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CHAPITRE V

L’IMMUNITE IMMUNITÉ EXPÉRIMENTALE MISE EN ÉVIDENCE DES VACCINS SOLUBLES

La question de l’immunité a été, de ma part, l’objet d’une série de travaux. '— Comme pour les symptômes, comme pour les lésions, j’ai en premier lieu reproduit celle immunité-, j’ai cherché les procédés les plus propres à la réaliser sans inconvénient. — En possession de ces procédés, j’ai abordé l’étude de son mécanisme.

Des deux principales théories formulées pour expliquer la genèse de cette immunité, à l’époque où j’ai commencé à aborder cette question, l’une, soutenue par M. Pasteur, voulait que l’état réfractaire résultât de 1 ’épuistment du milieu, de la consommation par les microbes de principes nécessaires à leur évolution. —■ Dne seconde atteinte devenait dès lors impossible, cette consommation, cette soustraction, réalisées à l’heure de la première maladie, ne permettant plus la pullulation des germes (Acad. Sc., 9 fév.; 26 avril; 3 mai! 880).

Dans l’autre théorie, la vaccination était rattachée à' l’introduction au sein de l’économie de principes engendrés par la vie des microphytes : M. Chauveau estima démontrer la réalité de cette doctrine, dite doctrine de l’addition. — Ce maître éminent lit remarquer que les agneaux nés de brebis charbonneuses offrent, vis-à-vis de cette maladie, une certaine résistance. —Considérant le placenta comme un filtre infranchissable pour les éléments figurés, pour les agents pathogènes vivants, pour la bactéridie, il pensa que cette vaccination était la conséquence du passage des produits solubles, créés par cette bactéridie, de la mère au fœtus (Acad. Sc., 19 juillet 1880).

On sait que les découvertes ultérieures ont montré que cet organe placentaire n’est nullement imperméable aux infiniment petits. — Cette constatation a porté atteinte à la rigueur de la démonstration.

Toussaint, en injectant du sang charbonneux chauffé à 58°, fit apparaître l'immunisation. — II estima qu’elle était due aux substances dissoutes dans ce sang, croyant que la chaleur avait anéanti tout'corps vivant (Acad. Æ , 12 juillet 1880).

En prouvant qu'il n’en était rien, que cette température ne suffisait pas, on a établi le peu de solidité de cette conclusion.

C’est à cette époque que Saimon et Smith sont parvenus à vacciner, contre le choléra des porcs, avec des toxines stérilisées. •— Pourtant, il semble que leurs expériences n’ont pas été réalisées dans des conditions exemptes de tout reproche. Ces savants n’ont chauffé qu’entre 56“ et 60°, températures avoisinant précisément celles des recherches de Toussaint, températures impuissantes à détruire l’ensemble des germes, surtout les sporogènes, températures insuffisantes dans ce cas particulier. — Il convient cependant de reconnaître que ces expérimentateurs ont cru démontrer, par des ensemencements restés infructueux, que leurs cultures, après chauffage, étaient stériles. Mais celte démonstration n’a rien d’absolu,- car Maximovitch a prouvé que, si les microbes ont subi de graves causes de détérioration, ils peuvent devenir incapables de se multiplier dans les milieux inertes, in vitro, même si la teneur du liquide n’est pas défavorable, alors qu’ils évoluent dans l’animal. — Déplus pour établir, d’une façon indiscutable, qu’un liquide supposé pauvre en éléments figurés n’en contient plus aucun, il faudrait en pleine rigueur le semer entièrement. — Il est également permis de remarquer que c’est au pigeon seul que Saimon et Smith ont conféré l’immunité; or, cet animal est, de leur propre aveu, à la limite de la réceptivité.

Woolridge, traitant le charbon par des extraits de thymus, de testicules de veau, aurait obtenu par filtration des substances vaccinantes. — Toutefois, d’une part, il ne s’agit pas là d’éléments d’origine bactérienne; d’autre part, jamais on n’a pu réaliser, en suivant ce procédé, la création de l’immunité'; vis-à-vis de la bactéridie. — Cet auteur affirme, d’un autre côté, avoir pratiqué, au même instant, avec succès, et l’inoculation positive de ce germe et l’injection de toxines charbonneuses rendant immédiatement l’animal invulnérable. — Personne n’a, jusqu’à ce jour, observé, avec cette bactéridie, des faits, semblables; au contraire, si ces produits solubles pénètrent au moment où l’on introduit l’agent pathogène, loin de protéger, ils aggravent le mal :

il n’y a guère que les sérums, que les humeurs des vaccinés qui permettent d’obtenir des résultats immédiats. — Il y a donc lieu de formuler des réserves, quel que soit, d’ailleurs, l’incontestable mérite de cet expérimentateur anglais. — Jusque-là, on ne trouve pas de démonstration échappant à la critique, permettant d’affirmer la possibilité de vacciner en injectant des produits microbiens solubles privés de tout élément vivant.

8t. — Sur les procédés capables d’augmenter la résistance à l’action des microbes

(Découverte de la vaccination par les produits solubles microbiens). Acad. Sc., U octobre 1887.

Si j’insiste sur cette question d’historique, c’est que cette vaccination par les produits solubles est urne des données fondamentales, la base des processus bactériologiques. — Le 24 octobre 1887, le professeur Bouchard a déposé, sur le bureau de l’Académie des Sciences, une Note dans laquelle j’indiquais la possibilité de vacciner, de rendre la résistance plus ou moins complète, plus ou moins durable, en injectant au préalable les produits solubles des cultures, chauffés à 115°, ou filtrés à la bougie de porcelaine, c'est-à-dire parfaitement stérilisés.

Ces expériences n’ont jamais été attaquées. A l’heure présente, je ne vois pas encore par quelle fissure l'erreur aurait pu se glisser, d’autant plus que les confirmations ne se sont pas fait attendre.

Detix mois après, en décembre de la même année, MM. Roux et Chamberland, confirmant cette doctrine, annoncèrent que l’on réussissait à faire apparaître l’immunité contre le germe de l’œdème malin, en se servant des humeurs des animaux tués par ce germe, humeurs renfermant les produits solubles issus du fonctionnement de ce germe.

Pour le charbon symptomatique, pour la fièvre typhoïde, pour les infections expérimentales attribuables au pneumocoque, au streptocoque, etc., en moins de dix-huit mois après ma communication, des démonstrations analogues furent faites.

La possibilité de vacciner, en suivant les procédés, dont j’ai le premier, établi la réalité par des expériences demeurées intactes, est aujourd’hui établie pour 16 maladies, tandis quavant mes recherches, des tentatives incomplètes, n’ayant pas entraîné la conviction, n’avaient concerné que 2 affections.

C’est aux toxines, aux sécrétions bactériennes que l’on s’adresse encore le plus souvent, à l’heure présente, pour réaliser l’état réfractaire, pour provoquer l’apparition des substances soit bactéricides, soit antitoxiques, dont on se sert ensuite, dans la diphtérie, dans le tétanos, par exemple, pour traiter ces infections.

En raison de la généralisation de ce procédé, en raison des services qu’il rend, en raison de son importance fondamentale, sa mise en évidence comportait donc un grand intérêt. — Vacciner avec des germes atténués est, d’ailleurs, moins sûr. — Si l’atténuation est trop forte, ces germes sont inactifs; si elle est trop faible, il en résulte une vraie maladie.

82 ; 83. — Sur l'élimination par les urines des produits solubles vaccinants fabriqués par les microbes in vitro, avec M. Ruffeb ; Acad. Sc., 15 octobre 1888. — Modifications nutritives des cellules dépendant des toxines; Arch. Phy., 1895. — (Les toxines ne persistent pas dans l’économie. — Produits bactéricides créés par l'organisme. — Sérothérapie. — Défense de l'organisme). — Mal. pyocy., 1889. Traité de médecine Charcot-Bouchard, vol. 1, ch. X, XI ; Traité Pathol, générale de Bouchard, t. II, ch. Xi; Soc. Biol:, 20 octobre 1888.

Avoir prouvé que l’injection des toxines fait naître l’immunité, c’est avoir intro ■ ' duit, je pense, une notion d’une certaine importance, qui conduit à vacciner aisément, avec plus de sécurité, je l’ai remarqué, qu’en utilisant les germes atténués, une notion, qui conduit a obtenir des sérums protecteurs, curateurs. - f Toutefois, le dernier mot n’est pas dit. — On arrive à se demander par quels procédés ces toxines introduites créent l’état réfactaire.

La première idée porte à supposer qu’elles interviennent à la façon des antiseptiques qu’on dépose dans un bouillon de culture. — Cette idée ne résiste pas à l’examen; nous l’avons prouvé, M. Bouchard et moi.

En premier lieu, on ne saurait comparer l’économie vivante, pourvue d’organes de transformation, d’élimination, à un vase inerte, fermé. •,l| En second lieu, les toxines introduites s’échappent, comme s’échappent les médicaments. M. Bouchard, en reproduisant la paralysie pyocyanique avec les urines des lapins qui avaient reçu les toxines du bacille pyocyaniquè (1889), avant tout autre, a mis en évidence cette élimination, attendu que si t ces urines.provoquent les troubles que causent ces toxines, c’est parce

qu’elles les contiennent. — MM. Roux et Yersin ont confirmé cette découverte dans leurs études sur la diphtérie.

D’autre part, avec Rüffer, j’ai établi qu’au bout de quinze jours cette élimination prend fin; un savant allemand, C. Frankel, a vérifié cette assertion. — Cette durée d’élimination est d’ailleurs variable, on le comprend aisé-

Or, l’immunité n’existe pas au moment où l’animal possède la plus grande quantité de ces produits vaccinants, à savoir au moment où l’on vient de les injecter; à ce moment il est au contraire prédisposé, comme je l’ai vu, à la suite du professeur Bouchard. Cette immunité n’apparaît que vers le quatrième ou le sixième jour; elle se poursuit longtemps après, alors que ces produits eu a t ont disparu. — Il n’y a donc pas de relation directe entre cette immunité et la présence de ces produits; autrement dit ces produits n’agissent point par eux-mêmes. — Voilà ce qui a été établi par M. Bouchard et par moi, grâce aux études réalisées à l’aide du bacille pyocyanogène. — Voilà, pourtant, ce que quelques-uns croient découvrir à nouveau.

Dès lors il convenait de rechercher ce qui se passe chez les vaccinés.

Longtemps, les recherches sont demeurées négatives. — On cultivait le microbe, contre lequel on avait prémuni, dans des bouillons faits, les uns avec des tissus de sujets sains, les autres avec des tissus de réfractaires; on ne voyait aucune différence, et cela parce que, pour stériliser ces bouillons, on les chauffait, détruisant ainsi, on l’a vu plus tard, les principes protecteurs créés par la vaccination.

Fodor, le premier, puis Grohman, Nuttal, Nissen, etc., ont reconnu que les germes poussent moins bien dans les humeurs des réfractaires, si l’on ne porte pas ces humeurs au delà de 55°. Cependant, dans un de ses travaux, Nissen conclut en disant que ces différences sont peu sensibles, inconstantes; le doute peut subsister relativement <t ces différences entre les plasmas des animaux rendus résistants et ceux des animaux sains.

C’est à ce moment que j’ai repris la question, avec M. Roger. Nous avons montré que le bacille pyocyanogène cultivé dans le sérum des lapins vaccinés pullula moins abondamment, varie ses formes et surtout sécrète moins de pigment. (Voir paragr. 85, 86, jusqu’à 90).

C’est qu’en effet, et c’est là un point important que nous avons mis 'en

évidence, les modifications humorales des vaccinés n’agissent pas sur les germes avec l’énergie des antiseptiques puissants, du sublimé, par exemple ; s’il en était ainsi, nos cellules seraient les premières à s’en plaindre; la vaccination, loin d'être utile, serait désastreuse. Ces modification.. ..ont la conséquence de l'apparition des éléments dits bactéricides ou antitoxiques; ces éléments interviennent d’une manière plus ou moins vive, suivant l’intensité de la vaccination, l’immunité ayant tous les degrés; parfois, ils ne font varier que les fonctions les plus délicates, les plus contingentes. Or, nous avons vu que, pour ce bacille pyocvanogène, on influence son pouvoir chromogène avant de toucher à sa reproduction; c’est ainsi que les antiseptiques exercent leur action; nous l’avons démontré (voir paragr. 4). — Voilà pourquoi il nom a été donné de mettre en lumière avec certitude ce pouvoir bactéricide.

Nissen comptait, à l’aide de la méthode des colonies en plaques, le nombre des microbes développés soit dans le sérum des témoins, soit dans celui des vaccinés; il lui arrivait de ne pas trouver de différences toujours nettes. — Nous savons aujourd’hui pourquoi. Nous savons que ce défaut de différence tient à l’insuffisance d’action des substances germicides ou antitoxiques. Dans nos expériences, au contraire, alors même que le nombre n’était pas changé, grâce à la sensibilité des attributs pigmentaires, nous avons pu affirmer définitivement que, chez les vaccinés, les bactéries rencontrent des conditions peu favorables à leur libre évolution, attendu que, remarquons-le, tarir les sécrétions constitue un résultat considérable, ces bactéries agissant par ces sécrétions; leur présence est chose secondaire, si elles sont inactives.

J’ai donc contribué à établir, à un moment de doute, et à coup sûr le premier en France, que la vaccination fait naître des substances qui, dam les plasmas, s'opposent à la libre pullulation, à la libre sécrétion des bactéries. Dès lors, les poisons font défaut: ils manquent de qualité comme de quantité pour réaliser les désordres morbides; dès lors, le mal avorte; dès lors, les germes atténués deviennent plus aisément la proie des phagocytes. Ce sont là des faits que j’ai constatés.

Je crois à la phagocytose que j’ai vue; je ne marchande pas mon adhésion à cette belle théorie ; mais je pense que, le plus souvent, son intervention est précédée ou accompagnée de modifications dues aux états bactéricides ou antitoxiques des humeurs, ou à d’autres facteurs.

•Ces états bactéricides dépendent de l’apparition de principes nouveaux qui

n’existent pas avant la vaccination. — Ces principes ne peuvent venir que du dehors ou de l’organisme.

L’origine extérieure comporte la possibilité de leur introduction avec les toxines vaccinantes. — Nous avons prouvé, M. Bouchard et moi, que cette hypothèse est inadmissible.

J’ai achevé de le démontrer en remarquant que les éléments bactéricides ne supportent pas la chaleur à 100° et au delà, tandis que certaines toxines vaccinantes la supportent.

Donc ces éléments sont engendrés par la vie de nos cellules, vie modifiée par le passage de ces toxines vaccinantes.

Cette manière de concevoir Immunité, établie sur des expériences réalisées pour la première fois à l'aide du virus pyocyanique, constitue la théorie la plus universellement admise, du moins dam son ensemble.

On connaît les conséquences pratiques de cette façon de concevoir les choses. —• MM. Richet et Héricourt ont traité des maladies, en injectant le sang des êtres réfractaires à ces maladies; à ces auteurs revient l’honneur de l’application de l'hématothérapie. — M. Bouchard le premier a indiqué, en usant du virus pyocyanique, qu'ilsuffit de faire usage du sérum (1), au lieu d’introduire le liquide sanguin en nature. (Soc. Biol., 7 juin 1890.)

On sait ce qu’est devenue la sérothérapie, qui a ses origines dans les faits indiqués, plus encore dans la découverte capitale de Behring.

Nous savions que les humeurs des animaux, par le fait de la vaccination, deviennent impropres à l’évolution des germes vivants; Behring a montré que ces humeurs, du moins dans la diphtérie, le tétanos, détruisent non seulement ces germes vivants, mais s’opposent aux effets de leurs poisons inertes. — On est allé plus loin ; on a franchi l’enceinte du laboratoire.

A la suite de Behring, divers chercheurs, Heubner, Erhlich, Kossel, Wassermann, Aronsohn, etc., ont appliqué à l’homme cette méthode; leur succès a conduit, il y a près de deux ans, à la préparation de ce sérum par les fabriques allemandes de Ilœchst, fabriques qui fournissent ce sérum en quantité. — En France, Roux, Martin, Chaillou, à la suite d’intéressants contrôles,. ont

développé ces procédés avec un rare talent : personnellement, j’en ai usé en me servant le premier du sérum anti-streptococcuiue, du sérum agissant sur les tuberculoses locales.

Telle est, dans ses grandes lignes, l’histoire de la défense de 1 économie par les humeurs des sujets réfractaires. — J'estime que mes recherches ne sont pas demeurées étrangères à ce mouvement, soit-en donnant, pour la première fois d'une façon définitive, la faculté de vacciner par les toxines, soit en démontrant définitivement la réalité des principes bactéricides, leur présence dans les humeurs des immunisés, soit en établissant, avec M. Bouchard, que ces principes viennent des cellules (notion à peine soupçonnée à cette époque), que le sérum les contient, que ce sérum injecté permet de combattre le mal, etc.

Je ne ferai qu’une remarque. — Quand on injecte ces produits, on empêche, dans une certaine mesure, l’éclosion des accidents prochains, paralytiques ou autres. Toutefois, si on conserve longtemps les animaux traités, on peut voir quelques-uns d’entre eux, au bout d’un temps qui, pour l’homme, correspond à 3, 6, 10 ans, devenir cachectiques, offrir des troubles divers. C’est qu’en effet ces produits sont complexes; ils renferment ce que Ton sait, surtout ce que Ton ne sait pas. - Il est à souhaiter que la chimie apporte quelque clarté, permette d’isoler des substances pures.

84. — Note sur le développement des microbes pathogènes dans le sérum des animaux vaccinés. Soc. Biol., 23 novembre 1889, avec M. Rocca. — Action du sérum des animaux malades ou vaccinés sur les microbes pathogènes. Acad, sc., I novembre 1889. — Voir aussi Soc. Biol., 3 décembre 1896. — Remarques sur le phénomène d'agglutination à propos de la communication de M. Nicolas. ( Découverte de la séro-réaction, des propriétés agglutinantes du sérum).

Nissen, en terminant le compte rendu de ses expériences relatives aux différences observées entre les cultures des germes dans le sérum des réfractaires et les cultures poursuivies dans le sérum des non-réfractaires, concluait que les résultats manquaient de netteté, que parfois le nombre ne variait pas d’une façon décisive.

J’ai montré, je l’ai dit, que, si ce nombre n’était pas influencé, la qualité pouvait l être. Grâce à la délicatesse de la fonction chromogène du bacille pyocyanique, j ai mis en évidence cette importante donnée.

Dans les plasmas de ces réfractaires, si le pouvoir bactéricide est profond, la quantité des mierophytes est plus faible. Si ce pouvoir bactéricide en rapport avec le degré de la vaccination est moins marqué, il y a tout autant de mierophytes, mais ils fabriquent moins de produits; leurs formes sont anormales. — Or, il suffit de toucher aux sécrétions pour empêcher le mal , ou, tout au moins, pour faire fléchir sa gravité, la virulence dépendant des sécrétions.

Ces recherches ont définitivement fait admettre la réalité des substances microbicides, qui agissent, à quelques égards, comme des antiseptiques.

Sans doutes ces termes microbicide, bactéricide, sont inexacts au point de vue grammatical; j’ai insisté sur ce point (voir Traité de médecine, vol. I, chap. XI); les germes sont rarement tués. Toutefois ils sont toujours altérés; or, c’est là Le fait important, capital: il faut, avant tout, donner à l’économie le temps de réagir.

Si Ton veut bien se reporter aux descriptions que nous avons données, on verra que, dès cette époque, nous avons dit que dans le sérum des animaux malades ou immunisés, les bacilles se réunissent en amas, en ilôts, on verra que notre description se rapproche complètement de celle qu’a formulée M. Widal à propos du séro-diagnostic. — Nous ne revendiquons en rien l’application faite par cet auteur; toutefois nous pensons que le phénomène sur lequel est basé ce séro-diagnostic n’est autre que celui que nous avons signalé : le mérite de M. Widal est d’en avoir tiré une déduction pratique, fait qui prouve, une fois de plus, la grande utilité des recherches expérimentales. — Notre conception, qui fait de cette réaction une réaction de défense, me parait, être l’expression de la vérité, par cette simple raison que cette réaction se révèle chez des animaux vaccinés, sans avoir jamais été soumis aux atteintes du virus aigu. — De plus, Nicolas a prouvé que le sérum qui jouit de ces attributs atténue les germes, notion en faveur de notre théorie.

D’ailleurs, cette réaction pourrait être le résultat des deux processus ; mais il est à remarquer que, dès le début de l’infection, l’économie réagit, lutte, se défend; un phénomène constaté à ce moment peut très bien être la conséquence de cette tendance à la lutte, per hoc, non propter hoc : Nous maintenons donc pleinement et le fait découvert par nous et notre interprétation.

85, 86, 87. — Évolution des microbes chez les animaux vaccinés. Soc. Biol., 9 novembre 1889. — Voir aussi : Réflexions à propos de là communication de MM. Richet et Héricourl sur les effets de la transfusion du sang de chien au lapin sur l'évolution de la tuberculose. — Expériences de M. Bouchard, par M. Charrin. Soc. Biol. 7 juin 1890. — A propos de l’immunité. Soc. Biol., 7 juin 1890.

On a objecté que ces qualités bactéricides n’existent pas dans l’organisme, qu’elles se produisent in vitro.

Cette objection se comprend mal, car on ne voit pas pourquoi ces qualités naîtraient dans le tube qui renferme le sérum des réfractaires, sans se révéler dans celui qui contient l’humeur des sujets normaux; ces deux sérums, ces deux humeurs sont, en effet, préparés dans des conditions iden-

Toutefois, j’ai pensé qu’il convenait de répondre directement. — J’ai introduit un centimètre cube de culture pyocyanique sous la peau d’une série de lapins sains et de lapins rendus réfractaires. — Puis, de dix en dix minutes, j’ai recueilli, aux points inoculés, une goutte de sérosité aussitôt semée.

Dès la première heure, avant toute phagocytose, on voit les germes puisés chez les réfractaires se reproduire moins vivement, fabriquer parfois moins de pigment; ils sont souvent atténués dans leurs sécrétions, dans leur pullulation. — Cette atténuation ne peut être que l’œuvre des plasmas : aujourd'hui tout le monde admet celte atténuation exlrac-cellulaire (une des bases de la sérothérapie), que j'étais seul en France à soutenir à cette époque (il suffit, pour le prouver, do se reporter aux articles publiés sur ces questions dans la Sem. médic., par M. Metchnikoff et par moi); je me basais et sur des expériences faites in vitro et sur des constatations opérées chez l'animal vivant.

Dans mes remarques du 7 juin 1890 (Soc. Biol.), je fais savoir, en m’appuyant sur des expériences de M. Bouchard faites à l’aide du virus pyocyanique, que le sérum seul suffit; on employait avant le sang total.

88. — Atténuation des Tiras dans le sang des vaccinés. Soc. Biol. 2 juillet 1892 avec M. Roger.

89, 90. — Rôle du sérnm dans le mécanisme de l’immunité, avec M. Roger; Soc. Biol.,

3 décembre 1892. — Les microbes chez les vaccinés. Congrès de Lyon, octobre 1894'; Traité de Pathol, génér. de M. Bouchard, tome II, chap. XI. — Gaz. heb., 20 décembre 1889 : Les propriétés microbicides du sérum.

J’ai constaté que les germes s'atténuent et dans le sang in vitro, et dans la circulation des sujets réfractaires.

J’ai mis en évidente, d’une façon nette, les modifications réalisées par les bactéries chez les vaccinés.

On dépose 1 centim. cube de culture pyocyanique active dans de petites vessies en eollodion, dont les parois nettement perméables aux humeurs ne laissent passer aucune cellule, aucun phagocyte. — On place, dans ces vessies, un peu de bouillon nutritif, afin d’éviter l’objection adressée à Pekelharing, à savoir que les modifications survenues dans ces récipients sont attribuables au manque d’aliments. — On introduit ces vessies dans le tissu cellulaire souscutané ou dans le péritoine des vaccinés et des témoins.

Au bout de 12, 24, 48 heures et plus, on les retire et on constate que ces vessies, chez les vaccinés, contiennent des bacilles plus grêles, plus allongés, moins nombreux, moins actifs, donnant quelquefois moins de pigment.

D’autre part, si après avoir placé de la culture vivante sous la peau de plusieurs vaccinés' et de plusieurs non vaccinés, on met à mort des lapins des deux séries, si on sème le foie, les reins, la rate, le sang des uns et des autres, on obtient, avec les tissus des réfractaires, des cultures moins abondantes, sauvent stériles, le plus ordinairement dépourvues de matière colorante.

Les bacilles inoculés sous la peau, chez ces réfractaires, sont détruits dans le foyer de l’inoculation, d’abord, par les humeurs qui les altèrent, les détériorent, puis, par les phagocytes, car, chez ces réfractaires, il se produit un afflux cellulaire énorme autour des bacilles déposés. — Ainsi la différence porte et sur ta qualité et sur la quantité du virus. — Il existe, en médecine expérimentale, peu de questions aussi importantes que celle de l’évolution des germes chez les sujets rendus réfractaires ; aussi je me permets de mettre en

relief les services rendus, à cet égard, par le virus pyocyanique, les résultats obtenus, résultats qui constituent aujourd’hui des notions classiques.

Dans la note du 3 décembre 1892 (Rôle du sérum dans le mécanisme de l’immunité), je réponds à des objections de Metchnikoff ; je montre en particulier que l’action du sérum sur les virus se produit dans l’économie vivante, non seulement in vitro;je montre qu’elle commence en dehors ou plutôt avant l’intervention de leucocytes phagocytaires, dont je nie pas du reste, la mise en jeu ; je montre avec détails et de nouveau les modifications imposées par ce sérum à la forme, aux sécrétions, aux fonctions, à la disposition (agglutination) des bactéries.

Je désire qu’on relise ces notes et surtout les articles que j’ai publiés à cette époque dans la Semaine médicale ( véritable polémique scientifique), on verra que seul, en France, je soutenais l’importance de ces sermns dans le mécanisme de • la défense, leur action d'atténuation sur les virus, notion que Behring devait magistralement compléter par sa découverte des antitoxines; si je n’ai pas m ces attributs vis-à-vis des sécrétions, j’ai vu ce qui concerne les agents secréteurs. Or, scripta manent, on me répondait que les sérums sont sans importance, que la phagocytose domine tout; L’avènement de la sérothérapie a, je pense, prononcé la sentence, clos le débat.

91. — Le bacille pyocyanique chez les végétaux. Acad. Sc., 8 mai 1893.

J’ai, d’ailleurs, prouvé que chez les végétaux, dans des tissus au sein desquels, en raison de la structure, la diapédèse ne se réalise pas, la destruction des germes se produit par l’intervention des humeurs. — Plus ces humeurs son t acides, plus cette destruction est profonde, complète. — La phagocytose ne se montre pas, Mc ne peut pas se montrer. — Si les humeurs deviennent neutres ou légèrement alcalines, les microphytes évoluent.

Quand on introduit, dans la plante, des cultures actives, abondantes, on introduit des substances propres à modifier les conditions de la nutrition; la réaction change ; les agents pathogènes peuvent prospérer dans une certaine

Je ne crois pas que l'on puisse plus clairement mettre en évidence la théorie humorale de la défense, théorie qui a cessé d'être discutée, en admettant, bien

que ces modifications humorales sont ce que les font les cellules. — Il est certain que cette théorie humorale est une théorie cellulaire; on l’appelle humorale pour la distinguer, chose nécessaire surtout il y a quelques années, de la doctrine phagocytaire, qui faisait tout reposer sur une action physique, mécanique, des phagocytes englobant les microbes; la théorie humorale, incontestée à l’heure présente, est avant tout, bien que dérivée des tissus, une conception chimique : elle aboutit à la sérothérapie.

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