Greffe cutanée
A propos d’une observation de M. Mayer, je fais une histoire complète do la greffe cutanée. J’établis d’abord que c’est M. Le Fort qui a eu le premier l’idée (1872), et qui l’a heureusement exécutée, de transporter sur une surface cruentée, un lambeau de peau complètement détaché et recouvrant toute la perte de substance à combler, véritable greffe animale, dans le sens où Paul Bert entendait ce mot. Il s’agissait de la cure d’un ectropion cicatriciel.
Trois ans plus tard, Wolfe, chirurgien écossais, fit une opération semblable qui eut beaucoup plus de retentissement; c’est sous le nom de méthode de Wolfe que ce procédé de traitement de l’ectropion est communément désigné.
Depuis lors les tentatives se sont singulièrement multipliées. J’ai pu réunir en un tableau, avec indications relatives au mode opératoire, à l’étendue des lambeaux transplantés, aux résultats immédiats et définitifs, 40 observations empruntées à divers auteurs.
Je termine par la description de la meilleure technique à suivre pour assurer le succès de l’opération.
Greffe tendineuse. Transplantation d’un tendon de lapin
A propos d’une observation de M. Schwartz qui n’avait pu, en raison de leur trop grand dcartcment, réunir les deux bouts d’un tendon divisé, et qui, par un ingénieux procédé de dédoublement, était parvenu à tourner cette difficulté, — je passe en revue les divers moyens employés on pareille circonstance par les operateurs (suture par anastomose, vaginoplastie tendineuse, suture des deux bouts à la peau, etc.).
Je me demande en terminant, si, dans un cas semblable, « on ne pourrait emprunter soit au malade lui-même par voie de dédoublement d’un tendon voisin, ou mieux à un membre fraîchement amputé, ou bien encore à un animal vivant, un fragment tendineux que l’on fixerait entre les deux extrémités du tendon rompu, lorsque leur rapprochement est impossible. Les récentes expériences de Gluck sur la greffe tendineuse et musculaire permettent de penser que cette pratique pourrait être suivie de succès. »
Je ne croyais pas si bien dire. Dès l’année suivante, M. Peyrot nous présentait un malade chez lequel il avait réussi à transplanter un fragment de tendon de chien entre les deux extrémités d’un tendon fléchis-
seur coupé. Le résultat fonctionnel était imparfait, mais le fragment tendineux transplanté ne s’était pas exfolié et l’on pouvait admettre qu’il s’était définitivement uni aux deux extrémités du tendon divisé.
Chargé de présenter un rapport sur celte observation, j’en faisais ressortir l’importance. Elle établissait la possibilité de la greffe tendineuse chez l’homme. Les expériences de Gluck en Allemagne, celles d’Assaky et de Fargin en France, avaient montré que cette tentative pouvait aboutir chez les animaux. Jamais elle n’avait été faite chez l’homme.
J’eus moi-même, pou après, occasion de la renouveler avec un plein succès chez un jeune homme qui avait eu le tendon du fléchisseur du pouce coupé, avec un écart de plus de 5 cenlimelrcs entre les deux fragments. J at présenté ce malade à mes collègues, qui ont pu constater un complet retour des fonctions du pouce.
J’ai depuis lors pratiqué une seconde fois la même opération, avec le même bon résultat. L’obsei-vation n’a pas été publiée.
J’ai, cette année même (1895), revu ces deux malades, chez lesquels on peut constater le bon état et le bon fonctionnement du tendon