BACTÉRIOLOGIE GÉNÉRALE — ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DE L’INFECTION
(.Pathologie expérimentale portant sur la réalisation des lésions morbides ) Mécanisme des lésions.
Dans une maladie, à côté des symptômes, on observe les lésions ; on rencontre les désordres anatomiques, l’anatomie, l’histologie pathologiques, à côté des perturbations fonctionnelles, à côté de la symptomatologie, de la physiologie pathologiques.
Les microbes font la maladie; ils font donc et ces symptômes et ces lésions.
Pour ces symptômes, je les ai reproduits dans leurs principaux types (voir cliap. ni). — J’ai analysé les troubles morbides avec tous les détails possibles, fouillant avec soin leur pathogénie. — Par le temps, par la peine que ces travaux m’ont coûtés, ils forment une partie essentielle de mes essais.
J’ai poursuivi mes recherches, en appliquant à l’étude du mécanisme des altérations des solides ou des liquides les principes suivis dans celle de la genèse des désordres fonctionnels, des phénomènes symptomatiques.
J’ai enregistré des modifications du côté du tube digestif, de ses annexes, du côté de l’appareil circulatoire, du côté des humeurs, du côté des séreuses, des reins, du système nerveux, de la peau, etc.
60. — Ulcérations de l'estomac. Mal. pyocyanique, Paris, 1889 et Traité méd. Charcot- Bouchard, tome I, cliap. VI.
Bôttcher a expliqué la genèse des ulcères de l’estomac, par un processus infectieux. — J’ai fourni la démonstration de cette théorie, que le D r Letulle a établie de son côté. — Dès 1887, le professeur Bouchard voulait bien mon-
trer à son cours l’estomac dont la muqueuse présente une ulcération de 5 centimètres sur 2 environ, au milieu de très petites hémorragies punctiformes accompagnées de quelques pertes de substance (voir fig. 5). — Cet estomac est celui d’un lapin tué par le virus pyocyanique.
Ces recherches, sans rien préjuger au sujet des autres théories, indiquent la part possible des germes, des embolies, des actions vaso-motrices, mécanismes
variés, autrefois gratuitement invoqués en matière d’infection, d propos de la pathogénie de ces ulcérations, mécanismes aujourd’hui démontrés vrais.
61. — Lésions intestinales d’origine toxique. — Maladie pyocyanique, Paris, 1889 et Traité me'd. Charcot-Bouchard, tome I, chap. VI. — Soc. Biol., 7 mai 1892.
Une entérile fait suite à l’inoculation du bacille pyocyanique : Déjà nous avons dû faire connaître le trouble fonctionnel gui accompagne ces lésions du tube digestif, quand on introduit non plus sealement le virus vivant, le microbe, mais le virus mort, la culture stérilisée. — Parfois les fibres lisses sont paralysées.
On savait, en effet, que telle bactérie pathogène dans le sang devenait inoffensive, si on la déposait sous la peau ou réciproquement cette notion
ne s’appliquait pas aux sécrétions de ces bactéries, du moins avant ces recherches.
D’autre part un enseignement se dégage de ces constatations, à savoir qu’un pro-
cessas ne doit pas être considéré comme étant fatalement né dam l'intestin, pane qu’il y a entérite.
C’est sur ces faits que s’est basé Sanarelli, qui a obtenu les mêmes résultats avec les produits du bacille d’Eberth, pour établir que la dolhiénentérie est tout d’abord une affection du système lymphatique qui se localise sur l’iléon.
62. Hépatite expérimentale. Soc. Biol-, 16 décembre 1893; Traité palhol. génér. de
Bouchard, vol. II, chap. V.
Dans ees expériences, je montre par des examens détaillés, grâce à une technique histologique délicate, les modifications du noyau, du reseau chromatique et surtout la part prépondérante de la cellule, du parenchyme. — Je montre aussi que ces altérations sont causées par les toxines. — Que de fois n’accuse-t-on pas l’alcool comme agent des cirrhoses, des hépatites! Je me garde de l'innocenter, mais je tiens à proclamer que, chez l’animal, les poisons bactériens sont plus nocifs, pour le foie du moins, que cette substance; à l’aide de ces poisons, j’ai également obtenu des cirrhoses, mais plus rarement, plus difficilement ; j’ai réalisé, en outre, des altérations de ce parenchyme, en me servant des urales, de l’acide urique, c’est-à-dire des principes issus de nos cellules, l’alcool venant de l'extérieur et les toxines dérivant des bactéries (voir mon article ; Aperçu sur le rôle des substances toxiques dans les phénomènes de l’organisme, Sem. Med., 19 oct. 1892).
63. — Toxines et lésions cellulaires. Soc. Biol., 15 mai 1893.
Dans cette élude, une fois de plus, je mets en évidence le rôle des toxines dans la genèse des lésions, en provoquant dans les reins, dans divers organes, des modifications distinctes. C'est bien la toxine, c’est surtout ce que Buchner appelle l’alcali albuminate, c’est principalement la partie insoluble dam l’alcool qui agit, qui provoque les modifications intimes d’œdème, de diapédèse, de nécrose, de multiplication, de dégénérescence, etc. — Büchner a nettement montré la part qui appartient à ces alcalialbuminates; je crois être parmi les expérimentateurs qui ont établi cette manière de voir aujourd’hui incontestée. —
Il convient de savoir que ces lésions far fois se développent longtemps après ; d'où cette conclusion qu il convient d'observer longtemps les animaux pour pouvoir juger de l'action de certains produits.
64. — Dilatations cardiaques expérimentales. Soc. Biol., 3 juin 1893.
Les organes de la circulation subissent souvent les atteintes des virus. — Parfois, à la fin des infections graves, le cœur fléchit; une asystolie aiguë éclate soudain.
J’ai eu la bonne fortune d’éclairer ces faits. — J’ai vu, avec Gley, sous l'influence d'une injection considérable, rapide, de toxines, le myocarde céder, se dilater.
65. — Myocardites expérimentales. Congrès de Berlin, août 1890.
Ces toxines agissent directement sur la fibre myocardique-, si cette fibre est déjà altérée, cette action est plus profonde : on saisit l’intérêt de ces données.
Les altérations de la fibre cardiaque s’observent fréquemment chez l’homme infecté. — J’ai pu les reproduire expérimentalement.
Un même organe, dans une même affection, offre des modifications multiples. —- Une collection de myocardes détériorés, présentée à la section d’anatomie pathologique du Congrès de Berlin, prouve l’exactitude de ce principe également établi par la note « Variété des lésions rénales dans une maladie expérimentale » (paragr. 78, 79). — Du reste, prenons pour exemple, chez l’homme, le rein de la scarlatine. — Quelles lésions n’a-t-on pas décrites ? — La pathologie comparée, expérimentale, reproduit la pathologie humaine-, elle montre que, dans une infection donnée, il n’existe pas, le plus souvent, une néphrite, une myocardite de cette infection, mais des néphrites, des myocardites, etc., en rapport avec la virulence, avec la durée du mal, avec la réaction du terrain, etc.