‹ Exposé des écoles socialistes françaisesChapitre 6 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CAt6 •ootallste de la Convention et pénale

de Condorcet

NOTICE. — L'immortelle manifestation réVolutiôûnaire et rénovatrice de 1789, ne sortit pas de la société française comme un phénomène subit et inexplicable.

Depuis longtemps, le vieux monde était mené à la démocratie par les orgies de la royauté, par les iniquités du privilège et par les attentats continuels de Taulorité.

Rousseau, Mably, Mofelly, Turgot, etc., avaient, après Vauban et B^énelon, annoncé éloqiiemment ^é, si de pro-

fondes réformes n'étaient consenties, l'édifice social allait s'écrouler.

Leurs voix s'étaient perdues au milieu des chants de joie des petits marquis, des spoliations des traitants (comme on appelait alors les banquiers), au milieu des débauches de ce roi qui disait dans son Parc-aux-Cerfs : Après moi le déluge, La France répondait à ce dédain aveugle par le plus formidable coup de tonnerre que le monde ait encore entendu ; par la Révolution française. Les chaînes furent brisées ; car c'était de liberté surtout qu'avait soif ce peuple si opprimé.

Mais, si la bourgeoisie pouvait se contenter de la liberté politique, il n'en était pas de même du peuple que cette liberté laissait ignorant, misérable, à la merci du premier enrichi venu, et il réclamait, en supplément, la justice et l'égalité. Par cette revendication nouvelle, le peuple travailleur ne faisait que demander la réalisation de l'idéal qu'il n'avait cessé de poursuivre dans ses révoltes passées.

Le père intellectuel des Jacobins, J. J. Rousseau, ne cessa de tonner contre une civilisation qui tolérait des iniquités sociales si monstraeuses et déparier de l'égalité primitive, dont, selon lui et selon un grand nombre d'écrivains de l'antiquité, avaient joui les hommes, quand ils étaient à l'état de nature. Partant de cette idée, et ne pouvant pas sérieusement préconiser le retour de l'humanité à l'état sauvage, il rêva le gouvernement de la majorité, fort et fraternel, devant tout courber sous sa loi pour le bonheur de tous.

Ses disciples Robespierre, Saint-Just, Lepelletier Saint- Fargeau, Cambou et les autres Jacobins, ne cessèrent de vanter VEtat tout puissant qui devait ramener les hommes à V amour de la nature, manifestation tangible de l'Être suprême, à la fraternité et à la pratique de la vertu; l'Etat devait en outre redresser les plus criantes des iniquités sociales.

Gomme expression de cette pensée, il nous reste la déclaration des droits de l'homme par Robespierre, le projet d'é-

dueatton par Lepelletier et divers discours prononcés devant la Convention,

Moins autoritaire que les chefs de la Montagne, puisque, sans cesse, il criait au peuple de veiller sur ses gouvernants, Marat poussait bien plus loin encore l'amour de l'égalité, et quelques-uns des inspirateurs de la première Commune, Chaumette, Hébert, etc , prêchaient aussi des transformations sociales plus profondes. Néanmoins, leurs idées purent rarement arriver à la discussion dans cette Convention, où, sous la pression d'événements foudroyants, s'entrechoquaient tant de pensées sublimes, tant de vastes conceptions, et où étaient glorifiés simultanément ce que l'art avait de plus splendide, la science de plus puissant, la philosophie de plus élevé et l'enthousiasme de plus généreux.

De ce volcan révolutionnaire se dégagèrent bientôt deux idées : l'idée jacobine essentiellement réformatrice avec la sentimentalité pour base, et la pensée de Condorcet, plus savante, plus philosophique., plus vaste et bien autrement féconde.

« Ami de Voltaire, de Turgot, et des encyclopédistes, » dit un socialiste moderne (1), « Condorcet a été en France le lien « vivant du xvin* et du xix« siècle. Imprégné des idées de « d'Alembert et de Diderot dans la société intime desquels « il avait vécu, il a continué leur œuvre avec la virtualité a puissante dont il était doué. »

Compris dans les poursuites exercées contre les Girondins, il voulut, avant de mourir et d'après les conseils de sa digne compagne, léguer à l'humanité un travail inmiortel. 11 écri* vit ÏEsquisse historique des progrés de V esprit humain, où les philosophes contemporains ont tant puisé et qui servira à résumer l'idée qu'il a apportée au monde.

Je n'ai pas ici à m' occuper du côté purement révolutionnaire de la Convention si éminenmient personnifié dans le

(1) A. OiMé^m, PhUotophie du tociatUine,

ÎO j:xposê des écoles socialistes

grand Danton, Csunille Desmoulins et leurs amis. L'œuvré colossale de la résistance à la monarchie armée au dehorâ, conspiratrice au dedans, n'est pas le moins admirable des actes de la Révolution ; mais il importe moins aux préparateurs de l'avenir, que les idées générales qui surgirent de cette colossale époque.

EXPOSITION

Drclaration des droits de l'homme.

Périsse notre mémoire, et que la France soit libre.

Le peuple français, convaincu que l'oubli et le mépris des droits naturels de l'homme sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens, pouvant comparer les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer et avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur, le magistrat la règle de ses devoirs, le législateur l'objet de sa mission.

En conséquence, il proclame, en présence de l'Être sapréme, la déclaration suivante des droits de l'honmie et dn citoyen :

Akt. 1". Le but de la société est le bonheur commun. Le gouvernement est institué pour garantir à l'homme la jouis* sance de ses droits naturels et imprescriptibles.

Art. 2. Ceà droits sont l'égalité, la liberté, la vdtéié, la propriété. (1)

Art. 3. Tous les hommes sont égaux par la nature et devant la loi.

Art. 4. La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté générale; elle est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit rp;>ile punisse; elle ne peut ordonner que ce qui est juste et ulile à la société ; elle ne peut défendre que co qui lui est nuisible.

Art. 5 Les peuples libres ne connaissent d'autres motifs de préférence dans leurs élections, que les vertus et les talents.

Art. 6. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'honmie de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui : elle a pour principe la nature, pour règle la justice, pour sauvegarde la loi : sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qui te soit fait.

Art. 7. Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de tout autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. — La nécessité d'énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme.

Art. 8. La sûreté consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation dé sa personne, dé ses droits et de ses propriétés.

Art. 9. La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l'oppréèsion de cmix qui gouvernent.

Art. 10. Nul ne peut être accusé, arrêté ni détéûti, ^ê dans lés cas déterminés par la loi et selon les foriûes qu'elle

(1} Les Jacobins s'en tenaient kVégaUté de droit, la seule compatible avec l'institution de la propriété individuelle. Condorcet était plus rétôlutiottflâîrer qtïâind il diëâi< .' Égalité été fait, d^rnièf but de Vart ioôiaî, Ott itm par lèe qiié tdtLÉ lei (jfirôndins n'étaient pas de simples libéraux.

Art. 28. Uu peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures.

Art. 29. Chaque citoyen a un droit égal de concourir à la formation de la loi et à la nomination de ses mandataires ou de ses agents.

Art. 30. Les fonctions publiques sont essentiellement temporaires; elles ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais conune des devoirs.

Art. 31. Les délits des mandataires du peuple et de ?gs agents ne doivent jamais être impunis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.

Art. 32. Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l'autorité publique ne peut, en aucun cas, être interdit, suspendu, ni limité.

Art. 33. La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'homme.

Art. 34. Il y a oppression contre le corps social, lorsqu'un seul de ses membres est opprimé : il y a oppression contre chaque membre, lorsque le corps social est opprimé.

Art. 35. Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

(II est bon de citer ici les termes dédaigneux dont se servit Robespierre en défendant la propriété ; )

« Je vous proposerai d'abord quelques âf ticles nécessaires pour compléter vos théories sur la propriété!,,. Que ce mot ji'alarme personne; âmes de boue qui ïï'estimez que l'or, je ne veux point tottcher k Vos trésorô, quelque impur e^qu* en

Suit la source. Vous devez savoir que cette loi agraire, dont vous avez tant parlé, n'est qu'un fantôme créé par les fripons pour épouvanter les imbéciles... Il s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable que de proscrire l'opulence (1) ; la chaumière de Fabricius n'arienà envier au palais de Crassus. J'aimerais bien autant, pour mon compte, être l'un des fils d'Aristide élevé dans le Prytanée aux dépens de la république, que l'héritier présomptif de Xerxès, né dans la fange des cours, pour occuper un trône décoré de l'avilissement du peuple, et brillant de la misère publique. Pesons donc de bonne foi les principes du droit de propriété ; il le faut d'au tant plus qu'il n'en est point que les vices des hommes aient cherché à envelopper de nuages plus épais. Demandez à ce marchand de chair humaine, ce que c'est que la propriété... 11 vous dira, en montrant cette bière qu'il appelle im navire, où il a encaissé et serré des hommes qui paraissent vivants : Voilà mes propriétés; je les ai achetés tant par tête. Interrogez le gentilhomme, qui avait des terres, des vassaux, et qui croit l'univers bouleversé parce qu'il n'en a plus... Il vous donnera de la propriété des idées à peu près semblables. Interrogez les augustes membres de la dynastie capétienne... ils vous diront que la plus sacrée de toutes les propriétés est sans contredit le droit héréditaire, dont ils ont . joui de toute antiquité, d'opprimer, d'avilir et de s'assurer légalement et monarchiquement les vingt-cinq millions d'honmies qui habitaient le territoire de la France, sous leur bon plaisir. »

(l) Il vaudrait mieux supprimer la misère.

Enseignement révolutionnaire {l\ — La naissance d*im enfant est un accident chez les pauvres, les soins que la mère lui prodigue sont mêlés de regrets et du mal-être de l'inquiétude.

A peine les premières nécessités sont-elles accordées à cette malheureuse créature , car il faut que le besoin qui partage soit parcimonieux.

L'enfant est mal nourri, mal soigné, mal traité ; et, souvent parce qu'il souffre, il ne se développe point, ou il se développe mal ; et, à défaut de la plus grossière culture, cette jeune plante est avortée.

Quelquefois, le dirai-je, un spectacle plus déchirant ra'a navré ; je vois une famille affdgée, j'approche, un enfant venait d'expirer, il était là... Et d'abord la nature arrachait à ce couple infortuné quelques pleurs ; mais bientôt l'affreuse indigence lui présentait cette consolation plus amère encore que ses larmes : C'est une charge de moins I

Utiles et malheureux citoyens, bientôt cette charge ne sera plus pour vous un fardeau; la République bienfaisante viendra l'alléger un jour; peut-être rendus à l'aisance et aux douces impulsions de la nature , vous pourrez donner sans regrets des enfants à la patrie. La patrie les recevra tous également, les élèvera tous également sur les fonds du superflu de la richesse, les nourrira tous également, les vêtira tous également; et lorsque vous les reprendrez tout formés de ses mains, ils feront rentrer dans vos familles une nouvelle source d'abondance, puisqu'ils y apporteront la force et la santé, l'amour et l'habitude du travail.

Voici donc comme je propose de doter nos établisseméuts d'institution nationale :

lo Le produit du travail des enfants ;

(1) Extrait du plan d'éducation rédigé par Lepelletier Saint- Fargeau, lu à la Convention, par Robespierre, le 15 juillet 1703.

2« Les revenus personnels des enfants qui y seront éleyés, pendant tout le temps de leur éducation;

3« Le surplus sera fourni par les produits d'une taxe imposée sur tous les citoyens du canton , chacun dans la proportion de ses facultés.

Aucun domestique ne sera employé dans les maisons d'institution : les enfants les plus âgés donneront aux plus jeunes les secours dont ils pourront avoir besoin ; ils feront, chacun à leur tovir, le service commun; ils apprendront, tout à la fois, à se suffire à eux-mêmes, et à se rendre utiles aux autres.

Il n'existera donc, à proprement parler, que trois articles de dépenses :

Les appointements des instituteurs et institutrices, le vêtement, la nourriture des enfants. -

Quant aux vêtements, les étoffes les plus communes y seront employées, et vous pourrez concevoir que les frais n'en seront pas considérables.

A l'égard de la nourriture, les aliments les plus simples et les plus communs, à raison de leur abondance seront préférés (1).

Nous regardons comme ime dette de la société l'obligation de nourrir les vieillards et les infirmes hors d'état de gagner leur vie; déjà vous en avez reconnu le principe, et ^ vous vous occupez des moyens d'exécution. Pourquoi élever dispendieusement de nouveaux édifices? Formons une réunion doublement utile: je voudrais que les vieillards à la charge des communes d'un canton trouvassent leur asile dans une partie des établissements destinés à l'institution publique.

(1) Voilà quatre-vingts ans que ce projet a été présenté. Il aurait pu depuis transformer le monde s'il eût été appliqué, et ils en sont entre libéraux et catholiques à discuter l'obligation théorique. ^* progrès, que tu tournes de fois sans faire un pas !

Là, presque sans frais, ils partageraient une frugale nourriture ; là, presque sans frais, ils recevraient les assistances a journalières qui leur sont nécessaires : les enfants les plus ] âgés et les plus forts seraient successivement employés à l'honneur de les servir.

Quelle utile institution! quelle leçon vivante des devoirs lâociaux

Il me semble qu'il existe quelque chose de touchant et de religieux dans le rapprochement du premier et du dernier Jige, de l'infirmité caduque et de la vigueur de l'enfance.

Ainsi le saint respect pour la vieillesse, la compassion pour le malheur, la bienfaisante humanité, pénétreront dans l'àme de nos élèves avec leurs premières sensations, et s'y graveront profondément; levirs habitudes mêmes deviendront en eux des vertus.

Ainsi se formera une race nouvelle, laborieuse, réglée, disciplinée, et qu'une barrière impénétrable aura séparée du contact impur des préjugés de notre espèce vieillie.

Ainsi la pauvreté est secourue dans ce qui lui manque, ainsi la richesse est dépouillée d'une portion de son superflu : et sans crise, ni convulsion, ces deux maladies du corps politique s'atténuent insensiblement (1).

Depuis longtemps elle est attendue, cette occasion de secourir une portion nombreuse et intéressante de la société; les révolutions qui se sont passées depuis trois ans, ont tout fait pour les autres classes de citoyens, presque rien encore pour la plus nécessaire peut-être, pour les citoyens prolétaires, dont la seule propriété est dans le travail.

La féodalité est détruite, mais ce n'est pas pour eux; car ils ne possèdent rien dans les campagnes affranchies.

Les contributions sont plus justement réparties ; mais, par leur pauvreté même, ils étaient presque inaccessibles à

(1) Et la société marche à Tégalité.

là âhsfgô : pour eux, le soulagement est aussi predquô insensible.

* t/êgaîité civile est rétablie, mais rinstfuction et l'éduôatiôâ tent thanquent : ils supportent tout le poids du titre dé citoyen, ont-ils vraiment aptitude aux honneurs auxquels le citoyen peut prétendre?

Jusqu'ici, Tabolition de la gabelle est le seul bien qui ait pu les atteindre, car la corvée n'existait déjà plus, et, momentanément, ils ont souffert par la cherté des denrées, par le ralentissement du travail et par l'agitation inséparable des tempêtes politiques.

Ici est la révolution du pauvre... mais révolution douce et paisible, révolution qui s'opère sans alarmer la propriété, et sans offenser la justice (1). Adoptez les enfants des citôjpns sans propriété, et il n'existe plus pour eux d'indi- ^nce. Adoptez leurs enfants, et vous les secourez dans la portion la plus chère de leur être.

Que ces jeunes arbres soient transplantés dans la pépinière nationale, qu'un même sol leur fournisse ses sucs nutritifs, qu'une culture vigoureuse les façonne,* que, pressés les uns contre les autres, vivifiés conune par les rayons d'un astre bienfaisant, ils croissent, se développent, s'élancent tous ensemble à l'envi sous les regards et sous la douce influence de la patrie.

Projet de décret.

Article premier. Tous les enfants seront élevés aux dépens de la république, depuis l'âge de cinq ans à douze ans pour les garçons, et depuis cinq ans jusqu'à onze ans pour les petites filles.

Art. 2. L'éducation nationale sera égale pour tous, tous

(1) La propriété et Injustice n'ont rien de commun.

recevront môme nourriture, mêmes vêtements, même instruction, mêmes soins.

Art. 3. L'éducation nationale étant la dette de la République envers tous, tous les enfants ont droit de la recevoir, et les parents ne pourront se soustraire à l'obligation de les faire jouir de ses avantages.

Art. 4. L'objet de l'éducation nationale sera de fortifier le corps des enfants , de le développer par des exercices de gymnastique, de les accoutumer au travail des mains, de les endurcir à toute espèce de fatigue, de les plier au joug d'une discipline salutaire, de former leur cœur et leur esprit par des instructions utiles, et de leur donner les connaissances qui sont nécessaires à tout citoyen, quelle que soit sa profession.

Art. 5. Lorsque les enfants seront parvenus au terme de l'éducation nationale, ils seront remis entre les mains de leurs parents ou tuteurs, et rendus aux travaux des divers métiers et de l'agriculture, sauf les exceptions spécifiées ciaprès, en faveur de ceux qui annonceraient des talents et des dispositions particulières.

Art. 6. Le dépôt des connaissances humaines et de tous les beaux-arts sera conservé et enrichi par les soins de la République ; leur étude sera enseignée publiquement et gratuitement par des maîtres salariés par la nation. Leurs cours seront partagés en trois degrés d'instruction : les écoles publiques, les instituts, les lycées.

Art. 7. Les enfants ne seront admis à ces cours qu'après avoir parcouru celui de V éducation nationale.

Ils ne pourront être reçus avant l'âge de douze ans aux écoles publiques.

Le cours d'étude y sera de quatre années; il sera de cinq dans les instituts, et de quatre dans les lycées.

Art. 8. Pour l'étude des belles-lettres, des sciences et des beaux-arts, il en sera choisi un sur cinquante. Les enfants qui auront été choisis, seront entretenus aux frais de la Ré-

publique auprès des écoles publiques pendant le cours d'étude de quatre ans.

Art. 9. Parmi ceux-ci, après qu'ils auront achevé ce premier cours, il en sera choisi la moitié, c'est-à-dire ceux dont les talents se seront développés davantage; ils seront également entretenus, aux dépens de la République, auprès des instituts , pendant les cinq années du second cours d'étude.

Enfin moitié des pensionnaires de la République, qui auront parcouru avec plus de distinction le degré d'instruction <ies instituts sera choisie pour être entretenue auprès du lycée, et 7 suivre le cours d'étude pendant quatre années

RÉCAPITULATION DE LA DOCTRINE JACOBINE. — Affirmation catégorique des droits de la liberté individuelle , reconnaissance du droit de tous à l'instruction, à l'assistance et aussi au travail, voilà à quoi se réduit le socialisme de 03. Rien de trop scientifique, quant à l'instruction; comme dans la société individualiste elle est scindée : les études d'abord, l'apprentissage après. Mais quel amour des faibles et de la justice respire tout ce projet I

Ils resteront éternellement grands ces Conventionnels y qui, ayant le vieux monde à détruire, furent encore assez libres de pensée assez larges de cœur pour entrevoir quelquesunes des splendeurs de la société à venir. Quelle ardeur dans leurs convictions, quelle foi dans leur mission révolutionnaire devaient avoir des hommes qui, habitués à tout vaincre, voulaient terminer leur o&uvre de géant en créant de toutes pièces avant de mourir, une génération nouvelle digne en tous points du bonheur que promettait la constitution de l'ordre nouveau; apte à la fois aux grands devoirs et aux sévères vertus ; capable enfin de guider dans sa marche ascendante l'humanité régénérée.

22 EXPOSÉ DES BGOI^SiS SOCIALISTES

Perisée de Condorcet (1).

Progrès continu. — L'histoire nous apprend que la perfectibilité humaine est indéfinie. Cette perfectibilité peut suivre une marche plus ou moins rapide selon les milieux et les circonstances ; mais rien ne saurait arrêter son mou^ vement ascendant. Il faudrait pour cela un boule verseiueiit général du globe.

Le progrès humain a passé par neuf phases :

Les trois premières sont antérieures à la Grèce et se rapportent aux temps où les hommes se réunissent en tribus et aboutissent à l'époque de l'invention de l'écriture.

La quatrième comprend la période grecque ;

La cinquième, le perfectionnement des études scientifiques dans l'antiquité ;

La sixième aboutit au retour des sciences en Europe après les premières croisades ;

La septième va jusqu'à l'invention de l'imprimerie ;

La huitième a vu Descartes proclamer par le doute en philosophie la suprématie de la raison humaine, et la neuvième arrive à la Révolution française.

L'homme peut prédire avec une assurance presque entière les phénomènes dont il connaît les lois ; il peut, d'après les événements passés, prévoir avec une grande probabilité les événements de l'avenir.

Socialisme. — Le perfectionnement des lois et des institutions publiques, suite du progrès des sciences, a pour effet d'identifier l'intérêt de chaque homme avec l'intérêt commun de tous. Le but de l'art social est la destruction de cette opposition apparente, la réalisation progressive de l'égalité et l'établissement de la solidarité humaine.

(1) Je donne sous ce titre non des textes de Condorcet, mais un l'ésumé aussi ûdèle que possible.

Les fortunes tendent à l'égalité et leur disproportion scandaleuse ne doit pas exister ; elle cessera promptement si des lois injustes au point de vue du droit humain ne viennent la maintenir.

Tel ne doit pas être le but des lois.

Toutes les institutions doivent avoir pour but l'améliorationphysique, intellectuelle et morale de la classe laplus nùmbreuse et la plus pauvre (1).

L'instruction que la société doit à tous les enfants doit tendre à développer leiu^ facultés physiques, autant que leurs facultés morales.

Elle doit être universalisée, c'ost-à-dire donnée à tous ; sans cela, vous serez toujours gouvernés parles préjugés et vous n'aurez pas une société libre.

L'apprentissage doit toucher à l'école.

C'est surtout aux femmes, trop dédaignées aujourd'hui et dont l'avenir reconnaîtra les droits en donnant un libre essor à toutes leurs facultés, c'est surtout aux femmes qu'il appartient de diriger la première éducation des enfants. Dans l'application de cette oeuvre importante, elles se perfectionneront elles-mêmes et, dans leurs relations intimes avec l'enfance, elles découvriront bientôt des moyens nouveaux de hâter le perfectionnement de la race humaine.

En un mot, affirmation du progrès incessant et des tendances égalitaires de l'humanité ; reconnaissance du droit des femmes à l'égalité; première donnée scientifique sur l'instruction intégrale ; voilà l'œuvre de Condorcet. Il doit beaucoup à Yico et aux encyclopédistes, mais Saint-Simon, A. Comte et P. Leroux lui feront souvent des emprunts.

(1) Cette déûnition du peuple travailleur a ét^^ttribuée 4^prtà Saint-Simon, elle est bien de Condorcet.

24 BXPOSB DES ÉCOLES 80CIAU8TE3

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