III. — DES VARIATIONS DE L'HÉMOGLOBINE DANS L’ANÉMIE PALUDÉENNE
Après avoir déterminé, par la numération, les différentes phases de la déglobulisation dans l’anémie palustre, nous avons dosé l’hémoglobine de ces globules numériquement diminués, au moyen de l’appareil de M. Malassez.
D’un grand nombre d’analyses il résulte :
Que la quantité moyenne d’hémoglobine par globule se trouve réduite aux cinq sixièmes ou à la moitié seulement de la norme ; dans l’anémie paludéenne l’hémoglobine correspondant à un chiffre donné de globules est donc toujours quantitativement inférieure à ce qu’elle serait dans un même nombre de globules à l’état normal.' Ceux-ci sont à la fois dépréciés dans leur nombre et dans leur valeur physiologique, ils sont insuffisants comme quantité et comme qualité.
La dépréciation la plus forte trouvée au cours de l’anémie chronique, se place au moment des accès de fièvre, surtout de fièvre pernicieuse.
Elle n’est pas rigoureusement proportionnelle à J’oligocythémie. Dans quelques cas où celle-ci était, extrême, nous avons trouvé relativement plus d’hémoglobine que dans les oligocythémies ordinaires, comme si dans les anémies extrêmes, il y avait compensation de l’une de ces quantités par l’autre, du nombre par la qualité.
Pendant la période de réparation, il y a des écarts croissants dans le chiffre des globules et celui de leur hémoglobine. Celüi-ci ne se règle nullement sur
celui-là. Pendant que le premier se rapproche plus ou moins lentement.de la norme, le second ne varie guère; le plus souvent il diminue même au fur et à mesure de cet accroissement du nombre, de telle sorte qu’à un moment donné le maximum numérique des globules coïncide avec leur quantité minima d’hémoglobine ; ce qui revient à dire que leur quantité se répare plus rapidement que leur qualité, on serait tenté de dire au préjudice de leur qualité. Telle est l’explication de ce fait en apparence paradoxal et que nous avons rencontré bien des fois dans nos recherches d’un nombre presque normal de globules rouges chez un individu qui porte extérieurement tous les signes de l’anémie.
En ce qui concerne les altérations des globules rouges, l’anémie paludéenne est donc caractérisée :
1° Par leur diminution numérique, Y oligocythémie ;
2° Par leur augmentation de volume, en général proportionnel à la dépréciation numérique, la macrocythémie;
3° Par leur appauvrissement en hémoglobine, Y oligochromémie.
Etudiant ensuite la genèse de cette anémie, nous avons été amené à lui reconnaître une pathogénie complexe : c’est une anémie de consommation exagérée des globules pendant la période pyrétique (période congestive) de l’impaludisme ; elle est au contraire liée à l’insuffisance de la formation de ces éléments dans la période cachectique (période de sclérose spléno-hépatiquej..
La valeur p; athogénique i différente de ces deux causes explique la différence des caractères cliniques de l’anémie paludéenne, suivant la période dé l’impaludisme ; elle cède avec la fièvre pendant la période purement congestive ; elle est plus où moins rebelle ou incurable plus tard, quand des désordres nutritifs persistants se sont produits dans les viscères de l’abdomen.