‹ Exposé des éléments de la grammaire assyrienneChapitre 72 sur 178 · GC, —— LES TEMPS · texte numérisé non relu

GC, —— LES TEMPS

Les flexions personnelles sont done complètes. Jusqu ici, la conjugaison assyrienne a suivi régulièrement le type que la conjugaison héne lui présente, mais nous éprouvons maintenant un embarras sérieux, dont nous ne voulons pas dissimuler la gravité. Nous avons vu que les premiers explorateurs des textes assyriens distinguèrent, avec beaucoup de difhculté, les flexions des temps verbaux. Sir H. Raw= linson supposa d'abord! qu'il n'y avait qu'une forme variée pour les personnes, mais qu'elle était employée indifféremment pour le présent ou pour le passé. Plus tard”, en 1851, revenant sur cette idée, qu'il maintint en principe, il remarqua que le présent, tel quil est

! On the inscript. of Assyria and Baby. * Analysis of the Bab. text at Behistun, dans le Journ. of the Royal As. Soc. vol. XT, dans le Journal of the Royal Asiat. Soctety, à …. 113 (1850). vol. XIV, part. 1, p. 4 (1851).

possible de l'exprimer en arabe ou en hébreu, est très-rarement employé en babylonien. Enfin il constata que le temps assyrien dans lequel les personnes sont indiquées, comme en hébreu, par des préformatives, répond au passé. :

Ce fait constituait une anomalie sérieuse. Il paraissait si contraire à ce que l’on devait attendre, qu'un temps qui correspondait, pour la forme, au futur, eût une signification tout opposée, que l'on n’a pu s'en convaincre qu'en se livrant aux plus scrupuleuses recherches !. Mais enfin les nombreux exemples tirés des inscriptions assyriennes achéménides qui donnaient des formes de futurs sémitiques traduites par les textes ariens, avec la signification du passé, finirent par ne laisser aucun doute à cet égard?. Il y a plus, les inscriptions unilingues n’ont pas révélé, Jusqu'ici du moins, les formes régulières du prétérit ordinaire.

Les inscriptions achéménides présentent, 1l est vrai, deux exemples desquels on pourrait induire lexistence d’un temps pareil au prétérit hébraïque, nous allons les consigner ici. Nous lisons d’abord :

B , THAT. IE CN. td di O — na —- a-taw FORT NET kul — Lu — ?; leges meæ observabantur ;

(Darius, N. R. 1. 11.) ce qui traduit le perse détam tya man aita adäri, «lex quæ mea illa « observabatur. » L’assyrien a pris la forme du pluriel, nous dirons donc : «leges meæ observabantur.» À Bisitoun, le même verbe adéri est exprimé à l’aide des syllabes simples, ce qui assure le phonétisme de l'expression. Nous avons en effet :

LAN en 10 0 al Ie ER ras à 229 18

ku

lu nahar Tiglat ; tenebant Tigridem ;

u (BisitA. 34.) ce qui traduit le perse: Kdra hya Nadiñiabirahyà Tigräm adäraya, c'est-

! Conf. Hincks , On Assyr.verbs, dans le * Conf. Oppert, Eléments de la grammaire Journal of sac. lit. octobre 1855, Detr, assyrienne, p. 39. extrait du Journal asia- 143. dique, 1860.

à-dire «exercitus Nadintabelis Tigridem tenebat. » L’assyrien a encore pris la forme du pluriel, nous disons done : «milites tenebant Tigri- «dem.» Le mot kullu (kul-lu ou bu-ul-lu), qui traduit le perse adéri, se présente donc comme un prétérit d’une racine 452.

Enfin nous lisons encore dans linscription de Nakch-i-Roustam :

Rene FES EN : TE:

sa kussu - U-a na — Su — 4.

qui thronum meum portant.

(Darius, N. R. 1. 26, 27.)

Cette phrase traduit le perse ay gäthum barañky, « qui thronum por- «tant. » Quelque mutilée que soit l'inscription perse de Nakch-i-Roustam, cette lecture ne peut être contestée, et le mot nasu se présente encore comme un prétérit formé régulièrement d’une racine sw.

Cependant, malgré ces deux exemples, ce n’est pas sur des faits qui ne sont appuyés par aucune autre forme analogue dans les inscriptions de Ninive et de Babylone, qu'on peut reconstruire toute une conjugaison; aussi il faut considérer que le seul temps qu'il ait été possible de caractériser en assyrien par des flexions de la racine, a la forme du futur, comme dans tous les idiomes sémitiques, et qu'il a cependant la signification du passé : nous nommerons ce temps l'aorisie.

Dans ses recherches sur le verbe assyrien, le D' Hincks a essayé de justifier l'existence d'un prétérit analogue au prétérit éthiopien, qui se terminerait en ku. Il s'appuie sur une forme (us-bak-ku) qu'il fait dériver d’une racine 21 !; mais 1l nous semble que M. Oppert a prouvé d'une manière suffisamment péremptoôire que cet exemple unique, cité à l’appui de la théorie du savant irlandais, repose sur une lecture vicieuse?; aussi nous ne nous y arrêterons pas davantage

Le docteur Hincks a également cherché à constater des formes verbales répondant, pour ainsi dire, à ous les temps des verbes de la fa-

+ Hincks, On Assyr. verbs, dans le Journ. * Supplément au commentaire de la grande of sacr. litt.oct. 1855, p.161.— Onthe poly- inscription du palais de Khorsabad, dans le phony of the Assyro-Babylon.'cuneiform wri- Journal asiatique, année 1865, p. 296 et la

ting from the Atlantis, vol. IV, 1863, p. 24. note.

mille mdo-européenne. Il y aurait, selon lui, non-seulement un présent, mais encore un parfait, un plus-que-parfait, un futur et même un futur antérieur ?. Je n'ai pomt admis ces traductions; d’ailleurs les formes auxquelles le docteur Hincks attribue ces différentes significations sont peu nombreuses et ne me paraissent pas reposer sur des lectures assez risoureuses pour servir de base à une induction légitime.

Enfin je n'ai pas suffisamment compris, pour en parler ici, la distinction que le savant irlandais cherche à établir, « pour sa propre satis- « faction, » 1l est vrai ({o my own complete satisfaction), entre les formes verbales qu'il désigne sous les noms de mutatives et de permanswes?.

La théorie du verbe assyrien que le docteur Hincks a développée dans ses mémoires repose, au surplus, sur une appréciation rigoureuse des exigeances de l’idiome; mais le savant irlandais n'ayant pas indiqué suffisamment les éléments sur lesquels 1l appuie ces anomalies, 1l y aurait peut-être de la précipitation à le réfuter aujourd'hui.

L'assyrien reste donc pour nous avec un temps unique. Cette pauvreté n'a, du reste, rien d’étrange, car, si la conjugaison doit être réduite à ce seul temps, tandis que les autres langues de la même famille en ont deux, ce temps, si parfaitement en harmonie avec les habitudes sémitiques, rattache essentiellement l’assyrien à cette famille de langues dont l’indéfini, dansda durée, fait un des plus saillants caractères. Ge n’est point ici le lieu de rechercher pourquoi les Assyriens ont été privés d’une forme qui prend une place si considérable dans les autres idiomes; aussi nous nous bornons à constater un fait, sans nous livrer à des conjectures toujours hasardées dans une sphère où l'inconnu laisse un champ si vaste aux plus fragiles hypothèses.

Page 1