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CHAPITRE IX

Donnée de Guépin

Notice. — Le docteur A. Guépin de Nantes, doyen actuel du socialisme français, écrivit, dès 1832, une statistique sur le travail et la misère à Nantes. Mais, ne se bornant pas à constater le mal, il tâcha de faire connaître le remède, qu'il voyait dans l'universalisation du crédit. En 1857, il publia son ouvrage capital : La philosophie du socialisme.

Ce livre, qui est surtout ime compilation très-bien faite^ est peut-être le plus instructif qu'ait produit le socialisme français de cette époque.

Ayant côtoyé toutes les écoles d'alors sans s'être inféodé à aucune, et ne voyant dans le socialisme, malgré la diversité de ses manifestations que la vaste élaboration d'un ordre nouveau, confus encore, à Vétat embryologique, selon son expression, il s'occupa plus d'exposer, de classer, de vulgariser, que de créer de toutes pièces un système personnel.

Il a indiqué d'une main hâtive mais puissante, le filon historique qui relie le socialisme contemporain aux antiques genèses indiennes, et aux différents événements qui ont dominé l'histoire, et, pour arriver à ce qu'il appelle la révélation française, il donne en passant l'idée cosmogonique et sociale des Védas,de Zoroastre, des prêtres égyptiens, de Moïse, des druides gaulois, du Boudha çakiamouni, de la philosophie grecque, de Pythagore, d'Odin, de Jésus, des Apôtres et des Pères de l'Eglise, de la politique romaine, de Mahomet, des Utopistes occidentaux, enfin des Encyclopédistes et de la Montagne révolutionnaire.

Dans une autre partie de son livre, pour démontrer que le socialisme repose sur ime base scientifique, il trace à grands traits une sorte de tableau général des connaissances

humaines. Ce tableau, un peu vieilli aujourd'hui, a dû aider à la généralisation de la science sociale.

Par une contradiction étrange, le philosophe socialiste donne une explication matérialiste du système vital, par la démonstration de ce qu'il appelle très-scientifiquement la •polarité du cerveau ^ et il croit en même temps au dieu des néo-chrétiens.

Quoi qu'il en soit, il se dégage de son livre une idée générale très-large, qu'il a résumée lui-même en termes précis et clairs.

Le lecteur lira le résumé de ses vues avec d'autant plus de fruit, que Guépin s'était merveilleusement imprégné de toutes les idées générales et incontestées du socialisme de son temps.

EXPOSITION

Que ridéal soit toujours le but et la règle de votre vie.

(Lettre de Manuel h Guépin.

Bases physiologiques du socialisme, — Tout ce qui existe, était primitivement à l'état amorphe au sein de la nature. Nous avons l'habitude d'appeler création, les métamorphoses de la vie. Tous les êtres du règne végétal et du règne animal, sont arrivés à leurs existences actuelles, par des transformations qu'ont produites leurs attractions et leurs affinités ; il est donc logique de penser que, pour le règne social, les attractions et les affinités produiront aussi la série des uturs développements.

Les axes qui déterminent l'orientation et la polarité, sont un fait général qui se remarque dans les quatre grandes vies de la nature.

Plus ces vies sont élevées dans l'ordre hiérarchique des êtres, plus l'axe est palpable et joue im grand rôle. La vie

sociale a le sien, qui est déterminé par les quatre facultés cardinales de Thomme : la religiosité, la sociabilité, le philosophisme et l'idéalisme.

Émaner, se transformer, arriver à un état complet de développement, osciller plus ou moins longtemps autour de cet état, se dégrader et cesser de se manifester, pour se reproduire de nouveau dans des émanations nouvelles : voilà la série des principaux faits de la vie dans tout ce qui existe. Toute vie, est donc une série composée de divers groupes de manifestation qui représentent ses différentes ^ phases. Toute vie est une harmonie, parce qu'il y a rapport régulier entre deux moments , entre deux termes contigus de toute existence.

La nature, ayant distribué par série de groupes, les vies minérales, végétales et animales, Fharmonie des vies sociales résultera nécessairement d'une semblable disposition. La vie sociale, se compose de faits matériels et intellectuels, dont le cerveau est l'organe directeur. Le cerveau est soumis aux règles de la physiologie; donc, rien n'échappe aux Ç grandes lois de la nature, et l'idée d'une mécanique sociale, parallèle à la mécanique céleste et aux mécaniques végétales et animales, n'a rien qui puisse répugner à l'esprit. Le cerveau de tout «homme, est une république d'organes intellectuels ; chaque organe est doué de propension, d'imitation, de mémoire, de jugement et d'imagination. Chacun d'eux, dans sa spécialité, dirige souvent seul l'être humain. Chacun d'eux se délasse du travail, en laissant à un autre le soin de présider et de diriger à son tour. Par suite, varier les travaux, c'est rendre le travail attrayant, c'est comprendre une des lois importantes de la mécanique passion nelle des individus et des sociétés. Quoique l'étude des phénomènes anormaux de notre être nous ait appris beaucoup de faits concernant l'extase et ses diverses formes, l'extase religieuse, le magnétisme animal, la démonomanie, la lycanthropie, les guérisons dites miraculeuses, ouvrant

ainsi un vaste champ à de nouvelles études, cependant, il reste immensément à faire dans cette direction.

En analysant chacun de nos actes intellectuels, nous y trouvons la sensation, le sentiment, la connaissance, division trinaire (1) qui se reflète partout. Nos actes cérébraux étant des phénomènes physiologiques, la sensation, le sentiment, la connaissance , et par suite tous les faits moraux et intellectuels, rentrent dans le domaine de la physiologie. La spontanéité de toute vie oscille sans cesse entre deux forces, la nature et l'éducation, la providence et le destin, la cause première et les faits qu'elle a produits. Cette oscillation constitue ce que Ton appelle la liberté. Chaque existence ayant un commencement , un milieu , une fin , à ces trois termes correspondent les trois phases de l'esprit de l'homme et de l'esprit des peuples : la poésie , la métaphysique et la science (2), l'enfance, la jeunesse et la virilité des intelligences. Et, comme au sein des nations la vie se renouvelle sans cesse en mille manières différentes, nous verrons se reproduire A, chaque nouvelle découverte de l'esprit humain, ces trois phases qui correspondent à la sensation, au sentiment et à la connaissance. Ajoutez à ce qui précède rinfluence providentielle, c'est-à-dire l'unité de place de la nature, se reflétant dans toutes les séries des êtres, le balancement des organes, suite de cette imité de plan, les lois et les analogies embryogéniques, et vous aurez une physiologie générale pouvant expliquer tout ce qui existe , même ce que Ton appelle les monstruosités et les miracles ; pouvant, par suite annoncer, prophétiser, décrire le monde social dans les principaux faits de sa vie, depuis son existence embryonaire jusqu'à sa mort (3).

(A. CuKPiN. — Philosophie du socialisme , p. 254 et suiv.)

(1) Proclamée par Pierre Leroux. (Voir sa Triade.)

(2) Voir la loi des trois états d'Aug. Comte.

(3) Il aurait été bien plus rationel de dire simplement que notre volonté est soumise à des lois naturelles en vertu desquelles elle se détermine.

RÉVÉLATIONS SOCIALISTES. — Le soufile de Dieu sur notre monde , la puissance qui a produit à travers les âges dans

Tordre moral , la série des progrès de toute nature , a porté des noms différents ; elle s'est appelée Confucius à la Chine; Çakiamouni ou le Boudha dans Tlnde; Pythagore, Socrate et Platon dans la Grèce; Moïse et Jésus dans la Judée, les Pères de l'Église sur les ruines de l'empire de Rome.

La Convention nous représente, à la fin du dernier siècle, ces diverses écoles socialistes , issues nombreuses par lesquelles s'échappent de nos jours, comme d'autant de sour- *1« ces abondantes, le fluide inspirateur qui électrise l'humanité. | i

Nous devons encore considérer comme des révélations vé- I K ritables les grands hommes de la science; ceux qui nous })i ont fait connaître les admirables lois de l'univers, les Galilée, les Kœpler, les Descartes , les Leibnitz, les Newton, les Laplace, les Bichat, les Gall, les Geoffroy Saint-Hilaire; et, par ime heureuse tendance, qui chaque jour devient plus commune , les grandes puissances de Tordre moral sont >Vt aussi les grandes puissances de Tordre scientifique.

Vesprit saint se révèle donc sans cesse aux hommes, s'incarnant dans les plus nobles créatures, pour garder différents langages , selon les temps et les lieux, et se faire partout la divine eucharistie qui doit nourrir et entraîner les âmes vers Tavenir. Le style chrétien n'était pas le moindre défaut des socialistes de 1848. .

L'avenir c'est l'idéal dont Thumanité se rapprochera sans ^ cesse davantage, et par la pratique et par la théorie; l'idéal, ( c'est le régne de Dieu sur la terre, c'est l'harmonie univer- V selle, progressivement produite par la gravitation, les affinités et la polarité, c'est Tordre des cieux dans Thimianité.

(Ibid., p. 258.)

RÉSUMÉ THÉORIQUE. — L'humaulté n'existe pas encore Ce que Ton appelle l'histoire n'est autre chose que le récit des phases diverses de Vembryologie sociale; mais nous nous

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rapprochons chaque jour davantage par les transforma-

■-^ tions successives et progressives de cette époque dans laquelle les peuples divers auront intelligence et conscience de la solidarité. Alors cessera la période de chaos signalée

^ par Fourier, alors cesseront les époques organiques et critiques de Saint-Simon, alors l'humanité créée par Tassociation entre les individus, les familles, leë commîmes, les cantons, les départements et les peuples, vivra de sa vie

**f collective, avec toutes les merveilleuses manifestations dont elle est susceptible, et le magnifique tableau de V ordre combiné de Fourier ne sera pas un rêve, ou ne sera qu'un rêve

^ bien au-dessous de la réalité.

Mais l'embryologie de l'homme a trois phases : dans la pre- .mière, le développement porte sur le cerveau et sur le système nerveux; dans la seconde, sur le système circulatoire ; dans la troisième, sur les organes glandulaires et le

'^ tube intestinal. Ces trois phases nous les observons dès aujourd'hui dans le développement des associations (1).

■ La première s'effectue dans les grandes villes, centres nerveux de l'himianité, où se forment les premières associations, où se manifestent les premiers rudiments d'organisation. Une ou plusieurs banques centrales, des associations déjà créées, réaUseront la seconde que signalent le mono-

^ • pôle des capitalistes et nos banques privilégiées. La troisième aura lieu quand l'association pénétrera dans nos campagnes et enveloppera l'humanité, conime la peau enveloppe les organes du corps humain. Ce triple travail terminé, l'humanité aura sa jeunesse puis sa virilité, et il en sera d'elle comme de notre système solaire qui oscille autour d'un état moyen. Elle jouira d'une vie parfaite, réellement indéfinie dans sa durée, sans que la science puisse actuellement prévoir ses périodes, la forme et le retour des séries

(1) Ne pas oublier que Guépin, en même temps que socialiste de talent, est docteur en médecine.

terrestres qui consacreront sa déchéance, puis sa mort.

Le propre de la vérité absolue, c'est de conduire à l'explication de tous les faits dont les hypothèses erronées ou incomplètement vraies ne peuvent donner l'interprétation. Soumise à cette épreuve notre manière d'envisager la famille suffit à expliquer tout ce qui concerne l'humanité.

Une agglomération de molécules inorganiques n'est ni une combinaison chimique, ni un cristal. Une agglomération de molécules organiques, n'est ni un être vivant, ni I même un simple organe. Une agglomération de molécules so- i ciales n'est ni une famille, ni une commune, ni une société. }

Pour qu'il y ait cristal, organe, commune, il faut plus qu'une agglomération, il faut un rapprochement qui permette aux affinités de s'exercer. Ainsi s'explique l'infériorité actuelle dans notre France de toutes les communes rurales dans lesquelles il n'existe que des rudiments d'orga- ^ nisations représentés par des bourgs et des villages ; de là leur état vraiment embryonnaire, constaté trop souvent par des conseils mimicipaux peu éclairés, par des dévots quelquefois plus idolâtres que chrétiens, par l'absence ou l'insuffisance des instituteurs primaires et des moyens d'éducation, par le morcellement et l'éloignement des habitants, par la division parcellaire des propriétés, par l'absence de banques agricoles, de syndicats ou associations pour les ventes et les achats, poiu* la production et la consommation, pour l'emploi des machines, pour les irrigations, pour la réduction de tous les frais généraux de leur industrie, pour la suppression de la concurrence entre fermiers, pour la location de toutes les terres de la commune au nom d'une commission prise dans son sein et chargée de la représenter successivement vis-à-vis des propriétaires et vis-à-vis des fermiers qui deviendraient tous de la sorte les fermiers de la commune devenue à son tour souveraine dans l'exercice de son agriculture et de ses industries.

Guidées par leurs besoins ou leurs attractions vers des

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fonctions diverses, les familles, en se réunissant, doivent naturellement donner lieu à des communes ou à des tribus, chargées aussi dans le grand atelier social de fonctions différentes ; et, de même que les cristaux ont des axes, qui servent à les classer, les conmiunes auront toutes un axe, un pivot, une dominante qui permettront de les rapporter à six grandes séries, selon qu'elles seront composées plus spécialement de laboureurs, de pécheurs ou de chasseurs, de mineurs, d'industriels ou fabricants, de commerçants, voituriers par terre et par eau, ou magasineurs, de savants et d'artistes. Ces types primitifs, en se combinant entre eux, pourront donner naissance à un nombre infini de variétés.

Nous avons- vu la famille orientale produire des tribus, des peuples et conduire à la grande unité musulmane. A son tour la famille occidentale produira les communes, des peuples, (on croirait cette phrase écrite depuis la révolution communale de Paris) et la grande famille humaine. Ici, comme dans la famille musulmane, l'imité du dernier ordre ne sera que la première élevée à une certaine puissance, d'où cette conséquence qu'une fois la commune républicainement ' instituée selon la formule : Liberté, Égalité, Fraternité, les communes supérieures, les nations et l'humanité devront avoir aussi la même organisation.

Notre point de vue excessivement fécond, pourrait donner naissance à mille considérations très-intéressantes en histoire, en géographie, mais ce serait nous écarter du but que d'ouvrir de larges parenthèses pour les exposer.

La Commune. — La Commune devant être faite à l'image du corps humain, étudions ses principaux organes. Le cerveau nous représente l'intelligence de l'homme, il est un et multiple ; il reçoit les impressions tant internes qu'externes et il en déduit ces conséquences que nous appelons volontés. 11 a ses organes spéciaux pour les spécialités, il est le directeur de notre économie. La Commune aussi a son cer-

veau représenté par toutes ses intelligences adultes et normales, qui peuvent et doivent se partager le travail de sa direction selon leurs capacités diverses, de manière à ne former qu'une unité dans une multiplicité. Dans le cerveau de l'homme domine la religiosité, la sociabilité, l'esprit philosophique, et l'esprit artistique, qualités cardinales que la république des intelligences communales, doit avant tout prendre pom* guide, de manière à se trouver toujours dans la direction du juste et du vrai en religion, en socialisme, en philosophie et même en esthétique et en idéal.

Soit une commune composée de mille intelligences adultes et normales, ces intelligences devront, pour s'organiser, se partager en séries correspondantes aux divers besoins de l'association, le même individu pour des intérêts spéciaux pouvant conseiller, délibérer et voter, agir même dans plusieurs d'entre elles. Toutes ces séries auront un centre commun vers lequel viendront converger et se résoudre les intérêts moraux, intellectuels et physiques de l'association et les difficultés qu'ils pourraient faire naître.

La Commune par suite de la similitude que nous venons d'établir, aura 1" sa chaire évangélique où sera prêchée la charité, comme la voulait le Christ (1); 2<> sa mairie, où seront réglés ses intérêts sociaux ; 3'> ses moyens d'instruction élémentaire et philosophique, 4<» ses fêtes, ses plaisirs destinés à semer de quelques fleurs le sentier de l'existence aujourd'hui si triste et si monotone.

Ainsi seront représentées dans son sein les quatre facultés qui donnent à l'homme son immense supériorité sur les autres animaux. La commune verra donc naître nature-llement du principe même de son institution et pour ainsi dire sans frais pour elle, tous les éléments d'organisation si coûteux aujourd'hui, quoiqu'ils soient encore rudinjen'

(1) Dites plutôt la science sociale et la puissance de la solidarité humaine.

taires dans son sein, tels que : 1* le culte ; 2^ radministration iqui comprendra les faits de production, de consommation et de justice ; 3® l'éducation ; 4«> les plaisirs et les fêtes. Un animal quelconque se développe au moyen des molécules organiques que lui fournit l'alimentation. La commune se continue et se développe à son tour par les enfants ou molécules sociales que lui fournissent la génération et l'éducation. De là, pour elle, la nécessité de veiller à sa propre existence en perfectionnant ces deux grands facteurs, de l'être humain. D'un côté elle surveillera les mariages qui ne devront être ni des marchés d'argent ni de brutaux accouplements et jugera en premier ressort les demandes de divorce. De Tautre, elle aura une crèche et une grande serre L'été, les jeunes enfants y seront à l'abri d'un soleil trop ardent; l'hiver ils n'auront à y redouter, ni le froid, ni la ploie. En tous temps ils trouveront une température agréable, un air suffisamment renouvelé, des fleurs, quelques arbustesetle lait pur et substantiel de vaches bien portantes. C'est ainsi qu'à l'abri des intempéries, sous llnfluence d'une excessive propreté, de soins incessants, d'une nourriture toujours convenable, on effacera chez les enfants les influences transmises avec le sang, régénérant les races, et préparant à l'humanité des hommes plus beaux, plus vigoureux , plus capables d'atteindre un âge reculé que nos races actuelles et surtout que les enfants abâtardis et dégénérés de nos cités populeuses. Viendront ensuite les salles d'enfance improprement appelées salles d'asile, les écoles d'adolescents et l'apprentissage soit au sein de la commune, soit par échange, par rétribution ou de toute autre manière au sein de communes différentes ou dans des institutions spéciales créées aux frais de toutes les communes par leur association générale. Inutile de répéter que l'éducatibn aura constamment pour but, de faire prédominer chez l*individu les tendances religieuses, sociales, philosophiques et artistiques ne leur donnant la direction de to\3l<^^

les intelligences sanctifiant ainsi les passions et les faisant toutes converger vers le but social.

Cette doctrine n'accepte on le voit, la souveraineté de l'individu que dans les limites posées par la morale. Tout homme qui s'y conforme est souverain dans ses actes, mais la liberté loin d'être illimitée, se trouve naturellement bornée par l'activité générale des quatre facultés qui doivent diriger les masses et les individus, dans un sens et dans im ordre de faits utiles à tous. C'est là ce qui fait la supériorité de notre critérium sur celui des conventionnels (1).

Nos molécules organiques subissent trois phases, elles entrent en nous, et deviennent aptes à fonctionner, elles fonctionnent et sont reprises par les vaisseaux absorbants, puis rejetées au dehors de l'économie quand leur mission est terminée. — De même, dans la commune les êtres naissent et reçoivent de l'éducation, puis ils travaillent. Cette seconde période terminée, viennent la déchéance par vieillesse et par infirmité, puis la mort. Nous trouvons donc, entre ces deux moments singuliers de la vie humaine appelées naissances et mort, l'éducation, la fonction et la retraite : trois phases obUgatoires pour tous les individus qui seront conduits chacun par leurs affinités aux travaux que leur vocation réclame.

La vocation ne peut s'entendre d'im désir plus ou moins ambitieux, exprimé par la personnalité, humaine, mais bien d'une tendance manifestée par les aptitudes spéciales, et légitimée aux yeux de tous par des efforts persévérants et fructueux.

Ainsi, chaque membre de la commune sera préparé par elle au travail ; tous recevront une éducation qui tiendra compte de leurs tendances, de leurs attractions, de leurs

(1) De nos jours encore c'est une plus haute compréhension de ridée communale qui fait la supériorité, quant à la doctrine, des socialistes sur les Jacobins.

aptitudes. Tous pour compléter cette instruction première seront aidés à faire leur tour du monde, et pourront s'enrôler dans un compagnonnage nouveau qui ne sera plus le secours mutuel et la fraternité parmi les ouvriers françeiis, mais le travail et la fraternité parmi tous les travailleurs de Tancien et du nouveau monde. Conduit ainsi à la porte des ateliers artistiques, scientifiques et industriels, l'homme y fonctionnera jusqu'à l'heure du repos où ses vieux jours seront protégés par le respect acquis au vétéran blanchi sous les armes.

C'est de la sorte que la commune s'associera à l'humanité avec laquelle elle s'identifiera chaque jour davantage par le contact des étrangers de toutes les races et de toutes les contrées.

(A. GuÉpiN. — Ph, du soc. p. 714 et suivantes.)

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