C. Bud, 1848. Théorie de la métastase pyémique
D. Haspel, Catteloup, Cambay. Théorie palustre.
E. Jacquot, Rouis, Morehead. Théorie météorologique.
F. Sachs. Théorie bromatologique, alcoolisme.
G. Dutroulau. Théorie du miasme dysentérique ; la spécificité à deux degrés.
Les opinions formulées par ces auteurs, inspirées des conditions variables de temps et de lieu où se sont développées l’hépatite et la dysenterie, portent, avant tout, témoignage de la coïncidence géographique de ces deux affec-
' fions. Elles comportent d’ailleurs des solutions variables, les unes exclusives, les autres éclectiques.
Si on les juge dans leurs rapports avec les conditions de temps et de lieu ofi elles se sont produites, on reconnaîtra que chacune d’elles exprime une vérité contingente et qu’elle a eu sa raison d’être dans les conditions particuliérement favorables où-s’est trouvé l’observateur pour apprécier l’influence pathogénique de la cause spéciale ou des causes multiples qu’il a invoquées. Nous' serons ainsi amenés à reconnaître que le caractère de constance et de suffisance appartient à une seule cause, la dysenterie.
II. — Les preuves cliniques sont déduites de la coïncidence des deux affec- ■ fions dans leurs manifestations, individuelles , de leur alternance des rapports nombreux et variés qui les relient l'une à l’autre chez le même sujet.
Bien des statistiques produites contradictoirement à la coïncidence entre l’hépatite et la dysenterie sont défectueuses parce que :
1° Un grand nombre des observations d’hépatite sans dysenterie sont à rejeter comme incertaines ou étrangères à la dysenterie hépatique (abcès biliaires, pyémiques, kystes hydatiques suppurés, hépatite paludéenne) ;
2° D’autres sont incomplètes, aucune mention des selles ni du tube digestif ;
3° D’autres restent incertaines parce qu’elles ne donnent pas une démonstration suffisante de l’absence de la dysenterie : ulcères spécifiques de la dysenterie sans symptômes dysentériques pendant la vie. dysenterie latente , échappant à la constatation clinique, ou ulcères solitaires pouvant, par leur exiguïté, échapper à l’observatiou de l’anatomo-pathologiste non prévenu ; les abcès qui guérissent restent naturellement douteux au point de vue de la coïncidence : n’y a-t-il pas eu dés ulcères latents ?
En appliquant cette critique à 428 faits d’hépatite suppurée contenus dans les recueils classiques (Annesley, Morehead, Murchison, Cambay, Haspel, Rouis, Oatteloup, ouvrages ou thèses ou mémoires publiés sur nos autres colonies du Sénégal, des Antilles, de la Cochinchine,) nous arrivons à les décomposer en :
267 faits positifs. Il 22 faits probables il 32 faits a rejeter comme
46 id. négatifs. Il 61 id. incomplets. j| étrangers au sujet.
Il résulte de cette analyse que sur 314 faits complets d’abcès du foie utilisables pour la statistique, 268 fois il y a eu coïncidence de la dysenterie, c’est-à-dire 85,35 p. 100.
Dans ses célèbres recherches sur l’endocardite et le rhumatisme articulaire, Bouillaud a fondé, sur un rapport plus faible (50-60 p. 100), la loi de coïncidence et l’identité de natures des deux affections.
Pour être endémiques sous les tropiques, les suppurations hépatiques n’en figurent pas moins de temps à autres dans les statistiques de nos pays, et ici encore, leur relation avec la dysenterie est des plus évidentes, ainsi qu’en témoignent les documents que nous avons rassemblés.
La connexion étroite qui existe entre l’hépatite et la dysenterie, n’exprime pas une simple relation pathogènique analogue, par exemple, à celle qui existe entre les embolies de l’artère pulmonaire et une thrombose veineuse périphérique. Le lien est assurément plus étroit. Les deux déterminations morbides doivent être considérées comme une double manifestation d’une seule et même cause, au même titre que la morve et le farcin, le goitre et le crétinisme, l’orchite et la parotidite ou la fièvre oreillarde. Cette conclusion est imposée par les nombreux modes d’association des deux maladies, par la multiplicité, la variété des rapports qui existent entre leurs manifestations cliniques, l’étroit enchevêtrement de ces dernières. De longs développements sont consacrés à ces notions.
L’histoire de la dysenterie hépatique est pleine des débats soulevés par la question de la priorité de l’une ou de l’autre affection. En général, cette priorité est difficile à établir. Fondée en grande partie sur l’ordre chronologique des manifestations cliniques, la solution de ce point peut être mise en défaut par l’existence d’ulcères latents antérieurs aux manifestations de l’hépatite, ou d’abcès latents antérieurs à celles de la dysenterie. Au fond, ce débat importe peu, la nature dysentérique de l’hépatite se trouve tout aussi bien établie par la dysenterie qui suit que par celle qui précède le développement des lésions du foie. L’étiologie et la clinique nous ont amené à conclure que la dysenterie et l’hépatite sont liées l’une à l’autre, non par le lien de la physiologie pathologique, mais par celui de la cause, identique pour l’une et pour