‹ Exposé des titres et travaux scientifiques (volume 2)Chapitre 5 sur 29 · IV. - CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DES MALADIES PALUSTRES · texte numérisé non relu

IV. - CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DES MALADIES PALUSTRES

Ce mémoire est le complément des précédents. Il a pour objet l’étude : 1° des rapports de la mélanémie avec les manifestations aiguës de l’impaludisme ; 2° de la valeur séméiologique de ce phénomène.

1° Rapport de la mélanémie avec les manifestations aiguës de l’impalu-

L’apparition d’un pigment noir dans le sang est constante dans l’impaludisme, et appartient en propre à cette affection ; elle constitue un caractère pathognomonique précieux. Mais la mélanémie est un phénomène intermittent, comme la plupart des manifestations aiguës de la malaria ; elle est associée à ces dernières, et disparaît plus ou moins rapidement après qu’elles se sont éteintes, pour reparaître avec elles ultérieurement ; cette intermittence explique les insuccès de quelques observateurs (Virchow, de Pury, Virchow’s Gesammelte Abhandl, 1856 s. 202) qui ont cherché vainement le pigment sur le vivant. A la vérité, celui-ci ne se montre, quelle que soit la forme de Pim, paludisme, qu’au moment des paroxysmes aigus. Après qué ceux-ci se sont apaisés, il tend à disparaître du sang, mais il s’en élimine plus ou moins rapidement ; dans les cas tout à fait légers, on n’en trouve plus de trace quelques heures après le paroxysme ; après les accès graves, ou après une série d’accès très rapprochés, il persiste dans le sang deux, trois, quatre, exceptionnellement! sept jours. L’intensité de la mélanémie et sa durée au delà de l’accès sont en raison directe de l’intensité et de la gravité de ce dernier. Il suit de là que, quand les accès rebellés se succèdent à brefs délais, la mélanémie peut se montrer d’une manière continue pendant quelque temps, en s’exaspérant à chaque paroxysme nouveau, la durée de la période inter, calaire étant insuffisante pour permettre au pigment de s’éliminer totalement du sang. Telle est sans doute la raison de la continuité de la mélanémie, dans l’observation de M. Mosler. Quant à la recrudescence que signale cet observateur dans le phénomène après chaque dose de quinine, recrudescence qu’il attribue à la contraction de la rate, nous ne l’avons jamais constatée. Ni la médication qüinique à haute dose, ni l’électrisation, ni les douches froides sur l’organe splénique, ne nous ont paru influencer la mélanémie, qui, une fois l’accès terminé, diminue sans discontinuité.

Ges données ressortent très clairement de l’étude des accès pernicieux où la mélanémie très intense est toujours d’une constatation facile. Si le malade ne succombe pas, les leucocytes mélânifères disparaissent au fur et à mesure de l’amélioration, de telle sorte qu’au bout de quelques jours, il reste à peine des traces de pigment dans le sang, quelle que soit d’ailleurs la qualité de

l’impaludé, qu’il soit cachectique ou intoxiqué depuis peu de temps. Si au contraire la mort survient, et que plusieurs examens sont pratiqués avant cette terminaison, on voit les corpuscules mélanifères augmenter plutôt que diminuer d’une analyse à l’autre.

L’intermittence de la mélanémie et sa subordination aux manifestations aignës de l’impaludisme, reçoivent une démonstration indirecte et complémenT taire de ce fait que dans les cachexies paludéennes consommées, non traversées pàr des accès de fièvre, la pigmentation sanguine fait généralement défaut.

Ces faits de cachexie sans fièvre et sans mélanémie peuvent servir de contre-épreuve aux conclusions qui découlent des observations rapportées plus haut ; à la condition pourtant qu’on soit en éveil, et qu’on ne prenne pas le change sur la signification des mouvements fébriles qui accompagnent les nombreuses affections organiques intercurrentes de la cachexie, les entérocolites, les hépatites, les poussées pneumoniques, etc. Il ne s’agit plus ici d’accès de fièvre paludéens, et l’examen du sang reste négatif. Chaque fois qu’un cachectique présente des accès rebelles sans mélanémie, il convient de fixer son attention sur les viscères.

2° Valeur séméiologique de la mélanémie.

La pigmentation noire du sang est un caractère constant, et on peut ajouter propre de l’impaludisme. On ne le signale dans aucune autre affection aiguë ou chronique, et nous l’avons cherché en vain dans les pyrexies qui, en Algérie, régnent côte à côte avec les fièvres paludéennes (fièvres typhoïde éruptive).

Si donc on peut ériger la mélanémie en caractère pathognomonique de l’impaludisme, on a le droit d’en proclamer la valeur séméiotique, et dé mettre en relief les services qu’est appelée à rendre au diagnostic et au pronostic l’exploitation de ce caractère par le clinicien. L’impaludisme, surtout dans ses formes graves, revêt tant de physionomies différentes que l’esprit le plus sagace est sujet à prendre le change, et l’on ne saurait trop multiplier les ressources du diagnostic différentiel, dans des pays où la fièvre typhoïde avec ses formes anormales, le choléra, la dysenterie, l’ictère grave, la méningite cérébro-spinale, régnent côte à côte avec la malaria, et s’imposent sans cesse aux appréciations du clinicien. Sans doute, nos maîtres dans la pratique

professent que tout symptôme, toute manifestation anormale commande la médication quinique. Ce principe clinique, dont nous ne nous sommes jamais départi, quelles que fussent nos préoccupations spéculatives, est d’autant plus judicieux que le sulfate de quinine ne saurait être préjudiciable, s’il n’est éminemment utile.

Mais encore convient-il de s’éclairer, de se placer au plus tôt sur un terrain sûr; la pratique n’a rien à perdre en renonçant aux formules empiriques. Rendu attentif dés le début au phénomène qui fait l’objet de cette étude, nous avons dans maintes circonstances délicates exclu ou affirmé d’après l’examen du sang l’impaludisme grave, et généralement l’événement a confirmé ce jugement porté à la première heure.

Nous n’avons pas l’intention d’exagérer la valeur séméiologique de la mélanémie au point d’en faire une pierre de touche infaillible ou indispensable. Dans les cas embarrassants, le diagnostic différentiel se fonde sur des conditions’multiples que sait faire valoir le clinicien; nous avons voulu simplement ajouter une nouvelle source de renseignements aux autres, d’autant plus recommandable que les signes qu’on en tire sont péremptoires et peuvent être fournis séance tenante.

Aussi bien, ce ne sont pas seulement des questions de diagnostic différentiel qüe soulève la pathologie exotique. La nosographie même des latitudes chaudes est encore bien incomplète à beaucoup d’égards, ët ce n’est que par l’analyse minutieuse des phénomènes cliniques et des caractères anatomopathologiques que se fera la lumière. La mélanémie est assurément un des caractères qui s’imposent dans la poursuite de tels problèmes. Nous l’avons mise à l’essai dans la détermination des rémittentes simples dites climatiques dont l’existence à côté des rémittentes paludéennes est toujours controversée dans la nosographie algérienne.

Les enseignements de l’hématologie microscopique sont conformes à l’opinion la plus accréditée sur cette question : La mélanémie qui se montre si constante dans les fièvres notoirement paludéennes fait défaut dans les rémittentes dites gastriques , observées en Algérie au' cours de mai et juin. Nous pensons qu’il est impossible de récuser la valeur de ce fait dans la détermination nosographique ; il concourt avec les autres caractères à fonder'la distinction de nature entre les deux pyrexies paludéenne et climatique, et dans la

pratique il fournit un moyen simple pour en établir la différenciation clinique. Dans tous les problèmes de nosographie exotique oh le paludisme est en cause, les études hématologiques sont d’un secours précieux.

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