HYGIÈNE ET MÉDECINE LÉGALE
Chargé par la direction des affaires municipales, à la Préfecture de la Seine, de l’inspection des établissements sanitaires de la Ville de Paris, dès leur fondation { 1889), j’ai contribué à améliorer et à perfectionner l’outillage de ces divers établissements. Ma communication à la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle, le 25 juin 1890; ma revue critique sur la désinfection des locaux et des objets à Paris et dans les grandes capitales de l’Europe, en 1890, la publication des premières statistiques concernant le fonctionnement des étuves municipales et des voitures d'ambulance, montreront le rôle que j’ai joué, comme hygiéniste, dès la création des établissements municipaux d’hygiène à Paris.
1. Sur les nouvelles institutions municipales d’hygiène à Paris. (Bulletin de la Société de médecine publique et d'hygüneprofessionnelU. 1890, page 230.)
Il y a neuf mois environ, la Préfecture de la Seine, d’accord avec le Conseil municipal de Paris, a fondé plusieurs établissements d’hygiène dans divers arrondissements de Paris. Ces établissements, dont l’importance ne tardera pas à être très appréciée, ont été institués en vue de combattre l’extension et la propagation des maladies contagieuses. Parmi ces établissements, les uns sont destinés à des voitures d’ambulance pour le transport des contagieux, les autres sont des asiles de nuit, et possèdent des étuves à vapeur sous pression, dont le type a été fourni par MM. Geneste et Herscher.
Ces voitures d’ambulance et ces étuves fixes à désinfection doivent servir plus particulièrement aux indigents et aux nécessiteux, c’est-àdire à un très grand nombre d’habitants dans une ville comme Paris. Ces établissements fonctionnent et prospèrent aujourd’hui, grâce au concours des mairies et du corps médical.
Ils ne sont pas suffisamment connus et méritent cependant d’être vulgarisés. Chargé par M. Menant, directeur des affaires municipales, de l’inspection de ces établissements municipaux, j’ai pensé qu’il serait fructueux de révéler à la Société de médecine publique les premiers résultats obtenus, car ils sont de nature à l’intéresser et méritent de recevoir la publicité de ses importantes réunions.
Dans ma communication j’ai surtout en vue les établissements qui fonctionnent sur la rive gauche de la Seine. Incessamment, en effet, des établissements du même genre s’ouvriront et fonctionneront sur le territoire de la rive droite
Le Conseil municipal de Paris, par les délibérations des i 1 juin 1887, 18 avril 1888 et 19 juin. 1889, a décidé la création, rue de Staël et rue de Chaligny, de deux stations de voitures d’ambulance pour le transport des malades atteints d’affections contagieuses. Ces deux établissements sont terminés : l’un, celui de la rue de Staël, fonctionne d’une façon active ; l’autre fonctionnera incessamment.
Le service est organisé de la manière suivante : au premier avertissement, parvenu au chef de la station, soit par une communication verbale, soit par le télégraphe ou le téléphone, une voiture portant une infirmière des hôpitaux est immédiatement envoyée au domicile du malade. Mais celui-ci n’est chargé dans la voiture et conduit à l’hôpital qu’autant qu’un certificat, rédigé par le médecin traitant, relate la nature infectieuse de la maladie.
La station de la rue de Staël renferme sept voitures, parmi lesquelles six sont affectées aux malades atteints d’une maladie infectieuse, et une aux malades atteints d’une maladie non contagieuse. Autant que cela est possible, chacune des six premières voitures est réservée à un même genre de maladie. Trois chevaux sont destinés à assurer les transports, gratuits, jour et nuit. Le personnel comprend un chef de station, deux
infirmières, deux cochers et un palefrenier. Toutes les fois qu’un transport a eu lieu, dès mesures de désinfection sont immédiatement prises, soit pour désinfecter la voiture qu’on lave avec une solution de sulfate de zinc associée à un liquide antiseptique quelconque (acides phénique, thymique...), soit pour désinfecter les vêtements ou les couvertures du personnel.
Une remise, dans laquelle on brûle du soufre, est spécialement consacrée à la désinfection de ces divers objets. La station dessert tout
Par ce moyen, il y a lieu d’espérer que les voitures de place, en circulation sur la voie publique, cesseront peu à peu de servir, comme elles le font trop souvent, au transport des contagieux, et de propager ainsi dans la population les microbes pathogènes.
Tous les transports, à la première demande, au premier appel, s’effectuent avec une régularité parfaite. Depuis le 3 octobre 1889, date de l’ouverture de la station, jusqu’au mois de juin 1890, 317 transports ont été effectués. Ces 317 transports se divisent ainsi : 243 pour des malades atteints d’une maladie contagieuse, 74 pour des malades atteints d’une maladie non contagieuse. Les 243 malades atteints d’une maladie contagieuse se subdivisent ainsi, suivant les diverses maladies infectieuses :
Rougeole.
Variole.
Coqueluche.
Fièvre typhoïde ..
Diphtérie.
Erysipèle.
Fièvre puerpérale.
Les 74 malades non compris parmi les précédents étaient atteints d’une affection chronique ou victimes d’un accident quelconque.
Sur 300 transports, 200 sont réclamés par l’Assistance publique, 100 seulement par le public. En dehors des 317 transports auxquels je viens de faire allusion, la station de la rue de Staël, sur la demande de l’administration de l’Assistance publique, a transporté à la maison de
Nanterre 341 malades pris dans les différents hôpitaux de Paris, et a ramené de Nanterre 1S malades, lesquels ont été conduits soit à Bicêtre, soit à la Salpêtrière. Il en résulte que la station a opéré 673 transports parmi lesquels nous trouvons 243 cas de maladies contagieuses. Ainsi donc, cés voitures, qui doivent servir à transporter des malades atteints d’une maladie contagieuse, ne transportent guère qu’un malade contagieux sur 3 malades.
Tels sont les faits accora plis; tels sont les résultats obtenus. Ils ont leur enseignement et méritent assurément d’être perfectionnés, car le mode de désinfection des vêlements, des couvertures, etc., est peutêtre imparfait. Il est, du reste, dans les intentions de l’administration préfectorale d’installer dans cet établissement une étuve à vapeur sous pression.
J’arrive maintenant au Refuge de nuit, situé rue du Château-des- Rentiers, 71, établissement sur lequel une étuve est installée.
Le refuge de nuit, de plus en plus fréquenté, et dont l’utilité sociale s’imposait à notre époque de philanthropie, est constamment maintenu dans un état de propreté que l’on ne saurait imaginer, malgré ses 300 pensionnaires dechaquejour,jedevraisdiredechaque nuit.Les dortoirs, le réfectoire, les lavabos, les appareils d’hydrothérapie, le vestiaire, les cabinets d’aisances, les urinoirs, etc., sont quotidiennement lavés, nettoyés, désinfectés, et entretenus d’une manière irréprochable.
L’étuve municipale (appareil deGeneste et Herscher) désinfecte non seulement les vêtements des individus qui sont admis au refuge de nuit, mais aussi toute la literie qui a servi à ces mêmes individus. Elle désinfecte également les vêtements, le linge, la literie, les tentures, les tapis, tous objets enfin qui ont appartenu à des malades de la ville, atteints d’une maladie infectieuse, contagieuse, que ces malades aient guéri ou aient succombé à cette maladie.
Un simple avis transmis à l’établissement de la rue du Château-des- Rentiers permet d’assurer la désinfection de tous les objets ainsi contaminés. Le service est assuré de la manière suivante : des voitures-étuves hermétiquement closes, à plafond mobile et traînées à bras, se rendent directement à l’endroit désigné.
Là, les éluvistes s’emparent de tous les objets contaminés, et les déposent dans leur voiture qu’ils traînent eux-mêmes jusqu'à l’étuve municipale.
Tous ces objets étant désinfectés, les étuvistes et les voitures de transport sont soumis à un nettoyage, à un lavage aussi complets que possible. Cela fait, les objets désinfectés sont rapportés à domicile dans des voitures absolument propres. Cette pratique est soumise à une taxe insignifiante, dérisoire dans la majorité des cas, nulle le plus souvent.
Ainsi donc, grâce à l’étuve municipale, tous les objets, linge, vêtements, draps, couvertures, matelas, rideaux, tapis, etc., ayant servi à un malade atteint d’une maladie transmissible, peuvent être immédiatement désinfectés, quelle que soit la condition du malade. Si, en effet, l’étuve municipale sert plus particulièrement aux individus qui fréquentent le refuge de nuit, il n’en est pas moins avéré qu’elle est mise fort judicieusement à la disposition de tous les nécessiteux. J’ajouterai même que, dans certains cas, elle a servi à des familles fortunées. Il en résulte que l’étuve municipale, loin de restreindre son fonctionnement, contribue largement, libéralement à la désinfection des objets contaminés par un malade atteint d’une maladie infectieuse et prévient ainsi la marche et le développement des maladies transmissibles dans Paris.
Cette situation actuelle est sujette à plusieurs critiques, aisées à formuler, mais susceptibles de recevoir une solution à bref délai. Ainsi que je l’ai dit, le service à domicile de l’étuve municipale est assuré par des voitures à bras. Il serait plus pratique de les remplacer par des voitures attelées, ce qui permettrait et d’effectuer un service plus rapide et de supprimer la fatigue excessive des étuvistes. Cette lacune sera comblée dans quelques jours. Les objets désinfectés seront reportés à domicile dans des voitures attelées, dès qu’il sera possible d’assurer un chargement suffisant ; d’autre part, on construit en ce moment une voiture destinée à aller chercher les effets contaminés. Ainsi qu’il est aisé de se convaincre, tous ces établissements sont éminemment pratiques et aboutiraient encore à des résultats plus féconds, s’ils n’étaient limités dans leurs attributions administratives. Je vise la désinfection des locaux contaminés. Cette désinfection, qui incombe plus particulièrement à la
Préfecture de police, est un peu négligée. Il en résulte que les objets purifiés par l’étuve municipale sont rapportés fréquemment dans un local contaminé. Cette contradiction est réelle et regrettable. Une marche parallèle, ou une entente préalable entre les administrations de la Préfecture de la Seine et de la Préfecture de police, pourraient faire cesser cette contradiction. Afin d'obvier à ce grave danger, il conviendrait peutêtre d’autoriser des hommes spéciaux à pratiquer la désinfection du local, à laver, par exemple, les plafonds, les parquets, les murs, les fenêtres, avec une solution de sublimé au millième.
Cette réforme coûterait peu et assurerait le but poursuivi, c’est-àdire la désinfection de tout ce qui a pu être mis en contact avec un malade contagieux et être souillé par lui. L’étuve municipale de la rue du Château-des-Rentiers est aujourd’hui agencée dans des conditions telles qu’elle pourrait garantir la désinfection absolue, totale, d’une pièce contaminée.
En résumé, l’administration préfectorale met à la disposition des nécessiteux :
1° Une station d’ambulance pour le transport des malades atteints d’affections contagieuses, située 7, rue de Staël, XV e arrondissement;
2° Un refuge de nuit, muni d’une étuve municipale, 71, rue du Chàteau-des-Rentiers, XIII" arrondissement.
Incessamment, l’administration ouvrira plusieurs autres établissements :
l° Un refuge-ouvroir pour les femmes, rue Fessart, XIX" arrondissement;
2" Une station de voitures d’ambulance, semblable à celle de la rue de Staël, rue Chaligny, XII" arrondissement;
3° Une étuve municipale, rue des Récollets, X" arrondissement.
Les municipalités et les médecins de tous les arrondissements de Paris se feront un devoir de seconder l’initiative de l’administration dé la Préfecture de la Seine, en vulgarisant ces etablissements et en les utilisant pour le plus grand bien de leurs administrés et de leurs clients.
Le jour où les étuves municipales seront multipliées et assureront une désinfection aussi complète des objets et des locaux, ce jour-là
la prophylaxie des maladies infectieuses aura fait un grand pas à Paris.
2. Hygiène prophylactique (Désinfection). De la désinfection des locaux et des objets, à Paris et dans les grandes capitales de l'Europe. (Annexe du rapport présenté au Conseil municipal de Paris, au nom de la Commission du budget et du contrôle, par M. P. Strauss, sur les articles 12 à 15 et 17 a 23 du chapitre XX des Dépenses du projet de budget de 1891. N* 126.)
La prophylaxie des maladies infectieuses a pris dans ces dernières années un tel développement qu’elle peut être regardée aujourd’hui comme la méthode thérapeutique la plus puissante, puisqu’elle s’adresse non à l’individualité, mais à la collectivité. Prévenir les maladies infectieuses, combattre la contagion, tel est le problème qui s’impose à tout esprit soucieux des intérêts généraux.
Cette prophylaxie est rigoureuse, lorsqu’elle vise une maladie susceptible de frapper rapidement tout un peuple,'d’où les précautions hygiéniques prises dans tous les pays du monde contre le choléra asiatique, 11 n’en a malheureusement pas été de même pour une série de maladies infectieuses, comme la diphtérie, la variole, la scarlatine, la rougeole, la fièvre typhoïde, l’érysipèle, la fièvre puerpérale, etc. Ici la contagion est également indiscutable, tout en paraissant s’effectuer avec une rapidité relative et sur des zones plus ou moins étendues. Aussi ces maladies infectieuses existent-elles à l’état endémique à Paris, sévissant en quelque sorte, durant toute l’année, mais subissant des exacerbations à des époques plus favorables à leur développement. La conséquence de cet état de choses aboutit à une mortalité trop manifeste pour une maladie infectieuse donnée.
Afin d’obvier à ces lamentables résultats, on s’est efforcé de mettre le public à l’abri de tout ce qui était de nature à lui nuire ; autrement dit, étant donnée la propagation de la pluralité des maladies infectieuses par l’air ou le simple contact, on a cherché à détruire, aussi complètement que possible, les germes de ces maladies, et à isoler les malades eux-mêmes.
L’isolement des malades susceptibles de transmettre leur maladie, et la destruction des agents infectieux, tels sont les facteurs qui résument l’hygiène prophylactique d’une grande ville.
Cette hygiène prophylactique est appliquée dans certaines grandes villes d’une façon sévère, notamment à Bruxelles, à Londres, à Saint- Petersbourg, à Berlin... A Paris, au contraire, elle a été trop longtemps négligée, à peine ébauchée. Depuis un an environ, grâce au Conseil municipal de Paris, grâce à l’initiative de M. Menant, directeur des Affaires municipales, nous sommes en droit d’affirmer qu’un grand pas a été fait, que de réelles réformes se sont produites et que l’hygiène prophylactique est susceptible d’être appliquée à Paris. Cette application, certes, ne donne pas tous les résultats qu’elle sera capable de donner à un moment donné ; néanmoins ; elleest déjà fructueuse, carelle étend son champ d’action et limite les effets des maladies infectieuses;
L’hygiène prophylactique, bien comprise, vise la désinfection des locaux cçntaminés, des vêtements et des objets de literie, des personnes qui soignent ou se trouvent en rapport direct avec les malades, de toutes les personnes et de toutes les choses, enfin, qui sont capables de recueillir les germes des maladies et de les transmettre au dehors.
L’hygiène administrative ne saurait répondre à toutes ces exigences. L’Administration peut-être armée pour désinfecter les locaux et les objets ; elle est absolument désarmée pour assurer la désinfection des personnes qui se trouvent en contact avec les malades et pour neutraliser les effets toxiques des déjections provenant de ceux-ci. Là où l’Administration sera fatalement impuissante, le médecin pourra tout prévoir et tout prévenir, en conseillant dans une famille ce que commande l’hygiène la plus élémentaire, c’est-à-dire la propreté des gardesmalades, la désinfection des matières fécales, la destruction des crachats, des squames, des croûtes, etc.
La désinfection, quelle qu’elle soit, a pour but de détruire l’agent pathogène d’une maladie, c’est-à-dire le contage qui provient d’un premier malade et qui, transporté sur une personne saine, est de nature à lui donner la maladie de ce premier malade.
La destruction de cet agent peut s’obtenir de différentes manières
et nécessite des opérations variées. Les moyens à employer restent donc subordonnés aux circonstances. Ce sont ces moyens que je vais étudier en m’inspirant de ce qui se pratique couramment et de ce que j’ai pu contrôler par moi-même, à Paris et à Berlin. Mes visites répétées dans les nouveaux établissements d’hygiène, qui ressortissent à la Préfecture de la Seine, mon séjour à Berlin, où je fus officiellement délégué par M. le Préfet de la Seine, à l’époque du Congrès médical international, m’ont permis de recueillir un ensemble de faits et de documents, relatifs à la pratique de l’hygiène prophylactique dans une grande ville.
L’Administration est en mesure, avons-nous dit, de pratiquer la désinfection d’un local contaminé et des objets qui ont été souillés par un malade atteint d’une maladie infectieuse.
La désinfection d'un local est résolue différemment suivant les pays. En France, elle est assez compliquée. Nous avons encore recours auxfumigations sulfureuses. A cet effet, il convient de faire brûler une certaine quantité de fleur de soufre dans une pièce hermétiquement close (20 grammes environ de fleur de soufre pour un mètre cube) et d’abandonner ainsi cette pièce aux vapeurs sulfureuses, durant vingt-quatre heures. Il importe donc d’évacuer provisoirement le local (vingt-quatre heures) et de préserver tous les objets métalliques qui pourraient se ternir en les recouvrant d’une couche de vaseline. II y a lieu d’observer que certains ouvriers n’ont qu’une chambre et qu’ils ne peuvent aisément l’abandonner durant un temps aussi long.
En Allemagne, en Autriche, en Russie, on a plus volontiers recours aux désinfectants liquides, au premier rang desquels il faut placer le sublimé au 100“ et l’acide phénique au 100*.
A Berlin, la désinfection d’un immeuble est faite sur place par des personnes instruites et disciplinées. Les désinfecteurs mettent des bottes en toile imperméable et dont les semelles internes sont ultérieurement introduites, suivant le but proposé. Tantôt ces semelles sont en laine pour éviter le bruit; tantôt elles sont en bois, si l’intention est de monter sur une échelle. Ces mêmes désinfecteurs opèrent, avec une éponge immobilisée sur leur bouche et sur leur nez, et emploient l’acide phénique à 2 et 8 0/0, pour laver les murs, le parquet, le plafond, les
fenêtres. Pour cela faire, ils trempent un large et épais pinceau dans un seau rempli d’eau phéniquée, aspergent doucement les pans muraux, de sorte que l’eau humecte toute la muraille sans éclabousser les objets environnants. Quant aux tapis et aux tentures, ils sont nettoyés à l’aide de larges tranches de mie d’un pain spécial. Cette mie est épaisse, assez élastique, et, promenée sur les tentures, ramasse tous les détritus qui pourraient s’être déposés à .leur surface. De cette façon tout est lavé et essuyé dans la pièce suspecte. Quant aux objets, ils sont emportés pour être désinfectés àl’étüve. J’oubliais de mentionner que les échelles des désinfecteurs présentent à leurs extrémités des tampons de caoutchouc et sont articulées. En somme, les désinfecteurs procèdent méthodiquement, sans bruit, ne doivent incommoder aucun voisin et ne doivent commettre aucune dégradation. Lorsqu’il s’agit d’un petit local à désinfecter, une seule boîte est suffisante et renferme tous les instruments nécessaires à cette opération.
La désinfection des oé/ete(vêtements, literie, linge, couvertures, etc.) est absolue, lorsqu’on les soumet à l’action d’une chaleur excessive, incompatible avec la vitalité des microbes. Ce résultat incontestable s’obtient avec les étuves à vapeur sous pression, modèle Geneste et Herscher. Ces deux étuves peuvent supporter une température de 130 degrés; aussi, après quinze minutes de séjour à l’étuve, tous les objets ainsi traités peuvent-ils être regardés comme purifiés, c’est-à-dire débarrassés de tous les microbes pathogènes. Toutefois, deux précautions restent à prendre. Il faut avoir soin de laver au préalable tous les linges maculés, dans une solution de permanganate de potasse, afin de ne pas cuire les matières souillantes et de ne pas produire des taches indélébiles. Il faut également se garder de soumettre à l’étuve certains objets qui pourraient s’y détériorer, particulièrement les fourrures, les gants, les souliers, les cuirs, etc. Tous ces objets sont justiciables des fumigations de chlore et de l’acide sulfureux. Il serait donc utile d’installer une chambre pour la désinfection de ces objets spéciaux, et de choisir une pièce voisine de celle où se trouve installée une étuve à vapeur sous pression. Afin de produire un dégagement suffisant de chlore, on peut recourir à la formule de Régnault :
A Berlin, l’établissement de désinfection publique de la ville est situé, 66, Reichenbergerstrasse et fonctionne depuis 1886. Il contient trois appareils Schemmel pour désinfection à vapeur, dans lesquels les objets devant être désinfectés sont exposés pendant trente-cinq minutes à une vapeur d’eau d’une température de plus de 100 degrés Celsius. Après chaque maladie infectieuse que les médecins sont tenus de déclarera la police, une désinfection totale des linges, literies, ainsi que de la chambre et de son contenu, doit avoir lieu. La désinfection des linges, literies... a lieu dans l’établissement de désinfection.
Un second établissement de désinfection, également destiné à l’usage public, se trouve dans l’hôpital municipal de Moabit.
Un établissement de désinfection de réserve se trouve sur le terrain de l’asile municipal de nuit, et est destiné primitivement è servir en cas d’épidémie ; celui-ci est toutefois employé jour et nuit pour la désinfection des pensionnaires, etc., de l’asile de nuit et de l’hospice des vieil-
Si nous comparons ce qui se passe à Paris et à Berlin, nous remarquons que Berlin fonctionne, au point de vue de la désinfection, depuis plusieurs années, et agit d’une façon très efficace parce que les médecins sont légalement obligés de révéler tous les cas de maladies contagieuses qu’ils observent. A Paris, la désinfection est plus récente; toutefois, si le nombrè des désinfections est trop restreint par rapport au nombre des maladies infectieuses, il faut en accuser notre législation actuelle, qui’ oblige le médecin de se retrancher derrière le secret professionnel et le contraint à se taire sur toutes ces maladies infectieuses qui n’apportent aucune tare dans une famille, mais qui sont susceptibles de contaminer plusieurs maisons et un nombre considérable de familles. Ces réserves faites, nous n’hésitons pas à proclamer la supériorité de nos appareils
de désinfection sur ceux des autres pays. Nous atteignons, avec les appareils Geneste et Herscher, le chiffre de 130 degrés, chiffre incompatible avec la vitalité des microbes et dans un temps très court, alors que dans les autres pays, notamment à Berlin, on se contente de 100 degrés. A Paris, la désinfection par la vapeur sous pression est aussi parfaite que possible.
Or les établissements dans lesquels se pratique la désinfection tendent à se généraliser. A l’heure présente, Paris est en mesure de faire toutes les désinfections sollicitées par le public et par les médecins. Avant peu, il est incontestable que les établissements d’hygiène prophylactique de la ville de Pa’ris ne le céderont en rien aux établissements similaires des grandes villes d’Europe.
Dans cet exposé, je n’insisté pas sur une série de détails techniques, qui s’imposent dans tous les établissements de désinfection : la nécessité d’introduire les objets souillés par une porte spéciale et d’évacuer les mêmes objets purifiés par une porte indépendante ; l’obligation de nettoyer d’une manière^ antiseptique tous les étuvistes, chaque fois qu’ils ont désinfecté un local, ou qu’ils se sont trouvés en contact avec des objets suspects (vêtement spécial pour le travail, lavages du visage et des mains avec une des solutions de sublimé ou de thymol au 1000"', etc., eiomH
Enfin, l’installation, dans deux des principaux arrondissements de Paris, de stations de voitures de transport pour les malades contagieux, restreint le champ de la contagion. Que de fois nous avons eu à déplorer cette cruelle nécessité de voir les voitures de place servir au transport de malades atteints de la diphtérie, de la variole.,., et contribuer à véhiculer des germes de maladies infectieuses, semant ainsi la maladie d’une façon continuelle !
Les innovations que je viens de signaler (stations de la rue de Staël et de la rue de Chalignyj contribuent à préserver le public de germes dangereux pour sa santé, puisque les voitures publiques ne devraient servir en aucune circonstance au transport des malades.
Nous avons eu l’honneur d’être parmi les premiers à appeler l’attention du public médical sur les nouvelles institutions sanitaires de la ville de Paris et nous n’avons cessé de déplorer la confusion des pouvoirs, lorsqu’il s’agit d’appliquer les mesures propres à combattre l’extension des maladies infectieuses. Les nouvelles institutions sanitaires de la ville de Paris fonctionnent avec un budget spécial voté par le Conseil municipal de Paris et dépendent de la Préfecture de la Seine (Direction desaffaires municipales). Ces nouvelles institutions marchent concurremment avec des institutions similaires, relevant de la Préfecture de police. Du côté de la Préfecture de police, nous trouvons des voitures d’ambulance pour les malades atteints d’une maladie contagieuse et nous sommes assurés de pouvoir faire désinfecter un local par le procédé du soufre. Du côté de la Préfecture de la Seine, nous disposons de voitures d’ambulance pour les transports des malades atteints d’une maladie contagieuse ou non contagieuse, et nous pouvons recourir aux étuves de désinfection pour détruire les germes morbides. Nous insisterons aujourd’hui sur les progrès réalisés en publiant les statistiques qui sont relatives aux diverses stations des voitures d’ambulance de la Préfecture de la Seine et aux différentes étuves de désinfection. Nous rappellerons que les stations des voitures d'ambulance se trouvent rue de Staël, 6, et rue de Chaligny, 21 ; nous rappellerons également que les étuves de désinfection fonctionnent rue du Château-des-Rentiers, 71, rue des Récollets, 6, et rue de Chaligny, 21. En examinant attentivement ces diverses statistiques, il est aisé de contrôler la marche progressivement prospère de toutes ces institutions et il est permis de croire que cette prospérité se signalera prochainement par une diminution du taux des maladies infectieuses avec toutes leurs conséquences.
Les voitures d’ambulance transportent tous les malades, soit à l’hôpital, soit à leur domicile, soit dans tout autre endroit préalablement
désigné. Ces voitures sont nombreuses : les unes servent aux malades atteints d’une maladie contagieuse ; les autres,aux malades atteints d’une maladie non contagieuse. En 1889, ces voitures ont transporté (16 malades, parmi lesquels se trouvaient 48 contagieux. En 1890, elles ont transporté 1.880 malades, parmi lesquels se trouvaient 877 contagieux.' En 1891, jusqu’au 1” décembre, elles transportent 6.902 malades, parmi lesquels se trouvent 1.103 contagieux. Ces chiffres sont éloquents et proclament puissamment l’utilité de semblables innovations. A l’appui de ces résultats, je joins la statistique des opérations relevées dans les diverses stations de la rue de Staël et de la rue de Chaligny, durant les. années 1889, 1890 et 1891 :
Statistique des opérations des stations de voitures Æamluknce pour le transport des malades
(rue de Staël, 6 et rue de Chaligny, 21).
J’arrive maintenant aux étuves àvapeur sous pression. Ces étuves.
(système Geneste etHerscher) sont installées, 71, rue du Chàteau-des- Rentiers ; 6, rue des Récollets ; 21, rue de Chaligny.
Leur fonctionnement est non moins prospère. En 1889, nous relevons 78 désinfections. En 1890, nous nous élevons au chiffre de 652. En 1891, enfin, nous atteignons un chiffre remarquablement plus élevé, soit 2.929 désinfections environ. En parcourant attentivement la statistique des études municipales, il est possible de se faire une idée juste des résultats acquis et de suivre, notamment pour l’établissement modèle de la rue des Récollets, la marche ascendante de la désinfection des objets souillés par les malades, le plus souvent atteints d’une maladie infectieuse. Dans ces diverses statistiques, nous omettons intentionnellement les chiffres relatifs aux blouses des employés des pompes funèbres. Ces blouses, au nombre de 7 à 800 environ, sont ainsi désinfectées à l’étuve tous les mois. En procédant de cette façon, nous ne révélons que les désinfections réclamées par les particuliers ou par divers établissements publics :
La ville de Paris est aujourd’hui dotée d’établissements sanitaires qui assurent le transport des malades dans les hôpitaux et la désinfection des objets souillés par les malades atteints d’une maladie contagieuse, et des locaux habités par ces mêmes malades.
Le monde médical connaît et apprécie ces établissements, prophylactiques, grâce au concours de la presse médicale ; le public, mieux renseigné sur ses devoirs et sur ses intérêts, tend à fréquenter de plus en plus ces mêmes établissements. Il y a donc lieu d’espérer, quel que soitlesortréservéànotre future législation sanitaire, que les premiers résultats obtenus se traduiront dans un avenir plus ou moins éloigné, parune diminution du chiffre des maladies infectieuses. Le médecin praticien, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, est seul capable de pratiquée la prophylaxie des maladies infectieuses, soit en prenant lesmesures d’isolement que commandent de telles maladies,, soit en assurant la désinfection de tous les objets, de tous les locaux qui ont été souillés par un malade, atteint d’une maladie contagieuse. Pour cela faire, les médecins de Paris peuvent s’adresser directement, 6, rue de Staël, et 21, rue de Chaligny, à l’effet d’obtenir gratuitement une voiture spéciale pour transporter leurs malades; ils peuvent également s’adresser à la mairie de leur arrondissement, au commissaire de police de leur quartier, à tous les établissements enfin qui appartiennent à la Préfecture de la Seine. Il en est de même de la désinfection des objets et des locaux : les médecins peuvent s’adresser directement, 71, rue du Château-des- Rentiers ; 6, rue des Récollets ; 21, rue de Chaligny, ou dans les divers endroits que nous venons de signaler à l’occasion des voitures delrans-
4. Relation de l'épidémie cholérique qui a sévi dans les prisons de Paris, durant l'année 1884. {Mémoire adressé à l'Académie de Médecine, 1888.)
S. Relation d'une épidémie de fièvre typhoïde à Lormes (département de la Nièvre) en 1890. Recherches bactériologiques. Présence du bacille d’Eberth dans les eaux potables. (Annales d'hygiène publique et de médecine légale,Hé c. 1891.)
L’eau incriminée provenait d’une petite rivière, l’Auxois, qui traverse la commune de Lormes, et dans laquelle sont jetées toutes les déjections des habitants malades ou non, et sont lavés tous les linges de ces mêmes habitants. Les recherches bactériologiques ont été faites suivante procédé de Vincent, et ont permis d’isoler un bacille qui présentait tous les caractères et toutes les réactions actuellement reconnus au bacille d’Eberth.
6. La Législation sanitaire à Londres. (Médecine Moderne, n° 34, p. 617 ; n" 33, p. 631 ;
Dans une série d’articles, j’ai envisagé la nouvelle loi sanitaire qui venait d’être promulguée à Londres, en 1891 ; j’ai étudié la récente réglementation de l’hygiène sanitaire à Londres à l’occasion du «bill » qui constituait un véritable code sanitaire, une puissante loi de salut public. J’ai insisté sur les principales mesures prophylactiques contre les maladies infectieuses, sur ladéclaration des maladies contagieuses, sur l’inspection des laiteries et du lait, sur les dépôts mortuaires, et j’ai précisé l’importance des pénalités encourues pour chaque contravention aux lois locales.
7. De la crémation à Paris. (Médecine Moderne, n* 103, p. 1247.1893.)
Dans cet article, j’ai exposé l’état actuel de la crémation à Paris, en insistant sur le monument crématoire du cimetière de l’Est, sur les appareils d’incinération, sur le columbarium. Ce monument fut inauguré le 1S décembre 1887 ; à cette époque, il était pourvu d’un appareil Gorini, conforme ammodèle qui fonctionne à Milan. L’appareil Gorini
soulevade vives critiques ; le temps nécessaire pour obtenir une incinération était, en effet,trop prolongé (une heure trois quarts à deux heures), surtout si l’on songe que les débris des hôpitaux (2.000 à 2.800 corps par an) doivent être incinérés. L’administration de la Préfecture de la Seine adopta alors un appareil au gaz avec récupérateur qui fut construit par MM. Toisoulet Fradet,et inauguré le 8 août 1889. Grâce àcetappareil, les incinérations peuvent s’effectuer en une heure et un quart, et la dépense du combustible ne s’élève pas à plus de 3 francs par opération, au lieu de 20 à 25 francs. Un appareil, plus perfectionné que le précédent, a été construit parM.Fichet et inauguré le 19 janvier 1891 ; il permetde procéder à une incinération en une heure. Cet appareil se compose, comme le précédent, d’un gazogène produisant de l’oxyde de carbone et d’un récupérateur fournissant de l’air chaud à la chambre voûtée dans laquelle s’effectue l’incinération. Ici, l’oxyde de carbone ne sert, qu’à chauffer le récupérateur et la combustion du cadavre s’opère par l’air chaud seul, grâce au volume considérable du récupérateur, bien que selon les besoins on puisse envoyer dans le four du gaz aussi bien que de l’air. Les corps sont incinérés en cinquante ou cinquante-cinq minutes, mais la dépense du combustible est un peu plus élevée (18 hectolitres de coke au lieu de 14avec l’appareil Toisoul et Fradet). Le columbarium, établi en 1891, contenait 354 cases. Cet exposé de la crémation à Paris était accompagné de la statistique des incinérations effectuées depuis 1889 jusqu’au 31 octobre 1893. A cette date, 613 incinérations seulement avaient été reclamées par les familles durant une période de cinq ans. Il été déjà aisé de se convaincre que la pratique de la crémation ne tendait pas à se généraliser, malgré tous les perfectionnements apportés dans les appareils crématoires.
8. Sur le licenciement des écoles en cas d'épidémie. (Compte rendu des séances du conseil d'hygiène putliqm et de salubrité du département delà Seine, p. 299.1896.)
Dans ce rapport, je me suis attaché à combattre le licenciementprématuré d’une école communale et à rappeler les mesures prophylac-
tiques les plus élémentaires, les plus rationnelles pour enrayer une épidémie naissante de rougeole, de varicelle ou de coqueluche. Le licenciement d’une école ne s’impose pas, lorsqu’on se trouve en présence de quelques cas de rougeole, de varicelle ou de coqueluche, à la condition que le directeur de l’école veille à ce que ses élèves soient bien portants, lorsqu’ils arrivent à la classe ; il a le devoir étroit d’éloigner ceux qui présentent le moindre malaise et d’exiger qu’ils soient soumis à une surveillance médicale ; il doit enfin ne leur ouvrir la porte de l’école que le jour où ils s’y présenteront, munis d’un certificat de bonne santé. Si un enfant a été atteint de la rougeole, les maîtres et les maîtresses de l’école, à laquelle appartient l’enfant malade, devront systématiquement éloigner de cette école tous les enfants qui présenteront le moindre rhume, surtout lorsque ce rhume s’accompagne de coryza, de larmoiement avec ou sans fièvre. Cette surveillance s’exercera durant seize jours en moyenne. Quant à l’enfant atteint de la rougeole, il restera éloigné de l’école durant un temps égal, c’est-à-dire pendant seize jours.
A l’occasiondela varicelle, l’apparition du moindre bouton ou d’une bulle, sur la figure ou sur les mains, nécessitera le renvoi de l’élève et un examen médical immédiat. Ici la surveillance de l’école s’impose pendant une période des plus variables, que nous pouvons évaluer à vingtcinq jours en moyenne.
Pour la coqueluche, nous conseillerons l’éloignement, tout au moins momentané, des enfants qui présenteront de la toux. Si cette toux est passagère, non quinteuse, non suivie de la reprise caractéristique, l’enfant, muni d’un certificat constatant sa guérison, pourra retourner à l’école sans être nuisible pour ses camarades. Quant à l’enfant, réellement atteint de la coqueluche, la durée de son éloignement est indéterminée etpeutêtre de plusieurs semaines, de plusieurs mois. Il estprudent d’imposer l’isolement quelque temps après la cessation absolue des quintes.
La surveillance des enfants bien portants doit être plus rigoureuse en temps d’épidémie, de façon à évincer les malades dès l’apparition du mal. Cette surveillance devrait être confiée à un médecin-inspecteur, lequel assumerait la responsabilité des mesures à prendre, évictions individuelles, licenciement et désinfection.
eil d'hygiène pu-
9. Sur quelques cas de variole à Paris. (Compte rendu des séances du Nique et de salubrité du département de la Seine , page 253.1897.)
Ce rapport précise l’existence d’un foyer épidémique de variole, rue Lacaille, dans un logement mal tenu, malpropre : il révèle le transport du germe variolique par des linges propres, et démontre l’Utilité des vaccinations préventives, si cette utilité pouvait encore être mise en doute. Ce foyer épidémique a frappé sept personnes, dont deux enfants qui, non vaccinés, succombent à la variole.
10. Projet d’installation de crachoirs hygiéniques dans les postes de police. (Compte rendu des séances du Conseil d'hygiène publique et de sa! abrité du département de Ta Seine , page 108, 1899.)
Les gardiens de la paix comprennent 6.000 hommes environ.
Les postes de police sont nombreux. 80 à 90.
Le gardien de la paix est un homme sain, valide ; il fait 8 heures de service sur 24 ; il a un métier pénible et se trouve exposé à toutes les intempéries des saisons. Il n’échappe pas à la tuberculose, ainsi qu’il est aisé de s’en rendre compte par les tableaux suivants :
I. — État numérique des gardiens de la paix décédés par suite di tuberculose pendant les années ci-après :
II. — Etat numérique des, gardiens de la paix réformés pour cause de tuberculose pendant les mêmes années :
Lorsque les gardiens de la paix sont réunis dans les postes de police, ils fument et crachent sur le sol, presque sans discontinuer. Les crachats
se dessèchent et sont ensuite balayés, d’où un danger facile à concevoir. Afin de remédier à une situation aussi dangereuse, il faut imposer une consigne sévère et exiger que les gardiens de la paix n’aient plus le droit de cracher sur le sol des postes de police, il faut les obliger de cracher dans des crachoirs spéciaux, à support mobile pour les grands postes, à support fixe pour les petits. Ces crachoirs pourraient être semblables à ceux qui sont adoptés dans les hôpitaux de Paris. Cette innovation, dans les postes de police, serait excellente, car elle constituerait tout à la fois une mesure prophylactique des plus utiles et uu exemple ; elle pourrait se généraliser à la Préfecture de police, dans toutes les administrations de l’État, du département et de la Ville de Paris.
Les conclusions de mon travail ont été adoptées par le Conseil d’Hygiène. Depuis cette époque, les postes de police et la Préfecture de police sont pourvus de crachoirs hygiéniques.
11. Battage et cardage des matelas sur la voie publique. (Compte rendu des séances du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine , page 289,1900.)
Dans ce rapport je me suis occupé de la pratique du battage et du cardage des matelas dans tous les endroits publics, et j’ai exprimé le' souhait que les matelas, ayant appartenu à des malades, soient toujours’ désinfectés, avant d’être livrés au battage ou au cardage.
A Paris, conformément à l’article 109 de l’ordonnance de police du 2b juillet 1862, il est interdit de carder des matelas et de battre de la laine ou du crin sur la voie publique ; s’il n’existe ni cour, ni passage de porte-cochère pour ce travail, le commissaire de police du quartier pourra le tolérer sur un point de la voie-publique qu’il désignera. Cette ordonnance n’étant applicable qu’à Paris, il y avait lieu d’inviter les maires des communes de la banlieue de Paris à prendre des arrêtés, pour rendre applicable, chez eux, l’article 109 de l’ordonnance de police du 25 juillet 1862.
Mes conclusions ont été adoptées par le Conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine.
12. Prescriptions à imposer aux dépôts de chiffons de faible importance. {Compte rendu
Chargé par M. le Préfet de police d’examiner les réclamations de la Chambre syndicale du commerce du chiffonnage parisien, concernant les: conditions généralement imposées aux dépôts de chiffons de faible importance, j’ai rédigé un rapport détaillé sur cette industrie et j’ai conclu à une nouvelle réglementation des dépôts de chiffons de petite importance. Le Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine a bien voulu adopter les conclusions suivantes de mon rapport :
1° Le sol des dépôts devra être imperméable (bitumé, cimenté ou pavé), il sera toujours entretenu en bon état;
2° Tous les bois apparents seront revêtus de piètre, afin de diminuer les dangers d’incendie et d’éviter qu’ils ne s’imprégnent d’odeurs. Un lavage des murs, à l’aide du lait, fait avec de la chaux vive à 4 0/0 (l) f ! aura lieu deux fois par an, en mai et septembre ;
3° On ne recevra pas les peaux de lapins fraîches ;
4° Les os seront déposés, dès leur réception, soit dans un récipient métallique clos, soit dans une chambre ou réduit spécial avec sol imperméable et murs cimentés ;
5° Cette chambre à os, toujours maintenue fermée, sera largement aérée par un ventilateur s’élevant à une hauteur à déterminer suivant la disposition des lieux et l’importance de l'établissement. La porte de cetté chambre sera en fer ou en bois revêtu de tôle intérieurement;
6° Ces os seront enlevés régulièrement chaque jour, de préférence le matin, quelle que soit la quantité ;
7° Après chaque enlèvement, la chambre aux os, murs et plafond,
(f) « ... Quant au badigeonnage h la chaux, il conviendra d'exiger que cette opération soit bien faite au moyen de chaux vive, que l’on éteint préalablement et que l’on délaie ensuite dans l’eau en l'additionnant d’alcali, d’alun ou d’autres substances qui permettent de lui faire prendre corps avec l'eau, et non au moyen d’un badigeonnage Ma colle additionnée de carbonate de chaux ou de blanc de Meudon... » (Voir rapport de M. Bunel, Compte rendu de l'année 1897, p. 66.)
sera nettoyée et désinfectée ; elle sera passée fréquemment au lait de chaux vive ;
8° La quantité maximum d’ôs ne devra jamais dépasser un mètre cube;
9° Les dépôts de chiffons seront munis de châssis ou d’ouvertures permettant une large ventilation. Pendant la saison fraîche, ces châssis pourront n’être ouverts qu’à de certains moments, mais ils devront l’être assez fréquemment pour assurer l’aération des locaux;
10° Les dépôts devront être munis d’une conduite d’eau en pression ou d’une provision d’eau proportionnée à leur importance.
13. Au sujet du biberon à tube. Ses inconvénients. Ses dangers. Moyens d’y remédier.
(i Compte rendu des séances du Conseil àéhygi'ene publique et de salubrité du département de la Seine, page 166,1901.)
Dans ce rapport, j’insiste sur les inconvénients, sur le danger de l’emploi du biberon à tube. Tout le monde connaît ce biberon compliqué, avec son tube plongeur en verre et son tube extérieur, toujours en caoutchouc et d’une longueur de 15 à 20 centimètres ; ce biberon infanticide est universellement condamné, parce qu’il est d’un nettoyage difficile, sinon impossible, parce qu’il devient fatalement un foyer d’infection et altère les qualités du lait le plus pur. L’emploi de ce biberon engendre les troubles gastro-intestinaux les plus graves et ne cesse de causer la mort d’un trop grand nombre de nouveau-nés. Si l’autorité est désarmée pour mettre un terme à un semblable abus, il faut souhaiter qu’une loi intervienne et lui permette d’agir vite et énergiquement.
14. Sur l’opportunité de l'application dans le département de la Seine de l’article 8 de
la loi du 23 décembre 1874. ( Rapport présenté au Comité supérieur de protection des enfants du premier âge, le 3 juillet 1901.)
Conformément à la loi -du 23 décembre 1874, toute personne qui veut se placer comme nourrice sur lieu est tenue de se munir d’un certi-
ficat du maire de sa résidence, indiquant si son dernier enfant est vivant, et constatant qu’il est âgé de sept mois révolus, ou, s’il n’a pas atteint cet âge, qu’il est allaité par une autre femme, remplissant les conditions qui seront déterminées par le règlement d’administration publique prescrit par l’article 12 delà présente loi.
Cette prescription légale est souvent négligée, non seulement par les intéressées, mais aussi par les maires.
Dans le département de la Seine, la loi n’a jamais été appliquée, '•( parce qu’elle soulevait de nombreuses protestations.
Mon rapport, dont les conclusions ont été adoptées par le Comité supérieur de protection du 1 er âge, envisage et commente toutes les objections présentées contre la pratique de la nouvelle loi et insiste sur la nécessité d’appliquer la loi du 23 décembre 1874.
15. Empoisonnement par l'acide phénique résultant de méprise (48 grammes d’acide
phénique). Mort en dix minutes. Autopsie. (BMindela Société anatomique, 1885.)
Homme de 32 ans, détenu à la prison de la Santé.
Cet homme avale par mégarde 60 grammes environ de la solution concentrée d’acide phénique dans de l’alcool; or, cette solution est au 4/8™; autrement dit, 100 volumes de cette solution renferment 80 grammes d’acide phénique. Il en résulte que cet homme a avalé au minimum 48 grammes d’acide phénique. Dix minutes se sont écoulées entre le moment où cet homme a avalé le liquide toxique et le moment où il est mort. Les symptômes suivants furent observés : faciès pâle, tiré; yeux excavés; refroidissement des extrémités; sueur profuse, abondante; respiration stertoreuse, ralentie ; pouls imperceptible ; coma absolu; absence de vomissements, de convulsions. Autopsie: aucune ulcération sur la muqueuse de la bouche (notre malade avait introduit profondément dans sa bouche le goulot de la bouteille). La partie postérieure de la langue, les amygdales, le larynx, quelques points de la muqueuse delà trachée, l’œsophage, l’estomac, le duodénum, le jéjunum, présentaient une coloration grisâtre, argentée, brillante, due à l’action de l’acide phénique.
Le nombre des empoisonnements par l’acide phénique est très restreint. Il n’existerait, d’après Chapuis, que dix empoisonnements résultant de méprises et trois dé suicides.
Un seul empoisonnement criminel a été rapporté par Scherer.