CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DES ICTÈRES GRAVES
Etude clinique de deux cas d’ictère grave terminés par la mort.
De l’indication opératoire dans l’ictère grave.
(En collaboration avec M. le professeur Quénu.)
(Bulletin et Mémoires de la Société médicale des hôpitaux, 19 mars 1909.) (N° 20.)
Nous avons entrepris l’étude complète clinique, bactériologique et anatomique de deux cas d ! ictère grave infectieux terminés par la mort. Cette étude nous a permis de montrer les
transitions qui existent entre les altérations hyperplasiques du foie décrites au début de l’ictère grave par MM. Widal et Abrami, et les lésions complètement dégénératives de la période terminale.
Un point que nous avons pu aussi mettre en lumière, avec MM. Widal et Quénu, c’est l’état anatomique du foie et du rein, qu’on ne saurait déduire à priori, dans ces affections, de l’état fonctionnel de ces organes pendant la vie.
Il existait chez nos malades entre ces deux états une opposition frappante et vraiment paradoxale. Bien que la symptomatologie et l’évolution clinique fussent celles de l’ictère grave le plus typique, le foie, loin d’être atrophié, était au contraire hypertrophié, l’architecture de l’organe parfaitement conservée dans toute son étendue. Même opposition paradoxale existant en ce qui concerne l’état fonctionnel du rein et son état anatomique.
L’atrophie jaune avec destruction de la cellule hépatique de même que les altérations profondes de l’appareil glomérulotubulaire ne caractérisent donc pas fatalement l’ictère grave. Ces lésions correspondent à une phase relativement avancée de la maladie, phase dont l’apparition doit être plus ou moins rapide suivant les cas.
Les deux cas d’ictères graves infectieux terminés par la mort que nous avons observés nous en ont fourni la preuve. En même temps qu’elles nous ont permis d’établir le cycle des lésions parcouru pendant l’évolution de ces ictères, nos observations ont montré la pluralité de leur origine bactérienne. Dans un cas il s’agissait d’une septicémie streptococcique, avec ictère grave et azotémie. Dans les derniers jours de la vie une parotidite double suppurée et une otite moyenne droite se déclarèrent. Dans l’autre cas nous avons assisté, au cours d’une pneumococcémie, à une cholécystite suppurée à pneumocoques, qui fut opérée malgré la difficulté du diagnostic. Dans ces deux cas, accompagnés d’azotémie, l’étude anatomo-pathologique nous a montré, comme en témoignent les coupes, letat dissocié du foie et du rein. Nous avons discuté à ce propos les indications opératoires dans l’ictère grave et, lorsqu’une collection suppurée peut exister, posé le principe d’une intervention opératoire précoce.