‹ Exposé des titres de M. Adolphe Richard candidat à la Chaire de pathologie chirurgicale vacante à la Faculté par le passage de M. Broca à la chaire de clinique chirurgicaleChapitre 4 sur 10 · RICHARD · texte numérisé non relu

RICHARD

veine spermatique la plus inférieure, la veine ombilicale s’abouche à plein canal avec un vaisseau aussi gros qu’elle, qui règne sur toute l’étendue du rachis jusqu’à quelques lignes de la partie la plus supérieure du tronçon acéphalique. J’ai donné les motifs qui portent à penser que ce vaisseau n'est autre que l’aorte, et nous aurions ainsi la communication directe entre les veines et les artères, qui marque les premiers temps du développement vasculaire en rapport avec l’absence du foie et les rudiments persistants de l’appareil omphalo-mésentérique.

5. Essai sur l’anatomie philosophique de quelques anomalies museulaires du membre thoracique dans l’espèce humaine.

(Mémoire présenté à l’Académie des sciences dans sa séance du 26 février 1852. Inséré dans les Annales des sciences naturelles, 3 e série, tome XVIII.)

Les études sur le système musculaire de l’homme, dont quelques points, les principaux, il est vrai, se trouvent consignés dans ce mémoire, m’ont occupé pendant tout mon séjour à l’École pratique. J ai disséqué et fait dessiner un grand nombre d’anomalies musculaires. C’est la voie la plus sûre pour juger sainement 1 homologie des membres supérieurs et inférieurs, et éviter les incroyables surprises en lesquelles sur cet attachant sujet la science s'est le plus souvent égarée.

Les muscles anomaux que j’ai le premier fait connaître et figurés,

Muscle tibial postérieur de l’avant-bras,

Muscle pédieux de la main,

Muscle grand fémor-adducteur du bras,

me paraissent trancher toutes les difficultés de la comparaison des deux membres; le raisonnement, si prodigué par les auteurs, n’est ici de nulle valeur : c’est une constatation matérielle.

Ainsi l’anatomie comparée nous fait toucher du doigt l’identité de la couche musculaire superficielle à la jambe et à l’avantbras ; mais pour la couche profonde, le parallèle laisse une lacune qui semble porter un grave échec à l’homologie des deux segments des membres : c’est le muscle tibial postérieur, muscle capital par son étendue et son volume, la puissance de son tendon, sa constance dans la série des mammifères. J’ai comblé cette lacune par la découverte que j’ai faite du tibial postérieur de l’avant-bras.

Pour le muscle pédieux de la main, l’importance est aussi grande; mais, de plus, j’ai pu poursuivre, chez beaucoup de sujets où aucune anomalie n’était soupçonnée, la série des dégradations du pédieux de la main. Ici, comme pour le tibial postérieur, ce muscle, qui manque d’habitude, apparaît de temps en temps pour montrer aux yeux les plus prévenus ce qu’offre de vrai et de fécond l’anatomie des comparaisons.

Mon mémoire se résumait en les propositions suivantes :

1° On trouve dans les membres des muscles anomaux, réapparition pour ainsi dire des masses charnues oubliées, négligées dans le type normal des membres.

2° Ces muscles représentent, par tous leurs caractères fondamentaux, leurs analogues normaux de l’autre paire de membres, et c’est pour consacrer cette vérité que je propose, pour ceux fine j’ai découverts et décrits jusqu’ici, les dénominations de muscle tibial postérieur de Vavant-bras , muscle pédieux de la main , muscle grand fémor-adducteur du bras.

3° Ce sont là autant d’espèces tératologiques qui, loin d’être

une simple aberration curieuse, une singularité désordonnée, offrent les vrais caractères d’une espèce, ne variant, en effet, que par des conditions accessoires de volume, d’étendue, de force, de structure, de fonction.

6 . Ëithiomène élépliantiasiqiie des nymphes et de l’urèthre. A ce propos, quelques remarques sur l’appareil génital externe de la femme.

(Archives générales de médecine, avril 1854.)

Je laisse l’observation clinique et opératoire qui, dans cette note, est purement accessoire : c’est une question d’anatomie que je cherche à éclairer; je veux parler de l’interprétation de la vulve par l’étude et du développement et des anomalies ou monstruosités. Je démontre que la vulve n’est pas l’orifice antérieur du vagin, et que le vagin s’ouvre dans l’urèthre, comme s’ouvre dans l’urèthre masculin le conduit du sperme. L’urèthre pénien de la femme non déflorée forme un entonnoir, une coupe d’une certaine profondeur : l’existence de l’hymen vient compléter cette apparence qui est la réalité anatomique. Chez les femelles de mammifères, l’urèthre pénien est un véritable canal, souvent d’une grande longueur, où s’ouvre à une certaine distance le vagin. Si l’on veut nommer vestibule l’urèthre de la femme, le mot de vestibule doit avoir cette extension. La vulve est la circonférence du vestibule, bornée elle-même parles scrotums; les deux muqueuses du vestibule et de l’urèthre proprement dit se continuent, sans qu’aucun caractère les différencie. Au contraire, la muqueuse vaginale en diffère sous tous les rapports, comme elle en est brusquement séparée par l’hymen, extérieurement et profondément par le ligament

deCarcassone. Le bulbe, les glandes de Cowper, le muscle bulbocaverueux, appartiennent au vestibule, comme à la portion libre de l’urèthre masculin.

De là, j’arrive à Y hermaphrodisme, qui forme une espèce tératologique très-naturelle et très-précise : deux scrotums divisés, un pénis à gland découvert, la portion pénienne de l’urèthre représentée par deux nymphes, circonscrivant entre elles le canal uréthral sous forme de vulve : tel est à l’extérieur l’hermaphrodisme, et cela toujours. Cette définition bien établie, je pose la loi : Les hermaphrodites sont toujours mâles et ne peuvent être que mâles. Toute disposition anatomique qui les empêche d’être des mâles parfaits, leur donne un caractère féminin, et là apparaît dans tout son jour l’identité des parties externes dans les deux sexes : les scrotums deviennent de grandes lèvres, les testicules restent dans le ventre, le pénis est plus petit, l’urèthre pénien prend la forme d’une vulve limitée par deux nymphes, le bulbe se divise, le bulbo-caverneux tourne au constrictor cunni , les prostates et les vésicules séminales tendent à disparaître ou disparaissent entièrement ; dans bon nombre de cas, les conduits déférents se rapprochent plus ou moins de l’aspect d’un vagin surmonté de cornes utérines ou d’un véritable utérus ; enfin le bout viscéral du spermiducte peut représenter un pavillontubaire. La vraie formule de l’hermaphrodisme nous est donc fournie par l’histoire du développement des organes génitaux qui n’est faite que depuis trente ans. Il ne faut pas dire pourtant : l’hermaphrodisme est un arrêt de développement, mais bien : les conditions anatomiques représentant un développement arrêté, car, sans contredit, la cause qui suspend le développement est bien plus générale. A en juger par les faits, une des causes déterminantes assez communes de l’hermaphrodisme, c’est la duplicité de l’appareil génital interne; mais

même dans ces cas, il y a toujours des testicules, et le périnée est d’un homme, arrêté à un certain degré de l’évolution. En somme, 1° les faits disent: Il n’y a jamais eu d’hermaphrodite sans testicules; 2° d’après ce qu’enseigne le développement, on ne peut, en effet, comprendre l’hermaphrodisme que chez le mâle. Et dans cette question si intéressante, surtout en médecine légale, l’observation est en accord rigoureux avec la théorie, si l’on doit le nom de théorie à la constatation la plus claire des faits morphologiques qui nous dévoile l’étude du développement. L’opinion de la plupart des médecins est malheureusement contraire à cette formule très-radicale de l’hermaphrodisme.

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