IX. — INHIBITION PLEURO-PULMONAIRE
Nous avons, avec M. Dublineau, prouvé le rôle de l’inhibition pleuro-pulmonaire, en pathologie expérimentale et plusieurs points de ces recherches expliquent des phénomènes encore discutés en clinique et en médecine légale.
ANAPHYLAXIE ALIMENTAIRE
Je commence l’exposé de mes recherches par celles que j’ai poursuivies sur l’Anaphylaxie, car mieux que dans les travaux de physiologie et de pathologie expérimentale pures, se voit l’importance que j’attache i la symbiose de la Biologie normale et de la Biologie pathologique, essayant dans notre vie hospitalière de dépister la loi générale, tâchant au laboratoire de trouver dans l’Expérimentation une méthode de diagnostic et de thérapeutique susceptible d’être utilisée.
Si l’anaphylaxie Rosenau et Anderson, paru sur l’anaphylax d’un mémoire de Wel téines végétales et de
de nos animaux dans une proportion de 25 à 80 % selon les séries.
L’anaphylaxie existe pour le lait bouilli aussi bien que pour le lait cru.
Chez les animaux préparés par l’ingestion de lait cùit ou de lait cru, il y a anaphylaxie par injection de lait cru (ou de lait cuit). Comme Besredka l’avait déjà établi dans l’anaphylaxie non alimentaire, l’ébullition du lait ne détruit donc pas les albumines anaphylactisantes.
La recherche de l’anaphylaxie au lait de femme ou d’ânesse chez les animaux sensibilisés au lait de vache donne les résultats suivants :
Sur 7 cobayes nourris avec du lait de vache et explorés au lait de femme, 3 ont eu une anaphylaxie nulle, 3 une anaphylaxie légère, 1 une anaphylaxie assez forte.
Avec le lait d’ânesse, l’anaphylaxie a été un peu plus nette. Sur 6 cobayes explorés, 2 ne présentèrent aucun symptôme, 1 eut une anaphylaxie faible et
Ainsi, chez les cobayes sensibilisés au lait de vache, on peut déterminer le choc anaphylactique, discret il est vrai, en les explorant au lait de femme ou au lait d’ânesse, et dans nos expériences l’anaphylaxie n’a pas été élroiiemeni spécifique pour telle ou telle variété de lait.
Anaphylaxie aux œufs. — Bientôt au Congrès de Paris, nous apportions les preuves évidentes de l’anaphylaxie alimentaire aux œufs. En nourrissant pendant plusieurs jours des cobayes avec un œuf par animal et par jour, mêlé à leurs aliments, nous avons pu déclencher par injection seconde intrapéritonéale de blanc d’œuf, les phénomènes d’anaphylxie atypique : choc, convulsions, etc., accidents terminés dans plusieurs cas par la mort.
Multipliant ces expériences, nous pûmes préciser quelques-unes des conditions nécessaires pour obtenir, non pas à coup sûr, mais avec une grande fréquence, l’anaphylaxie alimentaire expérimentale (aux œufs) : elles nous semblent comparables à celles qui déterminent l’anaphylaxie en clinique.
Une des conditions les plus importantes est de faire ingérer aux animaux une grande quantité d’antigène. Si l’on donne aux cobayes un quart d’œuf par jour, l’anaphylaxie est légère ou nulle. Au contraire, l’ingestion d’un œuf (par jour) détermine l’anaphylaxie de façon fréquente.
Nous avons constaté de plus le fait suivant : un petit nombre de repas aux œufs anaphylactise le cobaye, un grand nombre l’immunise.
Si on nourrit les animaux pendant un laps de temps très court (d’un à trois jours) et si on les explore quinze à vingt jours après, on a les résultats suivants (■) :
.uaphylaxie «ol>ay.8.
^ (’) A„ mort ; A„ anaphylaxie très forte ; A„ anaphylaxie moyenne ; A„ anaphylaxie faible 1
voquer aisément l’anaphylaxie alimentaire : une ou deux ingestion» d’un aliment en quantité massive suffisent.
De plus nous avons pu dans ces premiers travaux suspecter le rôle de l’A. A, chronique sur lesquels nous sommes revenus ultérieurement.
Nos travaux expérimentaux ultérieurs nous ont permis de préciser différents phénomènes.
ils étaient sensibilisés déterminaient fréquemment des symptômes à distance. Ces accidents ; urticaire, œdème de Quincke, diarrhée, frissons et rachialgie, reproduisent, trait pour trait, ceux dont se plaignaient les malades lors de l’ingestion de ces mêmes aliments. Ils s’accompagnent ou non de réactions locales.
En clinique, parallèlement à nos premiers travaux expérimentaux nous avons décrit nombre de points en anaphylaxie alimentaire.
A l’aide d’observations, tant personnelles qu’éparses dans la littérature, nous avons réalisé la synthèse de !’« Anaphylaxie alimentaire en clinique ». Nous avons ainsi, à côté de la grande Anaphylaxie Alimentaire étudié, dès 1912 la petite A. A. à peine suspectée jusqu’à nos travaux.
Nous avons également, croyons-nous, les premiers montré l’existence de l’Anaphylaxie chronique et de l’Anaphylaxie héréditaire.
Ces travaux, entrepris soit avec M. Laroche et Saint-Girons, soit avec M. Lesné, effectués lors de la période héroïque de l’Anaphylaxie clinique, c’est-à-
de cure dans l’anaphylaxie alimentaire ; les régimes d’élimination de Rowe qui venait d’apparaître aux Etats-Unis. Nous avons étendu le principe de cette méthode aux groupes morbides de l’Anaphylaxie inhalatoire et transcutanée.
Il ne nous paraît pas inutile de donner Ici le tableau de l’A. A. tel que nous l’avions établie il y a quinze ans puis que nous avons ultérieurement élargie.
GRANDE ANAPHYLAXIE ALIMENTAIRE
Elle a été surtout observée pour les œuls, les moules et le lait.
Le premier symptôme est en général l’urticaire, qui se développe rapider ment, ou bien des crises violentes de coliques et des vomissements. Très vite
i;- les symptômes arrivent k leur acmé.
■: A cette période, le tableau clinique complet est constitué par des symp-
! Cutanés ;
I Digestifs ;
! Respiratoires ;
f Nerveux, avec état général grave.
ÿ' h'urticaire est très fréquente et d’une violence extrême ; dans les quatre
’’ observations princeps, elle existait trois fois. Elle est plus marquée à la face, t, particulièrement aux lèvres, aux paupières, etc. Les démangeaisons sont très pénibles. Parfois on note un exanthème scarlatiniforme.
;; Les symptômes digestifs constituent, avec l’urticaire, le phénomène essentiel
' du déclenchement anaphylactique. Les coliques sont très intenses. La diarrhée est rarement absente. Le plus souvent, elle est très marquée, parfois incoercible et même sanglante. Les vomissements, précédés par des nausées, sont constants et incessants. Le plus souvent, le ventre est contracturé et excavé.
Plus rarement, on observe d’autres symptômes : dyspnée pouvant aller jusqu’à l’attaque d’asthme, contractures ou convulsions.
En même temps, l’état général s’aggrave, la température descend à 36“, ou s’élève, la tension s’abaisse, les yeux se creusent, le nez se pince, la face devient livide et le malade peut tomber dans l’abattement et la somnolence,
De tels faits sont rares du reste, et le plus souvent les accidents, bien qu’intenses, ne vont pas jusqu’à ce tableau inquiétant.
Leur durée est variable. L’urticaire et les douleurs abdominales persistent en général quelques heures, rarement plus de sept à huit. Parfois, cependant.
<L PETITE ANAPHYLAXIE ALIMENTAIR
A côté de la grande anaphylaxie existe ce que nous avons s anaphylaxie alimentaire », se traduisant non plus par la gran matique, et, exceptionnelle, mais par de petits accidents dont li être reconnue que par une enquête minutieuse sur le régime du ces accidents sont groupés, tantôt ils sont isolés, constituant tahle anaphylaxie dissociée.
comme de nature anaphylactique et c’est à leur propos que nous avons prononcé le mot d’anaphylaxie dissociée (^).
Pour qu’on soit en droit d’affirmer la nature anaphylactique des accidents aigus observés, il faut et il suffit que ;
1» L’aliment anaphylactisant n’ait provoqué aucun accident, ou seulement de légers (par action toxique directe) lors de la première ingestion ;
2“ Les accidents surviennent à chaque nouvel essai tenté pour accoutumer le sujet à l’aliment pour lequel il est anaphylactisé, et si faible qu’en soit la
3“ Les accidents apparaissent rapidement après l’ingestion.
Dans la grande Anaphylaxie, les différents symptômes, identiques à ceux de l’anaphylaxie expérimentale, forment, par leur réunion, un ensemble assez typique pour posséder une réelle valeur diagnostique : choc, convulsions, dyspnée, hypotension, urticaire, diarrhée, vomissement. Mais, dans la petite anaphylaxie, les symptômes souvent isolés (urticaire, prurigos récidivants, eczémas, migraines, etc.) peuvent ne pas être caractéristiques ; le diagnostic s’établira donc sur les circonstances étiologiques dont nous avons indiqué la valeur.
ANAPHYLAXIE CHRONIQUE
Après avoir attribué à l’Anaphylaxie chronique certaines éruptions, certains maux de tête persistants, etc., nous avons particulièrement étudié les gastroentérites chroniques montrant la fréquence avec laquelle les sujets atteints de cette affection étaient sensibles à tel ou tel aliment, si bien que soit leur dys-
pepsie, soit leur entérocolite, disparaissaient dès qu’on supprimait le ou les aliments nocits.
En particulier, l’entérocolite revêt des types divers depuis la forme de colite muco-membraneuse jusqu’à la colite simulant le néoplasme.
L’étude de cette forme de côlite a fait l’objet de la thèse de mon élève M. Aubert {Les colites de nature anaphylactique, Paris, 1923).
Cette notion des côlites subaiguës ou chroniques de nature anaphylactique est devenue classique dans nombre de pays, en particulier, en Italie (Thèse de Drago), et aux Etats-Unis (travaux de Rowe, Vaughan, etc.
Nous avons enfin fait avec M. Albert Rowe (d’Oakland) la synthèse des manifestations nerveuses de l’Anaphylaxie alimentaire chronique et à côté des faits bien connus de céphalées, de migraines, d’épilepsie, etc., décrits par Pagniez et Vallery Radot, nous avons pu rattacher à l’anaphylaxie un certain nombre de vertiges, de troubles psychiques, d’insomnie, etc.