SYSTÈME NERVEUX
Le système nerveux, à cause de son importance, a été l’objet des investigations d’un grand nombre d’histologistes.
Parmi les organes dont il se compose, les plus simples sont-les nerfs qui sont chargés de transmettre les incitations motrices et les impressions sensitives. On savait qne ces organes sont formés de fibres nerveuses qui chez pj’esque tous les vertébrés sont de deux espèces : les fibres à myéline, tubes nerveux proprement dits, et les fibres sans myéline, fibres organiques ou fibres de Remak.
Tubes nerveux. — Avant les recherches deîI.Ranvier, on croyait que la myéline était retenue autour desfibres nerveuses par une membrane régulièrement cylindrique et continue, membrane de Schwann. On y avait aperçu des noyaux, mais on n’en connaissait ni le nombre ni la situation ; aussiM. Schiff avait-il pu dire avec quelque vraisemblance que les nombreux noyaux ,que l’on observe dans les fibres nerveuses du segment périphérique d’un nerf sectionné n’étaient autres que les noyaux habituels de ces fibres, rendus apparents par la disparition de la myéline. M. Ranvier (8) (9) (2) a montré que les tubes nerveux ne sont pas régulièrement cylindriques ; , qu’à des distances à peu près égales (1 millimètre en moyenne chez les mammifères), il y existe des étranglements en forme d’anneau, étranglements annulaires de l’auteur ; qu’au niveau de chaque étranglement la gaine médullaire est interrompue, et qu’à peu près à égale distance de deux étranglements, au milieu du segment interannulaire, il se trouve un noyau compris dans une masse de protoplasma située immédiatement au-dessous de la membrane de Schwann. Chaque segment interannulaire représente donc un élément cellulaire pouvant acquérir une longuenr de 1 millimètre. Chez certains vertébrés, les plagiostomes par exemple, cette longueur est beaucoup plus considérable. Les segments interannulaires des tubes nerveux des animaux de cet ordre peuvent atteindre 7 millimètres ; ils représentent donc des cellules colossales. Il y a en général un rapport direct entre le diamètre des tubes nervenx et la longueur des segments. Chez la torpille
Dégénération des nerfs sectionnés. — Ün savait qu’un certain nombre de jours après la section d’un nerf, le segment périphérique de ce nerf perd ses propriétés motrices. Longet avait dit que l’abolition de la motricité survient quatre jours après l’opération. C’est ainsi que les choses se passent chez le chien ; mais chez le lapin l’abolition des propriétés motrices d’un nerf sectionné survient quarante-huit heures après l’opération, même plus tôt si l’animal est jeune et vigoureux, et un peu plus tard s’il est affaibli. Les lésions qui sont alors survenues étaient rattachées à une dégénération, c’est-à-dire à une diminution de l’activité vitale. Les recherches de M. Ranvier (10) (11) (2) ont montré que ces modifications sont liées au contraire à une suractivité des noyaux et du protoplasma qui entrent dans la composition des segments interannulaires. Ces noyaux deviennent plus volumineux ; le proloplasma qui les entoure s’hypertrophie ; ils se multiplient par division et la segmenta- ' tion de la myéline, ainsi que la division du cylindre-axe qui l’accompagne, sont consécutifs.
Les phénomènes qui se produisent dans le bont central du nerf sectionné sont bien différents de ceux que l’on observe dans le bout périphérique de ce nerf. Des cellules lymphatiques s’insinuent dans les tnbes nerveux qui ont été divisés, atteignent le premier étranglement et même le dépassent pour pénétrer dans le segment interannulaire situé au-dessus. ' Ces cellules agissent sur la myéline qui les entoure, l’absorbent et la digèrent. Le cylindre-axe s’hypertrophie, devient nettement ûbrillaire et émet des bourgeons qni sont le point de départ de nouvelles fibres ner-
Régénération des nerfs sectionnés. — Ces bourgeons,
- lorsque la régénération du bout périphérique du nerf se produit, pénè^ trent dans son intérieur et, restant isolés ou donnant naissance à des bourgeons secondaires et tertiaires, s’engagent en nombre plus ou moins considérable dans l’inférieur des anciens tubes dégénérés ou dans leur interstice. Souvent ils affectent un trajet aberrant; quelquefois même ils remontent dans le bout central.
Cette question si compliquée, qui avait donné naissance à une discussion vive et embrouillée, a donc été élucidée d’uue manière à peu près complète par les recherches de l’auteur.
SYSTÈME KERVEÜS.
Tous ces faits, découverls par l’auteur, Tout autorisé à soutenir la théorie de la croissam des fibres nerveuses par bourgeonnement. Dernièrement M. Vanlair, professeur à Tuniversilé de Liège, a fait d’ingénieuses expériences qui viennent apporter un nouvel appui à cette théorie. Ayant enlevé par résection un segment de nerf ctez l’animal vivant, il Ta remplacé par un cy lindre d’os décalcifié d’égale longueur, et il a vu, lorsque la régénération nerveuse s’est produite, des fibres nerveuses nouvelles engagées dans les canaux de Hâvers de Tos transplanté pour atteindre le bout périphérique du nerf réséqué.
Ganglions cérébro-spinaux (22). — Eu 1847, Robin et Wagner ont, comme on le sait, découvert les cellules bipolaires des ganglions cérébro-spinaux des poissons. On fut dès lors conduit à généraliser, et Ton pensa que chez tous les vertébrés (les mammifères, les oiseaux, les reptiles
branche latérale (tube nerveux err T) qui se rend à une des cellules ganglionnaires. Quelques-uns des histologistes qui ont vérifié cette nouvelle donnée ayant fait remarquer qu’il était difficile d’obtenir, des préparations dans lesquelles on pût facilement observer les rapports des cellules ganglionnaires avec les tubes'en T, M. Ranvier ('22), dans une seconde communication à l’Académie des sciences, insista sur la nécessité de choisir des animaux jeunes pour faire ces préparations parce que, le tissu conjonctif intra-ganglionnaire étant moins résistant chez les jeunes, il est plus facile d’isoler par la dissociation les cellules nerveuses et leurs fibres efférentes. Aujourd’hui, tous les histologistes ont accepté la manière de voir de l’auteur sur la structure des ganglions spinaux.
Fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. — Il était très important de savoir si les fibres nerveuses à
myéline du cerveau et de la moelle épinière possèdent des étranglements et par conséquent des segments interannulaires.
Dans une communication à l’Académie des sciences (12), M. Ranvier a signalé l’absence complète d’étranglements sur les tubes nerveux du cerveau et de la moelle épinière. Ces éléments ne possèdent donc pas de
les éléments nerveux proprement dits sont des cellules migratrices. En étudiant à Taide de méthodes variées la structure fine des cellules de la névroglie de la moelle épinière, M. Ranvier (20) a pu reconnaître que ces cellules sont composées de deux parties : une lame de protoplasma plus
sont segmentées et que le
cylindre-axe se poursuit sans interruption depuis la cellule qui lui donne naissance jusqu’à s'a terminaison.
La découverte des tubes nerveux en T (15) des racines sensitives a en outre conduit l’auteur à admettre qu’un cylindre-axe peut avoir son origine dans plusieurs cellules nerveuses. C’est là une donnée, fort importante, parce qu’elle permet de concevoir comment une fibre nerveuse est en même temps sous la dépendance de régions différentes des centres nerveux, par exemple le cerveau, le cervelet et la moelle épinière.