‹ Exposé des applications de l'électricité (volume 2)Chapitre 8 sur 90 · MODE DE PROPAGATION DE L'ÉLECTRICITÉ DANS LES CIRCUITS · texte numérisé non relu

MODE DE PROPAGATION DE L'ÉLECTRICITÉ DANS LES CIRCUITS

Théorie d'Ohm. — Jusqu'à Tannée 1825, les idées qu'on s'était faites sur le mode de propagation de l'électricité étaient vagues et indéterminées. En raison de sa vitesse énorme de transmission, on voulait retrouver dans' ce fluide quelques analogies de mouvement avec la lumière et, dans cet ordre d'idées, on allait chercher des indications, des données, là où il n^y avait rien à trouver, du moins en ce qui concernait les lois de la propagation de cet agent si particulier. Ce ne fut qu'en 1825 que la vérité commença à se faire jour et à se montrer sous son véritable aspect.

A cette époque, en effets Ohm, mathématicien allemand, frappé de l'idée que le mode de propagation de l'électricité pouvait bien être le même que celui de la chaleur, appliqua à cet agent physique les formules que Fourrier et Poisson avaient déduites des lois de la transmission de la chaleur, et parvint à poser, d'une manière tout à fait nette et précise, les belles lois des courants électriques qui portent son nom, et que l'expérience n'a fait que Confirmer de plus en plus. Mais pour établir tout un échafaudage de calculs sur une pareille hypothèse, dans un temps où les idées des physiciens étaient tournées dans une tout autre direction, il fallait être plutôt philosophe que physicien, et c'est justement parce . qu'Ohm était surtout mathématicien qu'il put établir, sans idée préconçue et sans prévention, son admirable théorie. Toutefois, ses travaux n'eurent pas, dans le monde savant, le succès qu'il en attendait, et furent au contraire pour lui le sujet d'une persécution qui le poursuivit jusque dans sa position de professeur. Ce ne fut que dix ans plus tard, et surtout quand M. Pouillet parvint aux mêmes lois par l'expérimentation, qu'on commença à revenir sur le jugement qu'on avait porté contre Ohm et à apprécier le mérite de sa découverte. Cependant, tout en adoptant

* ' EXPO&S DES APPLICATIONS

les formules de Tilhistre mathématicien, les physiciens, jusqu'à Tanftée 1860, n'avaient pas youlu admettre Tassimilation qu'Ohm avait faite du mode de propagation de Félectricité à celui de la chaleur, et, grâce à ce parti pris^de leur part, ils étaient arrivés à des résultats tellement discordants sur la vitesse de propagation de Télectricité, qu'il fallait admettre, ou que les expériences faites pour mesurer cette vitesse avaient été mal condiiites, ou que les idées que Ton se faisait généralement sur la propagation de Vélectricité étaient fausses.

Vers la fin de Tannée 1859, M. Gaugain, habile physicien, qui depuis quelque temps s'occupait de vérifier les lois d'Ohm, au point de vue de la transmission de l'électricité à travers les mauvais conducteurs, rechercha les causes dé ce désaccord, et trouva bientôt le mot de l'énigme. Il s'assura en effet que Vélectricité^ loin de se propager comme la lumière avec une intensité initiale constante dans tout son parcours^ devait au contraire se transmettre^ ainsi qu'Ohm Pavait admis ^ à la manière de la chaleur da/ns une barre métallique que l'on chaude par un bout et que l'on maintient à Fautre bout à une température constante et inférieure. Dans ce cas, la chaleur se communique de proche en proche à partir de l'extrémité chauffée de la barre, et, à mesure que ce mouvement calorifique se propage vers rauti;e extrémité, "les parties primitivement chauffées acquièrent une quantité de chaleur de plus en plus grande, jusqu'à ce que le mouvement calorifique étant parvenu au bout non échauffé, les différents points de cette barre perdent d'un côté autant de chaleur qu'ils en gagnent de l'autre. Alors seulement l'équilibre calorifique est établi, et la distribution de la chaleur, sur toutes les parties de la barre, reste toujours la même. C'est ce que les physiciens ont appelé fétat calorifique permanent. Mais avant qu'une barre métallique arrive à cet état, il faut un temps plus ou moins long suivant son degré de conductibilité calorifique, et ce temps, pendant lequel chacun des points des corps chauffés change sans cesse de température, constitue une période variable qui, si l'assimilation de la propagation de la chaleur avec la propagation' de l'électricité i3st vraie, doit exister dans les premiers moments de la transmission d'un courant ; car, dans cette hypothèse, un courant électric[ue n'est que le résultat de l'équilibre qui tend à s'étaj)lir d'une extrémité à l'autre du circuit, entre deux états électriques différents constitués par l'action de la pile, et représentant) par conséquent, les deux températures différentes de la barre chauffée. Sans doute cette période, variable en raison de la subtilité du fluide

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électrique, devra être excessivement courte ; mais, pour les circuits d'une grande longueur et pour des transmissions lentes à travers de mauvais conducteurs, elle pourra être appréciable, et c'est en effet ce que Texpérience démontra à M. Gaugain. Dès lors, il rechercha les lois de la transmission du courant pendant cette période variable, et il constata, entre autres lois, que le temps nécessaire pour qu'un courant atteigne son état permanent dans un circuit, c'est-à-4ire toute Tintensité qu'il est susceptible d'acquérir, est proportionnel au carré de la longueur de ce circuit.

Ce résultat avait été non-seulement prévu par Ohm, mais encore formulé mathématiquement par lui dans l'équation représentant la [tension des différents points du circuit dans la période variable de l'intensité des courants.

Ainsi, Ohm, qui n'était pas physicien, avait découvert, par la force du raisonnement, un phénomène que les physiciens ne devaient découvrir que trente-quatre ans plus tard !

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