‹ Exposé des écoles socialistes françaisesChapitre 36 sur 43 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Matuelllame

Mutuellisme. — Proudhon est l'enfant terrible du socialisme. Ce fils de paysan qui fut ouvrier manuel dans sa jeunesse, entrera dans la cité de l'idée en barbare de génie ; il passera tout au creuset de sa critique puissante, et tout ce

qui ne s'accordera pas avec sa conception de la justice, il le brisera ou essaiera de le briser.

Le principe d'autorité, si cher au socialisme utopiste (le fouriérisme excepté), trouve en lui plus qu un adversaire redoutable, il trouve un ennemi vainqueur.

Il y avait, au temps de Proudhon, comme il y a encore de nos jours, deux partis qui se disputaient le gouvernement de la société française :

1*» Le parti monarchique, de droit divin avec les légitimistes, oligarchique avec les orléanistes, césarien avec les bonapartistes, mais dans chacune de ces manifestations, ennemi des masses populaires, et incompatible avec le progrès par conséquent avec la société moderne et fatalement condamné à pérk.

2^ Le parti républicain proprement dit, adorateur, conmie le parti monarchique de Dieu dans le ciel et de l'autorité sur la terre. 11 se distingue du premier en ce qu'il remplace le chef royal ou impérial absolu ou constitutionnel, par un président quaternal ou décennal, temporaire ou à vie, et une assemblée souveraine, constittiante ou législative, mais dans tous les cas omnipotente.

Ce parti se disait progressiste, et cependant il n'apportait aucune réforme sérieuse ni dans l'ordre judiciaire, ni dans l'ordre administratif, ni dans l'ordre économique.

Il n'en avait pas moins une certaine vitalité, soutenu qu'il était par tous ceux qui veulent conserver intacts les privilèges de la bourgeoisie sur la subordination et la misère croissante du prolétariat. D'autre part, habile à flatter certains instincts de politique rétrograde des masses, il entraînait ceux qui sont habitués à se payer de mots.

En présence de ces deux ennemis de l'avenir, Proudhon estima que le parti monarchique menait ses funérailles avec assez de célérité, pour qu'il ne fût pas tant besoin de fouetter ses croque-morts; il importait surtout de frapper le néoautoritarisme et, en effet, il le frappa sans relâche.

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Dans sa haine invétérée contre tout ce qui, de près ou de loin, touchait à rautorité, il ne manqua pas d'éclabousser les écoles socialistes, toutes plus ou moins autoritaires et mystagogues, selon son expression. Il se plaisait à faire ressortir certains côtés ridicules des systèmes montés de toutes pièces. Aussi le toile fut-il général contre cet Ërostrate de la Révolution qui profanait tous les temples, sans s'inquiéter si les dieux qu'on y adorait, étaient jésuitiques, monarchiques, libéraux ou démocratiques, et qui exhibait, pour les exposer aux rires de la multitude, les trucs vénérés que jusque là tous les gouvernants sans exception, républicains aussi bien que monarchiques, avaient religieusement conservés dans l'arche sainte de l'Etat.

Dans un moment d'humeur, agacé par les cosmogonies religieuses que les réformateurs de son temps (Comte excepté) superposaient invariablement à leurs idées de réformes sociales, et ne trouvant pas, dans la philosophie allemande, son étude de prédilection, les éléments suffisants pour donner de l'athéisme une démonstration scientifique, il s'écria :

BieUy c'est le mal ! Après quoi il passa outre, sans s'inquiéter des clameurs soulevées par cet apostrophe, ou plutôt satisfait de les exciter.

Néanmoins il se garda bien de conclure. Dans le même ouvrage, {Les Contradictions économiques) y il dit naïvement et loyalement :

S'il est une continuation à la vie humaine dans un monde ulteneur ou si l'équation suprême n'est réalisée que par un retour au néant ; c'est ce que j'ignore.

Le premier entre les socialistes français, il s'occupa de savoir ce que c'était que les forces économiques et il donna d'un grand nombre d'entre elles des définitions qui resteront.

De ces forces économiques, la première en importance est évidemment la propriété. L'impitoyable dialecticien toiu:na et retourna la question, et, après avoir démontré « que

la propriété individuelle ne peut être justifiée par aucun principe de jurisprudence^ d'économie politique, de psychologie et de métaphysique, qu'elle ne peut exciper d'aucune origine légitime, et que les droits d'usucapion, de prescription, de conquête, de concessions, laissent entier le droit des générations futures de régler commes elles l'entendent la possession des richesses sociales, il répéta, en la faisant sienne, la définition du girondin Brissot : La Propriété, c'est le vol !

La rumeur que souleva cette audacieuse négation de l'ordre social dure encore.

Dès lors, Proudhon devint, pour la bourgeoisie française qui ne croyait pourtant pas au diable, la personnification de Satan. Ce fut contre lui un déchaînement universel.

Mais l'indomptable contempteur de la société, comme l'appelèrent ses ennemis, ne respirait que plus librement dans cette atmosphère de haine, et il puisait dans la chaleur du combat des forces nouvelles. Ce penseur était surtout lutteur, et ce ne fut pas le moindre de ses défauts. Dans les questions de la plus haute importance, il assaisonnait ses meilleures démonstrations, surtout quand il discutait avec ses confrères du socialisme, de telles insultes, qu'il éloignait ceux-là même qui étaient portés à lui donner raison.

Cependant, il ne tira pas de son théorème sur la propriété les conclusions qui en découlaient. En haine du communisme, dont il resta l'ennemi acharné, il repoussa l'appropriation collective, comme annihilant la liberté individuelle : il considéra la propriété comme une valeur de circulation, laquelle par l'organisation d'un crédit mutuel et gratuit garantissant à tous l'échange à prix de revient, serait accessible à tous les travailleurs. C'est ce qu'il appela Y universalisation de la propriété

Mais il ne fut nullement novateur en préconisant cette mobilisation de la propriété qui, en dehors inème du socialisme, est devenue une nécessité de l'évolution éconoûiique.

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Quant aux moyens, Técole sain t-simonienne avait parlé de mise en actions de circulation du sol et des instruments de travail de la France. Chez Fourier, la valeur représentative du phalanstère était transformée en actions au porteur.

Et si, comme dans tout ce qu'il croyait sa conception personnelle, Proudhon n'aguère eu qu'une originalité de forme, on doit en excepter toutefois le Crédit gratuit qui est bien à lui, sans oublier que, sous le nom de garantisme, Fourier avait rêvé quelque chose de moins complet mais d'ana^ logue.

Dans sa solution de la propriété, Proudhon avait singulièrement négligé une des forces économiques qu'il avait si bien décrites dans son Premier mémoire sur la propriété (1841). Je veux parler de la force collective, qui par la transformation des conditions de la production et par les moyens nouveaux de circulation, est devenue le rouage principal de l'organisme social. On peut même dire que le socialisme contemporain se base sur ime bonne organisation et sur une équitable distribution de cette force. Proudhon ne le comprit pas et s'arrêta à l'idée de contrat. Le contrat peut assurer la justice à ceux qui peuvent contracter dans l'égalité de force et de connaissance ; mais il laisse dans la nuit du chaos social, en proie à l'ignorance et à la la misère, la grande plèbe, que le conununisme, plus logique, appelle théoriquement au bonheur commun.

« Grâce à une dialectique vigoureuse (mais sophistique) mise au service d'une méthode plus souvent méthaphysique que scientifique, le précurseur du socialisme scientifique, Proudhon, à découvert dans le monde social des lois que l'observation confirme de jom* ea jom^ davantage ; il est toutefois incontestable que l'hypothèse joue encore un rôle infiniment trop considérable dans les ouvrages de ce penseur et que souvent, il a conclu à priori ou par des observations insuffisantes ; témoin les conclusions de ses derniers ouvrages relatives, au rôle social des grèves et des trades-

unions, et celle relative aux tendances de la production moperne vers l'association, et par suite vers l'appropriation \ collective des terres et des grands instruments de travail, deux phénomènes économiques dont Proudhon a méconnu rincunense portée, au point de vue de l'organisation de l'avenir, et qu'il a condamnés même au nom du raisonnement et de la logique. » (Depaepe — Internationale du 10 octobre 1869). ,

Non seulement, ainsi que le dit Depaepe, Proudhon a I négligé la méthode scientifique dans sa dialectique, mais encore il a varié du tout au tout dans ces procédés de raisonnement.

Dès le début, enthousiasmé delà philosophie allemande, qu'il rêva d'importer en France il n'emploie d'autre procédé logique que Vantinomiej mode de recherche découvert par Kant, puis systématisé par Hegel.

L'antinomie peut être un chef-d'œuvre de méthaphysique mais elle est inemployable de notre temps, surtout en France, pour deux raisons : la première, c'est qu'elle est anti-scientifique en ce qu'elle soumatj toute proposition à une forme arbitraire de raisonnement; la seconde, c'est qu'elle est antipathique à l'intellect français, qui, à l'opposé de l'intellect allemand, est toujours plus généralisateur qu'analytique.

« Dès qu'un fait, ime idée, présente un rapport contradictoire et développe ses conséquences en deux séries opposées, il y a dégagement à attendre d'une idée nouvelle et synthétique. » Tel est, selon Proudhon, la raison scientifique de l'antinomie procédant par une affirmation (Thèse), une négation ou affirmation contraire (anti-thèsé), et une résultante de comparaison (synthèse).

Dès qu'il s'imprégna de positivisme et que la notion de relativité lui apparut comme la règle de toutes les démonstrations (qui deviennent impossibles ou arbitraires au delà de certaines limites) et comme la loi de tous les phénomènes

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(toujours soumis à des lois de successions et de similitude), le fougueux dialecticien brûla ce qu'il avait adoré.

« V antinomie ne se résout pas, a-t-il écrit plvs tard, (De la justice dans la révolution et dans TEglise, t. 1, p. 353). Là est le vice fondamental de toute la philosophie hégélienne : les deux termes dont elle se compose se balancent, soit entre eiuc, soit avec d'autres termes antinomiques, ce qui conduit au résultat cherché. Mais une balance n'est point une synthèse tel que l'entendait Hegel, et tel que je lavais supposé après lui. »

Chose extraordinaire, au moment même où il reniait l'absolutisme philosophique, où il condanmait la conception antique, remise à neuf par la politique allemande qui avait fait découler le droit de la force, Proudhon soutenait l'un des plus choquants résultats de ces deux erreurs : la subordination de la fenune.

Par antipathie pour le conununisme, il glorifia l'étroite et dure famille romaine, consacrant l'omnipotence du père et la subordination, sans recours, de la femme et de l'enfant.

Il s'évertua à prouver Vinfériorité physique, intellectuelle et morale de la femme.

(( D'après ces observations, dit-il, Vinfériorité physique de la femme résulterait de sa non-masculinité,

(( L'être humain complet et adéquat à sa destinée, je parle du physique, c'est le mâle qui par sa virilité atteint le plus haut degré de tension masculine et nerveuse que comportent sa nature et sa fin, et par là le maximum de l'action dans le travail et le combat. La femme est un diminutif d'homme à qui il manque un organe pour devenir autre chose qu'un éphèbe. »

« De ce premier chef de la constitution physique et jusqu'à plus ample informé, la fenmie reste inférieure devant l'homme, une sorte de moyen terme entre lui et le reste du règne animal. »

« D'après ce qui précède, la puissance intellectuelle étant chez l'homme comme 3, sera chez la femme comme 2. Et

puisque dans l'action économique, politique et sociale, la force du corps et celle de l'esprit concourent ensemble et se multiplient l'une par l'autre, la valeur physique et intellectuelle de l'homme sera à la valeur physique et intellectuelle de la femme comme 3X3:2X2 soit : : 9 à 4. »

« Relativement à nous, la femme peut être qualifiée un èfte immoral. »

« La femme est une réceptivité. De même qu'elle reçoit de l'homme l'embryon, elle en reçoit l'esprit et le devoir. »

« Improductrice par nature, inerte, sans industrie ni entendement, sans justice et sans pudeur, elle a besoin qu'un père, un frère, un amant, un époux, un maître, un homme enfin, lui donne, si je puis ainsi dire, l'aimantation qui la rend capable des vertus viriles, des facultés sociales intellectuelles (1). »

Sans discuter en détail les affirmations énoncées dans ce passage indigne (ce qui ne pourrait être fait qu'avec des documents scientifiques renversant par la base cet échafaudage de démonstrations métaphysiques), en s'en tenant à la simple idée de justice, on se demande comment Proudhon n'a pas compris que ses raisonnements, à les supposer vrais, ne prouveraient rien, car, en bonne justice, ce qui découle surtout de la force, ce n'est pas le droite mais le devoir.

Comment ce démolisseur de l'autorité dans la Commime et dans l'État, n'a-t-il pas vu qu'en l'installant triomphante au foyer, cette même autorité, bâtissant sur elle la famille qu'il a définie, la molécule de la Société, il en fait la pierre angulaire de l'édifice social?

Aucune école socialiste ne l'avait pourtant précédé dans cette voie. Les saint-simoniens et les communistes proclamaient l'égalité de droit pour les deux sexes. Fouriei" laisse la femme libre de sa destinée et Auguste Comte, tout,

(1) Proudhon, de la Justice &ous la Révolution et dans VÈglisBy, vol. III, p. 113 et suiv.

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en restant dans la donnée actuelle à son égard, lui accorde au moins le domaine du sentiment.

Malgré ces erreurs, Proudhon n'en restera pas moins l'une des plus grandes personnalités du xix* siècle et il a pu mourir en se rendant le témoignage d'avoir contribué autant que personne à jeter l'humanité dans sa voie nouvelle.

Le premier, il a démontré d'une façon scientifique que l'instrui^ion ne peut être donnée à tous qu'eu devenant profession nel le; parce qu'alors, en s'amusant, eh apprenant un ou plusieurs métiers, l'enfant payera, par son travail dans l'école-atelier, les frais de l'instruction intégrale^ que lui donnera la commune. Et de la sorte, il n'y aura devant l'enseignement ni riches ni pauvres, mais des égaux diversement intelligents, choisissant leur vocation d'après expérience et se faisant eux-mêmes leur propre destinée.

Grâce à lui, le socialisme empirique a été forcé de se dépouiller du clinquant sentimentaliste, d'observer les faits, de procéder par démonstrations, et de s'appuyer sur des réalités, en un mot, de devenir scientifique. Les systèmesnés, les panacées sociales n'ont plus osé se produire et les chercheurs ont compris qu'il en est des théories subjectives, mûries dans un cerveau, comme de ces fleurs de serre chaude qui, s'étant développées en dehors du milieu normal, meurent dès qu'on les expose à la grande lumière.

Certes, par leurs conceptions individuelles, les socialistes français ont posé de puissants jalons dans la voie du progrès humain ; ils ont fait dans le monde intellectuel de grandes et utiles découvertes, dont les réformateurs de l'avenir feront leur profit ; à .ce titre nous lem* devons de la reconnaissance ; mais il fallait en finir avec cette prétention qu'ils eurent à peu près tous, d'avoir découvert la seule et entière vérité. L'influence de Proudhon sur les classes ou- \Tières n'a pas été moins salutaire.

Avant lui, les travailleurs s'enrégimentaient sous telle ou telle bannière. Les uns s'en tenaient au radicalisme de

Ledru-RoUin; d'autres prenaient parti pour Louis Blanc; d'autres étaient communistes, positivistes, lerouxiens, fouriéristes ou saint-simoniens. Proudhon a beaucoup contribué à leur donn^3r des doiiles salutaires et le goût de l'investigation. En leur montrant sans cesse combien était impuissant l'esprit de secte, combien sont incapables les classes gouvernementales, il leur a appris à penser par euxmêmes; et l'on ne saurait croire combien le livre intitulé : De la capacité politique des classes ouvrières a de part dans l'attitude nouvelle du prolétariat.

C'est après la publication du manifeste des soixante, conçu par des mutuellistes et rédigé presque exclusive'ment par Tolaiii, (février 1864), que Proudhon écrivit ce livre De la capacité politique des classes ouvrières, où après avoir félicité le parti ouvrier de son initiative, il s'écrie :

« Peuple, aussi longtemps que tu seras sans idées à toi, et que tu donneras ta force à d'autres, la souveraineté ne t'appartiendra pas et tu seras bête de somme... Si la démocratie n'abandonne pas ceux (les bourgeois libéraux et républicains formalistes) qui la tiennent en tutelle elle sera un jour flétrie devant la postérité...

« N'attendez rien ni des rhéteurs qui vous gouvernent, ni des prêtres qui vous sermonnent, leur cerveau est moulé, leurs idées sont irréformables. »

Proudhon eut une très- grande influence sur les idées de son temps, mais il eut peu de disciples. Quand on a cité G. Duchêne, Paget-Lupicin, Ch. Beslay, V. Clément, Langlois (devenu depuis l'un des féaux de M. Thiers), Chaudey, Darimon (qui depuis...), on a parlé des plus connus. Dans la génération ouvrière de 1865, Proudhon avait un grand nombre d'enthousiastes, parmi lesquels, Tolain, Fribourg, Perrachon, A. Murât, Camélinat, Héligon, Guyard, Fournaise, Mathey, Drouchon, Theizs, Avrial ont participé à la création ou au développement de l'Internationale.

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Proudhon mourut jeune encore, le 19 janvier 1865, au oaoment où avait lieu l'entrée consciente du prolétariat dans t-a. Tie intellectuelle de l'humanité, grand fait social qui fut 1-' espoir de sa vie et dont personne ne peut encore calculer les conséquences.

EXPOSITION

Destruam et adifieabo, (Je détruirai et je bâtirai.)

Les produits s^échangent contre des produits équivalents.

Quiconque, pour organiser le travail, fai^ppel au capital ou au pouvoir en a menti.

L'organisation du travail doit être la déchéance du capital et du pouvoir.

Paire crédit, c'est faire échange.

Échaiger, c'est capitaliser.

Critique. — Le pouvoir est perdu en France, condamné qu'il est à faire chaque jorn» pour sa propre défense ce que le socialisme pourrait inventer de plus terrible pour sa destruction.

(Proudhon. — Idées révolutionnaires, p. 225.)

Nous portons depuis un siècle un. poids qui, en moins d'une génération, aiwait écrasé toute autre race.

(Proudhon. — La Révolution sociale, p, 17.)

Victimes du capital, les fabricants deviennent, par nécessité, les bourreaux du travail. Tour à tour exploités et ex-

ploiteurs, quand comprendront-ils qu'ils ont plus d'avaa> . tage que nous à secouer le joug du capitaliste et à se raÀ ' ger du côté du travailleur... Chose étrange! nos lois, nr institutions sont faites, fondées, établies dans l'unique bi de protéger, de maintenir ces prélèvements (du capital) n estes à l'immense majorité du public, à la société.

(Paget-Lupicin. — Le droit du travailleur.) 'j &'

Et, (la féodalité financière) non contente d'avoir usurpé la( \ fortune matérielle du pays, la caste prétend encore açcaparei les mœurs, les consciences et les corps. Elle statue, elle ré glemente, elle légifère sans souci des principes ni de lalo» écrite. Le droit même cède le pas à ses coups d'État ré grades et devant ses usurpations.

Je ne vois rien de plus triste que cette dépression moral universelle, aboutissant à l'abdication en masse de la population française aux mains des audacieux, des effrontés df la commandite et de l'anonymat.

(G. DucHÈNE. — L'empire industriel^ p. 13.)

Qui nous arrachera aux griffes des usuriers, qui fera reu-j dre gorge aux traitants? [ihid,^ p. 62.) ^

L'improbité règne dans les mœurs, la piraterie dans lesl affaires. Sous l'apparence de transactions régulières et libres,/ de réalisations facultatives, d'exercice légitime de la pro-l priété, sévissent, sans nul empêchement, le charlatanisme, la^\ corruption, l'infidélité, le chantage, l'escroquerie, la concu^ sion, le vol.

(Proudhon. — Manuel du spéculateur à la Bourse, IV.) j

Ah! sachez-le, une fois les faits et gestes de la Bourse oui fait table rase dé l'honnêteté commerciale, l'exagération ar-j bitraire, insultante, des loyers, la mobilité des tarifs, les fu-i

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sions de compagnie, les confiscations, expulsions pour cause d'utilité publique, ont détruit le respect de la propriété, et, ce qui est pire, l'amour du travail dans les cœurs. (Ibid, lY.)

On a parlé des crimes de la Terreur, des hontes du Directoire, de l'arbitraire de l'Empire, des corruptions de la Légitimité et de la Monarchie bourgeoise. Comparez donc ces misères avec la dissolution d'une époque qui a pris pour décalogue la Bourse et ses œuvres; pour philosophie la Bourse, pour politique la Bourse, pour morale la Bourse, pour patrie et Dour église la Bourse. (Ibid, XI.)

ffi écu n'est pas plutôt arraché à la paume de la main du travailleur, qu'il est placé à intérêt composé sur le peuple, et, de cet intérêt, vivent et pullulent toutes les espèces de parasites qui sucent la sève de l'humanité.

(Proudhon. — Soluticm du problème sociaL)

(Quels types peut fournir une pareille époque ?)

Regardez cette face vulgaire sur laquelle ne brille aucune étincelle de génie, d'amour, ni d'honneur. L'œil est louche, le sourire faux, le front inaccessible à la honte, les traits heurtés, la mâchoire formidable; non pas la mâchoire du lion, la mâchoire de l'hippopotame. L'ensemble de la physionomie semble dire : Tout est néant fors d'avoir du bien, d'en avoir assez, de quelque manière qu'on l'ait acquis.

Le personnage n'est point si grossier qu'il ne comprenne que propriété n'est pas mérite ; mais il ne fait aucun cas du mérite, convaincu que noblesse, bravoure, industrie, talent, probité, tout ce que les hommes estiment, sans l'avoir, est zéro, et celui qui ne peut dire j'ai peut fort bien se passer du reste... Il exploite le pauvre, dispute le salaire à l'ouvrier, pille partout et grappille, enlevant un sillon du champ voi- ^ sin, et déplaçant les bornes, quand il peut le faire sans être aperçu.

J'en ai vu un qui ramassait avec les mains la terre dans

le fossé pour la jeter de son côté, on eût dit qu'il la man- r°° geait. A lui de faire rendre Ji la rente, à l'intérêt de l'argent, f* tout ce qu'ils peuvent rendre : aussi n'est-il pire usurier, P comme il n'est pire maître et plus mauvais payeur. Du reste, W hypocrite et poltron, ayant peur du diable comme de la jus- p tice, craignant la peine, non l'opinion, mesurant les hommes (r à son aune, c'est-à-dire les regardant comme des fripons, I ^ étranger surtout aux affaires publiques et ne se mêlant pas ^ du gouvernement, si ce n'est pour faire dégrever sa cote ou payer son vote; heureux qu'il se trouve autour de lui des citoyens à préjugés, dont le suffrage incorruptible lui fermette de tirer bon parti du sien.

c'est le propriétaire selon la lettre.

(Proudhon. — Théorie de la propriété,)

Il faut que la situation ait une issue. Ou le triomphe du système (actuel), c'est-à-dire l'expropriation en grand du pays, la concentration des capitaux, du travail sous toutes les formes, l'aliénation de la personnalité, du libre arbitre des citoyens au profit d'ime poignée de croupiers insatiables, ou la liquidation.

Liquidation ! ce mot terrible comme le sphinx, parce qu'on ne le comprend pas, qui apparut en 1848 aux bourgeois stupéfaits comme une vengeance, n'a rien qui doive effrayer. La liquidation, ce n'est ni un kilomètre de railway de moins, ni une machine. brisée, ni ime usine supprimée, ni un muid de blé de perdu , ni une force productive quelconque anéantie. Si les 80 milliards d'opérations qui se font annuehlement à la Bourse n'ajoutent pas un centime à l'actif social, l'exécution en masse de cette population parasite ne créera pas non plus un centime de déficit. Les financiers n'auront englouti dans leurs portefeuilles ni nos forêts, ni nos prairies, ni nos domaines cultivables; les forges, les filatures,

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Les métiers, les denrées agricoles, les produits coloniaux ne ^e seront point attachés à la semelle de leur sandales ; ils û'auront point ébréché le capital national en le déplaçant, i-'accaparant, le monopolisant; en établissant dîmes et corvées sous une forme quintessenciée ; en mettant à rançon kout ce qui produit et consomme : qu'ils partent!...

La liquidation, ce sera le retour à l'ordre, ime nuit du i août. Gloire au travail, paix à ceux qui produisent; union 3t force entre tous ceux qui échangent ; voilà la liquidation.

Si la caste crie encore à la spoliation, au martyre, du noins on ne dira plus que c'est le juste qui est sacrifié pour e salut du peuple.

(Proudhon. — Manuel du spéculateur à la Bourse, p. 168.)

Position de la question. — Étant donné, l'homme, la faillie, la société, un être collectif, sexuel et individuel, doué e raison, de conscience et d'amour, dont la destinée est de 'instruire par l'expérience, de se perfectionner par la rélexion, et de créer la subsistance par le travail;

Organiser la puissance de cet être de telle sorte qu'il reste ierpétuellement en paix avec lui-même, qu'il tire de la naure qui lui est donnée la plus grande somme possible de )ien-être.

Tel est le problème.

Ce problème, on sait comment les générations antérieures 'ont résolu.

Elles ont emprunté à la famille, à la partie moyenne de 'être humain, le principe qui lui est exclusivement propre, 'autorité, et, de l'appUcation arbitraire de ce principe, elles )nt fait un système artificiel, varié suivant les siècles et les îlimats, et qui a été réputé l'ordre naturel, nécessaire de 'humanité, le système de l'ordre par l'autorité...

Mais, au-dessous de l'appareil gouvernemental, à l'ombre les institutions politiques, loin des regards des hommes

d'État et des prêtres, la société produisait lentement ei silence son propre organisme ; elle se faisait un ordre nou veau, expression de sa vitalité et de son autonomie, et néga tion de l'ancienne politique comme de l'ancienne religion

Cette organisation, aussi essentielle à la société que l'autre lui est étrangère, a pour principes :

1° La perfectibilité indéfinie de l'individu et de l'espèce ;j

2^ L'honorabilité du travail; I

3° L'égalité des destinées; |

4° L'identité des intérêts ;

5° La cessation de l'antagonisme;

6° L'universalité du bien-être;

70 La souveraineté de la raison;

S^ La liberté absolue de l'homme et du citoyen.

Les formes d'action sont, je cite les principales :

a La division du travail, par laquelle elle s'oppose à la classification du peuple par castes, la classification par indus- 1 tries ; J

b La force collective, principe des compagnies ouviièresj remplaçant les armées ; 1

c Le commerce, forme concrète du contrat qui remplace! la loi;

d L'égalité d'échange;

e La concurrence; 1

f Le crédit qui centralise les intérêts comme la hiérarchie j gouvernementale centralisait V obéissance ;

g V équilibre des valeurs et des propriétés.

(Proudhon. — Idées générales de la Révolution, p. 257.^

A im autre point de vue, au lieu de l'ordre factice à l'ombre | duquel se sont développés des intérêts parasites, des mœursj anormales, des ambitions monstrueuses, des préjugés hors! de sens commun, nous voulons un ordre naturel conçij suivant la science et le travail. ^"

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Il résulte de l'étude des faits que c'est la tendance de la société qui est mauvaise. Le problême consistera donc à changer cette tendance.

{Idem, p. 75.)

Et le but de la Révolution consistera à substituer le régime économique et industriel au régime gouvernemental, féodal et militaire, de la même manière que celui-ci, par une révolution antérieure s'était substitué au régime théocratique ou sacerdotal (1).

Par régime industriel, nous entendons, non point une forme de gouvernement où les hommes adonnés aux travaux de l'agriculture et de l'industrie, entrepreneurs, propriétaires, ouvriers, deviendraient à leur tour classe dominante, comme autrefois la noblesse et le clergé, mais une constitution de la société ayant pomr base, à la place de la hiérarchie des pouvoirs politiques, l'organisation des forces économiques.

(Idem, p. 117.)

Il reste entendu qu'une liquidation générale est le préliminaire obligé de toute révolution.

Après 60 années d'anarchie mercantile et économique, une seconde nuit du 4 août est indispensable, nous sommes encore maîtres de procéder avec toute la prudence, toute la modération qui sera jugée ufile, plus tard notre destinée pourrait ne plus dépendre de notre libre arbitre (2).

[Idem, p. 2i3.)

(1) Voir la loi du développement humain de Saint-Simon et la loi des trois états de Comte où Proudhon a puisé cette idée.

(2) Voilà ce que les autres socialistes de 1848 ne comprirent pas assez.

Forces économiques. — J'appelle forces économiques certains principes d'action, tels que la division du travail^ la concurrence^ \di. force collective, Y échange, le crédit, la propi^été, etc., qui sont au travail et à la richesse, ce que la distinction des classes, le système représentatif, l'hérédité monarchique, la centralisation administrative, la hiérarchie judiciaire, etc., sont à rÉtat.

Si ces forces sont tenues en équilibre, soumises aux lois qui leur sont propres, et qui ne dépendent en aucune façon de l'arbitraire de l'homme, le travail peut être organisé et le bien-être de tous garanti. Si, au contraire, elles sont laissées sans direction et sans contrepoids, le travail est en pleine anarchie; les effets utiles des forces économiques sont mêlés d'une égale quantité d'effets nuisibles ; le déficit balance le bénéfice, la société, en tant que foyer, agent ou sujet de production, circulation et consommation, est dans un état croissant de soufkance.

Organisation du crédit. — L'organisation du crédit est faite aux trois quarts par la liquidation des banques privilégiés et usuraires, et leur conversion en une banque nationale de circulation et de prêts à 1/2, 1/4 ou 1 8. Il ne reste qu'à créer, partout où besoin est, des succiu'sales de banque, et à retirer peu à peu les espèces de la circulation, en faisant perdre à l'or et à l'argent le privilège de monnaie.

Quant au crédit personnel, ce n'est pas à la banque nationale d'en faire l'application ; c'est dans les compagnies ouvrières ou les sociétés agricoles et industrielles qu'il doit trouver son existence.

(Id;.,p.217.)

Liquidation de la dette publique. — Pour l'effectuer, enlever aux capitaux particuHers l'industrie de l'escompte^ et fixer partout l'intérêt du commerce à 1/2 ou 1/4 pour 100.

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Par cette mesure, les capitaux affluant à la bourse, vous convertissez et vous amortissez jusqu'à extinction.

Liquidation des dettes personnelles, (chirographaires, hypothécaires)

Projet de décret :

Vu les décrets antérieurs qui fixent le taux de l'escompte à la banque, et les intérêts de la dette publique à 1/2 p. 100, les mtérêts de toute créance hypothécaire, chirographaire, actions de commandite, sont fixés au même taux. Les remboursements ne pourront être exigés que par annuités. L'annuité pour toutes les sommes au dessous de 2,000 fr. sera de 10 p. 100, pour les sommes au-dessus de 2,000 fr. 5 p. 100. Pour faciliter le remboursement des créances et suppléer à la fonction des anciens prêteurs, une division des bureaux de la banque nationale deviendra banque fondéie. Le maximum de ces avances par année sera de 500,000,000 de

francs.

(Id.,p. 196).

Organisation des forces collectives. Compagnies ouvrières. — Là où la production nécessite une grande division de travail, une force collective considérable, il y a nécessité de former entre les agents de cette industrie une association, puisque sans cela ils resteraient les uns par rapport aux autres subalternes, et qu'il y aurait tiinsi deux castes, celle des maîtres et celle des salariés, chose qui répugne à une société démocratique et libre.

Je répète que toute industrie, exploitation ou entreprise, qui par sa nature exige l'emploi combiné d'un grand nombre d'ouvriers de spécialités différentes, est destinée à devenir le foyer d'ime société ou compagnie de travailleurs.

Mais là où le produit peut s'obtenir ns un concours de

facultésspéciales, par raction d'un individu oud'une famille, '; il n'y pas lieu à association. i

En résumé, je veux dire que le degré de solidarité entre les travailleurs (de la terre et de l'industrie) doit être, en raison du rapport économique qui les unit, de telle sorte, que là où le rapport cesse d'être appréciable, ou devient insi- ^ gnifiant, on n'en tient aucun compte ; et que là où il prédo- I mine et subjugue les volontés, on y fasse droit. .'

(Id.j p. 227 et suiv.)

Par l'aliénation à la force collective (entre les mains de la grande exploitation), le salarié de la grande exploitation s'est ** ravalé aune condition pire que l'esclave. Mais, par la reconnaissance du droit que lui confère cette force dont il est le producteur, il ressaisit sa dignité, il revient au bien-être. La grande industrie, agent redoutable d'aristocratie et de paupérisme, devient à son tour, par l'association, un des principaux organes de la liberté et de la félicité publiques.

On le voit, les lois de l'économie sont indépendantes de l'homme et du législateur, notre privilège est de les reconnaître, notre dignité d'yobMr.

(Id., p. 233.)

La grande industrie peut être assimilée à une terre nouvellement découverte ou créée tout à coup par le génie social, au milieu de l'air, et sm» laquelle la société envoie, pour en prendre possession et l'exploiter au proiît de tous, une colonie.

Cette colonie sera donc régie par un double contrat, le contrat qui lui donne l'investiture, établit sa propriété, fixe ses droits et ses obligations envers la mère-patrie; le contrat qui imit entre eux ses divers membres, et détermine leurs droits et leurs devoirs.

Vis-à-vis de la société, dont elle est une création et une

MUTUELLISME 203

^-^-c^épendance, la compagnie ouvrière s'engage d fournir tou-

i ours, au prix le plus près du revient les produits et services

ui lui sont demandés, et à faire jouir le public de toutes les

méliorations et perfectionnements désirables.

A cet effet, la compagnie ouvrière s'interdit toute coalition

soumet à la loi de la concurrence, tient ses livres et ar-

'^-'^hives à la disposition de la société, qui conserve à son égard,

«omme sanction de son droit de contrôle, la iaculté de la

dissoudre. Vis-à-vis des personnes et des familles dont le

travail fut l'objet de l'association, la conmiission a pour

règles :

^ Que tout individu employé dans l'association, honmie,

'^^^emme, enfant, vieillard, chef de bureau, contre-maître, ou-

- vrier, apprenti, a un droit indivisible dans la propriété de ^ ' la compagnie;

*^ Qu'il a droit d'en remplir successivement toutes les fonc-

- lions, d'en remplir tous les grades, suivant les convenances ^^ du sexe, de l'âge, du talent, de l'ancienneté;

': Que son éducation, son instruction et son apprentissage, ^ doivent, en conséquence, être dirigés de telle sorte, qu'en lui

^ ^ faisant supporter sa part des corvées répugnantes et pénibles,

ils lui fassent parcourir une série de travaux et de connaissances, et lui assurent, à l'époque de la matiu*ité, une apti- "^ tude encyclopédique et un revenu suffisant; ^ Que les fonctions sont éligibles et les règlements soumis à L l'adoption des associés ;

i Que le salaire est proportionné à la nature delà fonction, • *à l'importance du talent, à l'étendue de la responsabilité;

Que tout associé participe aux bénéfices conmie aux char-

1 ;ta ges de la compagnie, dans la proportion de ses services;

Que chacun est libre de quitter à volonté l'association,

conséquemment de faire régler son compte et liquider ses

droits, et réciproquement la compagnie est maîtresse de

s'adjoindre toujovus de nouveaux membres.

(Proudhon, p. 233, 234)

Organisation de l'échange. — (Aphorisme. — Les produits ne s'échangent que contre les produits.) — Que faut-il doncl pour rendre possible l'échange direct, non pas seulement I entre trois, quatre, six, dix ou cent échangistes, mais entre! cent mille, mais entre tous les producteurs et consommateurs I de l'univers ? ^

Une chose très-simple : centraliser toutes les opérations I de commerce au moyen d'une banque dans laquelle seront J reçus toutes les lettres de change, mandats et billets à| ordre, représentant les factures des négociants; puis généraliser ou convertir ces obligations en un papier, qui en serait l'équivalent; qui, par conséquent, aurait lui-même pour gage les produits ou valeurs réelles que ces obligationsY représentent.

Le papier de banque ainsi formé, aurait toutes les qualités du papier le plus solide.

Il ne serait point sujet à dépréciation, puisqu'il ne serait délivré que contre bonnes valeurs et lettres de change acceptables, et qu'il reposerait ainsi, non pas sur des produits fabriqués, mais sur des produits vendus et livrés, dont par conséquent le remboursement serait exigible.

Il n'aïu'ait rien à redouter de l'excès d'émission, puisqu'il i ne serait délivré que contre papier de commerce de pre- 1 mière qualité, c'est-à-dire contre promesse certaine et au- 1 thentique de remboursement. >

Il ne serait refusé par personne, par le fait de la centraUsation des échanges, par l'adhésion de tous les citoyens à la Banque il représenterait pour chacun une valeur égale à celle qu'il aurait à payer bientôt lui-même en papier de banque.

(Solution du problème social, p. 183, 184. — Projet \ de constitution de la banque d'échange y p. 185.) r

La constitution de la valeur. — La constitution de la valeur ne peut résulter, conune je l'ai dit, que du con-i

MUTUELLISME 205

sentement universel, librement exprimé et obtenu. Pour le préparer et Tamener dans le plus bref délai, il suffit que par l'organe des nouveaux représentants, injonction soit faite à rÉtat et aux Communes, chacun dans le ressort de ses attributions et la limite de ses ressources, de traiter avec un certain nombre d'entrepreneurs, fabricants, manufacturiers, agriculteurs, éleveurs de bétail, voituriers, commissionnaires etc.^ etc., de la sous-enchère et sur les bases suivantes :

L'Etat au nom des intérêts que provisoirement il représente, les départements et les communes au nom de leurs habitants respectifs, voulant assurer à tous le juste prix et la bonne qualité des produits et services, prévenir les effets de la fraude, du monopole et de l'agiotage, offrent de garantir aux entrepreneurs qui offriront les conditions les plus avantageuses, soit un intérêt pour les capitaux et le matériel engagés dans leurs entreprises, soit un traitement fixe, soit, s'il y a lieu, une masse suffisante de commandes (1).

Les soumissionnaires s'obligeront en retour à formuler les produits et les services pom* lesquels ils s'engagent à toute réquisition des consommateurs. Toute latitude réservée du reste à la concurrence.

Ils devront indiquer les éléments de leurs prix, le mode des livraisons, la durée de leurs engagements, leurs moyens d'exécution.

Les soumissions, déposées sous cachet, dans les délais prescrits, seront ensuite ouvertes et publiées, huit jours.

(1) Mais c'est attenter à la liberté, c'est ruiner le principe de réchange, par une voie opposée, c'est arriver à la réglementation par l'État. La constitution de la valeur ne peut être établie. L'heure de travail proposée plus loin par Prouhon ne résout pas davantage le problème, car qui sera juge de la différence de fatigue, et cette fatigue elle-même n'est-elle pas variable ? Une invention survient et tel métier où l'on peinait beaucoup devient très-doux. Comment classer dans ce dédale ?

quinze jours, un mois, trois mois, selon Timportance des i traités, avant l'adjudication.

A l'expiration de chaque engagement il sera procédé à de nouvelles enchères.

La constitution de la valeur est le contrat des contrats. C'est celiii qui résume tous les autres, réalisant l'idée que nous avons exprimée dans une autre étude que le contrat social doit embrasser en un article imique, toutes les personnes, toutes les facultés, tous les intérêts (1).

Lorsque, par la liquidation des dettes, l'organisation du crédit, l'improductivité de l'argent, la constitution de la propriété, l'institution des compagnies ouvrières, la pratique du juste prix, la tendance à la hausse aura été définitivement remplacée par la tendance à la baisse, les perturbations du marché par la norme des mercuriales ; lorsque le consentement universel aura accompli cette grande volteface dans la sphère des intérêts, alors, la valeur, la chose à la fois la plus idéale et la plus réelle, pourra être dite constituée; et tout en conservant son mouvement par le progrès éternel de l'industrie, elle exprimera à chaque instant, en tout genre de produit, le rapport vrai du travail et de la richesse.

La constitution de la valeur résout le problème de la concurrence et celui des droits d'invention comme l'organisation des compagnies ouvrières résout celui de la force collective et de la division du travail. Je ne puis en ce moment, qu'indiquer ces conséquences du grand théorème; ' leur développement tiendrait trop de place dans un précis philosophique de la Révolution.

Organisation de la propriété. — La propriété ne peut

(1) Encore une fois, le eriterium de la valeur ne peut être trouvé et cette impossibilité équivaut à rinfirmation du mutuellisme pur.

MUTUELLISMB 207

trouver de raisons justificatives dans aucun principe juridique, économique, psychologique ou métaphysique, dans aucune origine, usucapion, prescription, travail, conquête ou concession du législateur. A cet égard la jurisprudence s'est complètement fourvoyée, si tant est qu'elle ait seulement compris les questions Si l'on étudie dans ses conséquences publiques, économiques et morales la puissance essentiellement abusive de la propriété on démêle dans ce faisceau d'abus une fonctionnalité énergique qui éveille immédiatement dans l'esprit l'idée d'une destination hautement civilisatrice aussi favorable au droit qu'à la liberté. En sorte que, si l'État, avec la division et la modération de ses pouvoirs, nous est apparu d'abord conmie le régulateur de la société, la propriété, à son tour, se manifeste conune son grand ressort à telles enseignes qu'elle supprimée, faussée ou amoindrie, le système s'arrête, il n'y a plus ni vie ni mouvement. C'est au moins naïf. Une société basée sur la propriété individuelle ne peut vivre, avant la transformation que sur la propriété individuelle. C'est l'organisme social qu'il s'agit de modifier en changeant les bases.

{Théorie de la propriété, p. 173.)

Mais, si à cause de sa destination sociale nous jugeons utile, le respect du droit de propriété, nous voulons que ce droit soit acquis à tous, non plus en théorie mais en pratique, nous voulons enfin que la propriété se transforme pour se mettre en harmonie avec les nécessités contemporaines et les aspirations du progrès moderne ; pour atteindre à la réalisation de ce but nous proposons l'ensemble de mesiu'es qui suit :

A dater du jour du décret qui sera rendu par les futurs représentants, tout payement fait à titre de loyer sera porté en à compte de la propriété, celle-ci estimée au vingtuple du prix de location.

Tout acquittement de terme vaudra au locataire part proportionnelle et indivise dans la maison par lui habitée, et dans la totalité des constructions exploitées à loyer, et servant à la demeure des citoyens.

La propriété ainsi remboursée passera au fur et à mesure au droit de l'administration communale qui, par le fait du remboursement, prendra hypothèque et privilège de premier ordre, au nom de la masse des locataires, et leur garantira à tous, à perpétuité, le domicile au prix de revient du bâtiment.

Les communes pourront traiter de gré à gré avec les propriétaires, pour la liquidation et le remboursement immédiat des propriétés louées.

Dans ce cas, et afin de faire jouir la génération présente de la réduction des prix de loyer, lesdites communes pourrent opérer immédiatement une diminution sur le loyer des maisons pour lesquelles elles auront traité, de manière que Tamortissement en soit opéré seulement en trente ans.

Pour les réparations, l'agencement et l'entretien des édifices, comme pour les constructions nouvelles, les communes traiteront avec les compagnies maçonnes ou associations d'ouvriers en bâtiment, d'après les principes et les règles du nouveau contrat social.

Les propriétaires occupant seuls leurs propres maisons, en conserveront la propriété aussi longtemps qu'ils le jugeront utile à leurs intérêts.

(Proudhon. — Idées générales de la Révolution^ p. 203, 204.)

Tout payement de redevance pour l'exploitation d'un immeuble acquerra au fermier une part de propriété dans l'inmieuble et lui vaudra hypothèque.

La propriété intégralement remboursée, relèvera immédiatement de la Commune laquelle succédera à l'ancien pro-

MUTUELLISME 209

priétaire, et partagera avec le fermier la nue propriété et le produit net.

Les communes pourront traiter de gré à gré avec les propriétaires qui le désireront pour le rachat des rentes et le i^emboursement immédiat des propriétés.

Donc il serapoiu'vu à la diligence des communes, à l'installation des cultivateurs et à la délimitation des possessions, en ayant soin de compenser autant que possible l'étendue superficiaire avec la qualité du fond, et de proportionner la redevance au produit.

Aussitôt que la propriété foncière aura été intégralement remboursée, toutes les communes de la République devront s'entendre pour égaliser entre elles les différences de qua- . lité des terrains, ainsi que les accidents de culture. La part de redevance à laquelle elles ont droit sur les fractions de leur territoire respectifs, servira à cette compensation et assurance générale.

A partir de la môme époque, les anciens propriétaires qui, faisant valoir par eux-mêmes leurs propriétés, aiu*ont conservé leurs titres seront assimilés aux nouveaux, soumis à la même redevance et investis des mêmes droits, de manière que le hasard des localités et des successions ne favorise personne, et que les conditions de la culture soient pour tous égale.

L'impôt foncier sera aboli. La police agricole est dévolue aux conseils municipaux. Nous voilà en plein collectivisme et loin de la propriété individuelle qu'il s'agissait de conserver.

Conclusion et récapitulation.- — On le voit, l'ensemble du système mutuelliste que nous croyons appelé à régénérer Tavenir peut se résumer ainsi : La substitution du contrat comme moteur social à l'autorité qui a écrasé le passé. Le contrat entre individus est essentiellement synallagmatique, il n'impose d'obligations aux contractants que celles qui résultent de leurs promesses personnelles, et leurs conventions

réciproques; il n*est soumis à aucune autorité extérieure, il fait seul la loi commune des parties, il n'attend son exécution que de leur initiative

Le contrat social est l'acte suprême par lequel chaque citoyen envoie à la société son amour, son intelligence, son travail, ses services, ses produits, ses biens, en retour de l'affection des idées, travaux, produits, services, et biens de ses semblables; la mesure du droit de chacun étant déterminée toujours par l'importance de son apport et le recouvrement, au fur et à mesure de ses livraisons. Ainsi le contrat doit embrasser l'universaUté des citoyens, de leurs intérêts et de leurs rapports.

Nous disons plus d'autorité, ni dans TÉgUse, ni dans l'État, ni dans la terre, ni dans l'argent I

Or, plus d'autorité, cela veut dire ce qu'on a jamais vu, ce qu'on a jamais compris, accord de l'intérêt de chacim avec l'intérêt de tous, identité de la souveraineté collective et de la souveraineté individuelle.

Plus d'autorité I c'est-à-dire dettes payées, servitudes aboies, hypothèques levées, fermages remboursés, dépenses du culte, de l'État et de la justice supprimées ; crédit gra. tuit, échange égal, association libre, valeur réglée, éducation, travail, propriété, domicile bon marché, garantis; plus d'antagonisme, plus de guerre, plus de centralisation, * plus de gouvernements, plus de sacerdoces. N'est-ce pas la société sortie de sa sphère, marchant dans ime position renversée sens dessus dessous ?

Plus d'autorité ! c'est-à-dire encore, le contrat libre à la place de la loi absolutiste ; la transaction volontaire, au lieu de l'arbitrage de l'État; la justice équitable et réciproque au lieu de la justice souveraine et distributive ; la morale rationnelle au lieu de la morale révélée ; l'équilibre des forces substitué à l'équilibre des pouvoirs ; l'imité économique au heu de la centraUsation politique. Encore une fois n'est-ce point là ce que j'oserai appeler

MUTUELLISME 211

une conversion complète, un tour sur soi-même, une Révolution ?

(pROUDHON. — Idées générales de la Révolution, p. 309.)

Ce que nous mettons à la place du gouvernement nous l'avons fait voir : c'est l'organisation industrielle.

Ce que nous mettons à la place des lois, ce sont les contrats.

Point de lois votées ni à la majorité, ni à l'unanimité; chaque citoyen, chaque commune ou corporation fait la sienne.

Ce que nous mettons à la place des pouvoirs politiques, ce sont les forces économiques.

Ce que nous mettons à la place des anciennes classes de citoyens, noblesse et roture, bourgeoisie et prolétariat, ce sont les catégories et spécialités de fonctions : agriculture, industrie, commerce, etc., etc.

Ce que nous mettons à la place de la force publique, c'est la force collective.

Ce que nous mettons à la place des armées permanentes, ce sont les compagnies industrielles.

Ce que nous mettons à la place de la police, c'est l'identité des intérêts.

Ce que nous mettons à la place de la centralisation politique, c'est la centralisation économique.

(Proudhon, id.y p. 259)

Ce que nous voulons enfin c'est le nivellement complet des fortunes ; o'est la destruction des castes, jusque dans l'élément métaphysique de leur existence.

(Proudhon. — Solution du Problème social.) Programme politique. — Il faut, néanmoins qu'une na-

tien se manifeste dans son unité, que cette nation soit centralisée (1) dans sa religion, (2) centralisée dans sa justice, centralisée dans sa force militaire, centralisée dans son agriculture, son industrie et son commerce, centralisée dans ses finances, centralisée en im mot dans toutes ses fonctions et qualités ; il faut que la centralisation s'effectue de bas en haut, de la circonférence, et que toutes les fonctions soient indépendantes et se gouvernent chacune par elle-même.

Groupez ensuite, par lem*s sommités, ces administrations différentes : vous aurez votre conseil des ministres, votre pouvoir exécutif qui pourra très-bien alors se passer de conseil d'État.

Elevez au-dessus de tout cela un grand jury, législature ou assemblée nationale, nommé directement par la totalité du pays et chargé, non pas de nommer les ministres, ils tiennent leur investiture de leurs commettants spéciaux, mais de vérifier les comptes, de faire les lois, de faire le budget, de juger les différens entre les administrations, le tout après avoir entendu les conclusions du ministère public, ou ministère de l'intérieur, auquel se réduira désormais tout le gouvernement, et wns aurez une centralisation d'autant plus forte, que vous en multipliez les foyers ; ime responsabilité d'autant plus réelle, que la séparation entre les pouvoirs sera plus tranchée ; vous avez une constitution à la fois politique et sociale.

Là, le gouvernement, l'État, le pouvoir quelque soit le nom que vous lui donniez, ramené à ses justes limites qui sont, non de légiférer, ni d'exécuter, pas même de combattre ou de juger, mais d'assister comme ministère pubUc aux débats des tribunaux et aux discussions du parlement ; de rappeler le sens des ' lois et d'en prévenir les contradictions, de surveiller, comme police, -leur exécu-

(1) Centralisée, comme ce mot jure sous la plume de Proudhon.

(2) Une religion d'État! L'anarchiste ne s'était pas relu.

MUTUELLISME 213

tion et de poursuivre les infractions ; là, dis-je, le gouvernement n'est autre chose que le proviseur de la société, la sentinelle du peuple [Confessions d'un Révolutionnaire , p. 68).

^^ PHU.0S0PHIE. — Partie intégrante d'une existence collective ^ ^ lliomme sent sa dignité tout à la fois en lui-même et en autruie; il porte ainsi dans son cœiu' le principe d'une moralité supérieure à son individu... Être intelligent et ouvrier, le plus sociable des êtres, dont la dominante n'est pas Tamour, mais une loi plus haute que l'amour, l'homme ne produit, n'engendre pas seulement conmie les autres animaux par la voie du sexe ; ses générations sont de plusieurs ^ ordres, Il engendre aussi par le travail, par l'intelligence et surtout par la Justice,

La Justice est au fond de toute conscience comme de toute

science. C'est le droit et le devoir. La morale doit être basée

sur la justice; celle-ci n'était presque rien elle doit être tout ;

c'est la déclaration des droits et des devoirs qui ouvre l'ère

de la justice; jusque là c'était l'ère des religions.

L'homme, en vertu de la raison dont il est doué, a la fa-

^ culte de sentir sa dignité dans la personne de son semblable

conune dans sa propre personne et d'affirmer sous ce rap-

^^ port son identité avec lui.

La justice est le produit de cette faculté, c'est le respect spontanément éprouvé et réciproquement garanti de la dignité humaine en quelque personne et quelque circonstance qu'elle se trouve compromise et à quelque risque que nous V expose sa défense.

Ce respect est au plus bas degré chez le barbare qui y > supplée par la religion ; il se fortifie, il se développe chez le civilisé qui pratique la justice pour elle-même et s'affranchit incessamment de tout intérêt personnel et de toute considération divine.

Ainsi conçue, la justice est adéquate à la béatitude, prin- ^ cipe et fin de la destinée de Thonmie.

De la définition de la justice se déduit celle du droit et du devoir.

Le droit est pour chacun la faculté d'exiger des autres le respect de la dignité humaiile dans sa personne ; le devoir l'obligation pour chacun de respecter cette dignité en autrui.

Au fond, droit et devoir sont identiques puisqu'ils sont toujours l'expression du respect exigible ou dû; ils ne dif-. forent que par le sujet moi ou toi, en qui la dignité est compromise.

De l'identité de la raison chez tous les hommes ou du sentiment de respect qui les porte à maintenir à tout prix leur dignité mutuelle il résulte l'égalité devant la justice.

La vie humaine atteint sa plénitude quand elle a satisfait aux conditions suivantes :

lo Amour, paternité, famille, extension et perpétuation de l'être par la génération charnelle, ou reproduction du sujet en corps et en âme, personne et volonté.

20 Travail ou génération industrielle : extension et perpétuation de l'être par son action sur la nature. Car, comme je l'ai dit plus haut l'homme aussi a im amour pour la nature, il s'unit à elle et de cette union féconde sort une génération d'un nouvel ordre.

3* Communion sociale ou justice ; participation à la vie collective et aux progrès de l'humanité.

L'amour et la paternité peuvent se suppléer par la consanguinité, par l'existence au sein d'une famille d'adoption surtout par le travail; le travail est le vrai suppléant de l'amour (1). L'homme, dans les affections mêmes que fait naître en lui la vitaUté, n'est point tellement asservi à l'organisme

(1) Le travail est un puissant dérivatif; mais il ne saurait, quoi qu'en dise Proudhon, donner satisfaction au besoin d'expansion affective qui est au fond de tout être, que l'amitié même est impuissante à satisfaire et qui appelle l'amour.

MUTUELLISME 215

qu'il doive fatalement en remplir toutes les fonctions. L'amour chez les âmes d'élite n'a pas d*organes.

Le travail et la justice ne se remplacent point, ne se suppléent pas.

Si ces conditions sont violées, l'existence est anxieuse, ne pouvant ni vivre ni mourir il appartient à la misère (morale ou matérielle) si, au contraire, ces mômes conditions sont remplies, l'existence est pleine ; c'est im chant de fête, un chant d'amour un perpétuel enthousiasme, un hymne sans jBn au bonhem'. A quelque heure que le signal soit donné, l'homme est prêt, car il est toujours dans la mort, ce qui veut dire dans la vie et dans l'amour.

(pROUDHON. — Voir, De la justice dans la Révolution et dans l'Église.)

PÉNséEs DIVERSES. — Toutcs Ics idées sont co-éternelles dans la raison générale, elles ne paraissent successives que dans l'histoire où elles viennent toiu? à tour prendre le premier rang et la direction des affaires.

(pROUDHON. — Création de l'ordre dans rhumanité,)

La tendance de la société est à Végalité des intelligences,

comme au nivellement des conditions.

(Ibidem.)

Dans l'individu conmie dans la société si le développe ment de l'intelligence n'est pas en raison directe du travail, les individus et la société se corrompent par le travail.

(pROUDHON. — Solution du problème socfnl.)

Le talent est d'ordinaire l'attribut d'une nature disgraciée en qui l'inharmonie des aptitudes produit une spécialité extraordinaire monstrueuse.

(pROUDHON. — Contradictions économiques.)

Uinégalité des capacités est très relative, elle est surtout le produit de notre anarchie sociale ; dans un moment donné elle pourra n'être qu'une simple variété d'intelligence. La. Rochefoucauld, Helvétius, Kant, Fichte Hegel, Jacotot, sont d'accord que la capacité existe quantitativement chez tous et ^ | qualitativement dans chacun de ce qui constitue les aptitudes j spéciales. ]

(Ibidein.) \

Vidéal est comme Tamour si ce n'est l'amour même, pourvu qu'on lui donne à boire et à manger il ne tarde pas à devenir florissant. Plus on le caresse, plus il maigrit ; plus on raffine avec lui plus ses générations sont magnifiques.

(Proudhon^ — De la Capacité politique des classes ouvrières.)

La perfection de Tamour produit la répugnance du sexe. (Proudhon. — Contradictions économiques.)

Sans la religion l'humanité eût péri dans l'origine, sans la philosophie elle croupissait dans une éternelle enfance. Mais, l'opinion que la religion et la philosophie signifient autre chose qu'un état particulier de la conscience et de l'entendement a é|é la plus grande maladie de l'esprit humain.

{Proudhon. — Création de l'ordre dans l'humanité.)

Théorie du progrès. — Tout se meut dans l'univers, soit en avant soit en arrière, en ligne courbe ou en ligne droite, d'un mouvement accéléré ou d'un mouvement ralenti ; tout marche, tout a toujours marché, tout marchera éternellement.

Le mouvement est la forme de toute spontanéité, le mouvement est donc essentiel à la liberté ; il n'y a pas de liberté

MUTUELUSME 217

positive en repos. La liberté est essentiellement pratique et agissante ; elle déchoit quand elle se livre à la contemplation. Comment les mêmes philosophes, après l'avoir conçue théoriquement comme l'acte par lequel le moi idéal s'aL franchit de la nature et se la subordonne, la déûnissent-ils en pratique, conscience des lois universelles et conformité à ces lois ? Gonunent, après avoir posé en principe le mouvement, la force, Faction, concluent-ils par le quiétisme ?

Donc, indépendamment des évolutions organiques constatées, et qui toutes relèvent des nécessités de la nature, de la spontanéité des choses, de la constitution intellectuelle et sociale, il y a lieu de croire qu'il existe dans l'humanité un mouvement plus profond, qui embrasse tous les autres et les modifie, celui de la liberté et de la justice.

L'humanité physique se meut ; elle va de la naissance à la mort; ce mouvement s'appelle la vie.

L'humanité intelligente se meut, elle va de Tinstinct à la réflexion, de l'intuition à la déduction : ce mouvement est la logique.

L'humanité religieuse, politique, industrielle, artiste, se meut aussi ;.elle accomplit des périodes plus ou moins longues, dans un va-et-vient continuel.

Raisonnant par analogie, d'autant mieux que la liberté est l'antagoniste de tout ce qui est fatsd, je dis que Thiunanité libérale, morale, justicière, doit aussi se mouvoir.

Ainsi, sans me préoccuper davantage des évolutions de la nature et de l'histoire, essentiellement fatales, qui d'ailleurs n'ont rien de progressif et ne rendent aucunement raison des décadences si longues et si fréquemment répétées de la société, je fixe le point de départ de ma théorie dans la justice, d'où, le mouvement devra s'in^adier, soit pour le bien, soit pour le mal, sur toutes les facultés de l'être humain, collectif et individuel ; et je donne à ce mouvement pour moteur, la liberté.

Poursuivons.

i\% EXPOSÉ DEâ ÉCOLES SOCIALISTES

Le mouvement dé la justice peut s*opérer de deux raâïiîères, seloû qu'elle est eu développemeût ou en rétrogradation.

Dans iô premier cas, je rappelle Sanctification^ ou perfecfiofinement de l'humanité par elle-même : ce sera, comme nous verrons tout à l'heure, le I^rogrés.

Dans le second cas. Je le nomme Corruption de Vhumaaité par elle-même ; c'est la Décadence.

Dans les deux cas, je dis que l'humanité se perfectionne t)U se corrompt elle-même , parce que, s'il s'agit du développement de la justice, je ne puis pas douter que ce développement né soit du fait de la liberté, les œuvres qui ont la conscience pour principe répugnant essentiellement à Tégoïsme et à toutes les attractions fatales de l'homme ; et, S'il s'agit de la diminution de la justice, cette diminution ne peut provenir que de l'apostasie de la liberté, à laquelle riettjUi dans la nature, ni dansrhumanitê, ne peut tenir tète.

De cette manière, le progrès ayant sa base d'opération dans la justice, sa force motrice dans la liberté, ne peut plus conserver rien dé fatal : condition essentielle, hors de laquelle, le progrès se confondant avec révolution organique, on dispute sans s'entendre, et la philosophie, comme la société, demeure stationnaire.

Ainsi, la justice étant le pacte de la liberté, son mouvement consistant en une suite d'équations successivement produites ou révoquées entre un nombre plus ou moins grand de personnes, et relativement à im plus ou moins grand nombre d'objets, il en résulte que ce mouvement, libre dans son principe, ne peut être assujetti à aucune condition fatale d'accélération ni de ralentissement. Il est, ad libitum^ entièrement facultatif, pouvant, au gré du libre arbitre, se précipiter, se ralentir, s'interrompre, rétrograder, renaître; en un mot, il n'a pas de nécessité/ Là où une nécessité se laisse apercevoir dans le mouvement social, on peut dire à priori qu'elle est étrangère au progrès.

MUTUBLLISM8 210

Cette conception générale de la marche de la liberté nom permettra de rendre compte de la multitude des accidents, tergiversations, retards et décadences dont l'histoire de Thiimanitè regorge, et sur lesquelles les théoriciens ordinaires du progrès ferment bi*a>£ement les yeux, à l'exemple de Hegel, qui ne i*egardait que l'ensemble et négligeait le détail, un détail qui affecte des milliers de générations et des miUioiiB de milliards d'houunesf

Le problème ainsi précisé, la solution ne se fera pas attendre. On prévoit, en effet, qu'il en est des oscillations de la liberté comme du gnomon d'Ezéchias : rien de plus aisé à concevoir que son avance; la difficulté réelle, Tunique difficulté, porte sur le recuL

Montrons d'abord en quoi consiste cette avance, quand elle a lieu; nous .ij^ercherons ensuite quelle cause l'arrête; puis, cette cause trouvée, il ne nous sera pas difficile de découvrir le remède.

Qu'est-ce que la justice? l'équation de la liberté.

Deux hommes se rencontrent, opposés d'intérêt. Le débat s'engage; puis ils transigent : équation, première conquête du droit, premier établissement de la liberté. Un troisième arrive, puis un autre, et ainsi de suite, indéfiniment : le pacte qui liait les deux premiers ne fait que s'étendre pour recevoir les nouveaux venus; autant de contractants, autant de sujets de la justice. Il y a donc progrès.

Ce n'est pas tout. A chaque objet qui intéresse la vie dé dès hommes surgit un nouveau litige ; de nouvelles transactions deviennent indispensables : autant d'articles qui s'ajoutent au pacte primitif, autant de conquêtes par conséquent pour la justice. Ainsi, la loi des Noachides se compoisè de sept préceptes, celle du Sinaï de dix; le code du désert en contient une quarantaine, celui d'Esdras ou Helcial^ en à plus de dnq cents.

Je ne veux pas dire qu'il faille juger de la moralité et dti pfôgrès d'un peuple par le nombre des loU écrûes : Ibûg-

temps avant Jésus-Christ, cette proposition était devenue une contre-vérité; je dis que le progrès dans la justice a pour mesure le nombre des lois qui s'observent, ce qui est fort différent.

On nomme progression; en mathématique, une série dont chaque terme est composé de précédent augmenté de la raison ou multiplié par la raison.

Telles sont les deux séries suivantes :

T G. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. etc.

-H- 0. 1. 2. 4. 8. 16. 32. 64. 128 256. 512. etc.

Lues à rebours ces deux séries forment une répression. (Arithmétique de Bezout.)

Telle est dans une société régulièrement constituée, "qui, sans rien perdre de ses principes fondameinaux, y ajoute sans cesse de nouvelles définitions adoptées, et suivies par toutes les consciences, l'image du mouvement juridique : le bien s'ajoutant au bien en raison du nombre des personnes et de la multiplicité des intérêts , le faisceau de la justice s' étendant sans cesse, il y a nécessairement progrès.

Le contraire aura lieu si la justice est en décroissance : si les lois n'ont de sanction que dans la force, si elles ne se comprennent plus, si, par l'influence de l'inégalité économique et de la raison d'Etat, elles tombent peu à peu en désuétude; si le scepticisme, envahissant les consciences, sape les bases de la morale publique ; si l'hypocrisie et le mépris ramènent la guerre sociale. Alors il y aura régression, comme dit Bezout, de la justice, c'est-à-dire dépravation de la société et décadence.

Aucune difficulté poiu* l'intelligence dans ce double mouvement, dont on peindrait, pour chaque nation , établir le compte sur deux colonnes, exprimant par leur différence les acquisitions et les pertes de la justice.

Tout cela, en regard des théories sublimes et savantissi-

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