‹ Exposé des applications de l'électricité (volume 2)Chapitre 63 sur 90 · IV. PILES SÈCHES · texte numérisé non relu

IV. PILES SÈCHES

A répoque où la pUe de Volta fut découverte, le développement électrique produit était, comme on Ta va, uniquement attribué au développement de la force électro-motrice par le simple contact de corps hétéro gènes, et comme les rondelles de drap humide étaient alors supposées ne jouer d'autre rôle que celui de conducteurs, on chercha à disposer une pile sans Fintervention d'aucun liquide ; on n'atteignit pas complètement ce but, mais on obtint des organes électriques particuliers auxquels on a donné le nom de piles sèches. MM. Hachette Qt Desormes remplacèrent d'abord le liquide dans les piles ordinaires par de la colle d'amidon. Deluc,

quelques années après, forma une colonne composée de disques de zinc et de papier doré d'un côté seulement, entassés les uns sur les autres, le zinc en contact atec la face dorée. L*humidité du papier suffisait pour charger la pile. Zamboni, en 1812, construisit une pile du même genre, mais plus perfectionnée, qui produisit des effets tout à fait remarquables. €ette pile se composait de milKers de disques de papier dont une des faces était étamée et dont l'autre était recouverte d*une couche de peroxyde de manganèse brojé avec un mélange de farine et de lait. En entassant tous ees disques les uns sur les autres et les serrant fortement, on formait un cylindre de papier qui donnait une charge électrique différente à ses deux extrémités, et cette électi*icité avait une assez grande tension pour exercer des effets analogues à ceux de Félectricité statique. Un phénomène bizarre que présentent ces piles, c'est qu'elles cessent de fonctionner au bout d'un certain temps, pour redevenir actives quelques instants après. On a reconnu que ce phénomène résultait de la déperdition d'humidité du papier, par suite de Taction électrique produite, et, pour éviter ces intermittences, on coule ordinairement du soufre autour de la pile, ne laissant à nu que les deux extrémités. Du reste, comme Télectricité fournie par ces piles est en très-petite quantité, les effets ordinaires des courants voltaîques sont très-faibles et même souvent inappréciables. C'est en raison de cela que ces piles n'ont servi jusqu'ici qu'à produire des mouvements continus au moyen des faibles attractions et répulsions qu'exercent les électricités accumulées aux deux pôles. On a aussi employé les piles sèches pour augmenter la sensibilité de Pélectromètre condensateur. C'est là une de leurs applications les plus utiles.

Pile de MUI. I^acassa^ne et Thiers. — Il y a une quinzaine d'années environ (en 1855), tous les journaux de Lyon retentissaient d'une découverte qui n'aurait été rien moins que la découverte de la pierre philosophale, si la nouvelle eût été vraie, mais qui ne devait pas être plus sérieuse que celle du docteur Carosio, dont nous avons parlé précédemment, puisque jamais on n'en a entendu parler depuis. Cette prétendue merveille était une pile sèche, imaginée par MM. Lacassagne et Thiers et qui aurait engendré comme résidu de l'aluminium ; d'où il serait résulté que non-seulement Télectricité n'aurait rien coûté, mais qu'on se serait enrichi à la produire.

D'après les journaux de Lyon, ce nouveau générateur d'électricité fonctionnerait sans eau ni acides. Ces liquides seraient remplacés par des

sels anhydres qu'on ferait passer à Tétat de fusion ignée, et pendant cette opération, on verrait se produire d'un côté rélectricité nécessaire pour réclairage, de Fautre raluminium.

L'appareil serait disposé comme un élément Bunsen, seulement le vase eictérieur serait constitué par un creuset en terre réfractaire et le cylindre de zinc par un cylindre de fer ; on remplirait le creuset extérieur avec du sel marin anhydre (chlorure de sodium) et le vase poreux avec du chlorure d'aluminium ou toute autre combinaison de l'aluminium avec un métalloïde. L'appareil étant chauffé au rouge cerise, on verrait les deux sels entrer en fusion ignée, et aussitôt qu'on unirait les deux conducteurs, soudés, Tun au fer, l'autre au charbon, il se produirait une action électrique d'une remarquable puissance. Cette pile aurait encore la propriété, non-seulement d'agir avec une série d'éléments de même nature et d'arriver ainsi à un degré de puissance énorme, mais encore de pouvoir s'accoupler avec des piles d'un autre genre.

n paraîtrait que l'aluminium se déposerait au fond des vases poreux, après deux heures d'exposition de la pile au feu ; il se présenterait, soit sous la forme de grenailles, soit sous celle d'un culot.

Je ne parlerai pas des récits emphatiques des journaux de Lyon, sur les expériences de MM. Lacassagne et Thiers, je ferai seulement observer que plusieurs personnes qui se sont dérangées tout exprès, pour aller voir, par elles-mêmes, cette pile merveilleuse, et s'assurer delà vérité, non-seulement n'ont rien vu^ mais encore n'ont rien pu apprendre de précis à cet égard.

Du reste, en fait de canards de ce genre, rien ne doit étonner, car peu de temps après que la pile précédente avait été lancée dans le public^ les journaux politiques retentissaient d'une autre prétendue merveille, de la pile de M. Delalot-Sevin, qui devait fournir la chaleur à meilleur marché que le combustible, et la Imnière à un prix infiniment inférieur à celui du gaz. Or, savez-vous à quoi ont abouti ces magnifiques annonces ? à faire vendre au prix de 3^,50 une brochure de 30 pages, dans laquelle on ne trouvait absolument rien, et tout cela venait d'un soit disant Trappiste II! Quelle mystification.

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