirait pour déterminer des courants dans un fil librement suspendu en l'air et la source de ces courants se comporterait en quelque sorte comme une source calorifique, car leur intensité décroîtrait à partir de la plaque enterrée jusqu'à une certaine limite, après laquelle la différence ne pourrait plus être appréciée, mais qui pourrait être éloignée par rallongement du fil ou la réunion de plusieurs fils. Ces courants, d'après M. Magrini, ont cela de curieux que leur direction est inverse de celle
fond d*un puits. M. Lambron, inspecteur des eavx de Luchon, «lui a étudié cette queitîoii au point de vue des eaux thermales et sulfureuses, a reconnu que ces conclusions de M. Becquerel peuvent être modifiées dans certaines circonstances. Ainsi, avec les eaux sulfureuses, la terre est toujours positive par rapport à ces eaux, qt^elles soient eou" rantes ou dormantes. Avec les eaux ordinaires, les effets sigualés par M« Becq^ierel se retrouvent le plus souvent, mais M. Lambron a reconnu cependant que la terre était négative par rapport à l'eau d'un puits creusé dans un sol sableux très-inflUrable à 250 mètres d'un cours d'eau ; l'eau de ce puits parta|;eait donc la même polarité que celle du cours d*eau lui-même. B'un autre côté, M. Lambron a également reconnu que cette même eau courante pouvait devenir négative par rapport à la terre, après avoir subi une chute sur des rochers et alors qu'elle se trouvait à rétal flocomieux et bouillonnant. (Voir le mémoire de M. Lambron dans le Bulletin de la Société médicaie de Paris.)
(1) Voir les deux mémoires de M. Matteucci dans les Mondes, Unie V, page 115.
qui correspondrait à un développement électrique dû à une simple oxydation de la lame enterrée.
Quoiqu'il en soit de ces différentes origines des courants issus du globe terrestre, il n'en est pas moins vrai qu'ils jouent un rôle important dans les transmissions électriques, et on a pu même en tirer parti dans la télégraphie, comme nous allons le voir à l'instant. Toutefois, avant d'étudier les différents systèmes qui ont été proposés dans ce but, nous croyons devoir exposer les conclusions auxquelles nous ont conduit de très-nombreuses expériences faites sur des circuits terminés par de> plaques oxydables de différentes dimensions. Voici ces conclusions.
1^ Des plaques oxydables de même métal et de même grandeur, réunîe> par un fil isolé, peuvent donner naissance à un courant t'Cllurique asse? énergique lorst^u' elles sont enterrées dans des terrains différemment humides ; alors le courant qui prend naissance est dirigé (à travers le cirraiî métallique) de la plaque enterrée dans le terrain le plus sec à la plaque enterrée dans le terrain le plus humide, celle-ci se comportant d^ailleur> exactement comme la lame électro-positive d'un couple voltaïque ;
^^ Le courant ainsi produit est d'autant plus énergique que la différence d'humidité des terrains est plus grande, que la surface de la plaque électropositive est plus attaquable, et que la plaque électro-négative est plus grande ;
3® Ces courants, pour un circuit métallique constitué par un fil de fer télégraphique de 3 millimètres de diamètre et de 1735 mètres de longueur, ont pu atteindre une intensité représentée par 9**, 17, avec une boussole des sinus de M. Bréguet, dont le multiplicateur n'avait qoe 30 tours, ce qui leur supposait une force électro-motrice représentée par 1005, alors que celle d'un élément Daniell était représentée avec la même boussole par 5973 ;
4® Ces courants perdent successivement de leur intensité à mesure que la terre se dessèche* autour des plaques ;
5® En définitive, un circuit télégraphique mis en rapport avec le sol par des plaques oxydables se trouve toujours sillonné par un courant provenant, soit de la différence d'humidité du terrain autour de ces plaques, soit de la différence des dimensions de celles-ci, soit de l'état plus ou moins oxydable de leur surface, et l'intensité aussi bien que la direction de ce courant dépendent de la prédominance de telle ou telle de ces causes. (Voir mon méin . sur cette question. Annales tèlégr.^ t. IV, p. 465.)
IPUe terrestre de Bf • Palaf^. — Les expériences que nous venons de citer, avaient bien démontré que la terre, sous certaines conditions, pouvait engendrer un courant, mais dans ces conditions mêmes, ce courante ne pouvait pas être utilement employé en télégraphie. M. Pala^, à la suite d'expériences du plus haut intérêt, semble avoir résolu ce problème, du moins pour les télégraphes à aiguilles.
Lt^un des grands inconvénients des courants électriques obtenus par r immersion de lames métalliques, zinc et cuivre, était le changement irrcgulier et continuel de leur direction, changement qui, d'après les observations de M. Palagi, faites deux fois par jour pendant trois mois, ne semblait avoir aucune cause apparente. Voulant se rendre compte de ce phénomène, M. Palagi remplaça Itt lame de cuivre par une plaque de charbon, et quel fut son étonnement lorsqu'il reconnut non-seulement qae le courant produit était plus intense, mais encore qu'il se trouvait dirigé d'une manière régulière et durable du charbon au zinc ! Cette découverte l'encouragea à entreprendre d'autres expériences, et il put reconnaître bientôt les faits suivants :
1 ^ La force du courant tellurique obtenu avec charbon et zinc plongés dans l'eau aux deux extrémités d'un circuit diminue, il est vrai, d'intensité quelques instants après l'immersion des lames, mais devient bientôt d'une constance très-grande ;
!2® L'énergie des courants tetluriques ne dépend pas de la surface des lames de charbon et de zinc, mais bien du nombre de ces lames lorsqu'elles sont suspendues les unes à la suite des autres (les lames charbon avec les lames charbon, les lames zinc avec les lames zinc), comme les grains d'un chapelet; alors l'accroissement d'énergie du courant est presque proportionnel au nombre des plaques formant chacune des deux chaînes ;
3^ Si les plaques charbon et zinc, au lieu d'être suspendues les unes au-dessous des autres, sont réunies aux deux extrémités du fil formant le circuit, cette augmentation d'énergie n'existe pas ;
i"" La condition essentielle pour que le développement électrique ait lieu, est que la chaîne formée par les plaques de zinc ne touche pas le sol, mais flotte librement au sein de l'eau dans laquelle elle est immergée ;
5° La chaîne charbon peut toucher sans inconvénient le fond de Teau dans laquelle elle est immergée, à la condition que les fils de cuivre formant la suspension des charbons ne se touchent pas. Si cependant ce
contact avait lieu, Fintensité du courant diminvierait, comme si on sapprimait les charbons placés à la suite du fil touché ;
6® Plus les zincs ou les charbons réunis en diaine sont éloignés les uns des autres, plus le courant est énergique ;
7^ Si les lames de zinc se touchent entre elles, le courant cesse complètement. Si, au contraire, les charbons se touchent, le courant n'est que notablement diminué ;. il reste cependant plus fort que si les charbons ne formaient qu'une seule piice ;
8^ Si les zincs sont relevés de Teau et plongés de nouveau sans avoir été essuyés, le courant diminue d'énergie, et ne reprend sa force première qu'après avoir été essuyés, puis replongés. Les charbons, au contraire, peuvent être retirés de Feau, puis replongés sans avoir été essuyés, sans qu'aucun changement ait lieu ;
9^ L'amalgamation des zincs augmente l'intensité du coiuunt ;
10® La chaîne des charbons et celle des zincs peuvent être plongées dans un même puits ou dans des puits plus ou moins éloignés, ou dans des rivières ; elles peuvent être placées verticalement ou horizontalement, en les soutenant par des flotteurs ;
1 i® La déviation de l'aiguille aimantée n'est pas diminuée quand on son de l'eau la chaîne des charbons, pourvu qu'ils soient humides, et que le dernier d'entre eux, au moins, soit plongé en totalité ou en partie ;
1^^ Les chaînes peuvent même être placées dans des vases d'eau pore isolés de la terre.
Voici maintenant les expériences tentées par M. Palagi pour utiliser les courant>s telluriques obtenus de la manière précédente à la télégraphie :
c lo Le 20 septembre 1857, dit M. Palagi, douze lames de zinc d'environ 20 centimètres de longueur sur 20 de largeur, furent placées dansim puits aux Batignolles. A Asnières, douze charbons de piles de Bunsen, de 20 centimètres de longueur sur 4 de diamètre, furent plongés dans la Seine. Ces deux chaînes furent réunies aux deux extrémités d'un fil de ligne télégraphique de 3 kilomètres de longueur environ. Deux appareils Bréguet à cadran, placés dans le circuit, fonctionnèrent d'une manière satisfaisante.
( 2^ Le 16 octobre, à Asnières, on fit usage d'une chaîne de 45 charbons : à Chatou, une chaîne de 24 zincs fut mise dans la Seine ; le fil iâégraphique entre ces deux stations avait environ 12 kilomètres de longueur. L'appareil Bréguet fonctionna d'une manière imparfaite ; mais
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1^ télégraphe à aignîUe de Wheatstone fonctionna parfaitement. « 3^ Le 31 octobre, une chaîne de yin^t-quatre Mnes fut mise dans la Seine au pont d'Oissel, près Rouen, et une dé quarante charbons à Asniëres; la distance entre ces deux stations était de 1^ kiloiDëtres; le télégraphe Wheatstone put fonctionner; il fonctionna même avec un seul cliarbon. »
Pile terrestre de BfllI* Hogé et Pi^ott. — Avec la disposition ordinaire des circuits telluriques, même aTec celle que nous venons <3e décrire, on est toujours dans Fimpoasibilité de renverser à volonté le sens du courant, puisque les pèles de la pile qui les engendre sont aux deux extrémités de la ligne : on est donc obligé de télégraphier avec un courant toujours dans le même sens, ce qui entndne l'emploi de signaux télégraphiques très-compliqués. Pour éviter cet inconvénient, MM. Hogé et Pigott ont eu l'idée d'employer, au lieu d'une lame de cuivre et d'une lame de zinc, trois lames de métaux différents d'une nature telle, que Tun de ces métaux fut à la fois électro-négatif et électro-positif par rapport aux deux antres. Ces conditions ont été réalisées avec le cuivre, le fer et le zinc.
A chaque station, MM. Hogé et Pigott enterrent donc trois plaques, cuivre, fer et zinc, en ayant soin de mettre les plaques de fer en rapport avec des conjoncteurs Ïj,V (fig. 74), reliés àla fois aux appareils télégraphiques T,T' et aux manipulateurs AB, A'B'. Les deux appareils télégra-
Flg. 74.
phiques sont d^ailleurs reliée par le fil de ligne, et les deux touches à ressorts A et B de chaque manipulateur correspondent dans chaque station aux plaques cuivre et zinc C,Z. Avec cette disposition, quand on abaisse la touche cuivre A à la station S, le courant passe de A à la lame AB, de celle-ci à l'appareil T, traverse la ligne et le télégraphe T' arrive à A'B', puis au conjoncteur L', puis à la plaque de fer F', et revient à
la plaque C à travers le sol, la plaque de fer étant négative par rapport à la plaque de cuivre. Quand on abaisse la touche zinc B, le couraDt part au contraire de la plaque F\ va au conjoncteur L\ à la lame A'B', traverse la ligne et les deux {télégraphes^ passe à travers la lame AB, la touche B, la lame Z, et revient par le sol à la plaque F', cette fois électropositive par rapport à la plaque Z. Le courant se trouve donc ainsi enroyé dans les deux sens opposés, suivant qu'on touche Tune ou Tautre des lames à ressort A et B, et il en serait de même avec les toudies A',B\ puisque les appareils et les plaques Z,F,C sont symétriquement plac& aux deux stations. Mais il faut avoir soin pour cela que la eommunication de la plaque de fer avec le conjoncteur correspondant soit retirée dn poste expéditionnaire, car cette communication n'est faite que pour introduire les appareils dans la ligne, comme cela a lieu quand on met les appareils a la croix dans les télégraphes ordinaires. Ainsi, quand c*est la station S' qui transmet, le conjoncteur L' ne doit plus toucher la plaque A'B* .
M. Pigott, après de nombreuses expériences,» a reconnu que les dimensions des plaques devaient varier avec la longueur des circuits, et qne pour obtenir une même intensité de courant avec des circuits de loogueurs différentes, il fallait que les surfaces de ces plaques fussent augmentées dans le n^port des racines carrées des longueurs de ces circuits.
Suivant MM. Hogé et Pigott, ce système télégi'aphique présenterait l'avantage d'exiger un moins bon isolement du fil de ligne ; car le courant, ayant franchi la première moitié du circuit, a plus de propension à continuer sa route vers la station opposée qu'à revenir sur ses pas. Il pourrait même, dans ce cas, traverser une solution de continuité, pour peu qu'il y eût autour de cette solution de continuité une couche humide. Envoyé à travers les lignes sous-marines, ce courant aurait Tavantage, en raison de son peu d'intensité, d'éviter les réactions statiques si nuisibles aux transmissions électriques.
S'il faut en croire certains journaux anglais, ce système télégraphique am'ait été essayé avec succès entre Southampton et Guemesey. Mais j'avoue que ce résultat me parait très-extraordinaire, car en impliquant ce système à un télégraphe anglais à aiguilles et employant pour plaques de transmission des lames de près d'un mètre carré de surface, je n'ai pu faire fonctionner convenablement l'appareil au delà de 30 kilomètres. On peut, (lu reste, trouver tous les renseignements concernant ce télé-
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graphe dans une brochure publiée à Londres chez M. Edward Stranford (Charing-Gross), par M. S. Beardomore, et intitulée : The Globe Telegraph.
Pile flM^as-nuuAne de Bf • Pl^^ott. — M. Pigott a démontré dernièrement que des réactions du genre de celles que nous venons d'étudier peuvent se retrouver dans un câble sous-marin immergé. En réunissant en effet Tàme d'un câble à Tenveloppe de fer qui Tentoure, on obtient un courant électrique appréciable, et ce courant résulte précisément de ce que l'enveloppe isolante du câble jouit d'une sorte de conductibilité particulière qui donne lieu au phénomène de condensation dont nous avons parlé page 93, et qui suffit pour placer le câble entier dans les conditions d'un couple voltaîque, dont l'armature protectrice représente l'élément électro-positif, c'est-à-dire l'élément oxydable et le fil du cuivre l'élément électro-négatif. La résistance de l'enveloppe isolante du câble représente alors la résistance de ce couple, et a pour expression ainsi qu'on l'a vu page 54 :
* D'après cette donnée, l'intensité du courant produit par le câble transatlantique serait représentée par :
ou 0,0001436.
Or, ce nombre exprime à peine la quarante millième partie de l'intensité du courant fourni par un seul couple de Daniell agissant sur un circuit sans résistance. On voit par là, qu'il faudrait des appareils bien sensibles pour constater les différences d'intensité que pourrait présenter un pareil courant, si, comme l'a proposé M. Pigott, il s'agissait de lui faire fournir des signaux télégraphiques par l'effet d'un renforcement ou d'un affaiblissement dû à l'intervention d'une pile auxiliaire. Cette difficulté serait naturellement encore plus grande sur un câble télégraphique de moindre longueur que le câble transatlantique, puisque la surface de la gaine isolante serait alors moins grande.
Pile terrestre de Bf • Lenoir. — De tous les essais tentés pour faire intervenir d'une manière efficace, l'action de la terre dans la production de courants susceptibles d'être utilisés, aucun n'a fourni de résultats plus complètement satisfaisants, que ceux entrepris en 1871
par M. Lenoir. Ses expérienees ont été faites en Belgique sur plusieurs lignes, qne M. Vinchent avait ea Tamabilité de mettre à sa disposition, et elles ont pu être poussées jusqu'à une longueur de ligne de 57 kilomètres.
Dans les différents systèmes de piles terrestres que nous avosis précédemment passés en reTue, le dégagement électrique est fondé uniquement sur l'oxydation du zinc par suite de Fhumidité du sol, d'où il résulte que le globe terrestre joue alors le rôle d^un couple Toltûque dont la résistance est représentée par le coefficient de résistance que nous avons assigné au sol dans les transmissions iâégraphiques, et varie suivant la grandeur des plaques enterrées. Or, un pareil système de pile, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne peut être très-énergique, poisqu'en définitive l'oxydation du zinc par Teau ordinaire, ne peut jamais développer une grande force électro-motrice. C'est précisément pour donner à ce système de pile, les avantages des piles ordinaires que M. Lenoir a fait les essais dont nous avons parlé, et ces essais lui ont fait en même temps reconnaître d'autres propriétés avantageuses de ces sortes de générateurs électriques sur lesquelles il ne comptait pas.
Le système de M. Lenoir consiste à placer les deux lames zinc et charbon ordinairement employées pour ces sortes de piles, dans des vases poreux de très-grandes dimensions , enfoncés en terre aux deux stations opposées dans un terrain humide, et contenant chacun un liquide différent. L'un de ces liquides, qui correspond au vase poreux dans lequel est immergée Télectrode de charbon, est de Teau acidulée avec de l'acide nitrique à un degré très-faible. L'autre dans lequel est immergée la lame de zinc n'est que de l'eau salée avec du sel ordinaire. On obtient de cette manière une sorte d*élément Bunsen qui a une force relativement considérable et une constance infiniment plus grande que les piles terrestres dont nous avons parlé. Cette constance, d'après les expériences de M. Lenoir, devrait être attribuée principalement à la présence de l'acide azotique, qui sans doute atténue un peu les effets de la polarisation ; M. Lenoir a en effet observé que sans acide nitrique, le courant produit par cette pile diminue assez promptement d'intensité, mais qu'il suffit de cinq à six gouttes seulement de cet acide^ pour donner k l'intensité électrique une constance relative très-marquée.
Une conséquence très-importante de l'emploi de ces courants et que M. Lenoir a constatée d'une manière certaine, c'est qu'avec eux l'isole-
ment des fils de la ligne n*a plus besoin d'être aussi parfait qu'avec les piles ordinaires ; il a pu en effet établir sans inconvénient su milieu de la ligne d'essai qu'il avait à sa disposition, une dérivatiott très-peu résist-ante à la terre, sans altàrer sensiblement la marelle de ses appareils. Cet effet se comprend, du reste aisément, sî Taii réfléelût que la résistance du sol dans les transmissions télégraphiques pouvant être considéirée comme nuUe^ la formule des courants dérivés que nous avons donnée page 155, se trouve réduite à :
I = ou à I = -r*
Or, cette expression ainsi transformée représente précisément celle ({ûi exprime Tintensité du courant sur un circuit parfaitement isolé.
M. Lenoir à également remarqué qu'avec ces sortes de courants les fils de ligne ainsi que les fils des électro-aimants devaient avoir un diamètre beaucoup plus gros que dans le système des transmissions ordinaires, et cela était d'ailleurs fadle à prévoir, puisque la pile ne se composant alors que d'un seol élément a beaucoup moins de tension que les piles généralement employées, et ne peut vaincre, par conséquent, aussi facilement une résistance un peu grande. Mais ce qui s'explique plus difficilement, c'est qu'un fil multiple ,«c'ëst4i-klire un faisceau composé de plusieurs fils réunis parallèleBent les uns à côté des autres donne des effets beaucoup plus satisfaisants^ qu'un fils unique d'une section égale àla somme des sections de tous ces fib réunis ea faisceau. Cet effet aurait-il une relation avec les expériences de M. OuiHemin que nous avons rapportées page 69 ?
Bouées électrique» de M* WÊmeÊkemtdu* — La mer, par la composition saline de ses eaux, se prête admirablement bien à la construction d'une pile, et l'expérience de M. Kemp, d'Edimbourg, que nous avons rapportée en commençant, tout en prouvant qu'on pouvait transmettre un courant électrique dans un circuit d'une certaine longueur par l'immersion dans la mer d'une lame électro-positive et d'une lame électro-négative, montrait également qu'on pouvait constituer une pile ordinaire avec Teau même de lamer^ en rapprocbant les deux lames l'une de l'autre. Cette idée est venue, du reste, à plusieurs inventeurs, et l'on trouve aux brevets d'invention plusieurs descriptions d'appareils imaginés dans ce
but ; Tun de ces brevets est même intitulé : pile pouvant fonctionner dans la mer.
Les bouées électriques de M. Duchemin sont des piles de ce genre. Ce n'est donc pa;^ la nouveauté de l'invention que nous devrons rechercher dans ces {^pareils, mais bien les bonnes applications qui en oot été faites, particulièrement à la préservation des coques des navires en fer.
La bouée électrique de M. Duchemin est par le fait un élément de pile de Wollaston formé d'un cylindre de charbon EF, lig. 75, enveloppant une lame de zinc G, le tout maintenu par une traverse de bois sur laquelle se trouvent vissés les appendices polaires A,B et qui est soutenue ellemême par un flotteur en liège ou en bois. Cet élément plonge donc dans la mer, et naturellement les fils isolés qui aboutissent aux appendices polaires doivent transmettre un courant analogue, quant à la force électromotrice , à celui d'une pile zinc charbon et eau salée, mais beaucoup
Fig. 75.
plus constant, d'abord, en raison de la masse du liquide excitateur qui conserve toujours un même degré de saturation saline, et en second lien, à cause du mouvement continuel de ce liquide qui dépolarise les électrodes. La force électro-motrice de cet élément peut être estimée à 440G. M. Duchemin énumëre de la manière suivante les applications que ses bouées électriques peuvent recevoir: 1® conservation des coques et des
cuirasses en fer des navires, la pile étant placée dans on puits à bord de ces navires et le pôle négatif communiquant à leur cuirasse de fer ; 2^ inflammation des mines sous-marines et des torpilles par Tintermédiaire de la bobine de Ruhmkorff ; 3*" nettoyage, aussi par Tintennédiaire de la même bobine, des carènes des navires ordinaires, Texpérience ayant montré que quand on a fait communiquer un pôle de la bobine avec la coque, Tautre avec la mer, les moules et autres mollusques se détachent promptement ; 4® transmission par signaux électriques des commandements et des manœuvres à bord des navires ; 5^ signalement dans les ports, aux navires qui veulent y entrer, du niveau actuel de la mer; 6® indication des voies d'eau les plus faibles ; 7® transmission des signaux électriques d*un navire à Vautre par des câbles ou conducteurs volants. La combinaison des bouées avec la bobine de Ruhmkorff et des tubes de Geisseler permettrait de signaler pendant la nuit, en chiffres de feu, les passes dangereuses et de rendre visibles les bouées des entrées des ports, application que M. Brioude, de Rouen, a signalée et poursuit en ce moment.
Dernièrement, c'est-à-dire en 1870, M. Duchemin a euTidée d^augmenter considérablement Ténergie électrique de ses bouées, en plongeant les lames de charbon dans des vases poreux remplis de la solution de perchlorure de fer dont nous avons parlé page ^86, et en ayant soin d'entourer ces lames d'une certaine quantité de petits fragments de coke concassé comme dans la pile Leclanclié.
Cette disposition a produit de très-bons résultats, mais elle n'est en définitive que la reproduction sous une autre forme de la pile au perchlorure de fer du même auteur.