‹ Exposé des écoles socialistes françaisesChapitre 28 sur 43 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Posltlvl»ine politique

Notice. — A. Comte est le créatem^ de la Sociologie^ et l'auteur d'une nouvelle Classification des sciences , œuvres qui immortaliseraient à elles seules le nom d'un penseur.

Mais ce n'est pas l'œuvre philosophique de ce grand homme que je viens analyser, c'est aux savants à le faire ; je viens simplement parler de sa. politique en d'autres termes du système socialiste qu'il a fait découler dess. philosophie positivr.

Ce côté de l'œuvre d'Auguste Comte a soulevé beaucoup de contestations ; certains amis du penseur ont dit que sa

' politique ne pouvait pas être acceptée au môme titre que sa philosophie, puisque cette politique était le fruit d'un dérangement cérébral, très-malheureusement survenu au milieu des immenses travaux de son auteur.

Des disciples ardents, parmi lesquels sont particulièrement connus, Pierre Laf&tte, Fabien Magnin, Robinet, Sémérie, Richard Con grève, Audiffrent , MoUin , soutiennent au contraire que la politique a été la conclusion naturelle de son œuvre philosophique, et ils n'hésitent pas à en faire ime panacée sociale.

Réunis dans le local autrefois habité par A. Comte, rue Monsieur-le-Prince, et qu'ils ont pieusement conservé depuis la mort du philosophe (1857), ils propagent avec dévouement la doctrine du maître.

Le socialisme positiviste, bâti sur une connaissance systématique des sciences, est, parcelamême, peu accessible aux prolétaires, dont il froisse d'ailleurs les sentiments démocratiques et égalitaires par le maintien de classes dirigeantes dans l'industrie.

Mais la puissance de la philosophie positiviste a projeté de larges reflets sur la petite école , et, si elle est peu nombreuse, elle a cependant une certaine influence sur le mouvement prolétarien.

Dans la Commune de Paris, les positivistes politiques ont vu une affirmation grandiose de la légitime prépondérance des villes sur les campagnes, sans laquelle, ajoutent-ils, le suffrage universel sera toujours rétrograde et les progrès acquis pourront toujours être remis en question.

Auguste Comte fut longtemps secrétaire de Saint-Simon, mais le disciple était trop grand, sa valeur intellectuelle, quoique n'étant pas du même ordre (Saint-Simon était surtout universalisateur et Comte surtout classificateur) pouvait être estimée au niveau de celle de Saint-Simon. Il y eut donc rupture, après que Comte eut publié le troisième cahier du Catéchisme industriel.

Dans ce livre, l'auteur déclare qu'il fallait fonder les sciences politiques et sociales sur les bases où l'on venait d'asseoir les sciences d'observation : il y formula en outre la fameuse loi Des trois États; c'était systématiser la loi du développement humain^ entrevue par Saint-Simon ; mais c'était arrêter net le saint-simonisme sur la pente religieuse où il commençait à glisser. En eflet, ne vouloir admettre dans le domaine de l'intelligence humaine que les faits observés ^ et par là même couper les ailes à l'imagination artistique, qu'était-ce faire, sinon stigmatiser du nom d'erreur subjective^ tous les rêves religieux dont allait se bercer les enfantiniens ? De ce côté, il devait être, et fut traité d'hérésiarque y mais il ne parut pas en avoir souci.

Lorsqu'il eut produit sa Philosophie positive, Comte, qui aimait à répéter cette phrase d'A. de Vigny : Une grande vie, c'est une pensée de jeunesse réalisée par ïàge mùry et qui aimait à dirCj sans doute d'après ses souvenirs de jeunesse auprès de Saint-Simon : De l union des savants et des prolétaires réalisant l'alliance d'une grande pensée et d'une grande force, dépend une convenable solution du problème social, voulut donner une sanction à ses travaux philosophiques et scientifiques en indiquant les bases de l'ordre nouveau.

Parlant d'abord du capital il en fit découler la formation des deux lois suivantes :

1" Chaque homme produit au-delà de ce qu'il consomme.

2° Les matériaux obtenus peuvent se consei*ver au-delà du temps qu'exige leur reproduction.

De ces deux lois, dont il démontre l'évidence, il conclut hardiment contre l'économie politique par ce théorème :

La classe des travailleurs étant celle qui fait vivre les autres est la seule, qui ne puisse jamais être trop nombreuse {!),

(1) En tous cas, la question de population ne petit èire posée que quand nous aurons épuisé les ressources du globe, et nous n'en sommes pas encore là.

P Les phénomènes industriels, très-compliqués de leur nature, sont parfaitement modifiables.

2° Il y a urgence et devoir d'intervenir au nom de Vhumanité et de modifier les phénomènes industriels.

« Enfin, dit un de ses disciples le D' Robinet, Comte a nié (^e l'on eût raison de séparer de la science sociale la considération des conditions matérielles de la vie collective, pour en faire une science distincte et spéciale, sous le nom d'économie politique ; il a nié que les économistes aient convenablement traité ce problème, soit au point de vue logique, soit au point de vue scientifique ; il a nié qu'ils aient constitué une science abstraite, réelle comme la physique, la chimie, l'astronomie ; mais il n'en a pas moins effectué lui-même au point de vue primitif, et comme base et partie essentielle de la science sociah, l'étude rigoureuse et complète des phénomènes économiques. »

Cette dernière affirmation est contestable, mais il n'en reste pas moins acquis, que la démonstration positiviste de la modifkahilité des phénomènes industriels peut être considérée comme une des bases fondamentales du socialisme scientifique, que Comte aura tant contribué à substituer au socialisme utopiste et sentimental.

Il est un autre côté par lequel Auguste Comte est très-peu connu, c'est son grand amour pour l'humanité. Sous l'influence de cette noble Clotilde de Vaux, qui le suivra dans son immortalité, il écrivait, parmi ses découvertes scientifiques et ses vastes synthèses, des phrases comme celles-ci :

On se lasse d'agir, on se lasse de pe^iser ; on ne se lasse jamais d'aimer.

D'autres fois, il traçait en ces terme3 le Revoir de la vie :

Aimer pour penser, penser pour agir.

A-t-on jamais dit mieux et plus juste ?

Bonté, science, action, n'est-ce pas la fameuse triade ([ue, depuis les sages de l'Inde jusqu'à Pieno Leroux, tant do penseurs ont cherchée?

POSITIVISME POLITIQUE 1 oô

teàis sa préoccupation constante d'édifier ia société nouvelle sur le devoir, l'a conduit à des conceptions singulières : c'est ainsi 4[Ue, pour faire accorder sa propriété individuelle avec la nécessité du concours industriel, que les économistes appellent force collective, il préconise la formation de riches artificiels. De riches industriels livreraient leur fortune au plus digne d'entre eux, et celui-ci s'engagerait à user de cette fortune selon le devoir positiviste ; de la sorte, dit Comte, la dignité personnelle sera sauvegardée, et les conditions de la grande industrie remplies; si le chef industriel est indigne, on aura contre lui le recours de la grève. Cette façon autoritaire de régler la possession de la richesse, descend en droite ligne de la théocratie industrielle de Saint-Simon.

Relativement à l'hérédité, Comte préconise l'hérédité soclocratique, à l'aide de laquelle, pense-t-il, tout homme oyant le droit de disposer de son avoir d'une façon absolue, en faveur de celui qu'il jngera le plus digue de lui succéder, la richesse sociale sera de plus en plus entre les mains de ceux qui auront souci de l'employer au service de l'humanité. C'est au moins contestable.

La donnée Saint-Simonienne, de substituer l'élection de la capacité au hasard de la naissance, pourrait amener une amélioration, mais le problème resterait à résoudre et l'égalité, cette nécessité de l'avenir, continuerait de domhier les aspirations populaires et de préparer des révolutions.

PHiLosopmE POSITIVE. — Avaut d'exposer le côté social de la doctrine positiviste il est utile de transcrire ici les lois fondamentales et les tableaux principaux de la philosophie d'Auguste Comte.

La simple table des travaux philosophiques du père de la Sociologie, en même temps qu'elle aidera le lecteur à la compréhension de ce qui suivra, lui donnera une idée de la puissàôéë de conception qu'atteignit ce grand cerveau.

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