ANATOMIE PATHOLOGIQUE, PATHOLOGIE, CLINIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
M. Des gommes scrofuleuses et de leur nature tuberculeuse. (Revue de Médecine, pages 817 et 889.1879). En commun avec E. Brissaud.
Dans ce travail, inspiré par notre maître M. Ernest Besnier, nous avons présenté une étude complète des gommes scrofuleuses et démontré leur nature tuberculeuse. Ces gommes scrofuleuses peuvent s’observer chez des malades indemnes de la diathèse syphilitique, mais présentant des manifestations de scrofule. Il existe, entre les gommes syphilitiques et ces manifestations de scrofule, des rapports qui expliquent le nom de gommes scrofuleuses que M. Vidal leur a attribué en 1873. La lésion primitive aboutit presque fatalement à l’ulcération de la peau. L’existence antérieure d’une petite tumeur, constituée par un produit d’élimination, est le phénomène primitif; l’ulcération est d’une importance secondaire.
Les anciens auteurs ne semblent pas avoir vu que la scrofule pouvait être une affection à processus néoplasique. La gomme scrofuleuse, aussi bien que la gomme syphilitique vulgaire des téguments, a son point de départ non pas dans le derme proprement dit, comme le lupus, mais sous le derme, dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Ce qui ressort au premier abord de notre étude microscopique, c’est la localisation des gommes scrofuleuses dans le tissu cellulaire sous-cutané. La caractéristique de la gomme réside dans l’existence d’un produit d’élimination qui n’est autre chose qu’une masse plus ou moins abondante de matière caséeuse. Le derme reste relativement sain et les altérations légères qu’il présente ne consistent guère que dans une infil-
tration œdémateuse accompagnée d’une vascularisation plus ou moins considérable. Le produit caséeux ne différait en rien de la matière caséeuse vulgaire. Parmi les nombreuses gommes que nous avons examinées, plusieurs ne s’étaient pas encore ouvertes. Nous nous sommes plus particulièrement occupés de ces dernières.
Une coupe ayant été pratiquée perpendiculairement à la peau dans la masse même de la tumeur, nous avons constaté que le derme était simplement surélevé, mais tout en conservant son épaisseur et sa résistance normales ; dans le tissu cellulo-adipeux sous-jacent au derme se trouvait enclavée une petite agglomération de matière caséeuse tout il fait semblable h du mastic, comme la matière caséeuse des vieux tubercules enkystés. Ce produit caséeux était séparé des parties environnantes par une mince couche de tissu fibreux lui formant une sorte d’enveloppe kystique ; enfin cette partie fibreuse se confondait elle-même par une série de petites travées celluleuses plus ou moins épaisses, qui se continuaient avec les faisceaux de. tissu conjonctif intermédiaires aux lobules graisseux du sous-derme. Mais, sur des tumeurs plus nouvelles, nous avons pu constater, dans les parties périphériques des foyers, les attributs spéciaux à la tuberculose. Le foyer caséeux était environné d’une zone inflammatoire très manifeste, se traduisant par une condensation épaisse d’éléments embryonnaires envoyant des traînées plus ' ou moins nomr breuses dans les interstices du tissu conjonctif avoisinant. Au sein de ces masses nucléaires les vaisseaux sanguins étaient oblitérés, et on pouvait y reconnaître la présence de nombreuses cellules géantes dispersées au milieu de petits amas de cellules épithélioïdes. Les trois sortes d’éléments, qu’on trouve généralement réunis, suivant un ordre systématique dans les follicules tuberculeux, existaient rassemblés, mais comme au hasard, ainsi que cela s’observe dans les productions tuberculeuses un peu avancées ou la constitution primitive des follicules a été sensiblement modifiée par la caséification.
En pratiquant des coupes, non pas au sein de la tumeur elle-même, mais vers ses parties périphériques, nous avons surpris à ses débuts le développement du follicule tuberculeux. Dans le tissu conjonctif sousjacent au derme, les traînées embryonnaires aboutissaient par places à
. des centres de formation tuberculeuse, nettement déterminés par la présence de quelques tubercules essentiels, tels que Schüppel et Koster en ont donné la définition. Somme toute, il s’agissait d’une tuberculose vraie, caractérisée par l’existence de tubercules crus, et d’une infiltration de follicules tuberculeux.
Les gomme& scrofuleuses sont constituées par des tubercules du tissu cellulaire sous-cutané, se présentant sous la forme de foyers tuberculeux proprement dits, au voisinage desquels sont agglomérées, en quantité plus ou moins considérable, des granulations folliculeuses.
La partie anatomique de notre étude démontrait une fois de plus que, dans la scrofule, certains processus, longtemps considérés comme des inflammations locales, doivent être rapportés à une cause en quelque sorte spécifique, la tuberculose.
43. De la fièvre typhoïde chez les personnes âgées (après 45 ans). (TMse inaugurale, récompensée par la Faculté de médecine. 1881.)
Les auteurs n’avaient pas consacré un chapitre spécial à la fièvre typhoïde chez les personnes âgées, ainsi qu’ils l’avaient fait chez les adolescents’ d’abord, chez les enfants ensuite. Cela se comprend aisément, étant données les idées qu’on avait sur la rareté de cette affection.
Les premières observations qui furent publiées se contentaient de retracer le tableau symptomatologique de la maladie ; mais aucune d’elles ne relatait les particularités qu’elle présentait par opposition aux symptômes qui définissent la maladie fièvre typhoïde, telle qu’on la rencontre à l’âge adulte. Dans notre travail, nous avons présenté les particularités qui nous ont paru ressortir à la fièvre typhoïde chez les personnes âgées et nous les avons mises, chemin faisant, en opposition avec les symptômes qui caractérisent cette même fièvre aux deux premiers âges de la vie. Chez les personnes âgées, le début de la fièvre typhoïde est insidieux, la fièvre initiale n’atteint pas un chiffre élevé, la symptomatologie est irrégulière, l’adynamie est la règle.
L’adynamie domine, en effet, toute la symptomatologie de la mala-
die, depuis l’abattement jusqu’à l’amaigrissement et au véritable collapsus de la période ultime. Cette adynamie est persistante et ne se trouve nullement en rapport avec l’état des organes viscéraux. La fièvre typhoïde chez les personnes âgées est une affection difficile à diagnostiquer, parce qu’elle semble devoir se juger plutôt par l’habitus que par un ensemble de symptômes bien définis. Le pronostic est d autant plus sombre que l’âge est plus avancé. La terminaison de cette affection est toujours tardive; lorsqu’elle est favorable, la convalescence se montre traînante, lente; lorsqu’elle est funeste, la maladie dégénère en un état de collapsus véritablement désespérant. Les lésions anatamo-pathologiques ne diffèrent pas de celles qu’on observe chez les adolescents et les enfants.
46. Le bain froid systématique dans la fièvre typhoïde. (Bulletins et Mémoires de la Société médicale des hôpitaux, page 461.1889.)
Cette communication est basée sur 36 cas (2,77 pour 100 de mortalité) et est favorable à la pratique du bain froid dans la fièvre typhoïde, suivant la méthode de Brandt.
47. Du réflexe tendineux dans le choléra. (Progrès médical, p. 1091. 1884.)
Ayant eu l’occasion d’observer à l’Infirmerie Centrale des prisons de la Seine une trentaine de cas de choléra, nous avons recherché l’état de la réflectivité spinale dans cette maladie. Les réflexes tendineux sont exagérés, plus ou moins manifestement, au début et à la période d’état de la maladie, et se montrent atténués et normaux au moment de la convalescence et de la guérison définitive. Dans les cas graves, à évolution rapide, l’exagération des réflexes tendineux paraît être un fait constant ; dans les cas graves, à évolution lente, prolongée, l’exagération des réflexes semble être également un signe fréquent ; dans les cas légers, enfin, les réflexes tendineux sont normaux.
48. Relation de dix-huit cas de choléra observés à l'hôpital Beaujon durant les mois d’août et de septembre 1892. Résumé clinique et anatomo-pathologique. Recherches bactériologiques. Traitement par l’acide thymique. (Médecine moderne, 710.1893.)
La psorentérie a manqué trois fois. La recherche des bacilles virgules, soit par les examens directs, soit par le procédé des cultures sur plaques de gélatine, a été négative deux fois: La vésicule biliaire était toujours distendue par un liquide vert, ne révélant jamais la présence d’un seul organisme. Ici nous avons eu encore recours à l’acide thymique, à raison d’un gramme pour un litre de lait ou de bouillon ; nous avons pris le soin également d’introduire dans l’estomac un litre d’eau bouillie contenant un gramme d’acide thymique. Le traitement auquel nous avons soumis nos malades cholériques de 1884 et de 1892 nous a donné des résultats à peu près semblables à ceux obtenus par mes collègues dans les hôpitaux. Nous nous heurtons toujours à ce chiffre de 50 0/0 de mortalité.
49. Syphilis. Transmission par le tatouage. (Progrès médical, p. 203. 1877.)
Jeune homme âgé de 19 ans, qui se fait tatouer l’avant-bras droit. L’opérateur avait délayé l’encre de Chine dans sa salive et avait nettoyé son dessin cutané avec sa salive ; or, cet opérateur, après enquête, avait des plaques muqueuses dans la bouche. Deux mois et demi après l’inoculation apparaissent trois chancres. Huit de ses camarades ainsi tatoués se trouvaient dans la même situation. Les chancres se seraient cicatrisés deux mois après leur apparition. Six mois après les chancres, plaques muqueuses multiples, adénopathie généralisée indolente. Sans insister sur la bizarreriedu fait,nous mentionnons qu’il n’aété relaté dans aucun auteur, malgré lénombre considérable des individus tatoués. Nous noterons la longue période d’incubation de deux mois et demi et la cicatrisation lente des accidents primitifs.
50. Association de l’ataxie locomotrice et de l'atrophie musculaire progressive chez un syphilitique. (Observation publiée dans le livre de M. le Professeur Fournier sur l’ataxie locomotrice d’origine syphilitique, p. 245. 1882.)
Le tabes a ouvert la scène, et sept ans plus tard se sont produits les symptômes d’atrophie. Ce même malade présentait des symptômes de contracture musculaire qui ne relevaient ni du tabes, ni de l’atrophie. Les symptômes observés répondaient à des localisations différentes de lésions dans l’axe médullaire. Le début de l’affection a été celui de la sclérose des faisceaux radiculaires postérieurs. Les symptômes observés ultérieurement relevaient de lésions diffuses de la moelle affectant à la fois et les cordons postérieurs et les cornes antérieures, et les cordons latéraux. ,
51. Etude expérimentale et clinique sur le Naphtol à propos du traitement de la gale.
' [Annales de dermatologie et de syphüigraphie, mai 1883.)
Dans cette étude, je me suis efforcé d’établir et de démontrer à la fois par la clinique et par l’expérimentation physiologique la réelle innocuité, au point de vue toxicologique, de l’emploi de naphtol §.' Après avoir montré, par des observations cliniques nombreuses, que les accidents attribués au naphtol p (néphrite aiguë, hémoglobinurie) n’ont jamais été observés chez nos malades, j’ai entrepris sur une série d’animaux, chiens, cobayes, lapins, des expériences dont le but était de rechércher les propriétés toxiques de ce médicament.
52. Intoxication par le salol administré à l’intérieur à la dose de 3 grammes. Erythèmes
scarlatiniforme et rubéoliforme. Urines noires. (Bulletins et Mémoires de la Société de Thérapeutique, p. 97.1894.)
Il s’agit d’une jeune fille qui, atteinte d’une amygdalite aiguë, prit 3 grammes de salol, le quatrième jour de sa maladie, eut successivement de l’érythème scarlatiniforme, de l’érythème rubéolique en divers
points de son corps. La constatation de ces érythèmes et la coloration noire des urines avec toutes les réactions caractéristiques de l’acide phénique et de l’acide salicvlique étaient bien en faveur d’une intoxication par le salol.
33. Traitement des maladies de l'œsophage. ( Traité de thérapeutique appliquée d'Albert Robin, fascicule XII, page 162.)
Ce chapitre comprend l’œsophagisme, le rétrécissement non cancéreux de l’œsophage, et le cancer de l’œsophage.
34. Névralgie spasmodique de la face (côté gauche); opération, guérison. ( Bulletins et mémoires de la Société de thérapeutique, page 314,1894.) ■
Femme âgée de 60 ans, atteinte d’une névralgie faciale, spasmodique, tenace, depuis huit ans. Antécédents héréditaires nerveux. Altérations multiples du rebord alvéolaire des deux maxillaires. M. Jarre localise la lésion sur une région du bord alvéolaire supérieur gauche, comprise entre l’emplacement de l’incisive latérale et celui de la seconde prémolaire et pratique une opération. Cette opération consiste à faire l’ablation du segment du bord alvéolaire lésé. Le jour de l’opération aucune crise douloureuse ne se produit; les jours suivants, les crises douloureuses avaient cessé. Un mois après la guérison persistait.
33. Cancer annulaire de l'œsophage. Granuiie.(ü«!/eim* de la Société anatomique, avril 1883.)
Homme âgé de 61 ans, atteint d’un cancer annulaire de l’œsophage. La mort fut hâtée par une infiltration granuleuse des poumons et l’apparition d’une méningite tuberculeuse.
86. Cancer de l'estomac. Cancer secondaire des capsules surrénales, du foie, du pancréas. Congestion et inflammation des corps vertébraux. Vomissements bilieux. Teinte pigmentée de la peau. (Bulletins de la Socüté anatomique, mai 1883.)
Femme âgée de 38 ans. Il s’agissait d’un carcinome squirrheux.
57. Cancer latent de l’estomac et carcinome alvéolaire type du grand épiploon, à forme kystique. (Bulletins de la Société anatomique, 1889). En commun avec le D'Leblond.
Les parois du kyste étaient constituées par du carcinome ; le liquide était franchement sanguin (trois litres ét demi environ). Pneumonie lobaire, hépatisation grise en trois jours.
58. Rupture spontanée du cœur. Dégénérescence graisseuse du cœur. Athérome; caillot ancien de l’artère coronaire antérieure. Cirrhose cardiaque. Néphrite interstitielle.
(Bulletins de la Société anatomique, mai 1883.) En commun avec M. Bétrémieux.
Homme de 52 ans. Angoisse cardiaque, sans aucun bruit anormal au cœur. Mort subite. A l’autopsie, on trouve le cœur noyé dans une mare , de sang noir, une plaie h la face antérieure du ventricule gauche : cette plaie communique avec la cavité ventriculaire gauche. Les fibres musculaires du cœur étaient très altérées, graisseuses (petites gouttelettes graisseuses, rangées parallèlement aux divisions longitudinales du faisceau primitif). La tunique interne de l’artère coronaire antérieure était six fois plus épaisse que la couche musculeuse.
59. Urémie aiguë. Néphrite interstitielle. Absence congénitale du rein et de l'uretère du côté droit. (Bulletins de la Société anatomique, avril 1877.)
Jeune homme, âgé de 20 ans, atteint d’eczéma généralisé. Attaque épileptiforme. Coma. A l’autopsie, on trouve un seul rein présentant le dernier degré de la lésion de Bright, un seul bassinet, et un seul uretère. La manifestation des accidents urémiques a coïncidé avec la guérison de l’affection cutanée.
60. Hypertrophie cardiaque. Insuffisance aortique. Crétification de l’aorte. Asystolie. Apoplexie pulmonaire. Caillot dans une division de l’artère pulmonaire droite, sans infarctus. ( Bulletins de la Société anatomique, avril 1880.)
Homme, 59 ans. Cœur hypertrophié pesant 1015 grammes.
Homme, 60 ans. Méningite suppurée survenant dans le cours d’une intoxication biliaire. Symptômes d’ictère grave. Enorme kyste hydatique suppuré, entre les deux lobes du foie, empiétant sur la face inférieure, entre le lobule de Spigel et le lobe carré, comprimant le hile du foie.
62. Tumeur de la région trochantérienne. Grande difficulté du diagnostic. Examenhistologique (kyste dermoide). (Bulletin de la Société clinique, page 224.1878.)
Femme, 46 ans. Il s’agissait d’un kyste dermoïde profond, siégeant dans la région postéro-externe de la cuisse gauche. Sur 188 cas de kystes dermoïdes rapportés par Lebert, nous n’avons pas trouvé un seul fait analogue au nôtre, quant au siège.
63. Corps fibreux de l’utérus. Péritonite aiguë, généralisée. (Bulletins de la Société anatomique, février 1878.)
Femme, 38 ans. Il s’agissait d’un corps fibreux légèrement pédiculé ayant franchi l’orifice utérin. Le pédicule est sectionné avec des ciseaux. Cinq jours après, péritonite et mort.