OUVRAGES
1. CompcudlMiii de médecine pratitine, ouvrage approuvé par l’Académie des sciences, par le Conseil royal de l’instruction publique, et par le Conseil de santé des armées ( écrit en collaboration avec M. le D'’Monneret, 1839-1847)'
Le Compendium a paru an mois de novembre 1836, La critique que Broussais avait fait subir aux travaux de ses devanciers, anciens ou modernes ; la direction imprimée aux esprits par une philosophie médicale qui, poussant à l’extrême les principes de l’illustre Bacon, prétendait qu’il fallait faire table rase et reconstruire l’édifice par la base ; le sentiment qui porte les jeunes générations à secouer le joug de la tradition, de l’autorité, pour ne s’en rapporter qu’aux lumières du libre examen ; toutes ces circonstances avaient plongé, les études historiques dans un discrédit complet, et la plupart des auteurs tenaient à honneur de n’accorder au passé de la science qu’une brève et dédaigneuse mention.
L’influence d’un tel état de choses se traduisait par des effets funestes, qui aujourd’hui même se font encore sentir. Les élèves, abandonnant les études didactiques, la méditation des auteurs classiques, les travaux qui seuls permettent d’acquérir des connaissances d’ensemble bien coordonnées, des vues générales fécondes, pensaient satisfaire à toutes les exigences de leur éducation médicale en passant quotidiennement quelques heures dans les pavillons de dissection et dans les salles des hôpitaux ; les écrivains croyaient accorder un développement suffisant à l’expose de la science en se restreignant dans les limites étroites d’un dictionnaire ou d’un manuel.
Avec un certain nombre d’esprits élevés et prévoyants, nous entrevîmes la voie fâcheuse dans laquelle s’engageaient la littérature et les études médicales dont la France avait toujours su maintenir le niveau à une si haute élévation.
Pénétrés de l’utilité et de l’importance de la méthode d’observation, justes appréciateurs des conquêtes de la science contemporaine, défenseurs ardents et convaincus des données fournies à l’art de guérir par les progrès de la physique et de la chimie, attribuant à la clinique toute la place qui lui appartient dans
l’eiiseigQement de la médecme, nous nous proposâmes de montrer qu’il ne fallait cependant point négliger les études historiques, didactiques, et condamner à un injuste oubli les hommes illustres qui, depuis Hippocrate, avaient jeté un si vif éclat sur les sciences médicales.
Le Compendium fut commencé dans le but de relier le passé de la science au présent et de les éclairer Tun par l’autre.
Assigner la part qui, dans l’édification de notre science, revient à chaque auteur, à chaque époque, depuis les temps hippocratiques jusqu'à nous ; faire connaître les travaux, presque complètement ignorés en France, des principaux auteurs anglais, allemands, italiens ; consigner toute découverte utile, tout progrès réel ; tracer des descriptions complètes en puisant à toutes les sources, en compulsant avec un soin égal les traités généraux, les monographies, les mémoires , les recueils périodiques, les comptes rendus des sociétés savantes ; apprécier avec impartialité une foule de recherches dont la valeur était méconnue ou amoindrie par les uns, exagérée par les autres ; signaler les erreurs ; séparer les hypothèses des vérités démontrées ; indiquer aux travailleurs, après avoir tracé un exposé complet, méthodique, historique et critique des données acquises à la science, la direction qu’ils doivent imprimer à leurs investigations : telle est la tâche que nous nous sommes imposée et que nous avons pours\iivie pendant douze années, en sacrifiant à un travail incessant et à peine rémunéré les liens de la famille, les devoirs de la société, les intérêts de la clientèle; en lui faisant, en un mot, les sacrifices les plus étendus et les plus onéreux.
Le Compendium a-t-il atteint le but que nous lui avions assigné ?
Qu’il nous soit permis de rappeler en quels termes cet ouvrage a été jugé par un membre de l’Académie des sciences, dans un rapport sanctionné par cette illustre société.
«L’ordre suivi par les auteurs du Compendium , leur sage critique, la clarté de leurs descriptions, la discussion qui accompagne l’histoire du traitement des maladies, donnent à leur livre un grand intérêt, un caractère d’originalité qui doit le faire distinguer de beaucoup de compilations indigestes, désignées sous le nom de dictionnaires. dont on accable la science, sans lui donner aucune lumière.
« En suivant un autre mode de description que celui qui est vulgairement adopté, en cherchant à combler plusieurs lacunes, enfin en donnant à certains
articles , par la discussion des doctrines, un véritable caractère de nouveauté, le Compendium est un ouvrage qui peiit être lu avec fruit par ceux qui veulent apprendre, et avec intérêt par ceux qui ont déjà beaucoup appris.
«Les auteurs ont pensé avec raison qu’il ne suffisait pas de tracer l’histoire de la science et de toutes ses révolutions, mais encore qu’il importait d’examiner les doctrines, de signaler les lacunes, de discuter les points obscurs, litigieux, et enfin d’appeler l’attention sur les parties les moins étudiées, et conséquemment les moins connues.
«Chaque article forme une monographie, dans laquelle une description animée fait connaître les travaux les plus recommandables des médecins les plus célèbres, nationaux et étrangers ; mais nous pourrions aussi citer un grand nombre d’articles où les auteurs du Compendium, non contents d’exposer les travaux des autres, ont considéré leur sujet sous un point de vue nouveau, et nous aimons à affirmer qu’ils ont éclairé plusieurs points obscurs, et qu’ils ont établi dans le diagnostic des discussions d’où jaillit une vive lumière sur le pronostic et sur le traitement.
^En résumé, disait en terminant M. Breschet, nous n’hésitons pas à affirmer que si cet ouvrage est conduit avec le même soin jusqu’à sa terminaison, il pourra à la fois instruire l’étudiant par la clarté et l’exactitude des descriptions, et le praticien par l’exposé et la discussion judicieuse des diverses méthodes thérapeutiques. »
Le Compendium , exclusivement consacré à la pathologie interne, est la plus vaste encyclopédie médicale qui existe ; il contient la matière de 32 volumes in-8® de 600 pages chacun ; traduit en plusieurs langues, contrefait en Belgique, il a été autorisé par le Conseil royal de l’instruction publique, par le Conseil de santé des armées de terre ; d’un avis unanime, la presse médicale et le public l’ont placé au rang des ouvrages classiques ; il est devenu le guide de tous les travailleurs, de tous les hommes qui suivent la carrière des concours et se vouent à l’enseignement, de tous les médecins qui veulent acquérir une connaissance sérieuse et approfondie de leur art ; enfin, vivement recherché par les médecins étrangers, il a fait briller dans toutes les parties du globe l’éclat des doctrines de la médecine française.
Mais le Compendium a encore exercé parmi nous, sur les études médicales, l’enseignement et la littérature, une influence dont il nous est permis de nous enorgueillir.
Eu faisant connaître aux élèves des ouvrages dont ils savaient à peine les titres, en leur évitant les difficultés et l’ennui de recherches bibliographiques toujours fort longues et souvent infructueuses, en substituant une analyse exacte à une stérile énumération de noms propres que l’on a trop longtemps fait passer pour de l’érudition, en remplaçant par des citations textuelles des emprunts tronqués ou dénaturés, le Compendium d. réhabilité les études historiques, les descriptions complètes et méthodiques, le travail sérieux ; et les thèses qui, dans ces dernières années, ont été présentées à la Faculté de médecine pourraient , au besoin, témoigner de la part qui lui revient dans cet heureux retour aux traditions des maîtres. L’enseignement, la littérature, ont également été ramenés à une meilleure direction, et les dictionnaires, les manuels, naguère tellement en vogue, ont disparu pour faire place à des traités, dont la plupart se sont inspirés de l'esprit qui a présidé à la rédaction du Compendium, et nous ont fait de nombreux emprunts. L’ouvrage le plus capital de chirurgie qui ait été publié depuis quarante ans, le Compendium de chirurgie, rédigé par deux professeurs et un agrégé de la Faculté de Paris, MM. A. Bérard, Denonvilliers et Gosselin, a considéré comme une recommandation à la faveur publique de prendre notre titre] et de revêtir la forme du Compendium de médecine.
Mais, si le rôle d’historiens , tel que nous l’avons compris et mis en œuvre , présente déjà de graves et nombreuses difficultés, nous avons eu à en vaincre de plus sérieuses encore.
Les documents, les matériaux réunis par nous avec tant de sollicitude, n’ont pas été, on le pense bien, toujours suffisants pour nous permettre de remplir le cadre que nous nous étions tracé ; que de points obscurs et controversés à discuter, et à éclaircir ! que de questions à envisager d’un point de vue différent ou nouveau I que de descriptions défectueuses à compléter et à rectifier I combien de données négligées ou inconnues à introduire dans la discussion ! combien d’efforts pour ramener aux principes de la médecine rationnelle une thérapeutique complexe et empirique !
Pour combler ces lacunes, pour satisfaire à toutes les exigences de notre œuvre, nous avons dû nous livrer à de nombreuses recherches, à de pénibles investigations. Parmi les articles que je puis personnellement revendiquer comme des monographies originales, traitées ex professa. je citerai ceux qui sont consacrés à l’étude des maladies du foie, de l’utérus, de la peau ; ceux qui traitent de la morve, de la fièvre puerpérale, des altérations de l’urine, de la
peste, de l’anaphrodisie, de l’hydrothorax, de la pleurésie, de Tœdème et du spasme de la glotte, etc.
Nous revendiquons aussi l’honneur d’avoir, les premiers, compris et montré quels services signalés les sciences physiques et chimiques, l’analyse et le microscope, sont appelés à rendre à l’art de guérir. En nous appuyant sur les remarquables travaux de MM. Andral, Bouillaud, Gavarret, Piorry, nous avons réhabilité riiumorisme et lui avons assigné la base véritablement scientifique sur laquelle il doit reposer désormais. A ce point de vue, je citerai, parmi les articles qui m’appartiennent, ceux qui sont consacrés aux altérations du sang, à la fièvre puerpérale, à la pyoémie, aux altérations de l’urine, etc.
Pour accomplir celte partie si difficile de notre tâche, nous avons puisé à la double source de l’expérimentation et de l’observation: en suivant celte voie, j’ai pu personnellement publier des travaux entièrement originaux sur la thor acentèse, le traitement de la constipation par les mèches, l’hépatite, le farcin et la morve, les viscéralgies, l’apoplexie capillaire, etc. Plusieurs de ces travaux, entrepris pour la rédaction du Compendium, ont été publiés sous forme de mémoires plus étendus dans les divers recueils périodiques.
La tâche si pénible et si difficile de compulser la bibliographie anglaise, allemande et italienne, et de mettre à profit, pour la rédaction du Compendium, les principaux travaux publiés à l’étranger, m’a été exclusivement dévolue. Sans parler des journaux et recueils périodiques, il serait trop long d’énumérer tous les ouvrages que j’ai analysés ; je me contenterai de citer ceux de Fisher (de Boston),Meissner, Heyfelder, Rosen, Armstrong, Cadogan, Ambrosiani, Gregor (de Glasgow), Rees, Sims, Carswell, Abercrombie, Fantouetli, Cheyne, Reid, Shearman, Massford, Bonorden, Heim, Theurer, Schallenmüller, Sicherer, Yorg, Dewees, Bang, OEsterleben, Osiander, Naumann, Underwood, Willan, Wells, Dickson, Blackelt, Gibson, Parr, Lawrence, Arnott, Jahn, Eisenmann, Albers, Helft, Hope, Johnson, Gordon-Hacke, Bright, Beatty, Corrigan, Greding, Haslam, Crichtoii, Bertolini, Ellis, Henke, Matthey, Henle, Ward, Townsend, Bramley, M’Glelland, Müller, Merling, Neussel, Nilson et Pfeiffer, Burne, Todd, Stockes, Kopp, Paugenslhecher, Kornmaul, ilugh Lei, Hood, Schônlein, Copland, etc. etc.
Voici la liste des articles du Compendium dont la rédaction m’appartient personnellement et exclusivement,
Denafîon (maladies de la), diabète, diaphragme (maladies du), diarrhée, douleur, dysenterie, ecthyma, éléphantiasis, empyème, encéphalite, épilepsie, érysipèle, érythème, exanthème, névralgie et paralysie de la face, favus. foie (maladies du), folie, frambœsia, gale, glotte (maladies de la), gravelle, grippe, hématémèse, hématurie, hémoptysie, hémorrhoïdes, herpès, hydrocéphale, hydropéricarde, hydrothorax, hydrorachis, ichthyose. idiotie, impétigo, insectes morbipares, intestin (maladies de 1’), laryngite, Zaryna; (maladies du), lèpre, leucorrhée, lichen, lumbago, lupus, mentagre, mercure (maladies produites par le), métritc, métrorrhagie, molluscum, morve et farcin. névralgies, névrite, ovaires (maladies des), ovarite, ozène, peau (maladies de la), pellagre, pemphigus, peste, phlébite, phthisie pulmonaire (une partie de l’article), pityriasis, pleurésie, plomb (maladies produites par le), pneumonie (une partie de l’article), pneumothorax, porrigo, prurigo, psoïtis, psoriasis, ptyalisme, puerpérale (fièvre), purpura, pyoémie, pyothorax, rectum (maladies du), roséole, rougeole, rupia, sang (altérations du), scarlatine, sciatique (névralgie), spermatorrhée, suette, syphilides, syphilis (une partie de l’article), tétanos, tumeurs phlegmoneuses des fosses iliaques, «nne (altérations de T), urticaire. utérus (maladies de 1’), vaccine, vomissement, vulve (maladies de la), etc. etc.
s. Hissai «UK* l’iufeetion purulente , 1844.
11 n’est point en médecine de question plus importante et plus controversée que celle de l’infection purulente. Dans ce travail, qui m’a ouvert les portes de la Faculté, j’ai discuté toutes les doctrines qui ont été produites, et je me suis efforcé de ramener la question à ses véritables termes. Voici comment mes efforts ont été appréciés par M. le professeur Malgaigne, dans le Journal de chirurgie :
«Depuis que ce journal est fondé, nous n’avions eu qu’une fois à discuter les doctrines contemporaines de l’infection purulente, et encore le débat ne roulait que sur un point fort rétréci de ces doctrines. Nous saisissons donc avec empressement l’occasion qui nous est offerte par une thèse fort remarquable, récemment soutenue par l’auteur au concours de l’agrégation en médecine, où il a obtenu la première place. Cette thèse sera lue avec un grand intérêt; non pas qu’elle ait résolu le problème, peut-être à jamais insoluble, de l’infection purulente, mais en ralliant et comparant toutes les doctrines et tous les faits acquis,
en traçant un tableau beaucoup plus large et plus complet qu'aucun de ses devanciers, l’auteur a l'ait beaucoup, à notre avis, pour éclairer la discussion. Nulle part encore la doctrine de l’infection purulente n’avait été présentée avec nue telle richesse de laits, avec une telle largeur de développements, que dans cette monographie, qui restera toujours une œuvre de conscience et de talent. »
Après avoir exposé et discuté les opinions émises par Boerhaave, Van Swieten, iMorgagni, de Haen, Hunier, Hogdson, Breschet. Bibes, Maréchal, Dance, Blandin, MM. les professeurs P. Bérard, Bouillaud, Cruveilhier, Piorry, Velpeau; après avoir combattu les doctrines de M. Tessiei*, je suis arrivé aux conclusions suivantes :
Il se dépose dans la trame ou à la surface des parties solides dont l’inflammation a modifié la texture, une certaine quantité de sérosité contenant de l’albumine et de la fibrine, lesquelles se sont séparées de la masse du sang.
Tandis que l’albumine peut se séparer de la masse du sang dans bien des circonstances morbides qui n’ont aucune espèce de rapport avec l’inflammation , la fibrine n’abandonne le sang, dans le cas de maladie, que sous l'influence de l’inflammation (1).
La fibrine séparée du sang par l’inflammation se solidifie, et ce changement d’état peut aboutir à deux formes différentes : la forme fibrillaire et la forme globulaire.
Au moment où la fibrine passe de l’état liquide à l’état solide, elle apparaît toujours, d’abord sous forme de granules de à de millimètre de diamètre.
Une partie de ces granules fibrineux conserve leur propriété fondamentale , celle de se souder en séries moniliformes ; ils constituent les fibres élémentaires des adhérences et des fausses membranes.
(1) Il est bien entendu que, avec M. Aiidral, je n’ehlends parler ici que des épanclumenis séreux , et que je fais absli action de toutes les hémorrl)asies propremeni dites. ■
Une autre partie de ces granules perd complètement la faculté de s’organiser.
Les granules rendus inorganisables par la phlegmasie du solide peuvent rester isolés et en suspension dans la sérosité^ ou bien se réunir, s'agglomérer, de manière à former des corpuscules plus considérables, frangés sur les bords, granuleux à leur surface, ayant de Viooà Vso millimètre de diamètre, et constituant ce que tout le monde appelle les globules du pus.
Pour moi, le pus complet se compose d’une certaine quantité d’eau tenant : 1® en dissolution des sels, des matières grasses et de l’albumine ; 2" en suspension des granules fibrineux isolés, des granules fibrineux agglomérés en globules de pus, et enfin des fausses membi'anes fibrineuses.
Le pus, tel que je viens de le décrire, est un produit de sécrétion morbide, et l’inflammation est le seul état pathologique connu dont ce produit puisse être le résultat.
Les parties que je viens d’énumérer ne sont pas toutes nécessaires à la constitution du pus.
La fibrine solidifiée sous forme fibrillaire manque souvent.
Le globule, qui est la forme la plus connue de la fibrine modifiée par la phlegmasie, et qui est généralement considéré comme la caractéristique du pus, n’est pas essentiel à la constitution de ce produit.
La granule ne manque jamais. ^
La sérosité (eau , matières grasses, albumine et sels) et les granules suffisent pour constituer un véritable pus.
Sous cette dernière forme, comme dans son état complet, le pus reste toujours un produit de sécrétion morbide, dont l’inflammation est la seule cause démontrée dans l’état actuel de la science.
La présence de pus dans le sang constitue la pyoémie.
Dans le cas où le pus est introduit dans le sang par une cause mécanique, il peut y pénétrer dans tous les états possibles de composition.
Dans le cas où le pus est formé dans l’intérieur du système circulatoire, il peut se mêler au sang sous les deux formes granuleuse et globuleuse, séparées ou réunies.
Dans le cas où le pus formé en dehors du système circulatoire est introduit dans ce dernier par absorption , il n’y peut pénétrer que sous sa forme granuleuse , et cette pénétration est possible.
L’introduction du pus dans le sang sous sa forme granuleuse suffit pour constituer une infection purulente.
Dans l’état actuel de la science, il n’existe pas de pyoémie en dehors des trois ordres de causes ci-dessus indiqués. La fièvre purulente, c’est-à-dire la génération spontanée du pus dans le sang , est un être de raison.
Les connaissances acquises permettent de rapporter les faits aujourd’hui connus sous le nom à'infection purulente à trois chefs principaux : 1® à une infection piu ulente, 2® à une infection putride, 3® à une infection spécifique. L'infection purulente a été suffisamment définie.
L’infection putride résulte de l’introduction dans l’économie du produit de la décomposition putride d’une matière animale quelconque.
L’infection spécifique est toujours le résultat de la pénétration, dans l’économie, d’un agent spécifique capable d’engendrer une maladie identique avec celle dont il est lui-même le produit.
L’introduction dans l’économie d’un agent spécifique peut coïncider avec celle d’un pus qui lui sert de véhicule ; mais toujours, même dans ce cas, la maladie spécifique se montre et prédomine avec ses caractères distinctifs.
». l^i^IEoBinœoitatliie dévoilée; Paris, 1838.
Traduit en allemand par le D’’ Hollau, en 1839.
A l’époque où parut ce livre, je ne connaissais pas l’homme auquel allait m unir bientôt une amitié sincère, et dont la mort prématurée devait me laisser le soin de continuer le travail qui a usé sa vie ; qu’il me soit permis de citer les paroles suivantes de Louis De la Berge :
«L’œuvre de M. Fleury est une œuvre courageuse : jeune encore , ce médecin se lance dans la carrière de la polémique. Après avoir lu les ouvrages homœopathiques dans la langue où ils ont été d’abord publiés, il a conçu l’espoir d’être utile en exposant avec bonne foi, mais avec sévérité, le résultat de ses méditations. M. Fleury a parfaitement rempli la tâche qu’il s’est imposée ; on reconnaîtra que c’est à l’aide de faits principalement qu’il s’est formé une opinion, et l’on applaudira à son dévouement.» (Revue médicale du journal le Temps, n® du 17 septembre 1838.)
Qu’il me soit permis également de faire intervenir M. le professeur Piorry.
«Ici il s’agit non-seulement d’un ouvrage scientifique, mais encore d’une œuvre de dévouement et de probité médicale. En 1836, M. Fleury, qui est le fils de ses œuvres, et qui a dû passer par des épreuves fort dures, était interne des hôpitaux et fort peu rassuré sur son avenir, qui était loin de se présenter à lui sous des couleurs riantes. Le hasard le rapprocha d’un médecin homœopathiste très-connu, et aujourd’hui fort riche , qui l’adjura d’embrasser la doctrine de Hahnemann, lui promettant en retour une rapide et brillante fortune. M. Fleury demande à être éclairé et veut puiser aux sources. On lui met entre les mains la loi et les prophètes : Hahnemann, Gross, Bigel, Rummel, etc. Peu édifié par la lecture de ces auteurs, M. Fleury veut consulter l’expérimentation, et pendant deux années entières il se livre, sur lui-même, à des expériences sans nombre ; il avale des milliers de globules , il se soumet à toutes les rigueurs de la diététique homœopathique, il recueille des observations, et en 1838 il porte à l’homœopathie le plus rude coup qu’elle ait jamais reçu. Quelques mois après, M. Fleury entreprend la rédaction du Compendium de médecine, à laquelle il sacrifie pendant dix ans les avantages de la clientèle. »
L"Homœopalhie dévoilée est divisée en deux parties. Dans la première, j’ai étudié : 1® la loi des semblables ; 2® la spécialité d’action attribuée à chacune des substances médicamenteuses ; 3® l’efficacité des doses homœopathiques et
Ja possibilité malérielle de leur préparation ; 4" les indications sur lesquelles repose le choix du médicament. Dans la seconde, j’ai apprécié les faits produits par les auteurs liomœopathistes ; j’ai rappelé les résultats des expérimentations de MM. les professeurs Andral, Trousseau , etc.; enfin j’ai rapporté des observations et des expériences nombreuses qui m’appartiennent.
4. Traité tlicorlcitie et pratique d’liydr«tl«éraplc: Pans, 1852.
Depuis dix ans, l’hydrothérapie a conquis une place importante dans la thérapeutique ; elle a opéré des guérisons remarquables, elle a convaincu quelques médecins, elle s’est imposée à beaucoup d’autres, elle s’est acquis la faveur du public, et cependant elle est encore considérée, par la science, comme une médication empirique, un moyen extrême , une dernière ressource qu’il n’est permis d’employer qu’après avoir épuisé toutes les autres , et en présence d’un danger qui autorise toutes les tentatives.
Il est facile de se rendre compte de cet état de choses : t Abandonnée jusqu’ici à des hommes ignorants ou à des médecins plus préoccupés des questions industrielles que des matières scientifiques, cette médication, |dit M. Raige- Delorrne, s'était moulée dans un empirisme brutal et grossier, appliqué sans intelligence et sans distinction à tous les malades quels qu’ils fussent. Tout était donc à refaire en hydrothérapie.»
D’un autre côté, la médication systématique instituée par Priessnitz représente un tout fort complexe, faisant intervenir des modificateurs nombreux et variés qu’il était nécessaire d’étudier d’abord isolément, pour établir ensuite les différentes manières dont ils doivent être combinés, afin de répondre aux indications que présente chaque cas pathologique.
«Arracher l’hydrothérapie à un aveugle empirisme, substituer à un système exagéré et exclusif une méthode rationnelle, en rapport avec les notions fondamentales de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique ; établir cliniquement, par des observations convenablement recueillies, l’efficacité des agents hydrothérapiques, et montrer suivant quels principes on doit en modifier l’application », tel est le but que je me suis proposé ; telle est la tâche à l’accomplissement de laquelle j’ai consacré six années de recherches, d’expérimentations, d’applications cliniques.
Ai-je réussi dans cette difficile entreprise i* Nous laisserons répondre l’auteur de l’article analytique inséré dans les Archives générales de médecine.
«Ce que la science réclamait, dit M. Raige-Delorme, c'était un travail d’ensemble, dans lequel il lut enfin possible aux praticiens de trouver une appréciation raisonnée et scientifique d’une médication dont les effets, l’opportunité , les dangers, sont encore un objet de doute et d’incertitude pour la plupart des hommes éclairés et impartiaux ; c’était enfin un traité pratique et raisonné
d’hydrothérapie. Le livre de M. Fleury montre ce qu’un esprit judicieux,
ce qu’un médecin instruit, ce qu’un observateur patient et ingénieux peut accomplir. Grâces en soient rendues à M. Fleury : la médication hydrothérapique va désormais prendre place dans la thérapeutique rationnelle, et avant peu, il faut l’espérer, elle sera entrée dans la pratique générale au même titre que tant d’autres médications, et que les eaux minérales en particulier, avec lesquelles elle présente de si nombreux points de contact. Dans le livre de M. Fleury, écrit de verve, l’élégance de la forme ne le cède en rien à la richesse et à la solidité du fond: lecture attrayante, aperçus nouveaux et ingénieux, faits curieux et intéressants ; en faut-il davantage pour assurer au livre de M. Fleury le plus légitime succès ?
«Par les expériences entièrement neuves qu’il renferme sur les effets physiologiques du calorique et du froid, sur l’action exercée par ces modificateurs sur la température animale, la circulation, la respiration ; par les nombreuses et intéressantes observations que l’on y trouve, le livre de M. Fleury rendra d’éminents services aux thérapeutistes, en leur indiquant les moyens de guérir un grand nombre de maladies chroniques, graves et rebelles à tous les agents de la matière médicale ; mais il ne sera pas moins utile aux praticiens pai‘ les considérations originales et essentiellement pratiques que l’auteur présente sur les congestions chroniques en général, et en particulier sur celles de l’ntérus, du foie, des poumons, du cœur, de la moelle épinière, sur les déplacements de la matrice, l’ankylose, les affections chroniques du tube digestif, etc. etc. »
Le Traité d’hydrothérapie est divisé en trois parties.
Dans la première, j’expose et je discute toutes les applications qui ont été faites de l’eau froide, en médecine et en chirurgie, depuis Hippocrate jusqu’à Priessnitz; ici interviennent surtoutTheden, Lombard, Percy, Tanchou, Bonnet (de Lyon), Smith , Hancocke, F. Hoffmann, Hecquet, Pomme, Hufeland, Reuss, Pitschaft, Frôhlicli, La Corbière, etc. J’ai consacré une place considérable à l’analyse des ouvrages si remarquables et si peu connus, en France, de
Ciirrie et de Gianniui, ainsi qu’à l’appréciation de la mélliode des irrigaliotis continues, instituée par Josse (d’Amiens)et A. Bérard.
La deuxième partie est consacrée à la description et à l’examen critique de l’hydrothérapie empirique de Priessnitz et de ses adeptes.
Dans la troisième partie , je pose les bases de l’hydrothérapie rationnelle, scientifique, et après avoir étudié l’action physiologique des divers modificateurs qu’elle met en usage, je montre, par des observations nombreuses et concluantes, qu’ils fournissent des agents aussi puissants que précieux aux médications hémostatique, sédative et hyposthénisanle, reconsti¬
tutive et tonique, excitatrice , révulsive, résolutive, altérante, sudorifique et dépurative, antipériodique, perturbatrice, hygiénique et prophylactique. Ce cadre rn’a permis de passer en revue la plus grande partie de la pathologie interne, et de faire, sur plusieurs points importants, des recherches originales, dont la valeur n’est plus contestée.
Le Traité d’hydrothérapie a été traduit en plusieurs langues, et m’a valu, de toutes parts, les plus honorables témoignages d’estime et de sympathie.
•X. Coui*!^ tFliygiènc à lit E<'acnltc cIc Méilccinc «le
Royer-Collard avait dit : «Au milieu de ce mouvement général de progrès qui, depuis quinze ans, s’accomplit dans la médecine, l’hygiène, plus qu'aucune autre des parties qui la composent, est restée stationnaire. Des travaux partiels ont jeté sur quelques points de celte science de vives et nouvelles lumières, particulièrement en ce qui touche à la santé publique ; mais, si l’on , cherche à embrasser dans un seul coup d’œil la science elle-même tout entière, on est bientôt frappé de l’immense confusion qui règne encore dans son ensemble. Des matériaux sans nombre sont accumulés dans un champ sans limites ; souvent on a essayé de les rapprocher les uns des autres, de les distribuer en groupes distincts ; mais ces tentatives sont demeurées stériles. Partout se fait sentir le défaut d’ordre et de méthode ; il manque là, en quelque sorte, un corps auquel viennent s’assimiler tous ces éléments juxtaposés et une pensée qui les anime. L’hygiène semble arrêtée et comme engourdie dans les traditions du passé ; pour elle, les sciences physiques et naturelles n’ont pas marché, ou du moins elle se contente, dans la plupart des cas, de ces notions incertaines, dif-
tuses, que donne une observalion superficielle et vulgaire, et par conséquent elle n’aboutit le plus ordinairement, dans ses conclusions, qu’à des règles banales. Qui ne voit qu’il n’y a pas là de science véritable ? Qui ne comprend l’urgenle nécessité de sortir d’un tel état de choses, et de ramener du moins l’hygiène au niveau des autres parties de la médecine ?»
Appelé deux fois, par la maladie et par la mort de Royer-Collard, à professer l’hygiène dans l’amphithéâtre de l’École de Paris, j’ai tenté d’accomplir une partie de la tâche indiquée aux hygiénistes par l’homme éminent dont j’occupais la chaire.
Les élèves ont bien voulu apprécier mes efforts, et quoique l’étude de l’hygiène soit généralement assez négligée, un nombreux auditoire a constamment écouté mes leçons. J’ai pensé qu’une telle faveur m’imposait le devoir de faire profiter les élèves et les médecins des recherches que j’avais faites pour la mériter ; j’ai publié les leçons qui avaient été si bien accueillies.
Le succès qu’a eu mon livre, aussi bien à l’étranger qu’en France, me permet de croire que j’ai doté la science d’un ouvrage qui lui faisait défaut, et que j’ai enfin ramené l’hygiène aux principes qui seuls peuvent lui donner une valeur «érieuse et en faire une véritable science.
M. le professeur Rostan avait parfaitement compris, il y a bien longtemps déjà , que pour retirer l’hygiène de l’ornière des banalités, il fallait préalablement secouer le joug de la division galénique développée par Hallé et encore suivie aujourd’hui dans tous les traités et manuels. En substituant aux matières et au sujet de l’hygiène Y ordre anatomique, M. Rostan avait accompli un progrès considérable ; mais, en présence d’objections sérieuses opposées à ce plan, et en tenant compte de ce fait, que l’hygiène est essentiellement l’étude des rapports qui peuvent exister entre l’homme et certains modificateurs, il m’a semblé qu’il fallait prendre pour base ces modificateurs, lesquels sont cosmiques ou individuels ; les premiers se subdivisant en modificateurs astronomiques, phijsiques et chimiques; les seconds, en modificateurs statiques et dynamiques.
Cette division si simple, si précise , en rapport avec les divisions adoptées dans les sciences naturelles, m’a permis de circonscrire exactement mon terrain, et de séparer nettement l’hygiène de la physiologie, de l’étiologie et de la thérapeutique.
J’ai défini l’hygiène : Uart qui se propose, au moyen des modificateurs cosmiques et individuels, de maintenir, de placer ou de rétablir l’homme sain ou
malade, isolé ou réuni en société, dans les conditions les plus, favorables au développement régulier de son organisation physique, intellectuelle et morale ■, U m’a été facile, dès lors, d’embrasser et de coordonner méthodiquement, dans nn même cadre, toutes les questions qui se rattachent soit à l’hygiène privée, soit à l’hygiène publique , et je l’ai fait en m’efforçant de substituer aux hypothèses et aux banalités les données positives dont nous sommes redevables aux progrès récents des sciences physiques, chimiques et biologiques.
Les questions auxquelles je crois avoir donné une importance et une précision nouvelles sont celles qui se rattachent aux effets de la pesanteur, à Xsi pression atmosphérique, à la température animale, à la température atmosphérique, aux influences de Vélectricité atmosphérique et de la radiation solaire chimique et lumineuse, à Yhumidité atmosphérique, à Vair confiné et à la ventilation, aux influences géologiques, aux climats et à Y acclimatement, à Vhygiène municipale, au chauffage, à l'épidémie, à la contagion, aux bains naturels et artificiels, aux âges, aux tempéraments, etc. etc.
Indépendamment de mes recherches personnelles et des documents que j’ai trouvés dans les Annales d’hygiène^ dans les Annales de physique et de chimie, et dans les Comptes rendus de VAcadémie des sciences, j’ai mis à profit les travaux de MM. Kaemtz, Arago, Becquerel père et Edmond Becquerel, Martins, Lepileur, Tabarié, Pravaz, Delaroche, Davy, Letellier, Longet, Matteucci, Edwards, Morren, Fourcault, Dumas, Boussingault, Leblanc, Mélier, Quételet, Payen, Doyère, Poggiale, Robinet, Chatin; les nombreux et importants mémoires de MM. Boudin, Chevallier, Guérard, Villermé; enfin les travaux de MM. Bouchardat, Gerdy, Piorry, Ch. Robin, Tardieu, et Wurtz.