REAL CÉDULA DU PARDO
(terre de l'or) ; cette dernière est nommée aujourd'hui, au moins en partie, Costa de Mosquitos.
La première était située au sud du Desaguadero entre le port de San-Juan (appelé Greytown par les Anglais) et VEscudO'de-Veragita et l'embouchure du rio Calobebora; la seconde se trouvait au nord, entre le port déjà nommé et le rio Aguan. Celle-ci ne réussit pas à s'organiser d'une manière indépendante. Au commencement du xvu** siècle elle faisait partie des provinces adjacentes de Honduras et de Nicaragua, tandis que Costa-Rica, réorganisée par Philippe U, conserva pendant toute la durée de la domination espagnole la forme que lui donna ce souverain.
Examinons maintenant celte forme et les lignes légales dans lesquelles la province fut renfermée par le monarque, parce que ce sont les mêmes que la république de Costa-Rica réclame comme sa légitime et actuelle démarcation territoriale.
90. Par la capitulation du Pardo du 1" décembre 1575, passée entre le roi Philippe II et le capitaine Diego de Artieda, il fut stipulé : 1° que celuici irait avec trois navires peupler et pacifier la province de Costa-Rica ; 2° qu'il partirait avec deux cents hommes au moins, dont cent seraient mariés, et qu'il devrait s'embarquer à San-Lucar-de-Barrameda ou à Cadix à la fin du mois d'avril 1574 au plus tard;
5"* qu'il ernporlerail des vivres et des mtinilions pour une année entière; ¥ que tout se ferait avec visite préalable de la Cam de conlratacion de Séville et à h satisfaction de cette dernière.
5** « Et une fois lesdits trois navires visités et à point comme il est dit (continue textuellement la real cédula) vous faites Toffre de sortir, Dieu aidant, d'un desdits ports et d'aller avec lesdits navires et gens et vivres de conserve avec une desdites flottes de Tierra- Firme ou de la Nouvelle-Espagne la première qui sortira ledit an 1574, tout en bon ordre pour aller à ladite découverte, colonisation et pacification; et bien préparés et armés en guerre de vous acheminer directement vers ladite province de Costa-Rica; et une fois arrivé là vous faites l'ofi^re de découvrir toute la côte de ladite province à partir des boiiches du Desaguadero jusqu'aux confins de Veragua^ par la mer du Nord, et d'y prendre possession en notre nom royal de ce qui n'aurait pas été pris et de découvrir toute ladite province vers l'intérieur (la tierra adentro) jusqu'à la mer du Sud; et sur la côte de ladite mer du Sud, à partir du lieu qu'on nomme les Chômes^ qui sert à désigner la province qui tombe du côté de Guatemala, tout droit aux vallées de Chiriqui, jusquà parvenir à la province de Veragua. Et vous ofl^rez de peupler dans ladite province de Costa-Rica trois villes, Tune qui sera provinciale et les deux autres sufi*ragantes, dans les en-
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droits les plus commodes, fertiles, abondants et nécessaires, afin de pouvoir de là poursuivre la colonisation et la pacification de ladite province : Vune de ces villes devant être fondée sur le port des Bocas-del-Drago^ situé sur la mer du Nord de ladite province. Et vous promettez que, si pour des causes justes vous croyiez ne pas devoir y fonder et peupler ladite ville, vous la fonderez sur un autre port de ladite côte qui sera jugé plus nécessaire, convenable et à propos pour la colonisation de ladite province, pour la communication et le commerce des Espagnols et des gens qui l'habiteraient ; et que la seconde de ces trois villes, vous la fonderez dans la partie médilerranée de ladite province, dans la vallée du Guarco, et l'autre dans la province de Garavito ou dans une autre partie plus commode, sur le versant de la mer du Sud ».
91 . Diego de Arlieda s'obligea en outre : (6**) à emmener à Cosla-Rica de nombreuses et différentes tètes de bétail, (7°) à fonder les trois villes susdites trois ans après son arrivée et (8**) à réduire le pays d'une façon toute pacifique et chrétienne, (9**) en observant et faisant observer les lois générales et les instructions qu'on lui donnerait à celte fin, moyennant (10) l'engagement de sa personne et de ses biens par devant greffier public et une caution de 10 000 ducats à la satisfaction du conseil des Indes et de la maison de contractation de Séville.
92. En échange et pour que la conquête se fasse de meilleure volonté, le roi s*engage à lui faire entre autres gi-âces celle-ci :
« (12) Premièrement, nous vous donnons permission et pouvoir pour découvrir, coloniser et pacifler ladite province de Cosla-Rica et les autres terres et provinces qu'elle comprend, à savoir : de la mer du Nord jmqu'à la mer du Sud en latitude ; et en longitude depuis les confins de Nicaragua, du côté de Nicoya,
DIRECTEMENT AUX VALLÉES DE ClIIRlQUI, JUSQu'a LA PROVINCE
DE Veragua, du côté sud; et du côté nord y depuis les bouches du Desaguadero qui se trouve vers Nicaragua, tout le long du pays jusqu'à la province de Veragua ; et nous vous concédons le gouvernement et la capitainerie générale de ladite province de Gosta-Rica et de tous les autres territoires qu'elle comprend, comme il a été dit, pour tous les jours de votre vie et de celle d'un fils ou héritier de vous ou d'une personne que vous nommerez, avec deux mille ducats de salaire par an, prélevé sur les fruits et rentes nous appartenant dans ladite province, et s'il n'y en avait pas, nous ne serons pas obligé de vous faire payer quoi que ce soit dudit salaire; et à celte fin nous vous ferons délivrer le titre et le brevet nécessaire. »
93. Le roi lui concéda également (13) Valgiiaci' lazgo mayor de Costa-Rica pour la durée de sa vie et
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de celle de son fils ou héritier, le nomma (14'') gouverneur de Nicaragua el de Nicoya, provinces limitrophes de Costa-Rica, pour faciliter la conquête de cette dernière et lui fit diverses concessions d'accord avec les principales déjà mentionnées, parmi lesquelles il faut retenir très spécialement la faculté et l'ordre qu'il lui donna de fonder une ville au port des Bocas-del-Drago (baie de l'Almirante).
En vertu de cette capitulation le titre de gouverneur el capitaine général de Gosla-Rica fut expédié en faveur de Diego de Arlieda, en la ville d'Aranjuez, le 18 février 1574. Ce document renferme le chapitre XII déjà cité et une répétition de la démarcation, pour ne pas laisser le moindre doute touchant ses termes précis.
Les deux cédulas sont signées par le roi, contresignées par Antonio de Erasso et paraphées par les membres du conseil des Indes, au nombre de six, et dont le gouverneur se trouvait être l'illustre Juan de Ovandoqui s'attacha avec tant de dévouement à seconder les efforts et la sollicitude du roi Philippe II pour le bon gouvernement des Indes*.
1. Peralta, Costa Hicaj Nicaragua y Panama, I, p. 497 et 512; Costa Rica y Colombia, II, p. I. — FernXndez, ColecciôUf I, p. 55 et 67. — Colecciôn de documentas inéditos del Archiva de Indias, XXIII, p. 471. Appendice, doc. G.
XVI. La capitulation du Par do confirmée par celle de Madnd du 29 décembre 1593, ainsi que par plusieurs reaies cédulas et décrets des Corfè5 (1573-1821).
94. La même délimitation se trouva confirmée par une capitulation conclue à Madrid, le 29 décembre 1595, au bénéfice du successeur de Artieda, don Fernando de la Cueva, el elle continua de la même manière, sans subir la moindre modification pendant toute la durée de la domination des rois d'Espagne*.
Sur les titres des gouverneurs et capitaines généraux suivants, Tarticle 12 de la capitulation d'Artieda ne fut pas reproduit parce que Ton considérait la province de Costa-Rica comme suffisamment et très clairement délimitée. On se borna à exprimer qu'elle subsistait dans les mômes conditions que Diego de Artieda l'avait eue et on conserva aux gouverneurs qui lui succédèrent le même traitement de deux mille ducats, comme il est prouvé par la loi I, titre II, livre V de la Recopilacion de Indias et les reaies cédulas des 19 février 1603, 28 janvier 1612, 13 mars 1618, 9 mai 1622, 27 août 1629, 29 novembre 1654, etc., etc., jusqu'à la cédtda du 25 août 1809*.
1. Peralta, Costa Rica, Nicaragua y Panama, I, p. 648. i/?pendice, doc. K,
2. Pour les titres royaux des successeurs d' Artieda et de Cueva
Costa Rica s'étend donc, d'après les lois espagnoles en vigueur en 1821, « de la mer du Nordjmquà la mer du Sud en latiliidey et en longitude depuis les confins de Nicaragua, du côté de Nicoya, directement aux vallées de Chiriquij jusqu'à la province de Veragua, du côté sud; et du côté nord, depuis les bouches du Desaguadero, qui se trouve vers Nicaragua, tout le long du pays jusqu'à la province de Veragua ».
La real cédula de San-Lorenzo du 31 mai 1600, adressée par Philippe III à l'audience de Panama, signale l'île de l'Escudo-de-Veragua comme étant le terme ou l'extrémité occidentale de la province de Veragua. Cette môme île de l'Escudo a été constamment désignée par les gouverneurs de Cosla-Rica (§ 75) et l'audience de Guatemala comme extrémité orientale et limite de leur juridiction du côté de la mer des Antilles*.
95. Les limites de Costa-Rica du côté de Nicaragua ne sont pas en litige, car elles ont été définitivement fixées d'accord avec les reaies cédulas cilées et le droit international positif par sentence arbitrale du Président des États-Unis d'Amérique, le 22 mars 1888; mais il convient de se rappeler que du côté du nord Costa-Rica
qui se trouvent aux archives, voir Léon Fernândez, llisioria de Costa Rictty Madrid, 1889.