PRÉFACE
Dans l’exposé de nos travaux nous avons adopté la division suivante :
A. Bactériologie appliquée à la pathologie et à la clinique.
B. Epidémiologie et hygiène.
En parcourant les mémoires que nous avons consacrés au pneumocoque on verra quel secours l’étude d’un agent pathogène peut fournir à la connaissance d’une maladie.
La marche si spéciale de la pneumonie lobaire est en rapport avec les propriétés du micro-organisme qui lui a donné naissance et c’est aux localisations diverses de celui-ci que sont dues la plupart des complications de la maladie. La présence du pneumocoque dans la salivé, poursuivie dans diverses directions, fournit une explication satisfaisante de nombreuses particularités étiologiques. Le pronostic d’un épanchement purule t de la plèvre dans lequel on rencontre le pneumocoque est bien meilleur et la conduite à suivre dans le traitement peut en conséquence varier. Ajoutons la possibilité de reconnaître la nature pneumococcique de nombreuses lésions viscérales survenues indépendamment de toute pneumonie et nous n’aurons certainement pas épuisé la liste de nos contributions à ce sujet.
Si l’étude du pneumocoque occupe dans nos travaux la place initiale et prépondérante, cette place n’est point exclusive, et nous signalerons volontiers les communications que nous avons consacrées au bacille encapsulé de Friedlaender, aux streptocoque et staphylocoque pyogènes, à l’actinomycose, au tétragène, au bacille flexueux des pleurésies putrides, aux maladies du poumon et de la plèvre, aux bactéries de la
bouche, de l’intestin, des voies biliaires, à l’endocardite ulcéreuse à laquelle nous consacrions déjà en 1881 notre mémoire de médaille d’or, aux otites, aux méningites. L’Académie de médecine a bien voulu récompenser parles prix Stansky et Meynot nos recherches sur la contagion de la pneumonie et la bactériologie des otites.
Les services hospitaliers auxquels nous avons été attaché successivement comme interne, chef de clinique et chef de service nous ont fourni les matériaux de ces travaux, matériaux que nous avons utilisés dans les laboratoires des hôpitaux de la Faculté de médecine.
La bienveillance du gouvernement, qui nous a chargé de nombreuses missions au cours de maladies épidémiques, nous a permis d’autre part d'aborder pratiquement l’étude de diverses questions épidémiologiques. Ici encore nous avons demandé aussi souvent que possible conseil aux recherches du laboratoire (choléra, grippe, etc.). Nous n’avons pas négligé l’enseignement donné par les épidémies antérieures et nous avons été à même de mettre à profit notre connaissance des littératures étrangères. Dans notre travail consacré à l’origine hydrique du choléra, nous avons eu la satisfaction de pouvoir rappeler des observations des plus démonstratives bien que déjà assez anciennes. Dans nos recherches sur l’étiologie du typhus, l’étude des documents alsaciens, badois et bavarois nous a permis de démontrer qu’on avait attribué à tort à l’encombrement seul l’éclosion de l’épidémie de la prison de Strasbourg en 1854, qu’il y avait eu au contraire importation.
S’il ne nous a pas été possible de reconnaître l’origine de l’épidémie cholérique de la banlieue de Paris en 1802, nous avons pu suivre ses progrès, indiquer la part de la contagion directe et de la contamination de l’eau dans les progrès du mal. Nous avons reconnu qu’à Iloudreville la pollution de l’eau qui a servi à la diffusion du fléau était due à l’arrivée des déjections d'un convalescent et non d’un malade, etc.
Pour le typhus exanthématique que l’on croyait incapable de s’acclimater en France, nous avons pu suivre pas à pas l’importation par les chemineaux. Nous avons montré comment l’épidémie des bassins de la
Seine et de la Somme avait, en dépit des apparences, une origine bretonne. Nous croyons avoir apporté des arguments importants en faveur de la contagion directe et contre la dissémination aérienne, etc.
L’Académie des sciences a récompensé par deux fois des prix Bréant ces recherches sur le choléra et le typhus exanthématique.
A la suite de cet exposé nous avons placé le sommaire des conférences d’hygiène que nous avons professées à la Faculté de médecine depuis l’année 1894, et dont un très petit nombre a été publié. Dans la peste, le choléra, la grippe, le typhus récurrent, la (lèvre typhoïde, la diphtérie, la tuberculose, la lèpre, le charbon, la morve, maladies dont nous connaissons les agents pathogènes, les propriétés de ces micro-organismes sont en harmonie parfaite avec les particularités du contage.
Nous avons exposé les recherches bactériologiques consacrées au typhus exanthématique, à la variole, à la rougeole, à la scarlatine, à la coqueluche, aux oreillons, à la rage, etc., maladies dont le microbe reste encore ignoré. La variole et la rage nous ont montré que même en l’absence du microbe la pathologie expérimentale donne des renseignements très précieux et permet parfois d’obtenir les moyens de prévenir ou de guérir les maladies les plus redoutables. La peste, le typhus récurrent, la variole, la scarlatine, la diphtérie, la tuberculose, nous montrent la solidarité qui existe entre la pathologie humaine et la pathologie des animaux, solidarité qui, comme on voit, n’est pas exclusivement limitée aux zoonoses traditionnelles, le charbon, la morve et la rage.