CHAPITRE XI
Fusionleme. — I^. de Tourell
Notice. — Le fusionisme est moins un système socialiste, qu'une religion démocratique.
Cette religion modèle y écrivait en 1868 un des apôtres (1), a été inaugurée sous le nom de fusionisme, le 7 décembre 1845, par notre ami et notre maître L. J. B. de Tou^eil, le môme jour et presqu'à la même heure où Tabbé Lacordaire, du haut de la chaire de Notre-Dame, disait que le catholicisme n'avait pas la vérité tout entière.
Louis de Toureil appartenait à la haute noblesse française, il rêva un moment de lui faire accepter le parrainage de sa religion nouvelle ; mais les fils des croisés avaient lu Voltaire et ils se contentèrent de lire. Les artistes, auxquels de s: Toureil s'adressa ensuite, ne lui firent pas un meilleur accueil. 11 se tourna alors vers les prolétaires.
C'était pendant les beaux jours du néo-christianisme.
(1) Le père N. Sporalette, fondateur du Cénacle de l'Oratoire et du Paraclet fusionniens.
FUSIONISMB 171
Des bijoutiers s'étaient réunis en société de production depuis 1832, sous l'impulsion de Bûchez ; et, dans leurs statuts, il était dit que les membres de l'association croyaient au sacrement de VEucharistie, et qu'ils s'engageaient à communier dévotement pour le salut de leur âme,
A part Auguste Comte, qui avait audacieusement substitué, au nom de la science, le Grand Être Humanité à la place du Dieu Tout-Puissant, et Fourier qui s'était contenté d'un déisme quasi-scientifique, meus assez vague, toutes les écoles se disait un nouveau christianisme.
Écoutons les Saint-Simoniens. « A nous. Dieu a donné mission d'appeler progressivement le monde à cette universelle communion (de l'homme avec Dieu).
Il ne nous commando plus d'exterminer les peuples, ni de nous immoler nous-mêmes,, car II est tout ce qui est ; loin de nous donc la communion barbare de l'épée et la communion mystique de la Croix ; la loi du sang est effacée, les jours du sacrifice sont finis, l'heure de la communion d'amour a sonné, car Dieu est tout ce qui est.
Tout est en lui, tout est par lui (1). »
Cabet né cessait de dire que le communisme icarien n'était autre chose que le retour aux mœurs de la primitive ÊglisCy et il citait, à l'appui de sa thèse, des textes de Y Évangile, les actes des apôtres et les homélies des Pérès de l'Église.
Pierre Leroux disait positivement :
Dieu, l'infini Être, vie triple et une, est à la fois et indivisiblement :
Être des êtres, Esprit d'amour, Lmnière universelle, ou Force-amour-intelligence ;
Ou Totalité-cause- existence.
La vie humaine, à l'état latent, est une aspiration à l'état manifesté, est une communion.
Aimer Dieu en soi et dans les autres ;
(1) Doctrine saint-simonienne (Épilogue.)
Aimer les autres par Dieu en soi.
Ne pas séparer Dieu et soi et les autres créatures etc. (1).
A chacun de ses chapitres, Louis Blanc invoquait YÈtre suprême de Rousseau et de Robespierre.
En un mot, être athée ou malfaiteur, c'était tout un dans les cénacles du socialisme, et Proudhon lui-même éludait les questions indiscrètes qui lui étaient faites à ce sujet.
Cette prudence était très-justifiable, dans un temps où les Paroles d'un Croyant de Lamennais étaient si populaires dans les faubourgs de Paris.
C'était aussi le temps où les phénomènes magnétiques, taxés de miraculeux, troublaient les cerveaux faibles. Allan- Kaderc et ses disciples, vulgarisaient le spiritisme^ et les tables tournantes. Les Swedemborgistes accomplissaient des prodiges de magnétisme, guérissaient certaines maladies et qualifiaient ces guérisons de miracles opéi'és par to manifestation de l'amour et de la gloire de Dieu (2).
(1) P. Leroux résumé par L. Desages et Aug. Désmoulin, aphorismes, p. 9 et lo.
(2) De nos jours, en plein Paris, nous avons eu le zouave Jacob. Doué d'une force magnétique très-remarquable, il opéra des cures momentanées qui troublèrent les esprits forts qui se contentent de rire avant de chercher le comment des choses. Mais, manquant de l'amour de l'humanité qui est la plus grande force des thaumaturges de bonne foi, Jacob fut vite épuisé.
« Dans un tel état de connaissances (ignorance de toute donnée scientifique et préoccupation de Théurgie), la présence d'un homme supérieur (ou d'un être mieux doué par le sentiment que ceux qui l'entourent) traitant le malade avec douceur et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement est souvent un remède décisif.
« Qui oserait dire que dans beaucoup de cas et en dehors de lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie?
« Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut; un sourire, une espérance et cela n'est pas vain. »
(Renan, Vie de Jésus, p. 260.)
« Mais toujours le miracle dépend de la crédulité du témoin. »
(Renan. Les Apôtres, introduction.)
FUSIONISME \ 73
Le socialisme religieux du révélateur du fusionisme ne détonnait donc nullement, et des prolétaires communtetes se firent, avec ardeur, les apôtres de la religion nouvelle, qui répondait si bien à leurs aspirations palingénésiques , car ces hommes de sentiment, restés en pleine conception religieuse, avaient besoin d'une doctrine qui embrassât l'ensemble des choses, expliquât leur causante, leurs manifestation et leur finalité. La substitution du désir de savoir à cette soif de croire, nous rend, nous, jeune génération prolétarienne, plus positivistes, plus observateurs des faits, plus rationnels, en un un mot, plus scientifiques et plus puissants.
Les principaux propagateurs du fusionisme furent : Auguste Guyard, E, Carlos, Angely, Ostyn Babicky Feutré, et surtout le père Gardéche, ouvrier passementier, véritable type d'apôtre égaré dans le xix° siècle. A une éloquence douce et persuasive, il joignait une bonté sans bornes qui lui attirait les sympathies de ceux qui l'entouraient. Robert (du Var), l'éloquent et consciencieux auteur d'une Histoire des classes ouvrières, publiée après les massacres de Juin, trouvait aussi du bon dans l'idée fusionisme, et c'est en s'inspirant de cette idée, qu'il apostrophait la bourgeoisie sur son égoïsme et lui disait en propres termes :
« Tu te sépares du. prolétariat, tu ne veux pas de l'unité humaine ; ce particularisme criminel te tuera, tu périras et ce sera justice. »
Ch. Fauvety a de même côtoyé le fusionisme, mais il ne s'y est pas arrêté et, sous le titre de solidarité, il a jeté l'ébauche d'un système socialiste qu'il n'a pas encore assez défini, pour qu'il en puisse être donné un exposé; enfin, Ch. Foudan, ex-disciple de Leroux, s'est fait fusioniste.
Louis de Toureil est mort en 1864, entouré de cette famille fusionienne qu'il avait fondée et dont il était aimé autant que vénéré (1).
(1) A la même génération d'idée appartient la donnée particulière de Michel Lafigonnière, qui bâtit un système socialiste difTérent du
EXPOSITION
Tous les êtres de Tunivers étant formés d'uie même substance et destinés à réaliser Tétre universel* doivent vivre les uns dans les au^tres, ce qui implique l'amour universel.
Loi de fusion. — La substance étant vivante dans tous les points d'elle-même, elle manifeste la loi de fusion partout où elle est. Il est donc impossible d'être et d'occuper un lieu quelconque dans l'immensité, sans subir l'action de la loi de fusion, puisqu'elle anime la totalité de la substance qui est immense. Aussi n'est-ii pas un être dans tout l'univers qui ne ss)ii régi par cette loi. Principe d'activité universelle, oUe est la force, la puissance qui crée, développe tous les êtres de l'univers et les conduit à leur destination. On la voit fonctionner partout, chez le minéral comme chez le végétal, chez l'animal comme chez l'homme. Tous les êtres, en effet, émanent, absorbent et s'approprient à des degrés divers les substances émanées par les êtres environnants. C'est par ce moyen que s'établit la grande chaîne universelle des êtres.
Par ['émanation tous se donnent à tous, par V absorption tous pénètrent dans tous, et par Y appropriation ou combinaismi des substances, ce* qui est une assimilation chez les végétaux, les animaux, les hommes, tous s'unissent à tous et établissent de cette manière la vaste association universelle.
(de TouREiL, Doctrine fvsiônietme. T. 2, p. 451.)
fasionisme^ quoique sur la base religieuse. Je n'ai pu me procurer l'œuvre de ce chercheur.
* FUSI0N18ME 175
La loi de fusion^ comme nous lavons dit en commençant, est la loi de vie, la vie même élevée à sa plus haute puis-, sance, car elle comprend dans elle l'activité, la conscience, l'amour et les formes de la substance ; universelle et éternelle, elle régit tous les êtres sans exception.
Considérée dans son exercice ou ses fonctions elle est une et trine ; U7ie dans sa fin qui est la réalisation de VÈtre universel oij la manifestation de Dieu ; trinc dans ses moyens ; émanation^ absorption et assimilation,
(Id.y p. 65.)
Vémanatîon c'est Veocpansion universelle de la substance, s'accomplissant dans tous les points de son infinité, par le mouvement de dedans en dehors, ou du centre à la circonférence, mouvement au moyen duquel chaque centre ejupansif s'étend progressivement dans tous les autres pour constituer l'Mmïé universelle.
(Id., p. 66.)
On a la preuve de ï émanation, dans le rayonnement de la lumière et du calorique, dans la fleur qui exhale son parfum, dans la feuille qui se flétrit, dans l'eau qui se vaporise, dans la terre, les pierres, les métaux et dans tous les corps de la nature que l'on perçoit par l'odorat ou par le goût, ou chez qui l'on remarque avec le temps quelque altération, ou quelque diminution soit en volume, soit en poids comme cela se voit dans le fer qui se rouille, dans le bois qui vieillit, dans le fruit qui se dessèche.
L'émanation est surtout incontestable chez les animaux et particulièrement chez l'homme qui, paj? ce moyen, exhale son corps tout entier dans l'espace de cinq ou sept ans.
(Id.,70.) L'absorption c'est la concentration universelle de la subs-
tance s'accomplissant dans toutes les parties d'elle-même par^ J le mouvement de dehors en dedans ou de la circonférence | au centre, au moyen de quoi, Vêtre universel se circonscrit et se fractionne à l'infini dans son immensité pour continuer la multiplicité et la diversité des formes et des êtres,
(Id,, p. 70.)
On a la preuve de Y absorption dans un corps qui s'échauffe aux rayons du soleil, ou s'imprègne d'odeur au contact d'un corps odorant; dans l'éponge, le bois ou la pierre qui s'imbibent de liquide ; dans les végétaux qui hument les gaz de l'air, et des vapeurs de la terre. Enfin, l'absorption s'exerce surtout chez les animaux et les hommes par la faculté qu'ils ont de respirer, de boire, de manger, de flairer, de voir, d'entendre et de concentrer généralement en eux, au moyen des organes, des tissus, de la porosité du corps et de certains vaisseaux, tous les éléments nécessaires à leur j conservation et à leur développement.
L'assimilation, c'est V identification de tout avec tout par une fusion intime, au moyen da laquelle la multiplicité et la diversité sont amenées incessamment à ne former que lesmodes variés d'une seule et même vie, d'une seule et même conscience, pour constituer l'm^ra/zïé de l'être universel.
On a la preuve de l'assimilation dans toutes les transfor- ( mations que la s|d)stance subit en passant d'un être dans C^ un autre être. Ainsi, l'eau, l'air, les fluides et les sels de la [ terre qui nourrissent les végétaux en se végétalisant ; les J végétaux qui nourrissent les animaux en s'animalisant, rôaiisant la loi d'assimilation.
GUSIONISME 1 77
Propriété. Idéal social, — Tout morcellement de la planète est un amoindrissement une limitation de l'homme. Car quelle que soit la part de l'individu dans ce morcellement il a forcément pour limite la part des autres.
Or, comme les parts des autres, prises ensemble, sont incomparablement supérieures à la sienne, chaque individu ' se trouve donc dans la plus grande limitation par rapport à tous. Désormais, dans l'intérêt de la destinée humaine, au lieu de morceler le tout en parties infininr^jint petites, la société sera organisée de manière à ce que chacun puisse jouir Ubrement de la terre entière et puisse la parcourir à son gré dans tous les sens, au moins une fois dans sa' vie.
(Id., p. 214.)
Produire le plus de bien-être possible avec le moins d'efforts possible, afin que tous jouissent de la plus grande liberté et du plus grand bonheur possible.
(Id.y p. 219.)
En résumé, l'homme, parla connaissance de soi-même et de la loi de fusion, sait qu'il doit réaliser successivement en ce monde :
lo La destinée particulière, ou Vandrogyne individuel au moyen de l'hyménée individuel ;
2° La destinée collective, ou Vandrogyne humanitaire au moyen de l'hyménée collectif;
3" La destinée astrale, ou ïandrogyne planétaire, au moyen de l'hyménée astral.
Quand une fois ce résultat est atteint, chaque individu est alors une individualité astrale, continuant à former des hyménées de plus en plus élevés, jusqu'à la réalisation de 'être universel qui est la destinée de l'homme.
(Id., p. 232.)
La comdmce humanitaire est donc la grande unité collecti\ composée des morts et des vivants, où viennent se syBth tiser toutes les consciences, tous les sentiments, toutes 1 sensations, tous les instincts et toutes les élaborations d êtres de ce monde, depuis l'homme individuel, en desc( dant jusqu'à l'élément le plus infime.
Elle est le produit de tout le travail accompli par la p
nète dans ses diverses transformations. Chaque être ai
lui apporte le tribut de son expérience particulière et je
^1 elle de la soiame de développement résultant de l'élal
ration de tous.
Organisation fusionienne. — . Le globe est divisé en zones, chaque zone en dix régions, chaque région en cent des ; au centre de chaque cercle est une polyame ou cité.
Lespo/yames sont formées d'un certain nombre de pa
communautaires ; elles en contiennent selon leur ran§
leur fonction.
(3«voL,p. 150.)
Il y a six espèces de polyames correspondant hiérarchie ment aux six phases de l'âme.
En voici la distribution :
1® Prédominance de mouvement. Polyames destinées femmes enceintes, aux nourrices et aux enfants jusqu'à 1 (îo deux ans.
2<* Prédominance de sensation. Polyames destinées enfants de 2 à 7 ans. (C'est là que tout est disposé pour i de la polyame une grande école où les enfants s'instruî en s'amusant.)
3® Prédominance de sentiment. Polyames destinées enfants de 7 à 15 ans. (C'est là que le cercle concentre to les écoles de premier et second degré, l" initiation.)
4* Prédominance de sympathie. Polyames destinés
iolescents de 15 à 22 ans. (C'est dans ces polyames que se xitles apprentissages et que s'exercent les industries en ^néral. Elles sont le centre de toutes les manufactures, ^ines, et des ateliers de fabrication. 2* initiation.)
5« Prédominance d'amour. Polyames destinées aux adul- •s depuis 22 ans jusqu'à 50. (C'est là qu'on se réunit de ^utes les parties du globe à certaines époques déterminées . que l'on contracte les hymens. 3« initiation).
6° Prédominance de volonté. Polyames destinées à l'âge lûr de 50 à 80 ans. C'est là que les castes sacerdotales instruisent et reçoivent leur consécration. C'est le foyer es études supérieures. Là sont réunis les musées scientiiiues, artistiques et industriels.
Ces espèces de polyames ont au-dcssus d'elles une po- 'ame unique dans le monde entier réalisant le paradis terîstre et correspondant à la perfection individuelle. C'est là que se trouvent les merveilles réunies par tous les 5RCLES du globe. Elle est le séjour des prêtres et prêtresses jrant atteint l'âge de 90 ans. Le divin collège qui l'habite >t dépositaire des mystères de la plus haute initiation, ans cette polyame céleste MAP * a son temple suprême. L'omniarchie fusionienne appelle tous ses membres dans la dyame céleste^ dernière étape de la carrière actuelle de loinme sur la terre, à cet ^et, elle donne à chacun les .êmes moyens de développement '.
{Loct, fusionienne, p. 138 et suiv.)
Notice. — Donnée de Colins, — Colins, ancien colonel dû
(1) PtoîmiKîez Jtf4 P. Ce monogramme est composé des initiaJts i véritable nom de Dieu : Mère, — Amour, — Père.
, • (L. DE TOUREIL.)
(2). Toute la doctrine fusionnieue n'étant qu'une conception cébrale en dehors de toute observation et de toute c! issifica^ion entltique, j'ai dû l'insérer purement et simplement sans critiquer cun détail.
premier empire, publia, de 1848 à 1857, deux ouvrages to- J lumineux sur le socialisme. Le premier de ces ouvrages^ porte pour titre : Qu'est-ce que la science sociale ?
Le second est intitulé : L'Économie politique et les utopiei prétendues socialistes causes de révolutions.
Ces livres ne contiennent guère qu'une profusion de citations, sèchement ou aigrement commentées, et ils furent peu lus. Aussi Colins eut-il bien peu de disciples. ^
Il y a néanmoins dans son œuvre une pensée particulière; I c'est la démonstration qu'il y a nécessité de faire entrer le ' sol dans la propriété collectiviî, sans pour cela tomber dans le communisme.
Un homme qui, en 1848, était connu dans la classe ouvrière et duns les cercles sociaUstes pour son dévouement à la cause de la justice, et ses nombreuses recherches sur le paupérisme, l'ouvrier balancier Pierre Vinçard, neveu du saint-simonien Vinçard, adopta la donnée de Colins. I
Les termes mêmes de son adhésion sont d'autant plus * importants à reproduire que Vinçard, quand il la formula, venait d'achever une remarquable étude statistique sur l'état du prolétariat français et qu'il travaillait, sous le titre de Enquête industrielle, à compléter ses tableaux de la misère a : xixe siècle.
Voici sa formule :
P Le paupérisme est incompatible avec les aspirations de la société moderne.
2° Le paupérisme ne peut être aboli que par l'entrée du sol à la propriété collective. >
Colins n'eut peut-être pas d'autres adhérents ; mais quel- ( ques-unes de ses formules économiques ont été apportées ^ dans les. congrès de l'Internationale par l'un des membres [ les plus savants de la grande association, C. Depaepe; et sa conclusion sur la propriété a été textuellement votée au congrès de Bruxelles. De sorte que l'on peut dire que l'œuvre .socialiste de Colins a fourni h l'idée générale qui se dé-
gage de rintervention intellectuelle du prolétariat moderne un respectable contingent. A ce titre, elle devait être notée dans ce recueil.
EXPOSITION
Il faut attacher les intérêts de tous au sol.
(Saint-Just.)
CRmQUE. — Dans la société actuelle, l'impôt augmente proportionnellement aux emprunts, le travail des exploités augmente proportionnellement à l'impôt et la richesse bourgeoise, dite nationale, augmente proportion ellement au travail et à la misère des exploités.
Ces emprunts augmentent en raison de l'augmentation de la richesse bourgeoise; l'exploitation des prolétaires augmente en raison de l'augmentation des emprunts, et la richesse bourgeoise augmente en raison de l'exploitation des prolétaires.
C'est ce que l'économie politique formule en disant :
La richesse et le paupénsme s'avancent également sur deux lignes parallèles.
Le prolétaire français n'est point encore arrivé au fond du gouffre de misère où la richesse actuelle peut le plonger, mais la forme sociale bourgeoise le pousse vers cet abîme avec une rapidité qui peut être ne permet pas aux bourgeois, de bien observer le danger que ce cratère social peut leur faire courir.
Il faut qu'on le sache, aussi longtemps que la coordination des connaissances à la direction des actions tant sociales qu'individuelles n'a point une existence incontestable, tout gouvernement sous quelque forme qu'il puisse exister,
est absolument impossible, comme réparateur de l'anarchie.
Comment, en effet, pourrait-il sans règles qui soient communes à lui et aux gouvernés diriger la société vers la stabilité de l'ordre ?
Il est au milieu de la tempête intellectuelle comme im pilote sans boussole et sans gouvernail est au milieu de la tempête matérielle.
Et il arrive que les despotismes et les anarchies se succèdent plus désastreux les uns que les autres.
(Colins. — De l'économie politique cause de révolutions.)
MÉTAPHYSIQUE SOCIALE. — La causc du mal existe dans l'absence de vérité sociale absolue ; absence nécessairement reconnue et vulgarisée en présence de l'ignorance sociale sur la réalité du droit et de l'incompressibilité de l'examen.
La vérité sociale absolue, fut-elle même présentée d'une manière rationnellement incontestable, ne peut guérir le mal social tant que le monopole des développements des intelligences n'est point anéanti (1).
Ce monopole ne peut être anéanti que par l'entrée du sol à la propriété collective. (Car, en conservant la propriété individuelle, l'égalité est impossible, et l'instruction gratuite à tous les degrés ne saurait être sérieusement appliquée.)
C'est pourquoi je dis :
Il faut anéantir la haine qui est partout;
Il faut établir l'amour de la fraternité qui n'est nulle part ;
Il faut anéantir le bourgeoisisme et le prolétariat pour qu'il n'y ait plus qu'une seule classe, l'humanité;
Il faut attacher les intérêts de tous au sol.
(1) Ceci équivaut à dire qu'il faut que le peuple sache, mais encore une fois pourra-t-il s'instruire si les choses restent en l'état? Non. Comme la liberté, l'instruction ne se donne pas, elle se prend .
MUTUELLISMB 183
On fera ainsi en réalisant la collectivité de la terre.
Cette collectivité sera réalisée dès que l'ignorance sur la réalité du droit sera anéantie. Alors le paupérisme matériel disparaîtra avec le paupérisme moral qui l'engendra. Alors l'ordre sera imperturbable par l'harmonie imperturbable, entre l'organisation de la propriété et le droit (tliéorique).
Si le fait est ce qui est, le droit est ce qui doit être,
Le droit est la base de l'ordre (futur).
L'ordre (découlant du droit appliqué), c'est la vie sociale.
(Colins, ibid,)
Mesures transitoires. — 1° Abolir l'hérédité collatérale;
2° Proclamer la liberté de tester;
30 Mettre im impôt de 25 ^/o sur tout héritage testamentaire;
4° Faire germer dans les masses l'idée de collectivité du sol, pour que cette transformation de la propriété soit bientôt demandée comme ime nécessité sociale et réalisée du consentement de tous.