A. - CHEZ L’ANIMAL
Altérations cadavériques (14, 19) [ij.
Nous avons été frappé, dès le début de nos recherches, de la facilité avec laquelle le tube contourné se lèse après la mort.
On ne doit jamais, dans une étude expérimentale, tenir compte des lésions constatées sur des reins qui ont été prélevés un certain temps après la mort de l’animal. Nous avons sacrifié une série de lapins sains et nous avons prélevé leurs reins pour en faire l’examen histologique immédiatement, dix minutes, vingt minutes, une demi-heure, une heure, douze heures, vingt-quatre heures après la mort de l’animal. Nous avons constaté que les altérations cadavériques étaient très prononcées dès la première heure après la mort ; il est même à remarquer que ces lésions ne sont guère plus avancés après vingt-quatre heures qu’après deux heures. C’est dans la première heure surtout que ces modifications se produisent, et elles sont très nettes dès le premier quart d’heure (fig. 1).
Les altérations des épithéliums des tubes contournés sont sur-
(1) Les numéros entre parenthèses renvoient à la liste chronologique dés p-ublications, p. 5.
ETUDES SUR LE F
tout de trois ordres : ou bien les cellules se sont détachées de leur membrane basale et sont libres dans la lumière du tube ; ou bien l’épithélium, qui est resté en place, laisse échapper des boules sarcodiques qui s’épanchent dans la lumière, en rompant par places la continuité de la bordure en brosse-; ou bien enfin la portion susnucléaire de la cellule est seule altérée.
Les altérations cadavériques entraînent d’une façon rapide la destruction des bordures en brosse.
Les rapides altérations cadavériques portant sur la brosse et le proloplasma sus-nucléairé expliqueraient pour nous bien des cas d’abrasion cellulaire, de desquamation épithéliale décrits par de nombreux auteurs comme de nature pathologique.
Technique histologique (14, 19, 33, 34, 46).
La technique joue un très grand rôle dans l’élude histologique du rein. Nous avons pu nous assurer en effet, après avoir fait une élude très complète de multiples fixateurs, que beaucoup de ceuxci lésaient l’épithélium rénal et que certaines altérations, décrites comme pathologiques (exsudation de boules sarcodiques en abon-
HISTOLOGIE NORMALE
dance, abrasion épithéliale, vacuoles intra-protoplasmiques), n’étaient bien souvent dues qu’à une technique défectueuse.
Nous avons successivement expérimenté (fig. 2 et 3) les préparations chromiques (acide chromique, bichromate d’ammoniaque, de potasse, etc.), sous des formes multiples : liquide de Muller, de Perenyi, etc., l’alcool à différents degrés de concentration, le for-
par l’alcool absolu. formol.
mol, l’acide picrique, le sublimé, le liquide de Zenker, l’acide osmique, le liquide de Flemming, d’Hermann, de Podwyssowski, de Telyescnicki, etc., et nous sommes arrivé aux conclusions suivantes :
Le liquide de Sauer (alcool, chloroforme, acide acétique) est le meilleur fixateur global du rein ; il fixe très bien la bordure en brosse (fig. 4)-
RATHERY
Le liquide de Flemming, ou mieux le liquide de Laguesse, est un excellent fixateur, surtout pour l’étude des granulations ergastoplasmiques; il donne de bien moins bons résultats pour l’étude globale du tube et particulièrement pour l’étude de la brosse.
Le liquide de Telyescnicki donne des résultats satisfaisants, surtout pour les reins des animaux à sang froid et pour la structure fine du protoplasma.
Le choix du liquide fixateur ne doit pas rester la préoccupation exclusive du technicien, la durée de l’immersion dans ce liquide, les différentes étapes de l’inclusion de la pièce jouent un rôle capital; dans l’une quelconque des multiples manipulations qu’exige le traitement de la pièce, celle-ci peut être lésée. Ce n’est qu’après des tâtonnements multiples que nous avons pù arriver à une technique qui nous a semblé satisfaisante et que nous avons minutieusement exposée.
Dans des travaux plus récents, nous avons pu réussir à modifier, ou plutôt à simplifier, cette technique trop compliquée , tout en obtenant des résultats presque équivalents.
Nous faisions remarquer dans nos diverses publications que nous n’avons nullement la prétention d’obtenir des coupes de rein absolument normal : tout liquide fixateur modifie le protoplasma vivant. Ce que nous avons cherché et réussi à obtenir, c’est une technique nous permettant d’obtenir des préparations toujours identiques entre elles, si les reins sont normaux et prélevés avec les mêmes précautions. Du moment que, toutes les fois que le rein est normal, on obtient le même aspect avec cette méthode, dès que l’aspect sera modifié on sera en droit de dire qu’il s’agit d’une lésion et non d’un vice de fixation.
Enfin, nous discutons longuement les différentes méthodes de coloration; nous donnons la préférence à la méthode de Sauer (hémàtoxyline ferrique, fuchsine acide) après fixation au liquide de Sauer et à la méthode de Galeotti (fuchsine acide, acide picrique, vert de méthyle) après fixation au liquide de Flemming ou de Laguesse.
HISTOLOGIE NORMALE
Structure du tube contourné normal (17, 33, 34, 35, 44, 46, 47).
Le tube contourné présente à étudier (fig. 4 et pl. I, fig. î), après fixation au Van Gehuchlen et coloration au Sauer :
i° Une lumière. Elle doit être absolument libre, sans précipité, sans vacuole. Elle est plus ou moins large, suivant la période de sécrétion pendant laquelle le tube est examiné.
2 ° Une membrane basale, vitrée, continue et sans structure.
3° Une bordure en brosse, formant un revêtement continu coloré
Fig. i. — Le tube contourné normal chez le lapin.
en rouge intense, constituée par une multitude de stries distinctes qui lui ont valu son nom.
4° Un corps protoplasmique coloré en violet plus ou moins foncé. Les limites cellulaires sont le plus souvent impossibles à distinguer nettement, surtout dans la zone sus-nucléaire. On doit distinguer dans ce corps protoplasmique :
a) Le noyau sphérique, coloré en noir violet et renfermant des grains de chromatine plus ou moins nombreux reliés par un fin réseau. II existe un nombre variable de noyaux pour chaque cellule.
b) La région infranucle'aire, caractérisée par une striation longi-
tudinale (Heidenhain). Ces bâtonnets consistent en des séries de granulations reliées entre elles par des réseaux protoplasmiques.
c) La région supranucléaire, constituée par des granulations fines intimement pressées les unes contre les autres, ne formant pas de striation.
Bordure en brosse (17,19, 20, 43, 46, 49).
Nous avons montré que la bordure en brosse était une formation constante du tube contourné. Découverte par Nussbaum, elle a été décrite dans le rein du cobaye et de l'homme par Cornil, qui ne la considère pas comme un revêtement continu. Nous avons démontré qu’elle persiste toujours dans le tube normal, à quelque période que ce soit de la sécrétion, sous la forme d’une bande continue avec ligne de corpuscules basaux. On la retrouve chez l’embryon et même chez des animaux très inférieurs, tels que le poulpe. Elle semble présenter une certaine résistance aux différents agents qui lèsent la cellule rénale. Par contre, elle se dilacère rapidement après la mort ; dans les reins prélevés à l’autopsie dans le délai ordinaire (24 heures), on en retrouve des débris parfois, mais jamais les cellules du tube ne présentent de revêtement continu.
Nous avons fait une étude détaillée de cette bordure en brosse, persuadés de l’importance de sa valeur fonctionnelle. Nous avons successivement indiqué la technique pour l’obtenir, son aspect normal dans le tube normal et sa constance dans la série animale, ses rapports avec la sécrétion cellulaire, la façon dont elle se comporte dans les reins pathologiques, son rôle physiologique.
Technique. — La fuchsine acide est un véritable colorant électif pour la bordure en brosse. On la perçoit cependant encore assez nettement après coloration au Benda ou au Galeolti.
Le liquide de Van Gehuchten chez les animaux à sang chaud est le fixateur par excellence de la bordure en brosse.
Structure normale. — Elle se présente sous la forme de stries nettement distinctes les unes des autres sur un tube bien fixé, agglomérées au contraire en un tout presque homogène dans le cas contraire. Ces stries sont séparées du corps protoplasmique de la
HISTOLOGIE NORMALE
cellule par une ligne continue formée d’une série de petits points, ou granulations, nettement distincts les uns des autres, prenant également la fuchsine acide servant de base d'implantation à chacun des éléments des brosses.
Ces granulations sont plus ou moins espacées, suivant que la lumière du tube est plus ou moins grande. Ainsi s’expliquerait ce. fait que les brosses soient mieux visibles, mieux séparées, sur les tubes en pleine hypersécrétion que sur les tubes ne sécrétant pas.
Anatomie comparée. —Nous avons retrouvé celte bordure en brosse chez tous les animaux que nous avons examinés : poulpe, triton, grenouille, souris, rat, chat, lapin, cobaye, chien, etc. ; la brosse est constante, mais sa hauteur est variable suivant les espèces animales.
Rapports avec la sécrétion rénale. — La sécrétion rénale ne produit aucune variation dans la structure de la brosse. Tout au plus peut-on dire que, sur les tubes en pleine hypersécrétion, les brosses sont plus visibles parce qu’elles sont mieux séparées. Donc, la sécrétion des cellules rénales ne se fait nullement par dilacération, abrasion de la cellule.
Bordure en brosse dans la vie foetale. — Dans les dix embryons de lapins que nous avons examinés à des époques variables de la gestation, la bordure en brosse fut retrouvée d’une façon constante avec ses affinités tinctoriales fuchsinophiles, ses éléments bien distincts.
Bordure en brosse dans les reins pathologiques. — La bordure en brosse résiste pendant longtemps aux différents agents qui lèsent la cellule rénale ; elle ne disparaît que dans le dernier stade de la cytolyse protoplasmique. On peut oppoger-celte résistance relative de la brosse aux différents agents lésionnels chez l’animal vivant, à la rapide altération de la brosse après la mort.
Rôle physiologique. — Nous discutons longuement ce rôle ; nous concluons à l’importance physiologique delà bordure en brosse qui serait pour la cellule rénale un véritable écran protecteur.
ÉTUDES SUR LE REIN
Structure fine du protoplasma de la cellule rénale (33, 34, 44, 46, 47, 91, 92).
Tribondeau, Regaud et Policard ont décrit chez les vertébrés à sang froid (grenouille, lamproie, ophidiens) des enclaves intracellulaires (corps lipoïdes, grains de segrégation, corps chromatoïdes). Nous avons retrouvé ces grains dans le rein de grenouille, mais nous les avons en vain cherchés dans le rein du lapin, du cobaye, du chien. Nous avons trouvé chez le rat des granulations prenant respectivement les unes la fuchsine acide, les autres le vert de méthyle, chez le lapin des grains fuchsinophiles, mais il nous a été impossible de les identifier complètement avec les enclaves des auteurs précédents.
Nous avons recherché ces enclaves chez des animaux inférieurs, tels que le poulpe, le Tupinambis teguixin.
Chez le poulpe, il nous a été possible de retrouver des grains ergastoplasmiques de coloration et de formes différentes, chez le Tupinambis teguixin (sorte de lézard gigantesque qui nous avait été aimablement rapporté vivant de la République Argentine par le docteur Louis Morel) nous avons noté des enclaves protoplasmiques nombreuses (granulations et filaments fuchsinophiles, granulations vertes (col. Galeotti), granulations graisseuses, corps bleu -violet(col. liématoxyline chromo-cuprique après fixation au Telyesnicki), vacuoles).