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VII. — CONSIDÉRATIONS SUR L’ÉTIOLOGIE DU CHOLÉRA

Revue d’hygüne, 1889.

Nous cherchons à montrèr dans ce travail l’étroitesse des liens qui unissent ensemble le choléra indien et le choléra nostras, ainsi que l’insuffisance, les

lacunes, les contradictions de la doctrine classique qui établit une distinction essentielle entre le premier et le second. — Les fastes du choléra épidémique comptent des faits extrêmement nombreux qui sont en contradiction formelle avec la doctrine régnante.

Nous avons mis en relief tous ces faits, écartés de l’histoire du choléra. Nous avons essayé d’en préciser la signification et de formuler une doctrine étiologique plus compréhensive et plus en rapport avec l’observation. Cette doctrine n’est autre que celle que Guérin a soutenue avec tant de talent pendant un demi-siècle, mais rajeunie, appuyée sur les lumineuses acquisitions de l’étiologie moderne.

Les documents que nous mettons en œuvre dans cette étude sont trop nombreux pour se prêter à une analyse, même succincte. Nous nous bornons à résumer ici les considérations qu’ils suggèrent, et les conclusions qui s’en dégagent

En ce qui concerne la clinique, la similitùde complète entre les deux choléras s’impose, elle ne saurait être mise en cause.

Du point de vue épidémiologique, la ligne de démarcation entre les deux processus est bien moins facile à tracer qu’on ne le pense. Le choléra nostras a ses explosions épidémiques, et inversement le choléra indien s’est épuisé souvent dans des manifestations isolées.

Supposer un choléra qui de son essence serait toujours grave, toujours envahissant, c’est constituer une maladie en quelque sorte unique dans le cadre nosographique.

Les observations épidémiologiques, comme les recherches de laboratoire, nous montrent une variabilité extrême dans l’énergie de la même cause spécifique. Il n’y a point de fixité dans le degré de gravité ou d’expansivité des maladies infectieuses. Chacune d’elles est tantôt épidémique, tantôt sporadique, tantôt bénigne, tantôt grave, sans cesser d’être une dans sa nature. Le choléra ne fait pas exception à la règle.

La profonde différence que le choléra a présentée dans la succession des temps n’a pas peu contribué à fonder la dualité de sa cause. •

Eu Europe, le choléra sporadique est vieux comme la médecine, le choléra envahissant est de date moderne : les deux affections sont aussi distinctes dans les temps que dans leur origine. Tel est l’argument que l’on fait valoir

enmême temps que la différence dans la gravité et dans la force d’expansion des deux maladies.

Mais cet argument n’est pas plus solide que les autres. Il n’est pas une affection populaire qui n’ait présenté de semblables différences dans le cours des temps. La peste, la diphtérie, la méningite cérébro-spinale par exemple ont éu chacune,' alternativement, une période sporadique et une période épidémique.

Les recherches de M. Pasteur sur les variations de la virulence des germes à travers les temps et sur les conditions qui régissent ces variations, ont jeté une vive lumière sur ces grands faits de l’épidémiologie. Mais, quel que soit le mystère qui plane encore sur eux, la nosographie ne doit point prendre le change sur leur signification, et se refuser à admettre l’unité d’un processus parce qufil présente des tendances inégales à l’expansion suivant le temps.

La preuve irrécusable de l’identité des deux choléras ne saurait être donnée que par la démonstration de l’identité de la cause. Cette démonstration n’est pas encore faite, mais elle est en bonne voie, grâce aux recherches récentes de Finkler, Prior, Gamaleia. Ces recherches laissent entrevoir une solution conforme à celle qui s’impose au nom de l’épidémiologie.

Au fond, les doctrines dualiste et uniciste mises en présence dans ce débat ne sont pas tellement opposées l’une à l’autre qu’on ne puisse les accorder, sur certains points au moins.

En effet, l’identité reconnue des deux choléras n’implique point forcément que les épidémies sont toujours de genèse autochtone, que la cause ne puisse en être transportée d’un point à l’autre, voire même de l’Asie jusqu’en Europe. Lesdâits, en apparence contradictoires, relevés par cette enquête, se concilieraient facilement dans la conception suivante :

Maladie d’origine exotique comme tant d’autres, le choléra a pris pied en Europe à une époque indéterminée et n’a cessé dë s’y montrer depuis. Pendant de longs siècles, il a constitué, tant sur notre continent qu’en Asie, une affection locale; dont le règne épidémique ne dépassait pas celui d’une maladie saisonnière banale. Peu à peu, à la fin du dernier siècle et au commencement de'celüi-ci, sa cause a subi partout des modifications profondes qui en ont centuplé la force expansive, modifications que nous retrouvons dans l’histoirè de toutes les'maladies infectieuses. Les germes conservés sur place ont

donné lieu à des épidémies régionales plus ou moins étendues. Mais grâce à leur énergie nouvelle, ils ont pu être transportés à de grandes distances, comme l’ont été jadis ceux de la dysenterie, du typhus des armées et de tant d’autres fléaux populaires ; de telle sorte que les épidémies naissent ici par le développement autochtone, là par des germes importés. C’est ainsi que s’est comportée la peste autrefois.

Nous admettons la provenance extérieure du choléra, lorsqu’elle est fondée sur la découverte du sujet ou des objets qui ont servi à la transmission et sur le groupement des premiers faits. Nous la rejetons quand les recherches les plus minutieuses, faites en vue d’établir l’importation sont restées infructueuses, et que le début de l’épidémie a été marqué par la dissémination, la simultanéité et l’incohérence des premiers cas. Pour ces faits, plus nombreux d’ailleurs qu’on ne le croit généralement, nous préférerions à la. théorie de la fissure , celle de la genèse autochtone, du développement au moyen des germes conservés sur place, de ceux, en un mot, qui produisent, en temps ordinaire, le choléra nostras.

La conclusion pratique qui se dégage de ces considérations, c’est que la prophylaxie du choléra ressortit moins aux quarantaines qu’à l’hygiène locale et individuelle, à celle même que nous opposons à la grande endémie de nos villes, à la fièvre typhoïde.

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