CHIRURGIE
7. Observation «le farcln chronique guéri, en commun avec II. Foucher.
(Archives générales de médecine, 1851.)
Nous avons rapporté cette observation prise à la Charité, dans le service de M. Velpeau, avec de grands détails, parce que rien n’a manqué à la démonstration du fait rare qu’elle veut prouver» Le pus d’un abcès du malade fut inoculé à Alfort par M. Bouley, et voici sa réponse: « Le pus a été inoculé il y a cinq jours sur » un animal parfaitement sain ; il est mort hier sans présenter » aucun symptôme de morve ou de farcin, phénomène assez » ordinaire, lorsque le virus inoculé est très-actif. Les poumons du » cheval étaient farcis d’une myriade d’abcès métastatiques, de la » grosseur d’une noisette. Dans la cavité nasale, quelques pustules » disséminées; l’animal a succombé à une affection morveuse des « plus aiguës, »
Comme le malade guéri a été revu par moi plusieurs années après, dans la maison Brion, l’observation reste des plus
complètes.
8 . Note sur les hydrocèles du cou et le siège présumé de ces sortes de tumeurs.
(Mémoires de la Société de chirurgie, tome III, 1851.)
C'est par la dissection et une démonstration anatomique, — c’est le meilleur de tous les débuts, — qu’a commencé l’histoire de cette affection, les kystes ganglionnaires, dont, depuis, la clinique a fait son profit, aussi bien dans d’autres régions que dans celles du cou. Après la publication de mon mémoire, j’ai rencontré de temps en temps à l’aine, à l’aisselle et au cou, des kystes, qui par tous leurs caractères rentraient dans la catégorie de ceux que j’avais fait connaître. C’est à l’aisselle que la démonstration est la plus évidente. Car ces poches liquides ne pourraient provenir que des grosses glandes sudoripares ou des ganglions, et, à cause de leur siège différent, il est impossible de les confondre. Au cou, dans les régions latérales, au voisinage du corps thyroïde, la distinction est beaucoup plus difficile. Mais si la tumeur est au début et qu’on puisse en suivre le développement, le doute n’est pas possible, car la tumeur, isolée d abord et implantée dans la gouttière carotidienne, ne saurait etre que ganglionnaire. Si toutes les probabilités sont en faveur de 1 origine adénique d’un kyste du cou, on peut être à peu près assuré que le kyste sera séreux et non sanguin, point capital pour le pronostic et le traitement, car dès que le chirurgien se propose d’attaquer un kyste sanguin du cou, il est en présence d un danger imminent : un bon nombre de poches sanguines du cou, simplement ponctionnées, ont amené la mort. Hors es parties latérales du cou proprement dit, dans les régions
sous-mastoïdiennes et sous-maxillaires, les kystes séreux ne sont pas très-rares, et pour eux le point de départ dans les ganglions ne laisse point d’incertitude. Citons sur ce sujet les paroles de M. Nélaton: « Presque tous les chirurgiens ont vu des kystes » séreux uniloculaires développés dans les régions sous-mastoï- » diennes et sous-maxillaires; ils sont plus rares dans la région » sus-clavieulaire. La pathogénie de ces kystes a été étudiée par » M.A. Richard, qui a montré qu’ils peuvent avoir pourpoint de » départ une altération particulière des ganglions lymphatiques.
» Malgré les objections qui ont été faites à cette théorie, nous » sommes disposés à l’accepter, d’après ce que nous avons vu » pour les ganglions d’autres régions et pour les ganglions » axillaires en particulier. Dans ces derniers cas, nous avons, à » la suite d’une piqûre anatomique, observé un engorgement qui » persista après la guérison des accidents inflammatoires; le » volume des ganglions augmenta, et Un troquart plongé dans » la tumeur donna passage à un liquide citrin, limpide, tout à » fait semblable à la sérosité contenue dans une hydrocèle. »
9. Note sur la communication de certains kystes de l'ovaire dans la trompe utérine, ou kystes tul»o-o var ien s.
(Mémoires de la Société de chirurgie, tome III, 2 e fascicule.)
Note sur les kystes tubo-ovariens.
(Académie de médecine, février 1857, tome XXII du Bulletin.)
Le vrai kyste de l’ovaire naît ordinairement dans la vésicule de de Graaf, et toutes les phases de son développement s accomrichard. 3
plissent là où il a pris naissance. Dans la maladie nouvelle que j’ai fait connaître, une vésicule de de Graaf, sans doute celle-là même qui va présider à la prochaine menstruation, est assaillie par l’effort morbide qui doit faire d’elle un kyste de 1 ovaire ; mais un œuf arrivé à maturation y est contenu; pour le recueillir, le pavillon de la trompe s’applique à la vésicule, celle-ci se vide, et il semble que jusqu’ici nous n’assistons qu’au merveilleux travail qui chaque mois provoque la ponte spontanée des ovules. Mais la scène change : la vésicule qui est malade ne se referme pas, car, au lieu de former un corps jaune, elle continue de verser dans la trompe le liquide morbide qui la distend. C’est désormais un kyste de l’ovaire, et ainsi croissent ensemble d’un côté la tumeur ovarienne, de l’autre la trompe incessamment distendue par le liquide qu’elle reçoit. Tel est le mode de formation des kystes tubo-ovariens. Ils s’offrent à l’observateur sous divers aspects ; ordinairement, à l’autopsie, on croirait voir un kyste de l’ovaire avec une portion d’intestin grêle adhérent à sa surface ; puis, en séparant les parties, on reconnaît que cette manière d’intestin n’est autre que la trompe utérine. Tel était l’aspect des trois pièces que je montrai à la Société de chirurgie, avant toute dissection, pour qu’on pût apprécier la communication entre la poche ovarienne et le canal de l’oviducte. Ce canal conserve ses dimensions ordinaires dans son tiers le plus interne, près de 1 utérus, mais à partir de ce point il prend le calibre et l’apparence d un intestin, décrivant plusieurs flexuosités, enfin il disparaît dans les parois du kyste, au milieu du bord externe de ce dernier. Dans d autres circonstances, la communication entre la poche ovarienne et la trompe est la même, mais l’ampliation de celle-ci est plus limitée et sphérique. D’autres fois on croirait a une hydropisie propre de la trompe greffée sur l’ovaire; celui-ci
semble n’offrir d’autres changements qu’une notable augmentation de volume, mais en le comprimant on le sent fluctuant, et, l’ouverture des parties étant faite, on voit la poche tubaire, comme dans les autres cas, s’ouvrir par un orifice rétréci et régulièrement circulaire dans l’intérieur d’un kyste creusé au ceutre de la glande.
Les kystes tubo-ovariens sont loin d’être rares, et, depuis que je les ai signalés, beaucoup d’anatomistes en ont rencontré dans les autopsies et à l’École pratique. Si l’on s’en rapporte en effet à leur curieux mécanisme, ils ont leur raison d’être dans la fonction même de l’appareil génital interne et dans cet admirable concert qui associe périodiquement la glande ovarique et son canal excréteur. La clinique a-t-elle à gagner quelque chosq, dans cette étude? Or, des faits, sur l’interprétation desquels de grossières erreurs étaient commises, le démontrent chaque jour. Car nos kystes sont des kystes ovariques en voie d'évacuation naturelle. Néanmoins, dans les onze pièces que j’ai minutieusement disséquées, aucun liquide ne coulait par l’utérus : en introduisant un stylet très-fin de l’utérus dans la trompe, je pénétrais dans la poche, et la pression déterminait alors l’issue lente du liquide à travers l’orifice tubo-utérin. Il faut donc en conclure que la partie interne de la trompe, très-étroite, ainsi que chacun sait, oppose une grande résistance à ce que l’évacuation kystique soit complète. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Depuis mon mémoire, on trouve l’histoire d’un grand nombre de femmes qui, après avoir présenté les signes d’un kyste de l’ovaire, voient tout d un coup l’écoulement du liquide s’effectuer par les parties génitales. J’ai dix-sept observations analogues, et leur comparaison offre un grand intérêt pour arriver a répondre à la question : Que doivent espérer les femmes chez lesquelles un kyste tubo-ovarien
se vide par la vulve? Point de pratique fort délicat, car là où certaines malades voient la cessation de leur affection, certaines autres trouvent le commencement d’un épuisement qui les emporte.
10 . Mémoires sur un symptôme négligé de certaines tumeurs «lu sein, l’écoulement par le mamelon.
(Journal de Malgaigne, 1852.)
M. Nélaton avait noté que certaines femmes, portant un kyste du sein, voient s’échapper par le mamelon, soit spontanément, soit à la pression, un liquide coloré analogue à de la bière. La remarque de M. Nélaton m’a mis sur la voie d’un autre symptôme différent de celui-ci, et dont la plus grande portée est dans le pronostic qu’il permet d’établir sur certaines tumeurs du sein. Depuis mon premier travail, un très-grand nombre d’observations ont vérifié pour moi et pour d’autres chirurgiens la règle clinique que j’ai posée et qui se peut résumer de la façon suivante : Des malades, offrant une tumeur dans le sein, voient sourdre, soit au début, soit plus ou moins tardivement, par le mamelon un liquide qui, d’habitude, est une sérosité lactifère légèrement troublée, quelquefois sanguinolente, ou qui peut être même du sang pur; très-abondant et spontané dans plusieurs exemples, dans quelques autres, c’est un suintement, une simple gouttelette qu on ne fait sortir qu’en pressant le sein : sans aucune exception venue a ma connaissance, la tumeur développée dans la mamelle est alors toujours bénigne, il ne s’agit jamais d’un cancer, mais d’un adénome, comportant, il est vrai, les variétés
diverses de l’adénome, depuis la masse dure, granulée, $emifibreuse (tumeur mammaire chronique d’A. Cooper), jusqu’à ces formes molles, luxuriantes, qui conduisent au sarcome cystique. Or, si la connaissance de la nature d’une tumeur mammaire est un problème ordinairement facile, elle peut en certains cas rester couverte d’une grande obscurité. Lorsque la papille a offert ou offre un suintement, on peut être certain que l’affection est de celles pour lesquelles la répullulation n’est point à redouter.