CHAPITRE IV
CommunlAine loarlen
Notice. — Cabet n'apporta pas d'idées nouvelles dans le socialisme ; il ne fit guère que formuler d'une façon particulière la grande pensée communiste qu'on retrouve vivante à travers les siècles. Moïse avail accordé à cette pensée ime large place dans la cité juive, et, chez le même peuple, les sectes esséniennes et thérapeutiques fournissent les premiers et les plus parfaits modèles de la vie communautaire.
On connaît la fameuse législation de l'île de Crète dont s'empara la mythologie pour déifier Minos, et que Lycurgue voulut sans doute imiter en courbant Sparte sous une égalité écrasante. Mais, dans ces temps reculés, la plus grande partie des êtres humains n'était pas considérée conune faisant partie de l'humanité, restreinte aux guerriers, aux prêtres, aux artistes, aux philosophes, aux savants et aux oisifs ; et le travail, réputé dégradant et servile, était imposé à des fils de vaincus à qui on refusait le titre et les droits d'homme.
Ainsi, les démocraties si vantées de la Grèce reposaient sur le travail, abrutissant et sans espoir, de malheiu^eux êtres humains réduits à l'animafité.
Dans sa République commum'ste, l'idéaliste Platon n'eut garde de toucher à cette base cimentée de sang, d'opprobre et de larmes, de la vieille pyramide sociale.
Les révoltes des Ilotes en Grèce, des esclaves romains sous Eunus et Athénior en Sicile, sous Spartacus en Italie, des Bagaudes en Gaule, la propagande chrétienne força bien le vieux monde à réfléchir sm^ la solidarité qui lie tous les
hommes ; mais il mourut sous le talon des barbares avant: ^ de l'avoir comprise.
Après la nuit du moyen-âge, l'un des premiers martyrs de la raison humaine, Campanella, dans un magnifique livre, La Cité du Soleil, affirmait la fraternité de tous les êtres hu- [ mains, et la nécessité, pour la société moderne, de s'orga- J niser unitairement, égalitairement , pour Vetcploitation du | globe et la réalisation de la justice dans les relations sociales.
Les grands génies comme Bacon, dans sa Nouvelle Atlantide, Thomas Morus dans son Utopie, formulèrent la môme . idée.
Le puissant xvni® siècle produisit aussi ses communistes parmi lesquels Morelly et Mably.
Nous avons vu le communisme révolutionnaire s'affirmer par la conjuration des babouvistes, et se conserver dans l'esprit de quelques fervents des sociétés secrètes. Il ne va pas tarder à se transformer. Pendant qu'un riche manufacturier anglais, Robert Owen, expérimentait avec succès à New- Harmony le communisme fataliste basé sur la négation de toute responsabilité individuelle, Cabet écrivait son Voyage ^ en Icarie et son Nouveau christianisme, où le communisme | était représenté comme découlant des préceptes de TÉvangile, et comme pouvant s'appliquer à la société actuelle, par une transition toute pacifique. Le moment était bien choisi ; des milliers de prolétaires, victimes de l'individualisme, reçurent avec enthousiasme la prédication communiste.
Cabet, ex-procureur général du parquet de Dijon, était un homme aux manières douces, entièrement acquis au peuple. Ses anciennes fonctions lui avaient laissé un ton d'autorité, qui seyait assez bien au chef d'une secte autoritaire ; les adeptes lui donnaient avec enthousiasme le nom de père, et peu d'hommes ont été autant aimés que lui.
On garde encore le souvenir de ces députations de femmes
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surtout, qui se croisaient dans les bureaux du Populaire^ apportant, les unes d'immenses bouquets, les autres des protestations d'affection, de respect et de dévouement au chef du communisme français. Cabet recevait paternellement ces témoignages d'ardentes sympathies, et puisait, dans leur expression, une plus grande ardeur de dévouement à la cause du peuple.
Aussi la propagande alla vite, un comité de centralisation et de correspondance se forma, et bientôt un essai d'Icarisme fut résolu.
Quelques jours avant la révolution de Février, des familles de prolétaires partaient pour Nduwoo, qu'ils espéraient transformer en paradis terrestre ; ils croyaient devoir bientôt entraîner, par le spectacle éclatant de leur bonheur et de leur dignité morale, la terre entière à suivre leur exemple. Mais les déceptions ne tardèrent pas à venir, et les nouveaux croyants expièrent durement la faute de ne pas avoir compris que c'est dans la masse elle-même qu'il faut agir, que tout ce qui s'isole, individu ou groupe, se met, par là même, dans une situation immorale et négative, devient, par le fait de cet isolement, étranger à la vie collective et agissante de l'humanité, et perd toute influence sur elle.
Soit que les fondateurs de la cité communiste ne se fussent pas assez bien choisis, soit, comme le dit la légende icariennè, qu'un Jésuite, envoyé par ceux de son ordre, ait jeté, avant d'être reconnu et chassé, les germes de la scission future, soit que les difficultés matérielles aient aigri les caractères, la discorde ne tarda pas à désagréger les éléments qui composaient la colonie fraternelle. Le fondateur fut conspué, chassé avec quelques fidèles et réduit à venir se défendre devant les tribimaux français d'une accusation d'escroquerie. Le vieillard s'en tira à son honneur et confondit les calomniateurs.
Mais cette épreuve, jointe à des malheurs domestiques, avait empoisonné sa vie ; il mourut pauvre, entouré d'un
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petit nombre d'adhérents fidèles, et brisé par la douleur plutôt que par l'âge.
Cabet eut beaucoup d'adeptes fervents, tnais n'eut guère de disciples capables d'exposer, de défendre, et de propager la doctrine icarienne.
On cite néanmoins Belure, gendre de Cabet, qui devint plus tai\i gérant du Crédit au Tnnail, banque démocratique qu'il avait fondée, au temps du réveil de la coopération en Pranoc (1^65\ pour venir en aide aux sociétés ouvrières ; Villeganielle, écri\'ain remarquable , qui publia de nombreux écrits pour démontrer l'antiquité et le caractère pacifique du communisme, et fit Thistoire 'fidèle des idées sociales ; Pecqueur, publiciste plein de verve, qui soutint la mtt'^mc donnée. Mais ces deux derniers furent plutôt les amis que les disciples de Cabet. A côté d eux, François Vidal, aussi grand que Cabet par Tintelligence, écrivait des pages éloquentes de critique socialiste sur le communisme, dont il démontrait la légitimité historique. Sa donnée particulière trouA-e place dans ce recueil.
KxrosmoN
A «à*c«R s«kai ses forces, à c^èAciM !»4<Mi ses besoins
\v>t^u^<N ^U> l>(î^Uii^ ^K^vU^i^ \V U «NMimmuAut^ de biens et ^^tfN t\>^\)\i\ ^v^K^v \UN *<M\^ xSxuvjvUNUn\Vin\t. v^r^tcment^ univer- «^nU^n^u^mU o< >\<NtU\UUivuu^\U A>\>>lù\\>^ qw lUns 50 ans.
x>* ^V^^^i^wt >^^v>» î>\\ i\^»», lo vU\Mt vW^ \v\>|vriétè ^ra main- I^XU ^t W t\>^\^a ^NMii^Mv^ hU\v ot ^HM\ <^hU^toiw,
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3^ Les fortunes actuelles seront respectées , quelque inégales qu'elles soient ; mais, à partir d'aujourd'hui, et pour les acquisitions futures , le système de l'inégalité décroissante et de l'égalité prof/ressivc servira de transition entre l'ancien système et l'inégalité illimitée et le futur système d'égalité parfaite où de la communauté.
4^ Tous les propriétaires existant aujourd'hui continueront à conserver leurs propriétés. Il ne pourra être fait de changement que pour les successions, les donations et les acquisitioQs futures.
b'> Aucun des individus actuellement âgés de 15 ans, ne sera obligé de travailler quand la communauté conuuencera. Mais les enfants actuellement nés et âgés de moins de 15 ans, et tous ceux à naître recevront une éducation industrielle générale élémentaire, afin de pouvoir exercer uneprofessi<m quand la communauté commencera.
ô« A partir d'aujourd'hui, toutes les lois auront pour but de dii^inucr le superflu, d'améliorer le sort des pauvres et d'établir progressivement l'égalité en tout.
7° Le budget pourra n'être pas réduit , mais l'assiette et l'emploi en seront diff'érents.
89 La pauvreté, les objets de première nécessité et le travail seront affranchis de tout impôt.
90 La richesse et le superflu seront imposés progressivement.
10<» Toutes les dépenses publiques inutiles seront supprimés.
11* Toutes les fonctions publiques seront rétribuées.
12° Toutes le seront suffisamment et modérément.
13° Le salaire de l'ouvrier sera réglé et le prix des objets de première nécessité sera taxé de manière que chaque cultivateur, chaque ouvrier et chaque propriétaire puisse vivre convenablement avec le fruit de son travail ou de sa propropriété.
14° Cinq cents millions au moins seront ajBfeqtj^ chaque
année à fournir du travail aux ouvriers et le logement aux pauvres.
15° A cet effetj'tous les préparatoires pour rétablissement de la communauté seront immédiatement commencés.
16o L'armée sera supprimée aussitôt que possible avec récompense.
17° En attendant, elle sera employée avec une solde spéciale à des travaux d'utilité publique.
18o Le domaine populaire sera, s'il est possible, consacré de suite à l'application du système de la communauté, transformé en villes, villages ou fermes et livré à une partie des pauvres.
(sic) 20<> Le mariage des ouvriers sera encouragé et facilité.
21° L'instruction et l'éducation des générations nouvelles sera l'un des principaux objets de la sollicitude publique.
22° Elles auront pour but de former des citoyens et des ouvriers capables de pratiquer le système de la coinmunauté.
23° Cent millions, s'ils sont nécessaires , y seront consacrés chaque année.
Rien ne sera ménagé pour avoir tous les professeurs indispensables. La République leur fournira l'aisance et les considérera comme les plus importants de nos fonctionnaires publics.
(Cabet. — Voyage en Icarié, p. 558 et suivants).