CYR, PROFESSEUR A L’ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON
Ouvrage très intéressant dans lequel l’auteur s’est efforcé de signaler à plusieurs reprises les rapports qui existent entre l’obstétrique humaine et l’obstétrique animale, ce qui n’avait pas été fait jusqu’à lui. Malheureusement, au lieu de s’adresser aux livres sérieux, comme ceux de Jacquemier, Dubois, Gazeaux, Tarnier, l’auteur a été chercher ses inspirations dans le traité d’accouchements de Joulin, c’est-à-dire dans un livre qui n’est qu’une compilation des ouvrages parus antérieurement et où l’on retrouve à la fois les idées bizarres et dangereuses de son auteur, dans un ouvrage, en un mot, où tout ce qui a de la valeur n’appartient pas à l’auteur luimême, et où- ces parties elles-mêmes ont été plus ou moins dénaturées par le cachet plus ou moins original que Joulin a voulu leur imprimer.
On y trouve des recherches très curieuses sur la pelvimétrie qui présente cette différence remarquable avec la pelvimétrie humaine, que tandis que chez la femme la mensuration externe du bassin ne donne que des résultats fort incomplets, la pelvimétrie externe appliquée à l’animal donnerait, d’après M. Saint-Cyr et son collègue M. Arloing, des résultats absolument concluants et positifs.
Le diagnostic de la grossesse se fait chez l’animal à l’aide des signes sensibles, qui se bornent à la constatation des mouvements actifs du foetus. Pas de ballottement, pas de résultats par l’auscultation. M. Saint-Cyr a pourtant nettement perçu les battements du cœur fœtal chez la vache.
Un chapitre intéressant du livre c’est celui, qui est consacré à la durée de la gestation. Elle ne semble pas avoir chez les animaux de durée fixe comme dans l’espèce humaine, et tandis que chez la femme les grossesses prolongées sont tellement exceptionnelles qu’elles sont même absolument niées par quelques accoucheurs, M. Depaul en tête, il ne parait pas en être de même chez les animaux où ce phénomène semble relativement assez fréquent.
Comme dans l’espèce humaine la gestation peut se faire en dehors de l’utérus.
Parmi les maladies que les animaux présentent pendant la gestation il en est une qui mérite d’attirer l’attention, c’est la paraplégie qui semble assez commune chez la vache. On observe de même chez elle l’œdème que les vétérinaires appellent l'œdème froid, et enfin Riss a signalé deux cas d’amaurose chez la jument. On a donc lieu de s’étonner que les vétérinaires n’aient pas eu l’idée d’examiner les urines des animaux atteints de ces sortes d’affections pour voir si elles contenaient de l’albumine.
Il faut encore signaler la rétention anormale du fœtus dans la matrice, l’avortement qui chez l’animal ne s’accompagne pas d’hémorrhagie, et la rétention du placenta, qui peut chez la vache se produire assez souvent et déterminer des accidents graves. Chose curieuse, chez l’animal l’avortement révêt quelquefois la forme épizootique.
Le chapitre suivant est consacré à l’étude de l’accouchement naturel; il traite des présentations et des positions. Celles-ci ne sont pas fixes comme chez la femme, le fœtus, il est vrai, affecte dans la matrice une position qui est à peu près constante dans les mêmes espèces, et qu’il garde à peu près pendant toute la vie intra-utérine, mais qui change au
moment de la mise bas. Comme le fœtus humain, l’animal se présente par son extrémité antérieure, postérieure, ou par le travers. Seulement, tandis que dans l’espèce humaine c’est la tête qui sert de point de repère pour l’extrémité antérieure, chez l’animal c’est la poitrine qui désigne la présentation.
Le chapitre consacré à la dystocie est divisé en dystocie maternelle et fœtale. Ici une diilérence capitale avec l’espèce humaine, il n’est question chez l’animal ni de rachitisme ni d’ostéomalacie, mais les fractures du bassin, les exostoses, les tumeurs s’y rencontrent beaucoup plus fréquemment que chez la femme; il en est de même des hernies de l’utérus, des déviations de la matrice : mais il est une affection spéciale à la vache, c’est ce que les vétérinaires appellent la révolution de la matrice sur son axe, la torsion de la matrice, la torsion du col et du vagin.
Chez la femme, la matrice subit' bien un léger mouvement de torsion sur elle-même, mais cela ne peut se comparer à ce qui se passe chez la vache, et qui fait que la face supérieure de la matrice devient successivement latérale inférieure, latérale du côté opposé, pour redevenir supérieure quand la révolution est complète.
Signalons encore la rigidité du col, l’oblitération complète du col, les brides cicatricielles, la persistance de l’hymen et l’atrésie vulvaire.
La dystocie fœtale est surtout déterminée par le volume exagéré du fœtus (surtout chiens) et les présentations vicieuses.
Les opérations obstétricales comportent la propulsion, la
rotation et la version, correspondant à la version dans l’espèce humaine. Quant aux moyens d’extraction, ils exigent,, on le comprend, l’emploi des lacs, des licols, des crochets, du treuil, du cabestan, des moufles, c’est-à-dire des tractions mécaniques.
A ce propos, M. Charpentier, renvoyant à la thèse de M. Bailly (De l’emploi de la force dans les accouchements), se montre comme ce dernier auteur peu partisan des tractions mécaniques, et outre les objections basées sur la direction des tractions et l’impossibilité où l’on est de les diriger avec la main, en signale une qui lui paraît avoir une grande importance, « c’est, dit-il, la différence des causes de dystocie chez la femme et les grandes femelles.
Chez ces dernières, la dystocie tient le plus habituellement aux présentations vicieuses du fœtus, et comme ce n’èst pas la tête qui oppose ordinairement la résistance, mais le tronc du fœtus, la compression que le bassin de l’animal aura à subir, dans les tractions mécaniques, sera déterminée par un corps relativement compressible et revêtu de parties molles, épaisses et abondantes, de là l’innocuité relative. En est-il de même chez la femme. Loin de là. Les cas dans lesquels les partisans delà force mécanique, recommandent l’emploi de leurs appareils sont surtout les rétrécissements du bassin. Or, ces rétrécissements du bassin sont constitués par des os solides résistants, reliés entre eux d’une façon qui ne permet pas leur écartement sans rupture des ligaments et des articulations qui les relient entre eux ; de plus les parties molles qui les tapissent sont peu épaisses et sont revêtues d’une séreuse, qui parmi les séreuses est peut-être colle qui est le plus apte à s’enflammer. Il y a donc là une première différence, dont il nous semble qu’il faut tenir grand compte. Mais en outre
quelle est la partie du corps fœtal qui, chez la femme, doit franchir cette partie rétrécie du bassin et offre la résistance? Est-ce une partie molle facilement compressible? Non, c'est au contraire la tête, c’est-à-dire la partie la plus dure, la plus résistante, la moins compressible de l'enfant, celle enfin où les parties molles sont les moins épaisses. Peut-on donc comparer les conditions? Dans un cas, il s’agit de faire franchir un bassin normal à une partie éminemment compressible (1 cent. 1/2 à 2 cent, au plus dans les cas les plus favorables de réd uc tion), la tête qui doit franchir le bassin, c'est-à-dire un canal absolument résistant et absolument inextensible ; qui de plus, comme dans certains cas de rachitisme, présente des crêtes, des arêtes saillantes, qui, comme le prouvent quelques faits, peuvent déjà devenir dangereuses dans les accouchements spontanés. Peut-on donc s’étonner des résultats funestes auxquels on arrive par les tractions mécaniques, comme le prouvent la majorité des faits recueillis actuellement? Evidemment, les tractions mécaniques pourront parvenir à faire franchir les rétrécissements à la tête fœtale, personne n’en a jamais douté; il y a là une sorte d’effet de laminoir que l’on ne peut constester, mais, dans les cas difficiles, ce ne sera jamais qu’au détriment du bassin ou de la tête fœtale, c’est-àdire de la mère et de l’enfant, et dans les cas faciles on pourra presque toujours y parvenir avec la force manuelle seule, surtout lorsqu’elle sera exercée par un homme instruit, et qui saura varier la direction des tractions suivant les axes du bassin, et suivant les conditions dans lesquelles se présentera ce bassin. M. Tarnier, qui considère que la plus sérieuse objection que l’on puisse faire aux tractions mécaniques, c’est d’être invariables, de tirer toujours dans le même sens et de ne pas pouvoir êtremodifiéesà volonté et dirigées suivant
l’axe curviligne du bassin, croit avoir obvié à cet inconvénient en remplaçant l’appareil de Chassagny ou de Joulin par le simple moufle. Il y a là déjà, il est vrai, une amélioration, en ce qu’on peut, à volonté, diriger les tractions dans tous les sens aussi bien qu’avec l’opération purement manuelle. Mais, si le glissement si fréquent du forceps avec les appareils mécaniques peut être ainsi un peu plus évité, il n’en peut pas moins se produire quelquefois avec ses conséquences désastreuses; et de plus, notre objection n’en subsiste pas moins tout entière. Du reste, les expériences faites par M. Tamier sont encore bien peu nombreuses, sept seulement, et sur les sept observations, deux mères sont mortes, ainsi que quatre enfants. Les résultats ne sont donc pas bril-
toujours, j’en suis convaincu, moins de désordres que les 40 kilogr. appliqués d’une façon inconsciente.
Le dernier chapitre du livre de M. Saint-Cyr est consacré aux accidents du part et on retrouve là ce qu’il appelle la fièvre vitulaire, l’analogue de la fièvre puerpérale, et sur laquelle les vétérinaires ne sont pas plus d’accord que les accoucheurs sur la fièvre puerpérale.
Disons enfin que l’éclampsie se rencontre dans les espèces animales comme dans l’espèce humaine.
1876. — Des instruments destinés a remplacer le forceps