SUR LA PERSISTANCE DE LA SÉRO-RÉACTION DANS LA FIÈVRE DE MALTE
(Soc. de Biologie, 15 janvier 1910; avec M. LAGRIFFOUL.)
DIACNOSTIC RÉTROSPECTIF DE LA FIÈVRE DE MALTE. (Progrès Médical,
U mai 1910; avec M. LAGRIFFOUL.)
CRANDEUR ET DÉCADENCE DE LA SËRO-RËAtTlON DE LA FIÈVRE DE MALTE. LE SËRO DE WRICHT A-T-IL UNE VALEUR DIAGNOSTIQUE?
(Caz. des Hôpitaux, 1912, p. 289-292, et in Montpellier Médical, 1912; avec' M. EUZIFRE.)
A PROPOS DU PRONOSTIC DE LA FIÈVRE DE MALTE. (Soc. Sc. Méd. Montpellier, 15 avril 1910; avec M. LAGRIFFOUL.)
La fièvre de Malte, il y a quelques années à peine, était à peu près totalement inconnue en France. Certains auteurs avaient bien signalé, en quelques rares points, soit quelques cas isolés,- soit quelques petites épidémies locales. Mais la plupart de ces cas étaient d’origine étrangère, ou pouvaient être attribués, tout au moins à un premier examen, à une importation récente de chèvres provenant de pays contaminés.
Dès que notre attention fut attirée sur ces faits, dès octobre 1909, nous pûmes, avec M. le professeur agrégé Lagriffoul, porter, grâce à la séro-réaction de Wright, le diagnostic de fièvre méditerranéenne, chez plusieurs malades dos hôpitaux de Montpellier. Les fieux premiers cas furent observés dans de service de notre maître, M. le professeur Rauzier,. et devinrent le sujet d’une de -ses leçons cliniques : révolution ultérieure cle ces cas confirma tout à fait le diagnostic porté par le laboratoire. Dès lors, nous nous sommes demandé si cette infection n’était pas plus fréquenté chez nous qu’on ne pouvait le supposer au premier abord, si cette maladie, considérée jusqu’ici comme une « maladie exotique », ne devait pas entrer dans la nosographie habituelle de notre, région méridionale.
A mesure que nous avancions dans la lecture des nombreuses publications, anglvses, italiennes et surtout algériennes et tunisiennes, que nous avons condensées dans notre Revue générale de la Gazette clés Hôpitaux; nous' reconnaissions tel dû tel cas clinique,- que nos maîtres avaient antérieurement hésité à', ranger dans tel ou tel cadre nosologique, et qui étaient, sans nul doute, des' mélitôcoccies. Gomment notre littoral .pouvait-il faire excep-
tiori, alors qu’éfait infecté tout le bassin de la Méditerranée, en particulier des régions aussi rapprochées de la nôtre que Barcelone et le nord de l’Espagne, ou ayant d’aussi fréquents rapports commerciaux avec notre pays que l’Italie du Sud, la Sicile et surtout l’Algérie et la Tunisie ?
Nous avons fait alors systématiquement la séro-réiaction de Wright chez un grand nombre de malades de nos hôpitaux. La séroréaction fut positive dans deux ordres de cas : les uns eurent ultérieurement l’évolution classique de la fièvre de Malte ; les autres pouvaient être classés dans les formes plus ou moins anormales de cette maladie. Il s’agissait, pour la plupart, d’hommes, originaires de points très divers de l’Hérault et du Gard.
Parallèlement à cette enquête dans les hôpitaux de Montpellier, nous en commencions une autre après des médecins de la région. Dès le début de nos recherches, nous eûmes la bonne fortune de trouver*, aux portes mêmes de Montpellier, à Saint- Bauzille-de-Montmel, une petite épidémie, où le séro de Wright fut positif chez 25 malades ; nous en avons communiqué le résumé à la Société de Biologie avec MM. Lagriffoul et Arnal. La plupart de ces cas étaient cliniquement des plus nets : certains présentaient même une des complications les plus caractéristiques : l’orchite. Ces cas étaient nettement autochtones; l’on ne pouvait incriminer de contagion par quelque individu provenant d’une contrée contaminée (Espagne, Algérie, Tunisie), ou par quelque chèvre ou bouc, importé de ces pays. Puis ce furent des cas divers, dans l’Hérault, le Gard, les Bouehcs-du-Bhône, l’Aude, le Vaucluse, la Drôme, le Var, le Tarn, que nous signalaient d’aimables confrères, dont nous avions attiré Taitenlion sur la fièvre de Malte : nous ne tardions pas à les contrôler par nos constatations bactériologiques. Ainsi s’affirmait celte notion toute nouvelle de l’endémicité de la fièvre de Malte dans la région méridionale , que nous avions déjà pressentie dès le début de nos recherches, et que nous avions pu établir dans notre note à l’Académie des Sciences (Mars 1910).
Tous ces malades faisaient-ils partie d’une même épidémie, importée seulement d’hier dans le Midi, ou n’étaient-ils pas plutôt la manifestation d’une infection depuis longtemps acclimatée chez nous, mais qui était passée inaperçue à cause des maladies qu’elle simulait ? L’évolution atypique de certains cas, que nous avions VU étiquetés autrefois grippes ou typhoïdes, de certaines prébacilloses ou de certaines granulies qui guérissaient après plusieurs mois de fièvre, nous autorisait à pencher vers cette, dernière
à diagnostic rétrospectif
hypothèse. Nous ayons pu retrouver quelques-uns de ces anciens malades, guéris depuis quaire ans, deux ans et demi, un an et demi, et chez lesquels la persistance de la séroagglutination nous a permis d’affirmer l’infection méditerranéenne. Ici encore, l’étude détaillée des symptômes ■■cliniques antérieurement présentés était des plus démonstrative. Témoin, l’histoire d’un malade, dont nous retrouvons simplement la courbe dans les archives du service (Fig, 1). La marche ondulante de la fièvre d’une durée de plus de ccnt jours (d’août à nov. 1906), la constipation opiniâtre dont font foi les nombreuses purgations inscrites sur la courbe, les nombreuses séro-réactions de YVidal et des paratyphiques toujours négatives nous font présumer une mélitococcie méconnue. Nous parvenons à retrouver ce malade deux ans et demi après ; nous reconnaissons, dans lTiistoire qu'il nous raconte, le tableau classique : conservation de l’état général malgré la fièvre, sueurs profuses, arthralgies et myalgïes multiples, persistant longtemps encore après la chute thermique. Le diagnostic rétrospectif montrait que la fièvre de Malte est depuis longtemps endémique chez nous.
La fièvre de Malle n’est pas limitée à la région méridionale. Avec MM. Rodet et Lagriffoul, nous avons constaté, grâce à la séro-réaction de Wright, plusieurs cas à Lyon où elle n’avait pas encore été signalée. Depuis que l’attention a été attirée sur elle, son existence a été constatée dans un grand nombre de région s de la France, voire de pays voisins.
Depuis la poussée de 1900 et 1910, à laquelle correspondent les épidémies de Saint-Martial et de Saint-Bauzille de Montmel, l’infection paraît en voie de rétrocession dans la région de l’Hérault et du Gard. Quoique en plus petit nombre, nous avons pu en observer, ces dernières années, dans le service du professeur Rauzier, quelques cas, cliniquement et baclériologiqucment indubitables, provenant de Montpellier ou des régions environnantes.
Epidémie de Saint-Bauzicle-de-Montmel (Hérault). — Cette épidémie a débuté en- novembre 1908 et a sévi surtout de juillet à septembre 1909. De novembre 1908 à janvier 1910, sur une population de 377 habitants, nous avons enregistré 25 atteintes avec 25 sérô-réactions de Wright positives. Evolution assez classique, mais association assez’fréquente avec la dolhiénentérie, rôle^des brebis clans la transmission de la maladie en sont les principale caractéristiques.
Etiologie. — La fièvre de Malte est due au micrococcus meli-
tensis : nous avons, à plusieurs reprises, isolé cc microbe du sang de nos malades.
La contagion se fait surtout par les animaux. Les chèvres, dont le rôle a été nettement établi par Zammit, sont- nombreuses dans les pays où nous avons trouvé de la fièvre de Malte ; nous avons eu des séro-réactions positives' chez un grand nombre de ces animaux. A Saint-Bauzille-de-Montmel, nous avons pu établir ce fait nouveau, que les brebis, tout autant que les chèvres, peuvent jouer le rôle d’agents infectants. La contamination, tant pour la brebis que pour la chèvre, peut se faire, soit directement, soit, le plus souvent, par l'intermédiaire du lait consommé cru, du caillé, ou des fromages frais. Ce dernier mode de contagion paraît même fréquent. Nous avons eu, en outre, des réactions positives chez d’autres animaux domestiques, en particulier chez des poules, des. lapins, des chiens, des chats.
Chez la brebis comme chez la chèvre, l’infection ne se traduit généralement par aucun symptôme; toutefois, nous avons établi la fréquence des avortements, parfois jusqu’à 20 0/0, dans les troupeaux de brebis infectées.
Anatomie pathologique,. — Les lésions consistent surtout en congestion intense de l’intestin et des divers organes. C’est ce. que nous avons vérifié dans un cas,- dont l’autopsie a été publiée par MM. Carrieu, Lagriffoul et Bousquet, et où le microcoecus melilensis a été isolé de la rate et du foie.
Un cas, dont nous avons publié l’observation avec M. le professeur Rauzier, se distinguait par l’hépato-splénomégalie : foie 2 kg. 240 gr., rate 800 gr. ; le foie, particulièrement congestionné, était le siège d’infiltration cellulaire considérable, véritable foie infectieux à type d’hépatite nodulaire. La rate, a côté des lésions anciennes dûes au paludisme, offrait le type d’une .rate infectieuse, hémorragique. Les reins, qui présentaient l’aspect de gros reins blancs étaient atteints de lésions diffuses, prédominant au niveau des tubes contournés. Les lésions intestinales consistaient en une congestion intense et une infiltration diffuse de petites cellules rondes dans la sous-muqueuse et la musculeuse, en une nécrose de la partie superficielle de la muqueuse. Le cœur était frappé de myo- • cardite avec lésions des fibres et hémorragie interstielle.
Ces lésions sont particulièrement intéressantes, à cause de la rareté des autopsies.
Etude clinique. —■ La fièvre de Malte, véritable protée, se pré
sente sous les aspects les plus divers : un môme malade peut,' au cours de sa longue évolution, affecter des tableaux différents. Aussi est-il difficile de classer les nombreux faits que nous avons observés. Un peut les diviser en deux groupes : ceux qui ont présenté la symptomatologie dite classique et ceux qui correspondent aux formes anormales.
La période d 'incubation est variable, et difficile à établir : 5 jours chez un de nos patients.
Le début est d’habitude progressif, plus rarement brusque.
Les principaux: symptômes que nous avons notés sont :
1° La fièvre de longue durée. Cette fièvre est loin de présenter toujours le type ondulant classique, que nous avons signalé chez notre malade à diagnostic rétrospectif. Il s’agit le plus souvent de fièvre irrégulière avec poussées multiples, trois, quatre, parfois plus, plus ou moins séparées par quelques jours d’apyrexie. Vers la fin, la poussée fébrile est peu intense ; elle passerait inaperçue, si l’on ne prenait régulièrement la température. Dans quelques cas, la courbe ne comprend qu’une onde, revêtant tout à fait l’aspect du plateau typhique avec descente en lysis. Dans d autres, elle affecte le type intermittent, avec accès irréguliers; un étudiant, que nous avons eu l’occasion de soigner, en offrait un type des plus nets.
2° Les sueurs abondantes, parfois profuses. Ce symptôme fait rarement défaut ; aussi croyons-nous que la plupart des anciennes .fièvres typhoüdes sudorâles de Jaccoud étaient des fièvres de Malte ; n’étaient-elles pas pour la plupart d’origine italienne ou provenant, en tout cas, dü midi de la France ?
3° La constipation, parfois opiniâtre, et pouvant même, chez quelques enfants, en imposer pour une occlusion intestinale. Beaucoup plus rarement, nous avons constaté la diarrhée, diarrhée verdâtre et fétide.
4 ° Les douleurs plus oü moins violentes, à localisations variant avec les malades et chez le môme malade : myalgie, névralgie sciatique, douleur lombaire simulant une douleur rénale, et surtout douleurs articulaires réalisant le tableau du pseudo-rhumatisme méditerranéen , auquel nous avons décrit :
a) Une forme aiguë : elle présente rarement le. type du rhumatisme polyarticulaire aigu franc ; elle est. plus souvent oligo-articulaire. Elle frappe les grandes articulations, plus rarement quelques petites articulations chondro-stemales. L’articulation sacroiliaque est une des plus fréquemment atteintes.
Il y a plusieurs 'degrés dans cette forme aiguë. L’arlhralgie
simple est fréquente. L’hydarthrose avec rougeur et gonflement s’observe et évolue en quelques jours; alors qu’au premier abord, l’avenir de la jointure paraissait compromis, tout disparaît rapidement, sans laisser de traces. Exceptionnellement, on voit l’an- Içylose ou la suppuration. Nous l’avons observée une fois au cours d’une ostéo-arthrite chondrale.
b) Une forme chronique localisée à une articulation : pseudocoxalgie méditerranéenne. Dans l’étiologie assez complexe d’un rhumatisme chronique déformant que nous avons observé, nous nous sommes demandé, à cause d’une réaction de Wright positive, si la mélitococcie n’y jouait pas un certain rôle.
5° La dissociation de la température et du pouls est assez fréquente, sauf s’il y a complication cardiaque.
Parmi les autres symptômes, nous avons insisté plus spécialement sur les phénomènes nerveux assez fréquents, sur les complications cardiaques beaucoup plus rares.
Parmi les troubles nerveux, citons, comme presque coudants, la céphalée, les névralgies et algies diverses.
La céphalée est d’intensité variable : habituellement généralisée, elle peut offrir,, dans quelques cas, un type unilatéral. Parliculièrement vive chez un de nos malades, elle fut calmée par la tachicentèse.
■A côté des cas où la fièvre de Malte se localise nettement sur un os, il y en a un grand nombre, dont les prétendues arthralgies ostéalgies ou autres algies dépendent d’une atteinte légère du système nerveux. Nous avons publié avec M. le professeur Rauzier une atteinte plus grave, chez un malade qui, à la fin d’une fièvre de Malte d’une durée de plus de six mois, fit une. paraplégie spasmodique, fort heureusement passagère, avec clonus du pied et signe de Babinski. Dans un autre cas, le début d’une fièvre de Malte, qui devint ultérieurement typique, se fit sous la forme d’une légère méningo-myélite. Un malade, qui avait été Victime de l’épidémie de Saint-Martial, est venu nous trouver pour une polinévrite motrice des membres inférieurs prédominant sur les extenseurs du pied droit. Un vieux berger, qui resta plus d’un an dans le service du professeur Rauzier, était entré à l’hôpital avec des troubles quasi démentiels!
Nos recherches du côté du liquide céphalo-rachidien nous ont permis d’établir, avec Mestrezat, la fréquence d’une légère Réaction méningée, même en dehors de toute lésion nerveuse apparente, lymphocytose discrète et Surtout modification de la formule
chimique : albumine légèrement augmentée (dans un eas exceptionnel, 1 -gr. 80), chlorurés légèrement diminués, au voisinagede 7 gr., sucre toujours élevé, ce qui contraste avec la glycosie habituellement normale de la fièvre typhoïde. Nous n’avons pas trouvé de pouvoir agglutinant au liquide céphalo-rachidien, qui était stérile dans tous nos cas.
Les complications cardiaques sont -très rares dans la fièvre de Malle; aussi en avons-nous longuement rapporté quatre obser vations- 11 s’agissait, dans deux, de myocardite, se traduisant dans l’une par l’accélération, la petitesse du pouls, 1 assourdissement des bruits du cœur (à l’autopsie léger degré de myocardite), dans l’autre, par quelques lipothymies. Les deux dernières concernent des endocardites qui ont nettement évolué au cours de l’infection ; dans l’une, le souffle mitral, qui avait nettement les caractères organiques, a disparu à la convalescence; dans 1 autre, il .persiste encore, et l’hypqsysloliJ a entraîné une ascite qui a dû être ponctionnée ; ces troubles sont d’ailleurs en voie de rétrocession. Signalons encore du côté de l’appareil circulatoire des hémorragies : épistaxis plus fréquentes qu’on ne l’a dit, pouvant même présenter le type d’épistaxis à tamponnement, plus .rarement purpura, gingivorrhagie.
Les urines ne présentent pas de modifications spéciales : l’albuminurie est rare. Nous avons constaté une polyurie s’élevant à 2, 3 litres à la fin des poussées thermiques. Il y a parfois, au début de la maladie, une légère parésie du sphincter vésical (rétention d’urine pendant quelques heures). Nous avons constaté, à plusieurs reprises, l’orchite, assez spéciale à la mélitococcie, uni ou bilatérale, passagère, ne passant pas à la suppuration.
L’appareil digestif était le plus souvent peu touché dans nos cas : l’anorexie est loin d'être la règle, souvent il y a de Latomie intestinale (constipation plus ou moins opiniâtre).
Au niveau dès téguments sont fréquents : la desquamation eu tanée rarement généralisée, surtout localisée aux mains et aux pieds, où elle se fait par lambeaux; la chute des cheveux, des érythèmes divers, des oedèmes pseudo-phlegmoneux avec rougeur, chaleur, tension locale, faisant penser à la présence de pus et guérissant rapidement sans incision.-
' L’état général n’est pas très atteint. Les malades sont anémiques, présentent une pâleur assez spéciale. L’asthénie se fait surtout sentir à la convalescence, qui est traînante et peut s’accompagner de rechutes tardives, notamment; de rechutes articulaires.
La durée moyenne des laits.observés a été de trois mois. Après a chute de la fièvre la guérison n’est pas toujours complète. Certains ont évolué avec de la fièvre pendant quatre mois, six mois plus dun an. ’
A côte de ces cas qui, a part quelques symptômes anormaux, rentrent dans ce qu on appelle la forme classique de la fièvre de Malle, nous en avons observé d’autres qui s’en différenciaient beaucoup plus 11 y a là toute une série de formes anormales formes anormales par leur durée, dépassant plus d’un an ou sé limitant a trois semaines, — par la gravité : mort en deux trois semâmes dans l’ataxo-adynamie, - par leur allure ambulatoirepar le masque qu’elles empruntent : infections pulmonaires,’ bronchite, broncho-pneumonie, pneumonie, — par leurs associations avec d’autres infections.
Parmi les {armes larvées, les plus intéressantes sont les formes hépatiques. Elles prédominent tantôt sur le parenchyme, et provoquent des hémorragies diverses, tantôt sur les voies biliaires et s accompagnent de subiclère. Un malade entre dans le service’du professeur Rauzier avec de la gingivorragie, du purpura, des épistaxis a répétition, un gros foie, il a quelques troubles respiratoires. On conclut cà une cirrhose hypertrophique tuberculeuse. Le .sérodiagnostic de Wright montre qu’il s’agit d’une fièvre de Malte : 1 éludé des anamnestiques (sueurs, constipation, douleur) la torme de la courbe confirment ce diagnostic. D’autres sujets présentent un état infectieux léger avec vésicule biliaire douloureuse (angiocholécystite), qui ne sont autres que des fièvres de Malte ; nous avons, avec M. Mestrezat, constaté, chez quelques malades, de 1 insuffisance hépatique (épreuve de la glycosurie alimentaire). | ; '•
Une forme des plus particulières est réalisée par une fièvre de Malte de longue durée, avec hépatosplénomégalie et anémie intense, simulant une leucémie, que nous avons publiée avec M le professeur Rauzier et qui est devenu l’objet d’une de ses leçons cliniques. Ce malade avait une hypertrophie considérable de la rate et du foie, quelques ganglions cervicaux, deux millions de globules rouges. L’idée d’une leucémie myéloïde subaiguë venait tout de suite à l’esprit, mais ne fut point'confirmée par l’examèn du sang. Le séro-diagrtostic établissait l’existence d’une fièvre de Malte, à laquelle la marche ondulante, les sueurs, les douleurs, en particulier l’arthrite sacro-iliaque avaient fait penser.
L association avec la fièvre typhoïde nous a paru assez fré
q non Le. Dans 9 cas sur 25 de l’épidémie de Saint-Bauzille-de-Mont me ] el 5-fois sur 18 autres cas, le sérum d’un même malade agglutinait nettement le micrococcus melitensis et le bacille d’Eberth, Or aucun de ces malades n’avait eu antérieurement la fièvre de Malte, ni la dothiénentérie. D’autre part, en général, le sérum de3 mélitococciques n’agglutine pas le bacille d Eberth, celui des lyphoïsants ou des'animaux (chevaux, moulons) immunisés contre le bacille d’Eberth n’agglutine pas le micrococcus melitensis ; nous l’avons vérifié à plusieurs reprises. 11 s’agit donc bien d’association des deux infections.
Nous en avons publié, avec M. le professeur Rauzier, un cas des plus intéressants dont.nous donnons ci-contre la cotirbo (Fig- 2).
Diagnostic. — Il faut penser à la fièvre de Malte. Elle est fréquente dans le Midi de la France et probablement aussi dans d’autres contrées. Elle peut revêtir des allures diverses. La persistance et parfois la marche ondulante de la fièvre mettront sur la voie de ce diagnostic. Les sueurs, les douleurs, la constipation, l’aspect général nous ont permis dans quelques cas, de. porter, dès les premiers jours, pareil diagnostic.
Les maladies, qui ont été jusqu’ici surtout confondues avec là fièvre dé Malte, sont : la fièvre typhoïde, où la courbe de la température, les taches rosées, la douleur dans la fosse iliaque sont cependant assez caractéristiques ; la grippe où prédominent les troubles respiratoires, la bacillose au début que peuvent simuler, les localisations congestives passagères de la mélitocoocie, Tel cas débutait par une douleur lombaire unilatérale ou par de la dysphagie et avait fait:penser à une lésion rénale ou à une angine.
Il faut éviter un excès contraire et se garder d’étiqueter fièvre de Malte, comme noüs l’avons vu faire dans la région méridionale, toute infection à diagnostic incertain. Dans tous lès cas et surtout quand la symptomatologie n’est pas classique, il ne faut porter ce diagnostic que par élimination, et après résultat positif donné par le laboratoire.
Séro-diagnostic. — « La séro-réaction de Wright est nettement spécifique : tous les auteurs sont unanimes à le reconnaître, Nous l’avons contrôlé, en la faisant chez des individus normaux, chez des malades non fébricitants (en particulier chez une série de nerveux et de dyspeptiques), .chez des fébricitants divers (pneumonie, rhumatisme articulaire aigu, bacillose du poumon ou d’autres. organes, infections urinaires, etc.).
« La technique est simple : la réaction sc lait au 1/30 et, au 1/50 avec une émulsion dans de l’eau salée physiologique d’une culture de micrococcus melitensis sur agar. En quelques heures, on constaté la production'de flocons, qui finissent par former un dépôt’abondant au fond du tube, et 1 éclaircissement du liquide. Pratiquement une réaction positive au 1/50 permet de conclure a la fièvre de Malte.
« La propriété agglutinante peut, au cours de l’évolution, disparaître du sérum. Nous avons plusieurs fois constaté ce fait. Aussi, pour éliminer la fièvre de Malte, faut-il au moins deux séro-réactions négatives. Par contre, cette propriété persiste souvent un long temps après la maladie et permet de faire le diagnostic rétrospectif Nous avons pu le faire quatre ans après la guérison.
« L’hémoculture .a été positive chez quelques-uns de nos ma lades. »
Ces quelques lignes, que nous écrivions il y a trois ans, à cette même place, méritent actuellement d’être revisées. Depuis lors, se sont accumulés une série de travaux combattant la valeur de la séro-réaetion de Wright et apportant des résultats positifs chez des individus normaux ou dans d’autres infections que la mélitococcie (tuberculose, fièvre récurrente, kala-azar). Quelques auteurs se contentent de la recherche de l’agglutination microscopique, qui nous paraît insuffisante ; puisqu'il s’agit d’une émulsion de bacilles non mobiles, il est important de n’avoir recours qu’âi l’épreuve macroscopique.
Jusqu’en 1911, nous étions, malgré Ces critiques, pleinement convaincu de la valeur de nos scro-diagnostics, dont nous avions, pour plus de sécurité, porté le taux au 1/75. Pendant cette année 1911, nous avons fait, au laboratoire des cliniques, la séro-réaetion chez près de 100 malades : nous n’avons eu de résultat positif que chez 7 d’entre eux, dont le diagnostic fut confirmé, soit par l'hémoculture, soit par la longue évolution clinique. Ayant eu/ à la fin de celte année, à utiliser des cultures autres que celles qui nous avaient servi jusqu’alors, nous obtînmes, à plusieurs reprises, des résultats tout à fait contradictoires, jusqu’à ce que nous eûmes retrouvé, pendant le courant de 1912, un nouvel échantillon de melitensis, dont les séro-réactions concordaient parfaitement avec les données cliniques.
Comme nous l’avons, les premiers, énoncé avec M. Euzière, la valeur du sérodiagnostic de Widal dépend de l'échantillon que l’on possède. Cette question des races différentes de melitensis a été confirmée par Nègre et Raynaud ; aussi doit-on, pour plus
de sécurité, faire le séro avec plusieurs séries de micrococcus melitensis.
Est-ce à dire que les résultats, que nous avons publiés au début de nos recherches sur la inelitoooccie, soient entachés d’erreur ? Noua ne le pensons point. D’une part, le micrococcus melitensis alors utilisé n’agglutinait nullement le sérum de malades atteints de" fièvre typhoïde, bacillose, etc., et, d’autre part, la plupart de ces cas virent confirmer la valeur de leur séro-réaetion par révolution clinique.
Pronostic. — Le pronostic est habituellement bénin : 2 à 3 0/0 de mortalité d’après les classiques. Toutefois les statistiques anglaises récentes dorment pour la population civile de Malte une mortalité de 10 0/0 ; è Alger, Soulié note 3 décès sur 16 cas ; à Marseille, Aubert et Pagliano 2 décès sur 9 cas ; à Saint-Martial, Cantaloubc 12 décès sur 150 cas. A Saint-Bauzille-de-Montmel nous avons eu un décès sur nos 25 cas. Cette mortalité nous paraît être d’environ 6 0/0.
La fièvre de Malte reste, malgré ce, plus bénigne que la fièvre typhoïde ou la bacillose, avec lesquelles elle était confondue jusqu’ici. Elle n’est grave que chez les sujets ayant une tare antérieure. Elle peut laisser dès séquelles fâcheuses : névralgies, tuberculose pulmonaire, plus rarement lésion de l’endocarde
Traitement. — Les divers anlithermiques nous ont paru sans grande action. Le bleu de méthylène, préconisé par Audibert, ne nous a donné aucun résultat. Les bains sont utiles dans les formes graves avec température élevée. Plusieurs de nos cas n’ont guère été influencés par les injections d’électrargoL Lavages intestinaux matin et soir, purgatifs salins légers toutes les semaines, régime liquide (lait et bouillon) auquel on peut ajouter (en déliors des cas d’hyperthermie exagérée) surtout dans les formes traînantes, dés œufs et du jus de viande : telle est notre thérapeutique.
Prophyt.axie. — Des mesures prophylactiques s’imposent. Il est pratiquement impossible d’isoler ou de faire abattre toutes les chèvres ou toutes les brebis atteintes de fièvre dé Malte dans la région méridionale. Mais il faut, par l’intermédiaire des pouvoirs publics, attirer l’aittention de la population sur les dangers de la consommation du lait cru, des caillés ou fromages frais, dans les pays Ou chèvres et brebis-sont contaminées.