EN ICARIE
§ 1" (1). Constitution sociale.— Profondément convaincus
(I) Tout ce programme établit nettement le caractère pacifique du communisme icarien, et combien il s'éloigne des moyens violents du babouvisme.
COBfMUNISMB IGARIBN 101
par rexpérience qu'il ne peut y avoir de bouheur sans association et sans égalité, les Icariens forment ensemble une société siu* les bases de l'égalité la plus parfaite. Tous sont associés , citoyens, égaux en droits et en devoirs ; tous partagent également les charges et les bénéfices de Tassociation, tous ne forment qu'une seule famille dont les membres sont unis par les liens de la fraternité.
Nous formons un peuple, ime nation de frères et toutes nos lois doivent avoir pour but d'établir entre nous l'égalité la plus absolue, dans tous les cas où cette égalité n'est pas matériellement impossible.
De même que nous ne formons qu'une seule société, un peuple, une seule famille, notre territoire, avec ses mines souterraines et ses constructions supérieures ne forme qu'un seul domaine, qui est notre domaine soctaZ.
Tous les biens, meubles des associés, avec tous les produits de la terre et de l'industrie, ne forment qu'un seul capital social.
Ce domaine social et ce capital appartiennent indivisément au peuple qui les cultive, et les exploite en commun, qui les administre par lui-même ou par ses mandataires, et qui partage ensuite égalcunent tous les produits.
(Cabet. — Voyage en Icarie, p. 35-36.)
§ 2. Constitution politique. — Le peuple est souverain, c'est à lui seul qu'appartient avec la souveraineté le pouvoir de rédiger ou de faire rédiger sa constitution et ses lois.
Le peuple a donc le droit de régler par sa constitution et ses lois tout ce qui concerne sa personne, ses actions, ses biens, sa nourriture, son vêtement, son logement, son éducation, son travail et même ses plaisirs. Ainsi il fait.
Si le peuple icarien pouvait facilement se réunir tout entiar dans une salle ou dans une plaine, il exercerait sa souveraineté en rédigeant lui-même sa constitution et ses lois.
Dans rimpossibilité matérielle de se réunir ainsi, il délègue tous les pouvoirs qu'il ne peut exercer immédiatement et se réserve tous les autres.
Il délègue à une représentation populaire le pouvoir législa.tif ; mais il se réserve absolument le droit de changer ses mandataires , d'apprendre ou de rejeter leurs propoajition^ et leurs actes (1). Il se réserve en outre rattribution 4® la justice, le niaintien de l'ordre et de la paix.
Les mandataires sont temporaires , révocables^ elr responsables, et le cumul des fonctions est interdit.
(Idem, p. 37, 38, 133.)
Famille, enfance, iNSTrruxioNs. — La famille, dans la plénitude de ses attributions, est maintenue en Icarie où le concubinat est interdit et le célibat frappé de réprobation (2).
La République protège l'enfant dès le temps de la grossesse de sa mère, et, pour que les mères puissent entourer leurs enfants de soins clairvoyants , des cours de maternité sont ouverts par des femmes-médecins à l'usage des jeunes femmes. La mère allaite son enfant, et reste sa seule éducatrice jusqu'à l'âge de cinq ans. A cet âge, a lieu la réception scolaire, et l'enfant fréquentera, jusqu'à 18 ans pour les garçons, jusqu'à 17 ans pour les filles , les écoles de la République qui donnent, avec l'enseignement artistique et scientifique, l'enseignement industriel, augmenté de tous les exercices du corps propres à développer les mains et la force musculaire. A l'expiration de la période scolaire à lieu
(1) C'est presque le mandat impératif du nouveau socialisme,
(2) Avant de maintenir la famille dans la plénitude de ces attribt^tionsy il faudrait peut-être procéder à une constitution familiale nouvelle. L'oppressive famille romaine qui sacrifie la femme et l'enfant et que nos légistes ont conservée ne saurait suffire à des é^âi^ litaires, encore moins à des communistes.
COMMUNISME ICARIEN 103
la réception ouvrière, et pour les garçons, à 21 ans, la réception
civique.
Ces initiations qui ont lieu le jour de la fôte natioaale,
sont entourées de Téclat le plus magniiique et de la solen*
nité la plus imposantc^au milieu des réjouissances populaires
de toutes sortes.
(Cabet. — Idem, p. 75 à 252.)
Travail. — Tous les Icariens étant associés et égaux doivent exercer une industrie et travailler le môme nombre d'heures; mais toute leur intelligence s'exerce à trouver tous les moyens possibles de rendre le travail court, varié, agréable et sans danger. Du reste toutes les professions qui sont distribuées dans les concours et selon les aptitudes, sont également un objet de sollicitude et de respect.
Les instruments de travail et les matières premières sont fournis sur le capital social, comme tous les produits de la terre et de l'industrie sontMéposés dans les magasins publics.
C'est donc la République, dépositaire universel, qui organise le travail et dirige toutes les branches de l'activité collective. C'est elle qui détermine la somme de produits nécessaires pour entretenir le bien-être et l'abondance chez tous les citoyens. C'est elle qui s'occupe des inventions, et perfectionnements accueillant bien toute innovation utile.
Ainsi donc, les cas particuliers de maladie, de congé et le repos du dimanche (consacré aux joies familliales), et de jom's de fête (consacrés aux fêtes nationales), exceptés, tout Icarien de l'âge de 18 ans à l'âge de 65 ans, époque où il a droit à un repos absolu, toute Icarienne de l'âge de 17 ans à l'âge de 50 ans (époque où également elle a droit au repos) sont ouvriers et ouvrières de la République, dans la mesure de leur force et de leurs aptitudes ; ils ont, en tout cas, dans la mesure du possible, un travail court, varié et agréable à effectuer.
(Idem, p. 156, 158, 1.60, 4ft,6iCV 163, 70, lai, 557, 251, 202.)
RÉPARTITION. — L'usage de la monnaie étant aboli, la République paye le travail en nature (1). Tout ce qui est nécessaire à la vie, nourriture, vêtement, logement, meubles, objets d'arts, est réparti égalemenis entre tous les citoyens sauf la distinction à faire pour l'âge ou le sexe. Le luxe n'est pas proscrit en Icarie, il doit simplement laisser passer avant lui l'utile et l'agréable pour tous, il doit aussi être accessible à tous.
(Id., p. 37, 13, 6, 99, 375, 56.)
Bien-être en Icarie. — De cette organisation résulte une incalculable économie de travail et de production de sorte que l'abondance et un large bien-être sont le partage de tous. Les soucis de la vie, les querelles naissant des intérêts opposés, les inquiétudes du lendemain, les souffrances de la misère sont inconnus en Icarie. Chacun est heureux, chacun veut être vertueux; tous sont finalement tolérants et bons, ils voudraient voir le monde entier pratiquer leur fraternité et recueillir les délices qui sont le partage de ses fidèles.
(Ibid,, p. 57, 287, 559, 560, 170, 171.)
Fraternité. — Nous soutencms que notre système est le plus simple, le plus clair, le plus intelligible, et que sa simplicité, saclareté, loin d'être un défaut, sont une véritable perfection, une incalculable supériorité sur tous les autres systèmes.
Si l'on nous demande :
Quelle est votre science? La fraternité ! répondrons-nous.
Quel est votre principe? La fraternité !
Quelle est votre doctrine ? La fraternité !
(1) C'est par trop Spartiate. Il aurait été plus juste de donner seulement des ^on8 de travail contre lesquels VIcarien se fournirait à son gré dans les bazars de la communauté.
COMMUNISME ICARIEN 105
Quelle est votre théorie î La fraternité !
Quel est votre système? La fratîBriiité !
Oui, nous soutenons que la fraternité contient tout pour
les savants conune pour les prolétaires, pour l'institut
comme pour l'atelier; appliquez la fraternité en tout, tirez
^ en toutes les^ conséquences, et vous arriverez à toutes les
solutions utiles (1).
Il est bien simple le mot fraternité ; mais il est bien puissant dans l'application de ses conséquences!
La communauté c'est le christianisme. — Jésus-Christ lui- ^ même a non-seulement proclamé, prêché, commandé la conmiimauté comme conséquence de la fraternité, mais il l'a pratiquée avec ses apôtres.
Ses apôtres l'ont ensuite pratiquée entre eux, puis avec les premiers chrétiens.
Et, pendant longtemps, les premiers chrétiens Tout pratiquée à l'exemple du Christ et de ses apôtres.
Si les commimautés religieuses avaient été mieux organisées, si elles avaient réimi des familles, et si chacunes avait compris un grand nombre de membres, elles auraient probablement établi la communauté sur la terre ; mais ces commimautés ne comprenant que des hommes seulement, et en petit nombre, c'est toujours une espèce d'individualisme et le communisme s'est arrêté au mépris du commandement de Jésus.
Cependant, le patriarche de Constantinople, saint Jean- Chrysostôme, Pélasge et ses nombreux partisans, les Bagaudes en Gaule, les Vaudois et les Albigeois en France, une foule de sectes protestantes en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, et une foule de philosophes ont pratiqué et prêché
(1) C'est par là que pèche le communisme pur : la fraternité est un sentiment, elle n'est pas un principe, encore moins un pivot d'organisation sociale.