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INTRODUCTION

On trouvera dans cet exposé l’énumération-et l’analyse sommaire de travaux divers consacrés à de nombreux sujets. Parmi ceux qui nous paraissent dignes d’une mention plus spéciale, nous placerons au premier rang ceux qui ont eu pour objet l’étude du pneumocoque et des maladies du poumon et de la plèvre, et dont la liste comprend plus de 50 communications, ainsi que nos recherches sur la méningite cérébro-spinale épidémique et les méningites suppurées qui ne comportent pas moins de 29 articles. Nous mentionnerons ensuite nos études sur les endocardites ulcéreuses, les otites suppurées, les microbes pathogènes de la cavité buccale et du tube digestif, la diphtérie et les injections prophylactiques de sérum antidiphtérique, les épidémies de typhus exanthématique et de choléra, ainsi que nos publications sur la peste, le scorbut infantile et les applications thérapeutiques de l’argent colloïdal.

Initié dès 1879 aux recherches bactériologiques que nous n’avons jamais abandonnées depuis cette date, nous avons pu depuis 1887 les poursuivre sans interruption dans le laboratoire de la Faculté dont nous avons été successivement chef et directeur adjoint.

Les services hospitaliers parisiens nous ont vu tour à tour élève, externe, interne, chef de clinique et chef de service et nous nous

sommes efforcé d’utiliser autant qu’il nous était possible les incomparables matériaux qui y passaient sous nos yeux.

Depuis 1889 nous avons fait partie du Comité consultatif d’hygiène publique de France, d’abord comme auditeur, puis comme membre, et en ces qualités nous avons été chargé de nombreuses missions dans notre pays et à l’étranger.

Aux ressources que nous fournissaient le laboratoire, les services hospitaliers, les missions sanitaires, nous avons ajouté avec un égal profit les enseignements que peut fournir l’étude scrupuleuse des documents publiés par les auteurs anciens ou contemporains, et notre connaissance de nombreuses langues étrangères nous a rendu des services qu’il nous plaît de mentionner ici.

Qu’il s’agisse de la connaissance et du traitement des maladies, que l’on envisage les moyens de s'en défendre, clinique et hygiène trouvent dans les recherches bactériologiques le plus précieux concours, nos différents travaux en fournissent de nouveaux témoignages.

Nous avons reproduit au début de cet exposé l’analyse de 129 communications que nous avions présentée en 1897 à l’appui de notre candidature à la chaire de Pathologie expérimentale et comparée.

On y remarquera tout d’abord nos travaux sur le pneumocoque , la pneumonie, les affections diverses dues au pneumocoque. Nous y montrons que la pneumonie franche lobaire est toujours causée par le pneumocoque lancéolé encapsulé de Talamon et de Fraenkel, que la courte durée de cette maladie s’explique par la vitalité limitée de ce micro-organisme. Nous avons vu celui-ci perdre sa virulence au moment de la défervescence. Le pneumocoque se retrouve dans les différentes lésions extra-pulmonaires qui compliquent la pneumonie et nous avons prouvé sa présence dans l’otite et les abcès sous-cutanés et profonds. Pour la méningite et l’endocardite ulcéreuse consécutives

à la pneumonie, l’intervention du pneumocoque avait déjà été reconnue, nous l’avons établie avec plus de rigueur en déterminant la fréquence relative, la date d’apparition, l’évolution de ces complications et en arrivant à les reproduire expérimentalement chez les animaux. La pleurésie purulente consécutive à la pneumonie avait déjà fait l’objet de remarques intéressantes de la part de Woillez, Gerhard et Reisz, nous en avons fixé l’histoire d’une façon définitive, montré la bénignité relative et expliqué cette dernière par la perte de virulence du pneumocoque.

Dès 1884 nous avons établi l’intervention du pneumocoque dans la production de manifestations viscérales diverses qui peuvent survenir indépendamment de toute pneumonie et notamment les bronchopneumonies, pleurésies, péricardites, endocardites, péritonites, méningites suppurées, otites. Le diagnostic précis de leur nature ne peut être affirmé que par l’examen bactériologique ; mais des indices très importants sont déjà fournis par les caractères macroscopiques, les particularités étiologiques et cliniques. La pleurésie purulente infantile, dont on connaissait depuis longtemps l’heureuse terminaison habituelle, est le plus ordinairement causée par le pneumocoque.

Une observation très complète de transmission intra-utérine de l’infection pneumococcique est appuyée par de très nombreuses expériences sur les rongeurs.

La rechérche du pneumocoque dans la salive nous a fourni une quantité de renseignements originaux et importants. Pasteur avait, le premier, isolé dans la salive d’un enfant mort de la rage et ultérieurement chez d’autres sujets un organisme en 8 qui n’est autre que le pneumocoque. En employant la môme méthode nous avons pu établir la présence des pneumocoques virulents aussi bien chez les sujets atteints de pneumonie que chez les autres sujets. Chez les personnes qui ont ou ont eu une pneumonie, le pneumocoque virulent se retrouve 4 fois sur 5, chez celles qui n’ont pas eu de pneumonie, 1 fois sur 5. Virulente pendant tout le cours de la pneumonie, la salive perd ce

caractère au moment où la crise est complète et reste dépourvue de virulence pendant 15 jours ou 5 semaines pour reprendre ensuite ses caractères et les conserver indéfiniment. Ainsi la disparition de la virulence du pneumocoque dans la salive coïncide avec la perte de virulence dans le foyer pneumonique, la récupération de la virulence après guérison explique la fréquence des récidives chez les pneumoniques, fréquence déjà connue depuis longtemps et que j’étudie avec détails.

La répartition saisonnière de la pneumonie, qui n’est pas moins singulière, doit être rapprochée des renseignements fournis par la recherche de la virulence des pneumocoques dans la salive d’un même sujet. Nous avons trouvé que cette virulence n’est pas égale à tous moments. Dans le cours de trois années, des examens renouvelés toutes les semaines nous ont montré que la virulence a disparu à des moments où les pneumonies étaient rares. 11 convient donc de faire la part aux variations de virulence du pneumocoque sous l’influence des causes extérieures, des agents météorologiques.

La présence relativement commune du pneumocoque virulent dans la bouche des sujets qui n’ont jamais eu de pneumonie explique la fréquence de la pneumonie, son apparition habituellement spontanée. Mais cette spontanéité habituelle n'exclut pas l’intervention fréquente de la contagion. Nous avons consacré à celle-ci dans ses divers modes un mémoire important et montré que quelques-unes de ses particularités s’expliquent par la persistance de la virulence des pneumocoques contenus dans les crachats desséchés.

Le nombre et l’importance de nos travaux sur le pneumocoque ne doivent pas faire oublier nos recherches sur les microbes pathogènes contenus dans la cavité buccale et les maladies qu’ils peuvent déterminer. Nous avons, le premier, démontré la présence possible du streptocoque pyogène et du bacille encapsulé de Friedlander dans la cavité buccale, établi leur intervention associée ou non à celle du pneumocoque dans la broncho-pneumonie, etc.

Nous avons insisté, un des premiers, sur le rôle pathogène des bàctenes contenues dam le tube intestinal et à la terminaison des voies biliaires et rapporté un exemple de guérison à’actinomycose thoracique sous l’influence du traitement ioduré. Notre étude de la bactériologie des otites suppurées a été le point de départ de travaux très nombreux sur ce sujet. .

Dans notre exposé de 1897 nous avons donné une part importante à nos recherches sur le choléra épidémique et le typhm exanthématique.

Nous avons montré la présence du vibrion cholérique dans l’épidémie de 1892 et indiqué quelques-unes de ses particularités. Notre enquête sur les localités envahies en 1892 nous a fait voir l’intervention tantôt de la contagion directe, comme à Nanterre, tantôt de la transmission hydrique comme à Sarcelles. Nous avons vu à Houdreville des sujets convalescents ou tout au moins atteints de formes atténuées, ambulatoires servir d’agents dans la dissémination de l’épidémie.

Pour le typhus exanthématique que l’on croyait incapable de s’acclimater en France, nous avons suivi pas à pas l’importation par les chemineaux dans quantités de localités du Nord, de l’Est et du centre de la France. Nous avons prouvé que l’épidémie dès bassins de la Seine et de la Somme avait, en dépit des apparences, son point de départ dans le foyer endémique de la Bretagne.

Nous avons apporté des arguments importants en faveur de la contagion directe, repoussé l’intervention de la dissémination aérienne et réduit à néant les faits invoqués en faveur de la genèse spontanée du typhus exanthématique.

La Faculté de médecine a bien voulu, en nous désignant en deuxième ligne pour la chaire vacante, témoigner de l’intérêt qu’elle accordait à ces divers travaux.

Parmi les 88 communications publiées depuis cette époque, nous signalerons surtout celles qui ont trait à la méningite cérébro-spinale épidémique, à la prophylaxie de la diphtérie, à la peste, à l’emploi du collargol en thérapeutique, au scorbut infantile, à la continuation de nos publications sur le pneumocoque, les maladies du poumon et de la plèvre.

La méningite cérébro-spinale épidémique tient, dans cette deuxième partie de nos travaux, la place que le pneumocoque et ses localisations occupaient dans la première. Ici encore nous avons tout à la fois fait œuvre originale de bactériologiste, de clinicien et d’épidémiologiste et aussi de pathologiste exposant dans un travail d’ensemble l’état actuel de nos connaissances sur cette maladie. Nous avons, en effet, signalé l’apparition d’une épidémie dont les progrès et l’extension ont été constatés non seulement à Paris mais en France et à l’étranger. Nous avons fait connaître l’importance pour le diagnostic de la recherche du signe de liernig et de la ponction lombaire et étudié avec soin les microbes qui la déterminent.

Les injections prophylactiques de sérum antidiphtérique avaient été proposées et appliquées dans un grand nombre de cas. Nous avons analysé tous ceux qui nous étaient connus et distingué les diverses circonstances dans lesquelles les injections ont été pratiquées. Appelé à la direction d’un service important dans un hôpital d’enfants nous avons été amené à y recourir dans plus de 5000 cas et nous avons fait connaître les résultats qu’elles nous avaient donnés. Ces résultats ont été si démonstratifs que la cause des injections préventives a été définitivement gagnée et que leur pratique s’est définitivement imposée dans le monde entier. Qu’il s’agisse de protéger les membres d’une famille dont un enfant a été atteint de diphtérie, que l’on soit en présence de l’apparition d’un cas de diphtérie dans un externat ou même dans une école d’externes, que l’on veuille mettre à l’abri de toute

irruption de diphtérie un de ces services hospitaliers où l’apparition dé cas intérieurs de diphtérie était jusqu’ici inévitable, les injections préventives procurent une sécurité que l’isolement ou l’évacuation ne pourraient donner.

Les progrès de la peste bubonique dans ces dernières années nous ont amené à revenir à plusieurs reprises sur cette maladie. Dans un petit ouvrage sur la peste et son microbe, nous nous sommes efforcé de mettre en lumière les renseignements fournis par l’étude du bacille de Yersin et nous avons insisté sur futilité des injections préventives du sérum antipesteux et du vaccin de Haffkine.

Presque tous les auteurs qui ont étudié après nous le pneumocoque, la pneumonie, les affections du poumon et de la plèvre ont confirmé, sans y rien modifier, les résultats de nos premières recherches sur ce sujet et nos nouveaux travaux personnels en précisent encore l’utilité. Chacun attache actuellement à l’examen bactériologique des pleurésies purulentes 1 importance que nous avons affirmée et tire de cet examen des renseignements aussi précieux pour le diagnostic que pour le traitement. Notre dernier relevé sur les pleurésies purulentes infantiles traitées à l’hôpital et en ville porte 90 observations. Le pneumocoque y est trouvé 80 fois sur 100 dont 74 à l’état pur. Les pleurésies purulentes à pneumocoques ont donné 88,5 guérisons pour 100, tandis que dans les pleurésies purulentes à streptocoques la proportion des guérisons n’a été que de 25 pour 100.

Nous avons contribué à faire connaitre le scorbut infantile découvert par Cheadle et Barlow. Si cette affection est relativement rare en France, elle n’en est pas moins des plus intéressantes. Grave, si elle est abandonnée à elle-même, elle guérit rapidement si on la reconnaît à temps et si on lui oppose un traitement approprié. Elle peut surtout être prévenue facilement. Elle a en effet pour cause la disparition des principes antiscorbutiques présents dans le lait frais. La stérili-

sation prolongée du lait détruit les substances auxquelles est due cette propriété antiscorbutique et qui sont efficaces, même en proportion très minime. 11 convient de ne pas perdre de vue cette particularité quand les enfants seront soumis à l’usage exclusif du lait stériliséi Si le scorbut infantile confirmé est rare, il n’en est sans doute pas ainsi des formes atténuées, frustes, caractérisées seulement par la pâleur et l’apathie des nourrissons.

Nous appelons également l’attention sur nos communications consacrées à l’emploi en thérapeutique de l 'argent colloïdal. Credé, de Dresde, avait fait connaître ce médicament et en avait montré l’utilité; mais ses travaux n’avaient pas eu un retentissement suffisant et son exemple n’avait pas été suivi, même en Allemagne. Nous avons obtenu avec cet agent des résultats surprenants que nous avons portés à la connaissance de nos confrères et qui ont été confirmés par beaucoup d’entre eux. Nous avons indiqué les diverses façons de l’employer. Nous avons cherché à expliquer son mode d’action et soutenu qu’il ne faut pas seulement faire intervenir le pouvoir antiseptique de l’argent et de ses composés. Il nous paraît qu’une part très importante doit être mise sur le compte de l’action catalytique des métaux dans l’état colloïdal, action bien mise en lumière par von Bredig.

Nous ne ferons que mentionner en terminant nos travaux plus spécialement consacrés à l’hygiène. La Faculté de médecine nous avait spécialisé comme agrégé à cette chaire. Notre regretté maître, le professeur Proust, avait bien voulu nous demander notre collaboration en même temps qu’à M. Bourges à la dernière édition de son traité d’hygiène. Cette édition, dont le dernier fascicule vient de paraître, est complètement remaniée. Nous avons également écrit l’article Hygiène dans le Traité de Pathologie générale de M. le professeur Bouchard et pris une part importante aux travaux du Comité consultatif d’hygiène publique de France.

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