‹ Exposé des titres et travaux scientifiques, 1892-1905Chapitre 1 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Disciple fidèle du Maître qui nous a fait connaître la doctrine de l’Évolution, nous avons voulu présenter l’exposé de nos travaux de façon que l’on puisse voir par quelles étapes successives, par quels enchaînements d’idées et de circonstances, nous sommes arrivé à l’état actuel de notre activité scientifique.

Bien que nous soyons convaincu que la vie de l’homme, en général, soit déterminée par l’histoire de sa naissance et ensuite par celle de ses premières années, on n’attend pas de nous l’histoire de notre vie. Nous rappellerons donc seulement, à titre de souvenir, notre passion d’enfant pour l’Entomologie; cette passion naquit en nous, sans doute, lorsque nous accompagnions nos parents dans les travaux des champs, mais elle fut entretenue et rendue réellement fertile par la direction intelligente et dévouée de notre premier maître, M. Larcher, instituteur à Méry-Corbon, à la mémoire duquel nous sommes heureux de pouvoir rendre ici un hommage de reconnaissance.

En quelques années, nous avions collectionné et catalogué la plus grande partie des Coléoptères de la vallée d’Auge, en Normandie; nous avions lu ces livres de vulgarisation si intelligemment écrits pour la jeunesse : « Le Monde des Insectes » de S. Henri Berthoud, « Les Métamorphoses des Insectes » de Maurice Girard, et « Les Insectes » de Louis Figuier.

Aussi, quelques années plus tard, quand nous pûmes lire ou môme résumer, en grande partie, d’abord les « Mémoires pour servir à l’histoire des Insectes » de Réaumur, le premier livre vraiment scientifique que nous ayons pu nous procurer, puis quelques volumes de Latreille et enfin « Les Insectes » de Brehm, nous ne tardâmes pas à connaître ce groupe d’animaux plus complètement certes que nous le connaissons aujourd’hui.

Pendant longtemps, nous restâmes isolé dans notre charmante vallée, mais notre pensée rôvait souvent de Scarabées énormes, de Papillons grands comme la main. Le désir d’aller chasser dans les pays où se trouvaient ces merveilles devint pour nous une idée fixe. Aussi, dès notre arrivée à Paris, dans le laboratoiredu professeur Mathias Duval, notre premier soin fut de chercher les moyens

approcher à une très faible distance; notre Gaucho nous les désignait par les noms du pays, ce qui, étant donné notre ignorance de l’Ornithologie, nous présentait bien peu d’intérêt ; nous remarquâmes cependant une sorte de pet it Hibou qui>' chose- curieuse pour un Hibou, court pendant le jour tout autour des trous de Viscaches ou il se réfugie en cas de danger ; nous voyions des bandes immenses de Perruches qui volaient très haut, mais que nous reconnaissions facilement, dé loin, à leur cri si désagréable ; puis le Teru-tero, petit Oiseau qu’il faut bien se garder de tuer près des habitations, si l’on ne veut avoir maille à partir avec les Gauchos. Le Teru-tero est une sorte de Vanneau, de couleur noire, avec de larges taches blanches et présentant, à l’extrémité des ailes, un éperon rougeâtre ; quand on s’approche de ces Oiseaux, ils s’élèvent, planent au-dessus de votre tête en poussant continuellement le cri qui leur a fait donner leur nom; c’est ainsi qu’ils rendent réellément service à l’indigène, en lui indiquant l’approche ou la présence d’un étranger.

dans le pays. Un jour, en revenant de San José del Rincon, ce charmant petit village entouré d’orangers tout en boutons et de pêchers tout en fleurs, et qui nous apparut alors comme une oasis dans le désert, nous vîmes deux nids ressemblant à des nids d’Hirondelles. Ces nids étaient maçonnés sur un poteau

pattes,

noir velouté sur l’abdomen; un mince filet doré courait sur le milieu du dos et une bande d’un beau rouge sombre, coupée transversalement par trois ou , quatre raies noires, s’étendait, à droite et à gauche, de chaque côté du corps.

La journée était avancée et je crus pouvoir remettre au lendemain la photo-: graphie et l’étude plus complète de cette colonie d’Araignée. C’était une bien mauvaise idée, car il y eut beaucoup de vent pendant la nuit, et, au matin, je ne trouvai plus trace des toiles. Cependant, en cherchant dans les branches d’un des arbres, j’eus le plaisir de revoir mes Araignées; elles avaient eu l’instinct ou l’intelligence de quitter leurs toiles, avant que le vent n’eût emporté, tout l’édifice et elles étaient venues, chacune de leur camp, se grouper et se pelotonner entre elles, de manière à former ainsi deux masses dont l’une,: enr tourée de quelques fils, était aussi grosse que mon poing.

Il est certes bien curieux de trouver, chez des êtres aussi sanguinaires et insociaux que le sont habituellement des Araignées, de pareils exemples d’aide * mutuelle, pour lâchasse et de défense commune contre le vent, qui est si fréquent et si violent dans ces régions.

effet Azara, dans ses Voyages dans VAmérique méridionale (Paris, 1809, I, p. 213), parle de certaines Araignées du Paraguay, qui se réunissent au; nombre d’une centaine environ pour suspendre, aux arbres, un nid commun plus grand qu’un chapeau. Darwin vit, près de Santa-Fé Bajada, c’est-à-dire., dans le pays où nous étions, beaucoup de grosses araignées noires ià taches rouges, vivant également en colonies (Foyayes, Paris 1883, p. 39). Ces araignée^ appartenaient peut-être à la même espèce que les nôtres; seulement leurs toiles réunies entouraient le sommet des buissons. Enfin Livingstone (cité par Brehm : ; Les Insectes, éd. franç., t. II, p. 713) a trouvé, dans l’Afrique du Sud, une autre espèce d’Araignée qui vit également en colonies nombreuses. Nous eûmes soin.

naturellement, de mettre quelques exemplaires de'ces curieuses Araignées dans

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