MÉCANISME DES LÉSIONS — PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE
€9 bis. — Pathogénie des inflammations des séreuses dans l'infection; leur développement sous l’influence des toxines. (Disparition des germes). Soc. Biol., 21 juillet 1894.
Les séreuses, parmi les membranes anatomiques, par la fréquence de leurs modifications, attirent l’attention du chercheur.
Plus d’une fois, on a été surpris de ne pas déceler des germes vivants dans les cavités de ces membranes enflammées au cours de l’infection. — Or, j’ai réussi à déterminer, dans ces cavités séreuses, de notables changements d l’aide des toxines.
J’ai fait naître des péritonites, des pleurésies, dès péricardites, données qui, sans impliquer 1 exclusion des bactéries agissant par elles-mêmes, montrent que ces inflammations des séreuses peuvent naître en l’absence des parasites infectieux vivants.
J’ai expliqué ailleurs (Traité Patholog. génér. de M. Bouchard, tome II, chap. V), comment des germes présents au début des processus peuvent disparaître sous l’influence des phagocytes, des liquides bactéricides, de la vieillesse, de la concurrence vitale, etc.
70. — Arthropathies expérimentales (Réalisation des lésions du rhumatisme ex — Soc. Biol., 27 juillet 1889.
Les [synoviales n’échappent pas aux influences des toxines. — Ce qu’on avait fait, avec le bacille de Koch, je l’ai réalisé, avec M. Babinski, à l’aide de celui du pus bleu. — Depuis cette époque, on a reproduit ces arthropathies avec plusieurs bacilles, parmi eux, ceux de la tuberculose. — J’ai pu, en outre, rassembler une série d'articulations, à tous les degrés de désorganisation, dont j’ai étudié les lésions successives intéressant le cartilage, la synoviale, les os, etc. —M. le professeur Bouchard, au Congrès de Marseille (août, 1891), a bien voulu présenter la collection de ces pièces; leurs altérations rappellent celles du rhumatisme subaigu ou chronique. — Plus récemment, avec M. Ostrowsky (inédit), j’ai vu l’acide lactique, injecté sous la peau du flanc, favoriser la genèse de ces arthropathies chez des lapins inoculés également sous la peau du flanc, loin du point injecté, avec du staphylocoque; parfois nous avons obtenu des localisations dans les jointures d’une patte énervée : nous avons ainsi réuni les trois éléments mis en cause dam le rhumatisme ; l'élément humoral, l’élément microbien, l'élément nerveux.
71. — Infarctus des reins. Maladie pyocyanique, Paris, 1889, et Infection et Symétrie, Congrès de Nancy, août 1896.
Traversés par les microphytes, par leurs poisons, les reins sont fréquemment atteints au cours de l’infection.
Par la reproduction d’infarctus, par la mise en évidence de leur nature bactérienne, j’ai éclairé la genèse de certains désordres anatomiques rénaux observés chez les infectés; j’ai montré en particulier le mécanisme de ces embolies, de la diffusion du processus.
La portée de ces faits est plus considérable encore, attendu que, par leur simple constatation, on voit que les microbes sont capables de créer des lésions par eux-mêmes, en obstruant les capillaires; ils agissent ainsi mécaniquement, tandis que leur intervention par les produits solubles est d'ordre chimique ; les deux
théories sont vraies, mais d’importance inégale : nos travaux le prouvent.
J’ai, également, pu créer des altérations rénales franchement inflammatoires. en utilisant les toxines.
A côté de ces altérations rapides, je puis placer des modifications plus lentes de dégénérescence. — La durée, le type d’évolution, la marche, dépendent, ainsi que je l’ai montré (voir Traité Pathol, génér., vol. Il, chap. VI, VII) du virus, de sa qualité, de sa quantité, de la porte d’entrée, de l’état du terrain, du viscère, du tissu, des réactions.
72; 73. — Dégénérescence amyloïde chez le lapin. Soc. Biol., 13 oct. 1888, en collabo-
Cette dégénérescence amyloïde, dont la réalisation expérimentale voulue n’avait pas été obtenue, a été observée dans deux cas bien différents. — Nous l’avons vue d’abord sur le rein scléreux, sur le myocarde hypertrophié d’un lapin atteint d’une infection pyocyanique à marche lente ; nous l’avons vue, en second lieu, sur le rein d’un autre lapin mort d’une tuberculose inoculée; ce sujet tuberculeux était porteur d’abcès; le premier n’avait pas une goutte.de pus.
Ces résultats établissent les relations de ce genre de dégénérescence avec l’infection; ils apprennent, en outre, que le pus n’est pas nécessaire à son apparition.
Cette dégénérescence amyloïde a été, depuis cette époque, signalée chez les animaux, en particulier dans la tuberculose du faisan, du moins dans la tuberculose hépatique.
74. — Dégénérescence graisseuse expérimentale d’origine infectieuse (Prédisposition naturelle). Soc. Biol., il octobre 1890.
Cette note prouve la possibilité de reproduire la dégénérescence graisseuse à l’aide d’un virus. — Elle prouve, de plus, la part du terrain, de l’hérédité, de la prédisposition naturelle dans la nature des lésions. — Chez le lapin, la poule, le chien, la grenouille, etc., le virus pyocyanique engendre rarement cette dégénérescence, qui, au contraire, se voit plus souvent chez le chat, dans le
rein de cet animal spécialement. Or, on sait que les cellules des tubuli, dans cette espèce, contiennent des granulations noircissant par l’acide osmique. — La pathologie ne fait gu’exagérer un état physiologique.
75. — Lésions des capsules surrénales dans l'infection, avec M. Langlois. Soc. Biol., 29 juillet 1893. — Voir aussi la Note de M. Langlois, 21 nov. 1896 : Action des extraits
Ces organes offrent des congestions, des hémorragies, des modifications pigmentaires.
Si mon attention a été fixée sur eux, c’est que, en raison de leur propriélé d’atténuation vis-à-vis des poisons, propriété analogue à celle du foie, quelques-uns des changements survenus dans ces tissus aggravent le mal, en faisant fléchir une des défenses de l’économie. — Nos expériences ont, d’ailleurs, été pleinement confirmées.
Plus récemment. ) ai constaté, avec M. Langlois,,des hypertrophies sous l’action des toxines et surtout une perte de fonction, en ce sens que l’extrait de capsule, qui élève la pression d’une façon énergique à l’état normal, perd plus ou moins celte propriété, si l’on fait agir des toxines.
La perte d’attributs utiles, l’apparition, dans les capsules, d'éléments plus toxiques (Dubois, Langlois, Charin), quand on les altère par des substances microbiennes, etc. : telles sont lés modifications capables peut-être d’expliquer cette singularité, à savoir qu’un animal privé d’une de ces capsules résiste parfois plus fortement à un virus (Voir Rev. gén. des Se., 1893, et Soc. Biol., 4 juillet 1896).
Il semble donc que, sous l’influence de ces toxines, il se produise des modifications et anatomiques et fonctionnelles. De plus, sous cette influence, ces organes en réaction ajoutent à la somme des poisons une part de toxicité qui contribue à amener
On a bien là la preuve que cette mort est due en partie à des toxiques nés de l’économie modifiée par les produits bactériens : nul n’ignore l’importance de ces données.
76, — Lésions nerveuses périphériques ou centrales au cours de l'infection. Traité de méd. Charcot-Bouchard, tome I, chap. VI, et Traité Path. gén. de M. Bouchard, tome II ■ chap. V. — Voir Thomas : Soc. Biol., 9 janv. 1897.
Les altérations nerveuses, au cours des fièvres, sont parfois purement dynamiques; nous l’avons constaté avec M. Babinski. — Nous n’avorts décelé aucun changement depuis l’écorce jusqu’aux plaques terminales, jusqu’aux muscles, chez des sujets porteurs de paralysies pyocyaniques ; l’emploi des méthodes nouvelles n’a pas donné de meilleurs résultats.
Toutefois, si l’on introduit le bacille du pus bleu entre les fibrilles d’un tronc nerveux, on voit parfois se développer des lésions dégénératives.
Les convulsions, les troubles réflexes, sensitifs, s’expliquent par l’imprégnation des cellules cérébrales ou médullaires par les toxines, imprégnation que nous avons constatée.
J’ai vu se développer des crises d’épilepsie, crises faciles à provoquer par des pincements de la peau du cou, chez un cobaye qui, six mois avant, avait reçu des toxines diphtériques et subi la section des deux sciatiques ; or, chez ce cobaye, j’ai pu constater, grâce à M. Thomas, de notables lésions centrales, surtout des altérations -des cellules médullaires. — On voit aussi diminuer le nombre des affections sans lésion.
77. — A propos de : L'immunité après lésion locale. Soc. Biol., 4 mai 1889. Lésions locales gommeuses chez le cobaye. — Leur mécanisme. (La lésion locale indique la résistance). Mal. pyocyanique, 1889, et Traité Méd. Charcot-Bouchard, chap. VI ; Traité Path. gén. de M. Bouchard, tome II, chap V.
Chez le cobaye, le virus pyocyanique détermine une tumeur qui s’ouvre, s’ulcère, présente une surface sèche, rougeâtre, puis, en général, se cicatrise, guérit. — Voici sa genèse, en deux mots. —■ La résistance naturelle du sujet en expérience, en s’opposant à la libre sécrétion des toxines, ne permet pas aux produits microbiens de paralyser les dilatateurs, attendu que ces produits, en vertu de cet état incomplet des sécrétions, manquent et de qualité et de quantité ; la dilatation, partant la diapédèse, s’opèrent par voie réflexe.— Une fois en dehors des vaisseaux, les globules sont capables de subir l’influence
des germes ou de leurs toxines; la lutte s’engage. — Grâce à la démonstration des actions vaso-motrices de ces toxines, la genèse des œdèmes, des afflux cellulaires, des congestions, etc., se trouve singulièrement éclairée.
On conçoit que les microbes, se comportant à la façon de tous les irritants périphériques, déterminent, par voie réflexe, la vaso-dilatation ; le bacille pyocyanogène agit de cette manière.
Toutefois, si ce bacille opère dans un milieu favorable, il engendre toutes ses toxines; parmi elles, sont celles qui s’opposent à cette vaso-dilatation. — Si, au contraire, ce milieu est relativement mauvais, les sécrétions sont incomplètes; ces toxines, capables de paralyser les centres dilatateurs, font défaut; l’ectasie survient; avec elle, naissent tous les symptômes diapédétiques ou œdémateux; avec elle, naît la lésion locale.
78. — Variété des lésions rénales dans une même maladie expérimentale. — Soc. Biol., 2 juin 1888t.
L’espèce inoculée ne changeant pas, le virus demeurant le même, j’ai relevé les lésions suivantes : sclérose, hémorragie, infarctus, dégénérescence graisseuse.
dégénérescence amyloïde, néphrite parenchymateuse, etc. — Pour expliquer ces variétés, il faut tenir compte de facteurs multiples; parmi ces facteurs la durée de la survie tient une place importante. — Grâce à ces recherches, un accord s’établit entre des auteurs qui, dans une maladie déterminée, ont décrit, les uns une lésion, les autres une autre altération; grâce à elles, on voit que la lésion ne peut caractériser un processus : Vhisloire de la néphrite de la scarlatine décrite de bien des façons différentes correspond â ces données.
79. — Causes des variétés des lésions d’un même organe dans une même maladie chez une même espèce animale. Soc. Biol., 8 juillet 1893.
Le rôle de la qualité, de la quantité du virus, de la porte d’entrée, de l’état du système nerveux, est ici mis en évidence : en faisant osciller ces conditions, on fait osciller les résultats.
Au.fond, ces résultats ne sont pas aussi surprenants qu’ils le paraissent au début. On dit bien « même virus », « même espèce », « même animal », « même terrain », « même organe ». Mais, qui donc peut soutenir qu’un lapin A est mathématiquement identique à un lapin B ? — Qui donc peut admettre qu’une culture 1 possède le nombre, la virulence, l’homogénéité des bacilles d’une culture 2 ? — Pour les espèces supérieures elles-mêmes, les repas, l’exercice, le repos nocturne, peuvent provoquer des réactions variables; l’âge, les influences extérieures en font autant, etc.
80. — Les conséquences tardives de l’intection. (Artério-sclérose. — Rein scléreux. — Hypertrophie du ventricule gauche.) — Maladie pyocyanique, 1889, et Traite' Path. yen. de
■ M. Bouchard, tome II. Acad. Se., 4 juin 1888.
Les malades en puissance d’infection sont assez nombreux; néanmoins, ils deviennent rares, si on les compare à ceux qui se plaignent d’une affection qui s’est développée plus ou moins longtemps après une maladie virul.'.ite. — On rencontre plus d’individus atteints d’endocardite, de néphrite chroniques, que de fièvre aiguë.
Je me suis efforcé de reproduire expérimentalement les conditions de la genèse de ces affections mites des processus infectieux.
Dans les laboratoires de bactériologie ou de pathologie expérimentale, on connaît, à peu près exclusivement, les accidents rapides de l’infection. — On inocule les agents pathogènes, puis on observe, en général, les phénomènes qui naissent plus ou moins promptement ; ce sont là d’incontestables avantages, que j’ai utilisés autant que j’ai pu. — Cependant, si on garde longtemps les animaux, durant des mois, des années, on se rapproche d’une série de conditions de la pathologie humaine. Chez l’homme, en effet, la scarlatine, la diphtérie, la
fièvre typhoïde, peuvent finir, laissant, à leur suite, des néphrites, des paralysies, des endocardites, lésions de tous les jours; germe et tonnes sont disparu.
c'est l’élément anatomique troublé qui continue à évoluer dans le sens pathologique : c’est là la médecine courante. — Mes expériences mettent en lumière la genèse de ces désordres en les reproduisant.
Ayant conservé des lapins guéris d’une infection rendue bénigne artificiellement, j’ai vu se développer des paralysies avec des rétractions tendineuses ; j’ai vu évoluer des scléroses des vaisseaux, des scléroses du rein, des hypertrophies cardiaques, portant, avec prédilection, sur le ventricule gauche; j’ai vu apparaître la dégénérescence amyloïde, des troubles généraux aboutissant à une véritable cachexie. — Les sujets atteints succombaient à ces troubles, qui avaient pour point de départ le fonctionnement d’un bacille; toutefois, la mort survenait à une période où, dans les tissus, on ne trouvait plus ni ce bacille, ni ces secrétions.
11 me sera peut-être permis d'ajouter que, depuis l’apparition de cette note, plusieurs découvertes de cet ordre ont été réalisées, à l’aide de techniques plus ou moins différentes, mais en s'inspirant des recommandations que j’avais formulées, — L’ensemble de ces faits atteste, en outre, l’importance des réactions cellulaires; ma note insiste sur ce côté de la question dès 1888; or, on sait quelle large place tiennent aujourd’hui ces réactions — Nos cellules, une fois déyiées de leur nutrition normale par le processus infectieux, continuent leur développement pathologique, alors même que ce processus a fini d’agir; c’est
là ce qui fait que l'auto-intoxication s’ajoute à l’intoxication microbienne. — Les germes, les toxines interviennent à titre de moteurs initiaux, à la façon d'un choc; ces moteurs, ce choc, disparaissent : la pathologie cellulaire poursuit son œuvre. — Si j’attache à ces expériences une certaine importance, c’est que les conditions réalisées par elles sont celles que nous offre la médecine de tous les jours; même quand le microbe est en cause, la cellule a sa part souvent prépondérante, surtout à un moment donné; on sait, plus spécialement, le râle de la sclérose vasculaire.
On observe là ce qui se passe chez l’alcoolique qui cesse ses excès trop tard, lorsque le foie est déjà fortement sclérosé ; ce foie n’en poursuit pas moins son évolution morbide.
De ces données théoriques il est aisé de conclure, au point de me pratique, qu’il convient de ne pas s'attarder à faire usage des spécifiques contre un microbe.qui n’existe plus. — Peut-être est-ce là le secret de l’échec du mercure, des iodures dans la thérapeutique du tabès ?
En tous cas, le ventricule gauche hypertrophié de la fig. 8, avec vaisseaux durs, reins petits, scléreux, constitue un type classique entre tous; le processus, à .cette période d’évolution, est aussi peu infectieux que possible' : c’est lapatholàgie cellulaire réalisée, placée en pleine lumière.
RÉSUMÉ. — Pathogénie des lésions de l’iniection.
Anatomie pathologique expérimentale. — Évolution des accidents.
Tels sont les principaux résultats obtenus en matière d’anatomie pathologique générale de l'infection.
Là encore ce qui m’a préoccupé, c est la pathogénie, c’est l’étude du mécanisme des lésions, c’est la notion de l’intervention des toxines dans la genèse dè ces lésions, prises une à une, successivement, comme pour les symptômes : c’est l’idée de mettre la bactériologie au service de l’anatomie pathologique expérimentale.
A coup sur» les infarctus, les embolies, font partie de cet ensemble de lésions; en les réalisant, les germes réalisent des modifications propres à agir sur les tissus environnants. Toutefois, ces modifications sont rares, exceptionnelles; je les ai fait apparaître dans le rein surtout; mais les bactéries ellesmêmes doivent être présentes; il faut, ordinairement, dans lés vaisseaux, des êtres vivants.
En revanche, à l'aide de liquides microbiens stériles, j’ai provoqué une foule de désordres anatomiques du côté du tube digestif, des voies urinaires, des poumons, de la circulation, de la peau, du système nerveux, etc., et cela a une époque oit l’obscurité régnait sur ces questions.
Pour ces lésions, plus encore peut-être que pour les symptômes, il est indispensable, si l’on veut pénétrer dans la connaissance'du mécanisme des chan- . gements qui s’opèrent au sein des tissus, il est indispensable d’aller au delà de la formule générale : en injectant des toxines, on crée des lésions; il faut ne pas se limiter à son application.
Nombre de ces désordres sont la conséquence des anémies ou des congestions locales, anémies ou congestions en rapport avec le pouvoir vaso-moteur des produits solubles, pouvoir mis en évidence par nos expériences.
D’autre part, rien ne se révèle sam la participation de la cellule. — L’existence des bactéries ne saurait suffire ; le mal exige la souffrance de cette cellule, comme lorsque la cause dérive des effets de l’alcool, du froid, du traumatisme, des divers facteurs étiologiques.
A l’exemple de ces facteurs, microphytes et sécrétions spécifiques peuvent disparaître sans que, en dépit de celle disparition, l’affection soit terminée. — La pathologie cellulaire, fondement de l'édifice, pierre angulaire de la médecine expérimentale, poursuit son oeuvre.
En somme, si on jette un coup d’œil d’ensemble sur ces études de pathogénie, sur ces recherches qui ont en vue la connaissance du mécanisme des désordres principaux de l’infection, on voit, comme nous l’avons dit, que les germes, pour les réaliser, usent surtout de leurs toxines.
Ces toxines vont impressionner les tissus, les appareils, les organes; elles . perturbent leur jeu normal; elles les irritent; elles les obligent à se plaindre. — Les propriétés vaso-motrices de ces toxines, nous le répétons, tiennent, à eel égard, une place comidérable.
Il est clair que, dans le cas où les bactéries sont présentes, une part est à réserver à la concurrence vitale, aux embolies ; cette part ne se retrouve pas, quand on use des toxines.
Il importe, proclaraons-le à nouveau, il importe en pareille matière, en raison de la rapidité excessive des progrès, de se reporter à l’époque où les découvertes ont eu lieu.
Si on vçut bien tenir compte de ces sortes de points de repère, on accordera que, dans aucune maladie, le râle des produits solubles n’a été mis en évidence aussi clairement que dam la maladie pyocyanique : avec aucune toxine, cm n'a fait apparailre plus de symptômes, plus de lésions.
Aujourd’hui toutes ces notions sont absolument classiques. Dire que pour créer l’albuminurie, l’hyperthermie, la fièvre, la diarrhée, les palpitations, etc., ou une néphrite, une entérite, une hépatite, etc., les germes usent de leurs sécrétions, c’est faire une affirmation acceptée à l’avance.
On me permettra donc de rappeler que les premières démonstrations sont celles que j’ai réalisées au laboratoire de pathologie générale de la Faculté de médecine de Paris. — Le fait de la poule somnolente de U. Pasteur constitue l’unique observation antérieure; or, nous avons vu les critiques adressées à cette observation.
De 1886 à 1896, je me suis appliqué à placer en lumière ce rôle des toxines, m’attaquant successivement à l’élude de chacun des principaux symptômes, des principales lésions de l’infection, attendu que, si les microbes agissent, comme je l’ai prouvé, par ces toxines, c’est que ces toxines possèdent des propriétés capables de troubler l’organisme fonctionnellement, anatomiquement, chimiquement.
Je ne me suis pas borné à faire apparaître ces symptômes, ces lésions, à prouver leur nature toxique. —-- Dans la mesure de mes forces, j’ai tenté d’éclaircir leur mécanisme intime, en décelant la présence des poisons microbiens dans les tissus, leur passage au travers des muqueuses ou des séreuses, en enregistrant lés propriétés vaso-motrices de ces poisons microbiens, en associant à ces agents les principes issus dé la vie des microphytes venus secondairement ou de l’évolution de nos propres cellules, cellules dont à chaque instant j’ai proclamé, avec preuves à l’appui, les analogies avec les éléments parasitaires.
Je me mis efforcé, en définitive, de poursuivre systématiquement la mise en évidence de la théorie dite des produits solubles.
Il y a là une oeuvre d’ensemble qui m’a coûté et du temps et de la peine, qui a éclairé nombre de questions, qui a réalisé une foule d accidents, qui, grâce à ces reproductions, a permis d’analyser bien des détails, puis, d’opérer des synthèses. — L’avantage du laboratoire, pour une part, consiste à pouvoir créer un phénomène à l’heure voulue, au jour dit, pour le suivre dans son évolution.
Quand on connaît l’agent pathogène d’une maladie, quand on'sait quelles sont les causes propres à agir sur son développement, quand on a mis en évidence et les symptômes et les lésions que détermine cet agent, on. est conduit à étudier la marche, le développement, la terminaison de ces symptômes, de ces lésions.
A ces points de vue, le virus pyocyanique a été utilisé par le professeur Bouchard comme par moi pour montrer l 'influence des quantités de ce virus sur la gravité,- sur la rapidité du mal. (Voir « Leçons sur la thérapeutique des maladies, infectieuses » et mon article du Traité de Médecine et du Traité de Pathologie générale)
J’ai également fait voir que ce. virus permet de réaliser une infection aiguë ou chroniqm suivant les doses, suivant la virulence, suivant la résistance du terrain. (Voir paragraphe 79, 80, «Les suites éloignées de l’infection».) — Dans cette observation la lenteur de l’évolution est, en partie, réglée par l’immunisation incomplète.