CHAPITRE XIII
Donnée de Godin-Lemalre
Notice. — M. Godin-Lemaire, disciple de l'école sociétaire de Fourier, fondateur du Familistère de Guise, et membre de l'Assemblée de Versailles, a publié vers la fin de 1871, un ouvrage volumineux sous ce titre : Solutions sociales.
L'auteur raconte d'abord comment, pauvre fils de prolétaire, il a fini par acquérir une grande fortune tout en faisant le bien de l'humanité. En cela il a heureusement contrasté avec la généralité des parvenues à la fortune que les prolétaires, qu'ils foulent et spolient, savent être les plus mauvais des riches.
Godin-Lemaire a modifié ses idées phalanstériennes sur
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certains points; par exemple, il croit volontiers que Taccorct du capital du travail et du talent peut s'obtenir à Taide <}u travail en participation.
Le maître avait moins d'illusions à cet égard^ aussi proclama-t-il que l'association, pour être efficace, devait embrasser Tensemble des relations humaines.
Mais ce qu'a voulu démontrer le fondateur du familistère de Guise, c'est la possibilité, selon lui, de résoudre la question sociale pacifiquement si la bourgeoisie le voulait.., mais la bourgeoisie ne veut pas. Les adjurations que lui adresse Godin-Lemaire restent vaines.
La position de fortune du réformateur lui a permis de faire une tentative pratique.
Condamnant avec raison les fameuses Cités ouvrières h l'aide desquelles les grands industriels des charbonnages belges, les manufacturiers- d'Alsace, et le dernier Bonaparte ont voulu inféoder, pour mieux l'exploiter, la classe ouvrière à la grande industrie, il a édifié sous le nom de fami- Ustêre, un embryon des phalanstères rêvés par son maître Fouricr; il l'a nommé Palais social, et l'édifice n'est pas indigne de ce nom.
EXPOSITION
La loi snpr^mei c'eat la 1(4 de la via.
NÉCESSITE d'une SOLUTION. — Enfin arrive le jour où la société se surprend à reconnaître qu'elle doit au travsol ce qu'elle est, qu'elle lui doit tout I
C'est alors que dans la société ^ comme dans l'homme viril, la loi d'équilibre et de pondération de la vie permet d'ordonner les faits hum^-ins d'ap^è^ les notions de la justice.
pONDiis PE GOXVIN-LSMAXM 823
Quand les sociétés se sont élevées à ce niveau par les facultés du travail^ le caractère des forc^ morales qui lei guide se modifie, et c'est de la justice que ees sociétés teA^ dent à s'inspirer. Elles procèdent alors en sens inverse def sociétés primitives; au lieu de faire dériver du droit la no^ lion du devoir et celle de la justice, elles font dériver de ll| notion de la justice celle du devoir et du droit.
Notre phase sociale est dans ce cas : son tempérament diffère de ceux des phases qui l'ont précédée. Les besoins qui s'y agitent dérivent des facultés productrices, des ii^téf* rets composant les liens sociaux, et le travail est la forcQ qui aspire à imprimer au monde un mouvement nouveau. Aussi les réformes sociales nécessaires ^ notre époque doivent-elles avoir pour but d'organiser les moyens d'assurer aux masses tout le confort que le travail peut çnfaAter 4 leur profit.
C'est là le seul moyen de légitimer la richesse et de placer les positions sociales qui en dépendent sous la sauvegarde de la loi d'équilibre et de justice qui assurer^ la paix défln nitive du monde.
Nos sociétés ont traversé leurs phases d'enfaT^ce; possédant le sentiment véritable du droit et du devoir, elles pressentent les règles de la Justice et leur mise en pratique; auss} veulent-elles, pour y atteindre, faire tomber tputes les bar-? rières qui se dressent devant la liberté, afin de créer l'unité sociale des individus, des nations et des peuples.
(Godin-Lbmairb. — Solutions sociales,)
Richesses naturelles. — La terre et ses fruits, le travail du Créateur et celui de la nature enfin, restent le fonds corn? naun sur lequel les générations qui suivent, à l'égal de celles qui les ont précédées, conservent le droit de pourvoir à leurs besoins et d'exercer leur intelligence.
,.. Les produits naturels n'étant l'œuvre de personne sont[ le partage de tous,.,
• La nature accorde à rhomme la faculté de disposer pour ses besoins personnels des biens qu'elle prépare pour lui; mais elle ne confère à personne, par aucun signe particulier, le privilège d'accaparer ses biens. De l'assistance qu'elle accorde, elle fait un droit pour tous les hommes à une part du produit qui en résulte.,.
Richesses du travail. — ... Mais la mission de l'homme est d'approprier la matière à son usage, de la transformer, et d'ajouter au travail de la nation son propre travail : là commencent le droit et la propriété individuelle...
Ce que l'homme ajoute au travail de la nature lui appartient en propre : c'est l'œuvre qui le grandît dans la vie ; le fruit de son travail est le rayonnement de lui-même : c'est une extension de son être...
L'homme ne peut faire acte de propriété sur son travail sans se trouver obligé vis-à-vis de ses semblables. La propriété lui impose des devoirs puisque l'aliénation de la matière au profit de l'individu se ferait au préjudice du droit de tous, si l'appropriation individuelle n'entraînait le devoir d'une compensation...
... Le droit de propriété issu du travail de l'homme, ainsi que la plus-value qu'il a su donner aux choses, doit être distingué de ce qui provient du fonds de la nature, fonds sur lequel l'humanité conserve sa part du droit.
, (GoDiN-LBiiAiRE. — Solutùms sociales.)
Lois de la Richesse. — Il est des lois économiques que la société subit fatalement; les mutations de la richesse sont de ce nombre; la richesse nobiliaire s'efface devant la richesse du négoce et de la spéculation, comme celle-ci à son tour s'effacera devant la richesse du travail producteur et créateur. La place de la lickesse collective des travailleurs se prépare lentement à côté de la richesse individuelle.