‹ Exposé des éléments de la grammaire assyrienneChapitre 74 sur 178 · E. —- LES VOIX · texte numérisé non relu

E. —- LES VOIX

Les langues sémitiques, assez pauvres pour exprimer les modifications de la pensée dans le temps, ont, au contraire, une abondance de formes bien caractérisées pour pemdre les relations extérieures des idées. Tandis que nos langues indo-européennes, qui ont non-seulement Île présent, le futur et le passé, mais encore des futurs antérieurs, des imparfaits et des plus-que-parfaits, n'ont que deux voix, l'active et la passive, les langues sémitiques, qui n'ont, en général, que deux temps, ont, au contraire, un grand nombre de formes pour exprimer les différentes manières d’être du sujet par des voix que nous nommons causatives, effectives, itératives, transitives et intransitives. L’assyrien, conforme à ces données, semble avoir réuni toutes les formes que nous trouvons éparses dans les autres langues sémitiques; aussi, comme elles, il exprimera d'un mot, par une forme verbale, avec une énergie plus ou moins grande, ce que nous ne pouvons rendre qu'avec des périphrases plus ou moins embarrassées.

Dès que le caractère de la langue assyrienne eut été pressent, on chercha naturellement dans les groupes verbaux des formes analogues à celles des autres langues sémitiques, et on essaya d'en déterminer les flexions en assyrien. Dès 1849, M. de Saulcy les indiquait dans son premier mémoire, sans pouvoir les préciser. Après lui, sir H. Rawlinson, en 1850, annonçait qu'il avait déjà reconnu, indépendamment des voix qui pouvaient être formées par le jeu intérieur des voyelles, un miphal, un hiphil où hophal, et un hthpaël, comme en hébreu, en

même temps qu'un #hpaal, un aphel, un tttaphal, un shaphel et un ishtaphel chaldaique", Plus tard, en 1851, dans son analyse de l'inscription de Bisitoun, il donna de nombreux exemples pour appuyer ses premières observations.

I ne faut pas cependant s'attendre à rencontrer ici identiquement les mêmes voix qui caractérisent un idiome particulier, ni un assemblage des voix quecette famille de langues comporte; car, comme il \ a des formes spéciales à lhébreu, d’autres au syriaque, d’autres à l'arabe, l’assyrien aura aussi ses formes spéciales. Mais, tout en conservant leur caractère particulier, ces formes ne s'écarteront pas des données essentiellement propres à ces idiomes.

Toutes les langues sémitiques présentent un certain nombre de voix que l’on peut considérer comme des voix principales, et qui semblent appeler autant de voix dérivées. Les voix principales que l’on a constatées en assyrien se retrouvent dans les autres langues sémitiques, mais les voix dérivées s’en distinguent par leur principe de dérivation. On sait la différence qui existe, sous ce rapport, entre les deux grandes branches de la famille sémitique : en hébreu, les voix dérivées se forment par un changement dans la vocalisation; en chaldaïque, les voix dérivées se caractérisent par un T'préfixé. En assyrien, les voix dérivées se forment également au moyen de la dentale; seulement le Test interposé entre les deux premières consonnes de la voix principale.

Le docteur Hincks avait bien constaté depuis longtemps le caractère” général des voix?, mais il n'avait pas reconnu que l'addition de la dentale T'ou n pouvait constituer une série nouvelle de conjugaisons dérivées, et dès lors le caractère le plus saillant des verbes assyriens était resté pour lui comme un fait particulier.

M. Oppert a, le premier, établi que l’assyrien possédait un certain nombre de voix qu'il regarde comme des voix principales et un certain nombre d’autres qu'il regarde comme des voix dérivées formées des précédentes par l’interposition dun T au milieu des lettres de la racine.

LE * Onthe inscriplion of Assyria and Ba- * On Assyrian verbs, dans le Journal of bylonia, dans le Journ. of the Roy. As. Soc. sacred Literature, 1855-1856, passim. vol. XI, p. 11, 418.

LE VERBE. 147 IL compte ainsi neuf voix, savoir: le kal, l'iphteal, le paël, l'iphtaal, le shaphel, l'istaphal, Yaphel, Titaphal et le niphal'. Nous avons accepté ce principe, qui est aujourd'hui généralement admis; mais laphel et l'itaphal ne se présentent pas dans les verbes entiers, et dès lors nous les avons reportés au paragraphe des verbes irréguliers.

Il serait, du reste, facile d'étendre ces formes verbales, de multiplier ces divisions, d'élever un accident particulier à la hauteur d’un type, dût ce type rester isolé dans l’idiome. Aussi je crois qu'au milieu de Parbitraire qui peut présider à la distinction des voix il faut savoir se rattacher à ce qu'il y a d’essentiel dans leur forme, et c'est sous le bénéfice de ces observations que nous avons assigné à l’assyrien les sept voix que nous allons caractériser.

La première présente le verbe dans son état le plus ‘simple, la raeine reçoit les flexions qui l'individualisent, mais les consonnes ne subissent aucune altération: nous la nommons kal comme dans toutes les langues sémitiques :

LS El

6 — nu — su, «il était soumis.» (132) AT DEN D b— is tu — ur, p. mpistam akunaus, «il écrivit.» (5%)

(Xerxès à Van, 1. 29.)

La deuxième dérive de la première par l'interposition d'un T entre la première el la seconde consonne de la racine : nous la nommons

iphteal.

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