C. — ABCÈS DYSENTÉRIQUES DU FOIE
Cette étude laite avec des observations et des pièces recueillies en Algérie et en Tunisie, forme le complément de nos recherches anatomiques sur la dysenterie ; elle apporte, d’autre part, l’appoint anatomique à la démonstration tentée dans le mémoire précédent de l’identité de nature des deux pro-
L’analyse histologique de nos faits nous a amenés à dégager de l’ensemble des altérations deux types, deux variétés fondamentales de .là supüràtion endémique du foie.
Dans un premier ordre de faits, on voit se produire au sein du parenchyme hyperémié des nodules résultant de l’accumulation de leucocytes au sein du réseau capillaire. Ces nodules se nécrosent dans leur partie centrale et se ramollissent par une sorte de fonte fibrineuse, rappelant la formation du thrombus blanc. Lorsqu’ils cessent de s’agrandir, il se forme à leur pourtour une zone de tissu embryonnaire plus où moins vasculaire, plus ou moins nettement disposé en membrane bourgeonnante, et qui se recouvre d’un exsudât diphtéritique. Ce sont ces abcès que nous avons décrits sous la dénomination de variété phlegmoneuse et diphtéritique.
Dans une deuxième série de faits, on voit se produire au sein du parenchyme hyperémié, non plus une simple accumulation de leucocytes, mais un tissu à substance fondamentale fibreuse, plus ou moins chargé de leucocytes et plus on moins vasculaire. Le nodule, ainsi constitué, se ramollit aussi à
sa partie centrale par un mécanisme qui, suivant la plus ou moins grande vascularité du tissu, rappelle tantôt la formation des abcès précédents, tantôt la fonte d’une gomme syphilitique. Ces sortes d’abcès ont une évolution plus lente, une extension moins considérable, et leur surface interne est le siège d’une exsudation moins abondante, ce qui explique sans doute pourquoi les productions diphtéritiques y sont plus discrètes. Nous les avons décrits sous le nom et abcès fibreux.
Ces deux séries de faits ne sont pas tellement dissemblables qu’on ne puisse y reconnaître les deux variétés d’un même processus ; le tubercule, le cancer, le sarcome, les nodules de la morphe ont, eux aussi, une structure tantôt embryonnaire, tantôt fibreuse, sans différer pour cela de nature.
Ce processus n’est sans doute pas sans analogue dans la pathologie du foie, il n’est pas spécifique au sens anatomique du mot. Mais ce qui est significatif, c’est que dans ses caractères essentiels, il est semblable au processus dysentérique de la muqueuse intestinale. S’il y a des différences entre les deux processus, elles trouvent une explication suffisante dans la différence de structure de tissus qui sont le siège de l’un et de l’autre. La structure éminemment vasculaire du foie rend compte du caractère inflammatoire plus prononcé dans l’évolution de l’abcès et de la rareté de la gangrène primitive. Mais dans le foie comme dans l’intestin, un principe de nécrose s’allie à l’élément inflammatoire, et constitue le trait caractéristique de la lésion. Les deux processus sont, au fond, identiques dans leur nature, malgré les dissemblances macroscopiques. Eu égard à la nature des abcès dysentériques du foie, l’anatomie pathologique dépose donc dans le même sens que l’étiologie et la clinique, dont les enseignements à cet égard ont été indiqués dans le mémoire précédent et seront développés dans le suivant.
C’est ainsi que la démonstration de la nature dysentérique des abcès tropicaux doit être fondée, comme doit l’être toute solution nosographique sur le symptôme, la cause et la lésion.
Rappelons que, depuis que ces trois derniers mémoires ont été écrits, MM. Chantemesse et Vidal ont trouvé, dans un cas de dysenterie avec abcès hépatique, un microorganisme qu’ils considèrent comme la cause des deux déterminations morbides. Les conclusions précédentes seraient ainsi confirmées par les recherches microbiennes. Ici, donc, comme en maint autres
chapitres de la pathologie, la clinique, l’étiologie et l’anatomie pathologique réduites à elles-mêmes auraient devancé les solutions de la bactériologie.
II. - DE LA NATURE DE L’HÉPATITE SUPPURÉE DES PAYS CHAUDS (En collaboration avec le professeur Kieüer.)
Arch. génér. de Médecine, 1888, p. 287 à 279.
L’étude d’un certain nombre de faits personnels, l’analyse d’autres disséminés dans la littérature médicale, nous a amené, au cours de notre pratique en Algérie, à considérer l’hépatite suppurée des pays chauds, comme une localisation du processus dysentérique sur le foie. Dans ce travail, nous nous proposons de démontrer l’identité de nature des deux déterminations morbides, dont les relations l’une avec l’autre ont été l’objet de tant de controverses, en nous appuyant sur les données étiologiques et cliniques.
1. — Les preuves étiologiques sont contenues dans les opinions formulées depuis le commencement de ce siècle sur la nature et la cause de l’hépatite suppurée dans les pays chauds. C’est ce que nous faisons ressortir par une revue historique et critique des Opinions émises sur la nature des abcès du foie et leurs rapports avec la dysenterie, depuis la fin du dernier siècle jusqu’à nos jours. Nous analysons ainsi succinctement :
A. Les médecins du siècle dernier, 1798 (Larrey).
B. Annesley, 1828. Théorie des causes multiples, conception de la dysenterie hépatique.