‹ Exposé des éléments de la grammaire assyrienneChapitre 70 sur 178 · B. — LES PERSONNES · texte numérisé non relu

B. — LES PERSONNES

Si l'écriture assyrienne ne peut se prêter à une abstraction de la ra= cine, elle ne se prête pas davantage à une abstraction de la flexion. On ne saurait, en effet, construire avec cette écriture un nouveau moule dans lequel la racine viendrait se couler pour prendre la flexion qui la spécifie. Si nous examinons, en effet, les flexions hébraïques d’un temps que nous choisissons: à dessein, il est vrai, mais que nous présentons telles que toutes les grammaires nous les donnent, nous aurons le tableau suivant :

Singulier. Pluriel.

1" pers. EN M.

a° pers. masc. Mn en fém. VAED F5... n

3° pers. masc:s 80 1e fém. PT BE UE 5

I est facile dé comprendre, au premier abord, que les caractères

anariéns ne peuvent se prêter à une par eille synthèse. En effet, les ca= ractères phéniciens ne préjugent aucune voyelle, de sorte que chacun d'eux reste fixe maloré les nuances de à vocalisation, tandis que les

caractères anariens ne peuvent exprimer ces nuances sans changer de forme ou sans se combiner avec les caractères de la racine.

Quoi qu'il en soit, ces difficultés n'ont pas empêché les premiers explorateurs de reconnaître les flexions les plus saillantes de la conjusaison assyrienne. M. de Saulcy en signalait des exemples épars dans les inscriptions trilingues dont il produisait les premières lectures !. Le colonel Rawlinson, dès l’année 1850, esquissait une théorie de la conjugaison, et signalait ainsi les flexions personnelles des verbes: « la pre- «mière personne, disait-il, commence toujours par a ou e; la deuxième «par t; la troisième par + long ou bref; au pluriel n est le préfixe de «la première personne; la seconde est trop rarement employée pour « établir une règle à son égard; enfin la troisième commence par un # « qui indique plutôt le nombre que la personne ?.» S1 nous nous reportons à la date de ces observations, il est évident que, malgré ce qu'elles ont d'incomplet, elles n’en reposent pas moins sur un sentiment profond des nécessités de l'idiome; aussi elles ont été acceptées par les savants qui ont poursuivi ces recherches. [] suflisait, pour sanctionner ces prémices, de constater par des exemples les formes qui devaient achever de caractériser la conjugaison assyrienne. On peut facilement se rendre compte aujourd'hui des diflicultés que l'écriture opposait alors aux premières investigations; toutefois nous aurons, pour reproduire, autant que possible avec l'écriture anarienne, les formes générales des personnes, le tableau suivant :

Sinpuler.

û DV 7) UE ÉA 1° personne Î 4Y FE EME, plus toutes les combinaisons de la voyelle ini tale avec la première consonne de la racine.

2° pers. MasC ||] ><] Dose lus toutes les combinaisons de ces svlpers. masc. ë se |, plus SC aison< 8 SV

labes ‘avec les syllabes capables de former des syllabes complexes.

; >— 44 >— ë Ru DE 9° pers. fém. [|| 3 >< 14 ; DIR comme ci-dessus, Le féminin ne différant

du masculin que par la (terminaison.

! Recherches sur l'écriture cunéiforme du * On the inscriptions of Assyria and Basyslème assyrien, mémoire autographe des bylonia dans le Journ. of the Roy. As. Soc. 1 septembre et 27 novembre 1849 passim. , "vol. XII, part. If, p. 413 (1850).

D—p— Lg x SE RUE 3° pers. masc. =, : a À plus toutes les combinaisons de la voyelle initiale avec la première consonne de la racine, pour former des syllabes simples.

3° pers. fém all >—|« s * Y comme la seconde personne a hi 3° pers. x 4 > econde p u masculin.

Pluriel.

1° personne ee | y »—, plus toutes les combinaisons de ces syllabes pour former des syllabes complexes.

2° pers. masc. >|] >]. 4,7]: comme au singulier, sauf la terminaison,

: ; D— 4<3— : : . A . . . . , , , 2° pers. fém. >> >—<«|( 442 > comme au singulier, sauf la terminaisôn

A D—D— YU : : PR, 3° pers. masc. —,__ . =|||=, comme au singulier, sauf la terminaison. B— un

J = D es . . .

3° pers. fém. =—,__ : ape comme ci-dessus, sauf la terminaison.

Ce qui devait surtout rendre ces modifications difficiles à distinguer à l'origine, cest un fait qui a été signalé par sir H. Rawlinson dès l’année 1850, et qui, depuis, a été pleinement confirmé. Il est, en eflet, certain aujourd'hui que les Assyriens passaient avec une grande facité, dans leurs récits, de la première à la troisième personne; aussi ce n'est que lorsqu'on a été bien fixé sur les habitudes de l'idiome et sur les nécessités graphiques que lon a pu comprendre toutes ces formes qui paraissaient si diverses, et les ramener aux formes essentiellement caractéristiques de la conjugaison sémitique.

Voici, du, reste, quelques exemples que nous prendrons, autant que possible, dans les inscriptions trilingues, et qui nous donneront la certitude des flexions personnelles que nous venons d'indiquer.

Singulier.

1e personne. — La première personne au singulier nous donne les formes suivantes :

Fame

a — duk, perse: avdéanam, «J'ai tué.» (717) Ù Bisit. L. »9.) 4 4>— Al J 1 > pren LSNE | nm il, pers@: asyavam, vje suis parti.» (770) (Bisit. 1. 86.)

LT

GO — Tu — vu, perse : abavam, «J'ai agi.» (nn) (Bisit. L. 10.)

>— leur) æ et =) EEE ee —— as — ba — «at, perse : agarbäyam, «j'ai pris.» (N3S) (NOR. 1.8) ; | 4 as — kun, perse: akunavam, «j'ai fait.» (20)

(Bisit. 1. 63.)

I est facile de saisir, dans ces formes, la persistance de la même voyelle initiale, malgré le changement que la variété des consonnes impose quelquefois au caractère qui renferme la flexion.

2° Personne, masculin. — La seconde personne, au masculin, nous donne les exémples suivants :

ÿ D——{Y D——44 4 Ë BY | DYY 44 <<

ta — gab — bu, p.. mdniydhya, «tu dis.» (721) (N.R. 24.)

ta — am — Mu, «bu m'as élevé.5 BU (D1) (NabuchW. 4. Lt, 1, col, 1, 1. 86.)

ba — na — an - mn, «tu m'as créé, » (n32) (Nabuch. W. 4. 1. 1.1, pl. 58, cols1, 1. 63.)

5! = ge 1

tam — ma — 7, pe vandhy, «lu vois» (783) (Bisit, L. 106.)

5° personne, féminin. — La seconde personne, au féminin, a été constatée par M. Oppert, dns les invocations adressées aux déesses,

particulièrement dans linseription de Mylitta !, à laquelle nous empruntons les formes suivantes, qui sont des secondes personnes de l'impératif.

sr eipl

SUN ME Es Cris «préside (f.).» (T2N)

Te (1

ru — * — bi - si, « féconde { £.).» (229) > E pois EM ae su — un — dd — k, ou ta (b70) 3e pers lin. — Les troisiè du singuli : à personne, masculin es Lroisièmes personnes u sIngu 1er

masculin sont nombreuses, et il nous est encore facile de saisir la per= sistance de la voyelle caractéristique qui, malgré lindécision qui a régné, à l'origine, sur la valeur de quelques caractères, ne peut plus laisser de doutes aujourd’hui sur le rôle qu'ils remplissent dans la conjugaison des verbes. Nous en avons de nombreux exemples dans tous les textes; nous les prendrons de préférence dans les inscriptions trilingues.

rec] A RES A

à —. sal — him, p. adrashnaus , «il osä.» (nov) p. apistam akunaus , «il écrivit.» (NUE) (Bisit. 1 21.) (Xerxès à Van, 1. 22.) BE B— E— Eee « ape FRE dE nu — u, id AU EU, p. adä, «il créa.» (n32) p. avdza, «il tua.» (737) (N:R. 1. het suiv. — Xerxès à Van, 1. 2.) (Bisit. L. 46, Lo, 51, 13, 67, 56, 55. 65.) FT D— La iQ = E lai = IPN NTU = su, tur, p. aduruziya, «il mentit:» (ÿ95) p. abava, «il devint.» (9n) { Bisit. inse. détachées. ) (Bisit. 1. 19.) 3° personne, féminin. — La troisième personne, au smeulier fémi-

© Conf. Expéd. scient. en Mésop. t. I, p.299.

nin, est plus rare; elle à cependant été signalée, dès l'année 1851, par sir H. Rawlinson!. On trouve en effet dans les incriptions trilingues la forme

FE = en te

tak — hi — va — an - ni, p. hauvmaiy hasitiyé abava, «elle se révolta.» (723) (Bisit. 68.)

Pluriel.

. . . [ L Les flexions du pluriel ont été établies et constatées de la même mamère. Sir Henri Rawlinson a remarqué, dès l’année 1850?, que la première personne, commune aux deux genres, était caractérisée par le signe 4% , qui correspond à lhébreu 3 , et il donne, à l'appui, les exemples que nous conservons.

D— 4 << D——<«{ > Pa Lee Tr ni — — bu — us, p. akuïñuna, «nous fimes.» (22%)

' (D. de Westergaard. )

BE D—4 D—YY— nm — to — bi — à, p. viyatardma, «nous franchimes.» (72Y) (Bisit. 1. 35.)

2° personne, masculin. — La deuxième personne, au masculin, offre peu d'exemples; nous citerons le suivant, qui suffit parce qu'il est sûr :

art et ele

ti — bu — su — nu, «vous avez fait.» (#25) (Tigl. Pil. c. 1, 1.16. W. A. L. pl. 0.)

2° personne, féminin. — Nous n'avons pas constaté d'exemple de cette flexion, que M. Oppert construit par une analogie très-réculière.

3° personne, masculin. — La troisième personne, au masculin plu-

* Analysis of Babylonian text at Bisitoun, * On the inscript. of Assyria and Babyl. dans le Journ. of the Roy. As. Soc. volXIV, dans le Journ. of the Royal As. Soc. vol. XI, part. 1, p. 24 et suiv. part. in, p. 413.

138 GRAMMAIRE AS SSYRIENNE.

riel, se rencontre très-fréquemment, et se trouve parfaitement caractérisée : 1] nous sufhit de citer les formes suivantes :

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