DES RAPPORTS ENTRE LA PNEUMONIE DE L’HOMME ET LA PÉRIPNEUMONIE ÉQUINE
Gazette hebdomadaire, novembre 1892.
Nous avons été rendu attentif à ces rapports par nos recherches sur la pneumonie dans l’armée. La péripneumonie équine, transmissible par le contact, par les couvertures, le fourrage, le fumier, les chevaux sains et même le personnel, règne à l’état épizootique dans les écuries de l’armée, et de temps à autre ces épizooties coïncident avec des épidémies de pneumonie, qui frappent les groupes de cavaliers plus particulièrement en rapport avec les chevaux malades.
Les rapports officiels des armées française et allemande de ces dernières années insistent tout particulièrement sur cette coïncidence. La relation entre les deux manifestations épidémique et épizootique a paru assez étroite à quelques-uns de nos confrères, pour leur suggérer la pensée de l’identité des deux processus.
Les preuves épidémiologiques et anatomo-cliniques en faveur de cette dernière sont imposantes. Mais elles doivent être complétées des témoignages de la bactériologie. Ceux-ci sont contradictoires, laissent cependant entrevoir la solution à intervenir. Tandis quePeterlein, Perroncito etBrazzola avancent avoir trouvé dans la pneumonie du cheval un microorganisme identique au pneumocoque de Frænkel, Schütz attribue cette affection à une bactérie bien différente de ce dernier. Mais la technique suivie par Schütz dans ses recherches n’est pas irréprochable, et il se pourrait fort bien que le pneumocoque lancéolé lui eût échappé.
Déjà, dans une double épidémie de pneumonie humaine et équine, survenue à Stettin, dans l’hiver de 1886-1887, le médecin-major Schenck avait trouvé le pneumocoque de Frænkel dans les produits expectorés par un des animaux.
Nous pensons que la question a fait un pas vers la solution que nous faisons pressentir, avec l’intéressant fait que M. Dieudonné, médecin au régiment d’infanterie de la garde du roi de Bavière, à Nuremberg, vient de publier (mars 1892). A l’occasion d’une péripneumonie équine qui sévit
en juin 1891 sur les chevaux du 1 er régiment de chevau-légers du roi de Bavière, ce médecin étudia le mucus nasal de plusieurs animaux aux différentes périodes de la maladie. Toutes les préparations sans exception portaient des microbes absolument identiques aux pneumocoques de Frænkel-Weichselbaum.
L’auteur ajoute à cette constatation conforme à celle de Peterlein, que d’après les recherches statistiques qu’il a faites au régiment des chevaulégers, pour la période 1885-1891, les années les plus chargées de pneumonie dans la troupe, furent précisément celles où' l’épizootie régnait aussi parmi les chevaux.
L’identité entre les deux processus, sans être absolument démontrée, compte cependant à son actif des témoignages épidémiologiques et bactériologiques qui méritent d’être pris en considération. La question intéresse l’hygiène de l’armée, nous avons appelé sur. elle l’attention de nos collègues attachés aux régiments de cavalerie.
Il est, à priori, admissible que deux processus aussi proches l’un de l’autre, que les pneumonies croupales de l’homme et du cheval, doivent être produits par la même cause. La constatation du pneumocoque de Frænkel, dans les épizooties de Stettin et de Nuremberg, donne beaucoup de vraisemblance à cette opinion, à laquelle manque encore la consécration expérimentale, c’est-à-dire la réalisation, chez le cheval, de pneumonies identiques à celles qu’il contracte spontanément, par l’inoculation de celle de l’homme