PREMIERS MOIS DE LA GROSSESSE
(Annales cC hygiène et de médecine légale. Rapport, par le D r Charpentier).
Au mois d’avril 1874, dans une des séances de la Société de médecine légale, M. Gallard à propos d’un fait très intéressant d’avortement survenu à deux mois de grossesse et examen fait du produit expulsé émettait cette opinion. Tout avortement qui se fait dans les premiers mois doit se faire en bloc, c’est-à-dire que l’œuf doit être expulsé en entier. Lorsque l’œuf présentera des déchirures et à plus forte raison si les membranes sont retournées ce sera une preuve qu’une main criminelle aura déterminé l’avortement.
M. Charpentier s’éleva fortement contre cette opinion comme trop exagérée, et même dangereuse, et la Société de médecine légale nommait une commission chargée d’élucider la question. Nommé rapporteur, M. Charpentier discute d’abord 17 faits de M. le D r Leblond, dont 16 sans rupture et 1 avec rupture, et montre qu’ils ne sont pas concluants ; car constatant la difficulté qu’ilyaà préciser l’âge exact de la grossesse, et qu’un écart de trois semaines est possible, il craint que M. Leblond n’ait ainsi en attribuant à des œufs abortifs un âge plus avancé qu’ils ne l’avaient en réalité, pris l’exception pour la règle et réciproquement.
L’auteur croit que les œufs très jeunes sont expulsés enbloc, mais quand ils ont acquis un certain volume il n’en est plus de même : tous les accoucheurs sont d’accord sur ce point. Il constate que l’on peutavec raison reconnaître trois sortes d’avortement, l’avortement ovulaire, l’avortement embryonnaire, l’avortement fœtal.
Quand on étudie la marche de l’avortement il y a plusieurs facteurs en présence. — Kuneke, en Allemagne, en admet quatre :
1° Les modifications mécaniques ;
2° Les modifications organiques ;
3° Les modifications dynamiques ;
4° Les modifications plastiques, que l’on peut ramener à
1° Modifications qui se passent du côté de l’œuf ;
2° Modifications qui se passent du côté de la matrice.
Or du côté de l’œuf ces modifications sont énormes depuis le jour de l’arrivée de ce nouvel organisme dans lamatrice, jusqu’à la fin du troisième mois ; et si considérables qu’il est
impossible par exemple, de comparer entre eux des œufs du premier, du second ou du troisième mois.
Passant en revue les œufs de ces différentes catégories l’auteur montre que les œufs du premier mois sont alors composés d’un chorion et de la vésicule ombilicale qui le remplit presque en entier : il y a un allantoïde, un amnios, mais pas ou à peine de cordon (œufs de Thomson, Millier; Coste, Wagner, Devilliers). Ces œufs sont pleins, ne possèdent pas de cavité remplie de liquide et sont partout recouverts de villosités. Pendant ce premier mois, l’œuf présente donc une physionomie spéciale. Greffé sur la muqueuse utérine qui a bourgeonnée autour de lui, de façon à constituer ce que Ton appelle la caduque réfléchie, l’œuf est entouré de toutes parts par les villosités choriales qui se développent sur toute son étendue, il se compose déjà de ses deux membranes, amnios, chorion; et la muqueuse utérine peut se décomposer en trois parties : caduque réfléchie, caduque pariétale et muqueuse utéro-ovulaire; mais il n’y a pas véritablement encore de cavité de Tamnios, elle n’est qu’en voie de formation et nécessairement si l’œuf est expulsé, il est expulsé en bloc.
Lorsque l’avortement survient dans ces conditions, l’œuf, on le comprend, se détache facilement de la muqueuse et son petit volume aidant, il passe à travers le col sans que la femme en soit pour ainsi dire avertie autrement que par la sortie de quelques caillots, et par la manifestation de quelques coliques qu’elle n’éprouve ordinairement pas, ou qui ne se manifestent qu’àl'époque des règles, affectant ainsi nettement le caractère de coliques utérines et se distinguant par conséquent des coliques intestinales. — Ce n’est pas du reste à cette époque qu’il peut être question d’avortement provoqué, car les femmes soupçonnent à peine leur grossesse et se bornent
à l’emploi de bains, de cataplasmes chauds et des einménagogues.
Quand au deuxième facteur, c’est-à-dire aux phénomènes qui se passent du côté de la matrice, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir encore, àpropremenl parler, de contractions utérines, la fibre utérine n’étant pas encore développée.
L’avortement embryonnaire présente un autre tableau; trois facteurs ici entrent enjeu :
1° Volume et résistance de l’œuf;
2° Action de la matrice;
3” Vitalité ou mort de l'œuf.
A partir de la cinquième semaine, l’œuf se compose de trois enveloppes distinctes : une interne, Famnios, qui s’éloignant de plus en plus de l’embryon forme une cavité qui tend à se remplir de plus en plus par le liquide amniotique; une externe, le chorion garni de villosités creuses et ramifiées qui couvrent toute la périphérie de l’œuf et pénètrent dans l’épaisseur do la muqueuse utérine ; et entre ces deux membranes l’allantoïde, qui s’aplatissant déplus en plus à mesure quelle s’épanouit, arrive de l’état de vésicule à l’état de lamelle cellulaire, qui vient amener les vaisseaux ombilicaux jusque dans les plus fines radicules des villosités choriales devenues creuses; enfin, comme dernière enveloppe, la caduque pariétale utérine et la muqueuse utéro-placentaire. La vésicule ombilicale atrophiée et flétrie n’existe plus qu’à l’état de vestige. Le cordon est à l’état de formation, mais il existe déjà bien réellement.
Les villosités tendent à s’atrophier partout, sauf au piveau delamuqueuse utéro-ovulaire, inter utéro-placentaire, où elles se développent au contraire d’une façon exagérée pour former le placenta.
Quant à l’utérus, il subit une véritable hypertrophie qui porte sur tous les éléments de l’organe, mais surtout sur la fibre musculaire. L’avortement se compose donc alors : 1° du décollement de l’œuf; 2° du décollement de la muqueuse pariétale ou caduque; 3" de l’expulsion de l’œuf.
C’est bien rarement du premier au second mois que les manœuvres criminelles destinées à provoquer l’avortement sont exécutées. Ce n’est pas à la perforation des membranes que les criminels ont recours à cette époque, c’est aux injections i au décollement des membranes, aux sondes. Mais la perforation des membranes expose trop à la perforation de l’utérus. — C’est d’un autre côté à cette époque que se font la plupart des avortements spontanés, correspondant à la période cataméniale : que la congestion dépasse les limites normales, une hémorrhagie se déclare, le sang s’épanche dans la cavité utérine, déchire les liens qui unissent l’œuf à l’utérus, quelquefois même déchire le chorion lui-même, pénètre dans l'épaisseur de cette membrane arrive même jusqu’à l’amnios et pénètre jusque dans la cavité de l’œuf. Voilà un premier cas où. les- membranes sont rompues. — L’hémorragie est-elle moins abondante, il y a simple décollement de l’œuf qui devenu corps étranger est expulsé, par l’utérus en bloc, ou membranes rompues, suivant les cas. Mais c’est l’hémorrhagie qui est le signe du début. Les contractions ne viennent qu’après.
Dans une seconde variété l’hémorrhagie ne vient qu’en second lieu, et ce sont pour ainsi dire les contractions utérines qui font tous les frais de l’avortement. Au lieu d’un décollement rapide et étendu, l’œuf ne se décollera que lente, ment, progressivement, peu à peu, par place ; chaque décollement étant précédé d’une contraction, s’accompagne d’une
hémorrhagie qui n’aura plus les caractères de la première. L’autre était violente, abondante au début, puis continue et composée de sang noirâtre. Celle-ci sera plus intermittente ën rapport avec l’intensité des contractions et d’autant plus vive que les douleurs seront plus énergiques. L’œuf est vivant dans ce dernier cas et il résiste à la destruction tant que la nature le permet. Ce n’est plus un corps étranger dont l’utérus cherche à se débarrasser le plutôt possible, c’est un organisme vivant, qui greffé sur l’organisme maternel exigé pour en être séparé des efforts plus héroïques et plus puissants. De là la durée plus longue de l’avortement, de là ces alternatives dé repos et de douleurs, le caractère intermittent dés contractions qui est le type de l’action utérine en particulier, dans l’avortement.
Les conditions d’expulsion ne sont donc plus les mêmes que dans le cas précèdent... Et cela ne suffit-il pas pour expliquer l’intégrité de l’œuf dans le premier cas, et sa rupture dans le second? Tandis que dans le premier cas l’œuf détaché de l’utérus tend de lui-même à s’engager dans le col, dans le second, l’œuf retenu encore par une partie de ses adhérences à l’utérus est incomplètement poussé vers ce col au moment de la contraction utérine. Poussé par l’utérus au moment de la contraction, il tend après cette contraction à reprendre sa place normale. La contraction s’augmente, le col s’entr’ouvre, l’œuf s’y engage, mais lacon traction cesse et l’œuf se trouve ainsi pris entre deux forces, lé col d'une part qui tend àle retenir, le corps de l’utérus de l’autre, qui tend àl’eu traîner en arrière au moment où la contraction cesse. Qui ne voit qu’il y a là une série de tiraillements, qui, pourpeu que les adhérences rési tent, exposent fatalement l’œuf à une rupture ; rupture qui n’est pas obligatoire, mais qui surviendra d’autant plus
sûrement que la vitatité de l’œuf sera plus grande et les adhérences plus solides. Ce mécanisme est d’autant plus réel que l’on en trouve la confirmation à mesure que l’on s’éloigne du début de la grossesse. Plus on s’éloigne de ce moment plus la rupture est la' règle. A3, 4,5 mois, toujours les membranes se rompent et on a pu dire avec raison que dans l’avortement, l’expulsion du fœtus n’était rien, [celle du placenta était tout.
Dans l’avortement le col ne s’efface ni ne se dilate ; il s’ouvre seulement de la quantité suffisante pour que l’œuf puisse passer, mais il conserve toute sa [longueur, .les deux orifices restent à leur distance respective, ce n’est plus un anneau que l’œuf va franchir, c'est un canal dont la rigidité est d’autant plus grande que la grossesse est moins avancée.
Discutant eusuite le fait invoqué par Sallard, l’auteur réfute une par une chacune des assertions de son contradicteur (retournement de l’œuf, absence du fœtus, etc.), puis il arrive à l’avortement de 2 mois à 3 mois 1/2.
A partir de cette limite l’avortement devient un accouchement en petit, et l’avortement lui-même devient de plus en pins rare, à partir de cette époque. C’est au contraire dans cette période qu’il est le plus souvent provoqué. C’est à ce moment que le signe invoqué par Gallard pourrait avoir de l’importance, il n’en est rien.
L’œuf, en effet, n’est plus le même ; les villosités atrophiées sur la plus grande étendue de la surface se sont condensées, réunies, hypertrophiées en masse sur un point, pour constituer le placenta qui fixe solidement l’œuf à la paroi utérine. L’amnioset ie/chorion forment deux membranes excessivement minces, enfermant la cavité de l’œuf remplie du liquide amniotique dans lequel nage le fœtus, attaché au placenta par
son cordon ombilical. Le placenta est relativement beaucoup plus solide, plus volumineux que le fœtus.
Qu'un traumatisme, qu’une hémorrhagie se produisent l’œuf se décollera, mais partiellement, aussi la rupture des membranes devient la règle et l’avortement en bloc l’exception.
L’utérus, d’un autre côté, est loin d’avoir acquis sa structure définitive ; la fibre musculaire y est encore à l’état rudimentaire, aussi ses contractions sont-elles relativement trop faibles pour détacher le placenta : de là la durée quelquefois infinie de l’avortement. Ajoutons la disproportion entre l’ouverture du col et le corps qui doit la traverser. Voici ce qui se se passe : l’avortement commence (perte ou contraction, peu importe, mais ces deux phénomènes marchent pour ainsi dire parallèlement). Sous l’influence des contractions, le col s’entr’ouvre, l’œuf s’engage dans le col, mais il ne sort pas ; il reste là plusieurs heures, quelquefois plusieurs jours ; puis à un moment donné, la plupart du tempsdansune contraction,, quelquefois, je dirai même souvent, dans un mouvement, dans un effort de la femme, l’œuf se rompt. Au moment de la rupture, l’embryon qui est relativement lourd pour son cordon, est chassé à travers le col qu’il franchit, grâce à sa mollesse, et si l’effort est un peu soutenu, sa propulsion seule suffit à rompre le cordon. Si le cordon résiste, l’embryon reste appenduàcecordon, appliqué contre les parties de la femme, et si l’on n'intervient pas, le cordon se romptdans les mouvements de la femme. Si l’on tire ce cordon, il se rompt infailliblement, mais jamais, jamais il ne peut être assez résistant pour suffire au décollement du placenta, et à plus forle raison à son retournement.
Passé 3 mois l’avortement, comme l’accoucliement, se fait en deux temps :
1° Expulsion du foetus.
2° Expulsion du placenta.'
La Société a adopté les conclusions de ce rapport qui sont les suivantes :
1“ l’état actuel de la science ne permettant pas de fixer d’une façon absolue l’âge de le grossesse, et un écart de3 semaines étant toujours possible entre le début vrai et le début supposé de cette grossesse, il est impossible de détermi n er exactement l’âge des produits abortifs que l’on aura à
2“ Dans les six premières semaines, l’avortement se fait en bloc, le volume et la cavité de l’œuf étant à cette époque très minimes.
3° De la sixième à la dixième semaine, ou environ, l’avortement peut encore se faire en bloc, mais il se fait au moins aussi souvent en deux temps. Tout dépend de la résistance de l’œuf, de la force des contractions utérines, de la résistance du eol, des adhérences de l’œuf ou de ses altérations.
4° l’absence du fœtus ne prouve pas l’intervention criminelle, caree fœtus peut avoir subi la dissolution, si l’œuf mort a séjourné longtemps dans la cavité utérine.
S° A partir dé 3 mois, 3 mois 1 /2, la rupture est la règle, l’avortement se fait en deux temps: expulsion du fœtus, expulsion du placenta, cette dernière partie de l’avortement pouvant durer plus ou moins longtemps.
6° jusqu’à 4 mois, le cordon est beaucoup trop faible pour résister aux tractions qui seraient exercées sur lui dans le but d’extraire le placenta.
7° La rupture des membranes ne peut donc être consi-
3 seule comme un signe d’avortement provoqué: e autorisé à en faire un signe de certitude d’acriminel, même lorsqu’on la constate dans les
En traduisant ce mémoire, M. Charpentier a voulu mettre les lecteurs français au courant de la pratique allemande dans les cas de rétrécissements dubassin, et montrer les différences qui existent dans la pratique française et allemande. Tandis qu’en effet en France les accoucheurs ont recours au forceps suivi au besoin de l'application du céphalotribe après perforation du crâne, en Allemagne c’est à la version que l’on a recours. Les auteurs allemands eux-mêmes ne sont pas d’accordsur ce point, chaque procédé ayant des partisans plus ou
L’auteur n’a pas eu dans ce travail le but de faire une ■étude complète et détaillée des grossesses extra-utérines, il a voulu seulement signaler plus particulièrement quelques points intéressants, et montrer les progrès réalisés dans ces dernières années dans l’étude de cette anomalie de la gros-
Il montre d’abord que quoique signalées par les auteurs anciens, qui les considéraient comme des faits bizarres, curieux, dont ils ne pouvaient se rendre compte, les grossesses extra-utérines n’ont été admises comme une espèce distincte, que depuis l’époque où la présence de l’oeuf a été nettement constatée dans l’ovaire et où la fécondation a été étudiée d’une façon assez intime pour que ces faits qui paraissaient surdaturels pussent s’expliquer — et ce ù’est en réalité que nepuis les travaux de Megrier, de Raciborsky et de Coste que les phénomènes de la menstruation et de la fécondation étant bien connus, on a pu arriver à une étude rationnelle des grossesses extra-utérines.
Or l’ovule fécondé non seulement peut se développer sur tous les points des organes génitaux, même le col (obs. de Chavanne), mais il peut se greffer sur tous les organes contenus dans la cavité abdominale, et y subir toutes les périodes de son évolution. De là, au point de vue anatomo-pathologique, une foule de divisions et de subdivisions, dont quatre surtout permettent d’y faire rentrer toutes les autres, ovarique, abdominale, tubaire et interstitielle. Se plaçant au point de ■ vueexclusivementpratique, Depaulpense que fonpeut réduire à. deux les nombreuses variétés admises par les auteurs, la grossesse tubaire et la grossesse péritonéale, chacune d’elles admettant une sous-division :
j Interstitielle.
| Tubaire prop. dite.
I Primitive.
Secondaire.
Repaul exclut ainsi la grossesse sous-péritonéo-pelvienne dont il existe cependant des observations authentiques. Dans ce cas, l'ovule se développe entre les deux feuillets du ligament
Grossesse tubaire .
Grossesse péritonéale
large, indépendamment de l’ovaire et delà trompe, dansla cavité pelvienne.
Enfin ajoutons que les idées nouvelles sur la structure de l’ovaire, en faisant constater la non existence de la tunique albuginée de l’ovaire, doivent modifier les idées que l’on se faisait de la grossesse ovarique. L’œuf fécondé doit forcément se développer dans l'intérieur de la vésicule de Graaf, et les parois dukyste êtreforméespar les paroisdecettevésicule plus ou moins amincies et distendant plus ou moins le péritoine qui les recouvre.
Causes. — Les auteurs ne s’entendent pas beaucoup mieux au point de vue des causes, chacun attachant une importance particulière à celles qu’il lui a été donné de supposer. Mais s’il en est d’hypothétiques, il en est un certain nombre d’incontestables qu’il faut signaler. Ainsi tout ce qui pourra mettre un obstacle à la migration de l’œuf dans la trompe pourra déterminer cet accident. Telles sont les imperforations, les vices congénitaux des trompes, leur oblitération par d’anciennes inflammations adhésives, des mucosités, des polypes, les tumeurs de la matrice, 16s tumeurs pelviennes, les brides accidentelles suites de péritonite, certaines affections de matrice (cancer), des traumatismes qui enpermettantla rupture des parois de la matrice favorisent la pénétration de l’œuf dans l’abdomen, les cas singuliers de Lecluyse, de Koeberlé, de fistules de la matrice ayant permis la fécondation, enfin, certains cas que les Allemands ont étudié sous le nom de transmigrations internes et externes de l’œuf.
L’anatomie pathologique présente les mêmes divergences, car si tous les auteurs concordent pour l’œuf lui-même, il n’en est plus de même quand il s’agit de déterminer son point d’implantation. Il suffit de rappeler les faits signalés par
Velpeau pour faire comprendre comment tel fait considéré comme une grossesse ovarique par un auteur est pris par un autre pour une grossesse tubaire ou tubo-abdominale, etc.
L’auteur étudie ensuite les points d’implantation de l’œuf ; les modifications qui se produisent dans les parties maternelles sur lesquelles s’implante le placenta; il montré qu’il se forme en ce point une sorte de réseau vasculaire érectile sur lequel le placenta est implanté. Toutes les observations s’accordent à cet égard. Il s’agit en effet avant tout pour la nature d’assurer la vitalité, l’existence de ce nouvel organisme, et ce n’est qu’en le mettant dans des conditions analogues à celles qu’il aurait rencontré dans la matrice que la nature peut y parvenir.
Les parties génitales ne restent pas indifférentes au travail qui se passe en dehors d’elles pas plus que les mamelles; mais les deux modifications les plus importantes, se passent du côté du col et de la caduque.
Du côté du col ces modifications rappellent jusqu’à un certain point celles de la grossesse utérine, mais elles ne dépassent pas certaines limites et dans l’immense majorité des observations, ces modifications sont en désharmonie avec l’âge de la grossesse ; de plus, le col subit des déplacements qui ne sont pas ceux de la grossesse normale, et qui sont subordonnés au déplacement que la matrice subit sous l’influence du développement du kyste fœtal.
La caduque se présente ordinairement Comme constituant la couche la plus interne des parois utérines, dont elle peut se détacher et être expulsée en totalité ou en partie, à différentes époques de la gestation. Sa consistance, sa couleur, son épaisseur sont variables. La caduque existe donc, mais elle ne peut exister que dans l’utérus, et les auteurs qui dans
le cas de grossesses tubaire, ovarique, ou abdominale ont voulu chercher dans ces organes, et en contact avec l’œuf, une véritable caduque, ne devaient ni ne pouvaient en trouver. Schrœder pourtant admet que dans les cas de grossesse tubaire, la muqueuse de la trompe bourgeonne et forme une véritable caduque réfléchie. L’apparence peut être la même, mais la structure différente prouve qu’il ne s’agit pas là de la vraie ■eaduque.
Le fœtus possède toujours son chorion et son amnios, et il ne peut en être autrement. Mais les éléments dont se composel’organe protecteur de lamatrice accidentelle et dont s’entoure le produit de conception varient suivant les points où il se développe.
Tous les auteurs sont d’accord pour admettre l’existence d’un kyste protecteur, mais les éléments qui entrent dans sa composition varient suivant les cas. Quant au placenta il ne diffère du placenta des grossesses utérines que sous le rapport du siège, de la forme et du volume.
Le fœtus, jusqu’au terme complet de son développement, ne présente rien de particulier, mais lorsque le fœtus reste passé ce temps dans la cavité abdominale, il peut se présenter sous des aspects fort différents. Tantôt il survit un certain temps après le terme normal, et alors il présente un degré de développement et d’ossification en rapport avec l’âge de la grossesse, tantôt et le plus ordinairement, il succombe avant terme, et alors il subit des altérations très diverses, macération, putréfaction si l’air a eu accès, dessèchement, squelettisation, ossification, saponification, sans compter les altérations dues à l’inflammation du kyste.
Symptômes. — Les plus importants sont les irrégularités au point de vue de la suppression des règles ; les écoulements
sanguins ou séro-sanguins qui se manifestent en dehors de toute époque menstruelle, accompagnés de coliques, de douleurs violentes, et la présence dans oes écoulements de lambeaux pseudo-membraneux qui ne sont autres que des débris de caduque.
Une douleur très variable pour le moment et le mode de son apparition, son siège, son intensité, sa marche, douleur qui se réveille avec une intensité et une acuité plus considérable en-t oore, avec sensation de déchirement, aumoment de la rupture du kyste fœtal.
L’apparition d’un faux travail.
Puis les signes de certitude fournis par le palper : présence d’une tumeur qui, située latéralement, est plus dure, plus résistante que l’utérus gravide, présente souvent du ballottement et à côté de laquelle on en trouve souvent une autre plus petite constituée par l’utérus. Constatation des parties fœtales.
L’auscultation permet seulement d’affirmer la grossesse, mais le toucher vaginal donne les signes les plus importants en faisant constater le peu de développement de l’utérus, les modifications incomplètes du col, ses déviations anormales, véritables déplacements et surtout la désharmonie entre ces modifications et l’âge de la grossesse.
Le toucher rectal donne des renseignements précis sur la forme, le volume et la position de l’utérus et les dimensions de la tumeur.
Depaul attache une importance capitale à deux caractères particuliers :
1* La position plus superficielle des parties fœtales qui dans certains cas semblent sous la peau ;
2° La forme particulière, spéciale de la tumeur dont le
diamètre transverse est plus étendu que le longitudinal; tumeur qui affecte une direction plus ou moins oblique, ordinairement à gauche, tandis que dans la grossesse normale o’est généralement du côté droit que s’incline l’utérus. Enfin le cathétérisme utérin qui permet de constater la vacuité de l’utérus; ajoutons enfin l'es symptômes qui surviennent après le déplacement de l’œuf et la rupture du kyste.
Dwrée. — Varie avec les formes de grossesse extra-utérine.
Celles qui durent le moins sont les grossesses inters titielles dépassant rarement le troisième mois.
Viennent ensuite les grossesses tubaires, puis les ovariques, et enfin les grossesses abdominales qui elles, au contraire, peuvent dans certains cas se prolonger presque indéfini-
Terminaisons. — L’auteur signale : deux variétés.
Dans la première, la grossesse se termine pendant le cours de la gestation ou au terme du complet développement du fœtus, avant ou immédiatement après la mort de celui-ci (grossesses récentes de Cavwenberghe).
Dans la deuxième, la grossesse ne se termine qu’à une époque très variable, après un séjour plus ou moins long du fœtus devenu corps étranger dans le corps de la mère (grossesse ancienne).
Grossesses récmles. — Ruptures du kyste. Pas de rupture du kyste, transformations du fœtus.
Grossesses anciennes. —Le fœtus peutrester ausein del'organisme maternel, s’y momifier, s’y encroûter de sels calcaires, y subir la transformation adipocireuse et se réduire à son squelette.
2° Après un séjour plus ou moins prolongé, divers accidents causés par sa présence, ou coïncidant avec elle, peuvent ame-
ait établi aucune voie d’élimina-
ner la mort sans qii’iL se
3° Le kyste peut s’ouvrir soit par la paroi abdominale, soit par l’intestin, soit par le canal utéro-vaginal, soit par la vessie, et les débris du produit de conception être éliminés au dehors.
Diagnostic. — Se divise en deux catégories :
1° Etablir qu’il y a grossesse, et grossesse extra-utérine, c’est-à-dire distinguer la grossesse extra-utérine de la grossesse utérine et des différentes affections qui peuvent être confondues avec elle.
2° Reconnaître la variété de grossesse extra-utérine à laquelle on a affaire.
Traitement. — Quant au traitement, tous les auteurs s’accordent à.considérer deux périodes :
1° La femme pour laquelle on est consulté est dans le cours des quatre ou cinq premiers mois de cette grossesse insolite.
2° Elle a dépassé cette première période et elle est arrivée plus ou moins près du terme normal de la grossesse ; parfois même elle l'a dépassé.
On a conseillé la ponction du kyste et l’introduction dans la cavité de substances toxiques en quantité suffisante pour tuerie fœtus sans faire courir à la mère un danger sérieux. (Cas de Freidreich, suivi de succè.s) Mais souvent le diagnostic ne se fait qu’au moment de la rupture àu kyste. Fautil intervenir ? Depaul s’y oppose absolument et l’auteur se rattache à cette opinion. Mais après le quatrième ou le cinquième mois, le diagnostic peut être aussi complet que possible, il s’agit presque toujours de grossesse péritonéale. C’est la gastrotomie qui est indiquée. Reste le moment où
elle doit être pratiquée. Depaul conseille d’attendre la fin du huitième mois, mais il faut se garder de toucher au placenta.
Quand le fœtus est mort, Depaul conseille la temporisation en se réservant d’intervenir lorsque la présence du corps étranger n’est pas tolérée. Lorsque des accidents tenant à l’inflammation ou à la décomposition du fœtus et du kyste se sont déjà produits, Depaul intervient le plus promptement possible, le succès de l’opération dépendant beaucoup de l’état de santé ou de dépression de la mère.
Le manuel opératoire, on le comprend, ne peut avoir rien de précis.
1879. — L’obstétrique au japon.
(Traduit du Japonais en AUemand, par M. Miyaké, interprète et par le D' Muller. — Retraduit de l’Allemand : Mittheilungen der Deutschen Gesellschaft für Natur-und Vôlkerkunde Ostasiens, Yokohama), par Charpentier. (Archives de Tocologie, 1879.)
Publication bizarre, sans aucune importance scientifique, mais qui sert à faire connaître au lecteur l’état de la science obstétricale au Japon jusqu’à nos jours, et les procédés opératoires employés par les Japonais dans les cas de dystocie.
1879. — Notice bibliographique sur le d'jacquemier.
(Archives de médecine, 1879.)
L’auteur, en faisant connaître le résumé des ouvrages de M. Jacquemier, a voulu montrer la valeur de l’homme aussi modeste que bon que l’Académie a perdu récemment et rendre ainsi un dernier hommage à celui qui lui a témoigné tant d’intérêt et de bonté au début de sa carrière obstétricale.