GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Pendant le premier semestre de 19l4, j’ai continué mes recherches sur les glandes à sécrétion interne, recherches qui furent interrompues par la guerre et ne purent être reprises qu’en 1919.
Action de l’extrait du lobe postérieur de l’hypophyse] sur la sécrétion urinaire (141)
J’ai montré, avec M. Schulmann, que l’extrait du lobe postérieur de l’hypophyse injecté au lapin détermine constamment une oligurie remarquable : l’urine émise est haute en couleur, épaisse, et filtre difficilement; elle contient de 1 albumine et des albumoses, mais ne renferme pas de sang; elle a souvent une consistance visqueuse et devient plus fluide par l’ébullition ; l’extrait sec atteignait dans un cas 9,14 p. 100. La glycosurie n’a été observée que rarement; nous ne l’avons noté que quatre fois sur 15 animaux mis en expérience.
Gette même action se manifeste aussi avec l’extrait délipoïdé ; pourtant l’albuminurie est alors plus rare. Les lipoïdes repris dans l’eau salée légèrement alcaline et injectés au lapin n’ont donné ni glycosurie, ni oligurie, ni albuminurie.
. L’hypohyse postérieure du cheval nous a donné les mêmes effets que celle des bovidés, dont nous nous sommes servis habituellement.
Ces résultats expérimentaux sont, à rapprocher de ceux obtenus en clinique par différents auteurs, Farini, Rœmer, Lereboullet, et Faure-Beaulieu, Bergé et Pagniez, qui on! vu la polyurie du diabète insipide diminuer à la suite d’injections d’extraits préparés avec le lobe postérieur de l’hypophyse ou .avec la partie intermédiaire.
Action des extraits combinés de différentes glandes à sécrétion interne
J’ai entrepris une série de recherches dans le but de préciser l’influence qu’exercent les unes sur les autres les différentes glandes endocrines. C’est une question qui a retenu depuis plusieurs années l’attention des travailleurs; je l’ai labordé autrement que ne l’avaient fait mes devanciers; j’ai recherché les effets obtenus en injectant concurremment plusieurs extraits glandulaires.
1° Action de l’extrait thyroïdien sur la glycosurie adréna- Unique (138). — C’est ainsi que j’ai montré avec M. Schulmann que l’extrait thyroïdien augmente chez le lapin la glycosurie adrénalinique ; cette augmentation est constante, mais elle varie dans son étendue ; on sait d’ailleurs que la quantité dé glycose éliminée après l’injection d’une même dose d’adrénaline ou d’extrait surrénal diffère beaucoup suivant les individus. Cette augmentation s’observe aussi bien quand on associe l’extrait thyroïdien à l’extrait surrénal que qüand on le combine à l’adrénaline. Elle est constante quand les deux extraits sont mélangés et injectés ensemble; s’il.sont introduits séparément en deux points différents 1 de l’organisme, elle manque souvent. Mais l’action n’est pas plus marquée si on a laissé les deux extraits en contact à l’étuve à 37° pendant plusieurs heures que quand on les a injectés immédiatement après leur mélange. On savait déjà par les recherches d’Eppinger, Falta et Rudinger d’une part, celles de Grey et ide Sautelle de l’autre, que l’injection d’adrénaline ne détermine pas de glycosurie chez les chiens thyroïdectomisés; mes expériences prouvent l’action directe exercée par les produits thyroïdiens sur l’adrénaline.
2° Action des extraits combinés de surrénale et d’hypophyse ' postérieure sur la sécrétion urinaire (142). — J’ai montré avec M. Schulmann que l’extrait d’hypophyse postérieure empêche la glycosurie surrénalienne de se produire du moment qu’il est injecté à dose suffisante pour agir sur la sécrétion urinaire. Comme nous l’avons établi, en effet, l’extrait d’hypophyse postérieure détermine chez le lapin, à la dose de 0,08 à 0,10 par kilo, une oligurie remarquable avec albuminurie, tan-
dis que la glycosurie n’est que rarement observée. C’est l’oligurie que l’on observe quand l’hypophyse postérieure est combinée à la surrénale, et la glycosurie n’apparaît pas. Une faible dose d’hypophyse postérieure, incapable de modifier le taux de l’urine, n’influence pas la glycosurie adrénalinique ; elle ne l’augmente, ni ne la diminue. L’extrait délipoïdé agit comme l’extrait total.
Le mélange de surrénale et d’hypophyse postérieure est doué d’une toxicité assez élevée; souvent les animaux succombent en quelques heures.
Le syndrome sympathicotonique de la grossesse (139, 143)
On peut rattacher à un trouble des glandes à sécrétion interne le syndrome isympathicotonique que j’ai décrit dans la grossesse avec M. Lévi-Franckel. D’après nos observations, le rythme cardiaque est fréquemment accéléré dans les fier-, \ jjiiers mois de la grossesse; en dehors de toute complication pathologique, chez les femmes au repos, dans le décubitus horizontal, on trouve que dans 48 0/0 des cas la fréquence du pouls atteint ou dépasse 92 pulsations à la minute. Chez la plupart des ifemmes qui présentent de la tachycardie, le réflexe oculo-cardiaque est aboli ou inversé; l’accélération que l’on observe alors pendant la compression des yeux est de 12, 24 et même 28 pulsations à la minute. Enfin, associé à ces deux symptômes, on note parfois bn état de demi-dilatation permanente de la pupille; même sous l’influence d’une lumière vive, la contraction est paresseuse, toujours incomplète et ne t ient pas. Chacun de ces phénomènes peut être rattaché à un état d’excitation du sympathique, et leur réunion constitue un véritable syndrome sympathicotonique.
Après l’accouchement, toute cette symptomatologie disparaît; le pouls reprend sa fréquence normale; ‘le réflexe oculocardiaque a lieu dans le sens habituel, enfin la pupille reprend, parfois tardivement, ses réactions ordinaires. Le Isyndrome sympathicotonique, dont nous avons étudié les différents éléments/est donc bien dû à l’influence de la grossesse et se trouve lié sans doute aux modifications qu’imprime l’état de gravité aux ^différentes glandes endocrines.