PLANCHE X
Reins de lapins traités par des injections de sublimé à forte dose.
Fixation au liq. J. de Lagaesse. Coloration par la méthode de Galeotti.
Fig. 1. — Stade des grains. — Disparition des bâtonnets de Heidenhain (a, b, c) ; d , homogénéisation.
Fig. 2. — Homogénéisation simple. — Les gros grains tendent à se fusionner.
Fig. 3. — Fragmentation du protoplasma qui a subi l’homogénéisation. — Début de formation des cylindres au centre du tube.
Fig. 4. Cytolyse protoplasmique du 2‘ degré. — Disparition presque complète des granulations, mais le squelette des cellules reste intact ; les limites cellulaires sont nettes au centre du tube. Début de cylindre.
Fig. 5. — Cytolyse protoplasmique du 8* degré. —Disparition du squelette cellulaire ; il ne subsiste que des granulations plus ou moins rares et des débris de brosse disposés dans la lumière du tube dont la membrane basale seule persiste.
En un point ébauche d’homogénéisation du protoplasma (lésions mixtes).
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
la bordure en brosse qui n’est atteinte que lorsque les lésions sont
déjà fort avancées. . .
C’est en étudiant les lésions du rein au cours des intoxications expérimentales par le sublimé que nous avons pu décrire, à côté du type de cytolyse protoplasmique, un autre mode d’altération, 1 homogénéisation avec ses trois stades : stade des grains , ou de transformation des bâtonnets, stade d'homogénéisation , stade de fragmentation du protoplasma.
Il s’agirait là, pour nous, de types d’altérations qui ne sont pas spéciales au rein : nous retrouverons ces altérations au niveau du foie avec des caractères à peu près identiques. Ce fait nous montre que des tissus glandulaires très différents, comme le remet le foie, présentent des réactions pathologiques de leur protoplasma assez semblables. Nous croyons même que ce qui est vrai pour ces deux organes l’est également pour d'autres ; mais il s’agit la de travaux encore à l’étude qui ne nous autorisent pas, faute d’expériences suffisamment nombreuses, à porter des conclusions fermes.
D. - Les altérations rénales provoquées par le chloroforme (Thèse de Saison).
Les accidents provoqués par le chloroforme sont nombreux, quelques-uns semblent dépendre d’une action nocive de l’anesthésique sur le rein. Afin de vérifier le fait, nous avons, avec le docteur Saison, opéré sur des lapins de la façon suivante, soit par injection intraveineuse d’eau chloroformée (méthode de Burkhardt), soit par injection sous-cutanée, soit par ingestion, soit par inhalation. Le plus grand nombre de nos expériences ont trait à l'inhalation; nous nous rapprochons ainsi de plus près de ce qui se passe en clinique et dans l’anesthésie chirurgicale. Afin de nous mettre a l’abri de toute cause d’erreur, et d’être assurés que la lésion que nous retrouvions devait bien être sous la dépendance directe du toxique inhalé, nous opérions aseptiquement nos animaux avant l operation et leur prélevions un morceau de rein qui nous servait de contrôle.
Inhalation de doses faibles. — Trois animaux, pendant 20 à 55 minutes, subissent des inhalations de 4 à i3 centimètres cubes ; ils sont sacrifiés immédiatement. On constate chez tous des lésions de cytolyse protoplasmique d’autant plus accentués que la durée de la chloroformisation a été plus longue et que la quantité de chloroforme inhalé a été plus considérable.
Inhalation de doses successives. — Sept animaux reçoivent, pendant 1 h. 4o à 2 h. i5, 3o à 5o centimètres cubes de chloroforme en inhalation. On constate un peu de congestion intraglomérulâire et intertubulaire et des lésions de cytolyse du tube contourné. Nous avons observé ce fait très important, et qui permet peut-être d’expliquer les dates tardives de certains accidents post-anesthésiques, c’est qu’en prélevant successivement, chez le même animal, le rein 24 heures, 5 jours, 12 jours après, on s’aperçoit que les lésions mettent un certain temps à se développer et qu elles sont beaucoup plus accusées 4 à 8 jours après l’anesthésie que tout de suite après.
Inhalations multiples. — Trois animaux ont été chloroformés pendant 7 à 8 jours quotidiennement ; les lésions de cytolyse sont chez eux particulièrement intenses.
Inhalation chez des lapins dont le rein est lésé antérieurement. Nous avons pu constater, en provoquant les lésions du rein, puis en prélevant du rein avant et après l’inhalation, que les altérations se sont beaucoup aggravées dans ce second cas.
Toutes ces expériences nous autorisaient à conclure que le chloroforme en inhalation est doué d’un pouvoir nocif certain sur le rein.
E. — Les altérations rénales provoquées par l’éther (96, 101).
Nous avons opéré, avec le docteur Saison, pour l’éther, comme nous l'avions fait pour le chloroforme. Toutes nos expériences ont été faites sur le lapin et exclusivement par inhalation.
Inhalations uniques. — Huit animauxsontsacrifiésimmédiatement après l’inhalation de 3o à io5 centimètres cubes d’éther pendant 3o minutes à 1 h. 3o. Le rein présente un peu de congestion glo-
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
mérulaire et intertubulaire, les lésions tubulaires sont inconstantes et légères.
Trois animaux sont sacrifiés plusieurs jours après l’anesthésie, le prélèvement de rein est fait avant, immédiatement après et plusieurs jours après l’inhalation; les lésions sont inconstantes, mais plus intenses, cependant, plusieurs jours après qu immédiatement après.
Un animal est sacrifié 35 jours après 1 inhalation; un prélèvement avait été fait avant et 4 jours après l’inhalation. Le rein, normal avant l’expérience, présente, 4 jours après, de gros foyers hémorra giques, les tubes contournés sont peu lésés, le tissu de sclérose commence à se développer autour des glomérules des tubes et des vaisseaux. Trente-cinq jours après, les tubes contournés paraissent normaux ; par contre, la sclérose est beaucoup plus accusée.
Inhalations multiples. — Quatre animaux, pendant 7 à 9 jours, sont traités par des inhalations de 3o à 5o centimètres cubes le prélèvement immédiat ou tardif ne décèle des lésions rénales que dans quelques cas.
Nous pouvons donc, de par les expériences précédentes, émettre les conclusions suivantes :
L'inhalation d'éther est capable de produire chez le lapin des lésions rénales, mais ces altérations sont ordinairement minimes et peu accusées ; une lésion antérieure du rein est nettement aggravée par l’inhalation d’éther.
Si nous comparons maintenant l’influence réciproque du chloioforme et de l’éther sur le rein, nous voyons que Véther semble léser .le rein moins constamment et moins intensément que le chloroforme.
F. — Étude expérimentale de l’action du chlorure de sodium sur le tube contourné (22, 33, 34, 86).
Dans une série de travaux, faits avec la collaboration du docteur Castaigne, nous avons étudié l’action du chlorure de sodium sur l’épithélium rénal. Nous devons distinguer ici deux ordres de faits : d’une part l’étude in vivo de l’action du chlorure , de sodium sur le rein; d’autre part, l’étude in vitro.
ÉTUDES SUR LE REIN
Étude in vivo de l’action du chlorure de sodium sur le tube contourné.
La question de la toxicité pour le rein du chlorure de sodium était intéressante à résoudre, étant donnés les travaux récents d’Achard, Widal et leurs élèves au sujet de l’influence de la rétention des chlorures sur la pathogénie de l’œdème et la physiologie pathologique des néphrites. Au point de vue de l 'hypochloruration, nous avons pu constater qu’un lapin nourri pendant quelque temps avec un régime achloruré, présentait de l’albuminurie et des lésions nettes de l’épithélium des tubuli contorti. Quant à Y hyperchloruration, nous avons pu noter que, lorsque le rein est sain, si les quantités de NaCl injectées sont relativement faibles et si les injections sont prolongées durant peu de temps, il n’y a ni albuminurie ni lésion rénale. Si les doses de NaCl sont très élevées, on constate de l’albuminurie avec lésions rénales marquées.
Si on opère avec des animaux chez lesquels on a créé auparavant des lésions de néphrite , on peut voir survenir des accidents graves et même la mort.
Étude in vitro de l’action du chlorure de sodium sur le tube contourné.
Nos études sur la toxicité in vitro du chlorure de sodium sur l’épithélium rénal nous avaient été suggérées dans le but d’obtenir un liquide réno-conservateur. L’emploi usuel des solutions de chlorure de sodium pour l’étude du sang nous amenait à choisir une dissolution de ce sel pour notre milieu d’étude. Nous devions, dès lors, penser que la solution de NaCl qui convient à l’étude des hématies convenait également à celle du tissu rénal # ; nous nous aperçûmes immédiatement qu'il n'en était pas ainsi , et que si certaines solutions de NaCl conservent intact le parenchyme rénal, d’autres, et notamment la solution dite physiologique, provoquaient des alterations marquées de ce parenchyme ; nous pouvions ainsi rétablir l’existence de l’osmonocivité du NaCl vis-à-vis delà cellule rénale,
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
celte obtention d’un liquide réno-conservateur nous conduisait de plus à établir une nouvelle méthode d'expérimentation in vitro, dont nous avons pu montrer l’importance en physiologie normale et pathologique en ce qui concerne le rein.
Osmonocivité du NaCl vis-à-vis de l’épithélium rénal.
Nous avons, dans une série d’expériences, fait immerger des cubes de rein de mêmes dimensions dans des solutions de NaCl correspondant aux poinls cryoscopiques suivants :
Tous ces morceaux étaient ensuite inclus, puis colorés : tous étaient altérés ; celui qui avait passé par le liquide dont A = — o°, 89 était le moins atteint ; la même expérience fut répétée à six reprises et chaque fois, quoique nous fassions varier la durée du séjour dans le liquide salé, nous avons eu des résultats comparatifs.
Guidés par ces premières constatations, nous avons fait une série de vingt solutions ayant des points de congélation très rapprochés et s’échelonnant de — o°, 5 o à — 1°. Les coupes des morceaux plongés dans ces liquides présentaient des altérations notables, seules les solutions à — o°,76 et — o°,8o donnaient des préparations meilleures.
Il nous fut facile alors, en essayant des liquides salés ayant pour point de congélation — o°,77, — o°,78 et — o°,79, de nous assurer que la solution qui pouvait être considérée comme idéalement rénoconservatrice était celle qui congelait à — o°,78.
On peut, dès lors, classer les solutions de chlorure de sodium, en ce qui concerne leur action sur le rein, de la façon suivante :
Solutions dites isotoniques à A = — o°,78. — Le point cryoscopique correspond à peu près à une solution à 12 gr. 5 de NaCl dans 1 *000 centimètres cubes d’eau distillée. L’épithélium a un aspect normal analogue à celui qu’il aurait si on n’avait passé le rein dans
ÉTUDES SUR LE REIN
Fig. 20. — Coupe d'un rein normal de lapin dont les fragments ont séjourné une demi-heure dans un liquide salé congelant à — 0°,78.
. 1mm. 1/15.
aucune solution salée (comparaison avec une pièce témoin) [voir fig. 20 et fîg. î, pl. I].
Fig. 21. — Coupe d’un rein normal dont les fragments ont séjourné une demi-heure dans une solution de NaCl congelant à A = — 1°,08.
Exp. 253 : Imm. 1/15.
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
Solutions dites hypertoniques ou dont le point cryoscopique est au-dessus de — o°,78 (c’est-à-dire — o°,9o, — i° par exemple).
L’épithélium des tubes contournés est comme ratatiné vers la membrane basale, et dans cette sorte de mouvement de recul, il a expulsé par expression une grande partie de ses granulations susnucléaires (voir fig. 21, et pl. II, fîg. 1).
p 1G 22. — Coupe d’un rein normal de lapin dont les fragments ont séjourné une demi-heure dans un liquide salé congelant à — 0°;40.
Exp. 253 : Imm. 1/15.
Solutions dites hypotoniques ou dont le point cryoscopique est au-dessous de — o°,78 (c’est-à-dire — o°20, — o°,4o par exemple).
Les cellules des tubes contournés sont gonflées à tel pointqu’elles ont presque toutes éclaté, brisant la bordure en brosse, qui n’existe plus que sous forme de parcelles discontinues, expulsant granulations protoplasmiques et noyaux, de sorte que la cellule n’est plus
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représentée que par une série de vacuoles contenant quelques rares granulations. Il est à noter que dans toutes ces préparations où les épithéliums des tubes contournés sont si altérés, les cellules des tubes droits ont, au contraire, conservé leur forme et leur structure normales (voir fig. 22, et pl. I, fig 2).
Ces conclusions ont été combattues par Policard, qui admet que toutes les solutions de NaCl altèrent plus ou moins la cellule, rénale. Il admet l’osmonocivité de NaCl, mais il considère que NaCl a une toxicité propre sur l’épithélium rénal in vitro. En réalité, nous avons pu facilement réfuter les objections de Policard, car cet auteur n’a jamais opéré avec la solution véritablement isotonique à 1 gr. 25 p. 100 ; il suffit d’examiner les degrés de concentration de ces solutions à 1, 2, 5 , 7, 8, 10 et 20 p. 100 ; il en résulte que les expériences de Policard, bien loin de controuver les nôtres, ne font qu'y apporter une précieuse confirmation.
Liquide réno-conservateur.
Technique in vitro.
Nous avons appelé liquide réno-conservateur, celui dans lequel un morceau de rein de lapin ou de cobaye laissé un temps déterminé (un quart d’heure, une demi-heure) ne présente aucune altération structurale.
On nous a objecté que le terme était impropre (Carrion et Halbron, Policard) et qu’on ne pouvait affirmer qu’un tissu déterminé, avait son aspect normal, puisqu’il était impossible de connaître cet aspect.
Nous avons répondu à celte objection que, d’après de très nombreuses coupes de reins que nous pratiquons depuis plusieurs années, ï’aspect que nous considérons comme normal, celui qui a éLé décrit comme tel parles auteurs compétents, est justement celui que nous observons dans les pièces-traitées par le liquide réno-conservateur. Il serait doncabsolument irrationnel déconsidérer cet aspect comme pathologique.
Prenons deux morceaux de rein, l’un est fixé et inclus immédiatement, l’autre est passé par la solution réno-conservatrice avant
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d’être fixé. Or, ces deux morceaux ont le mêmeaspect histologique; c’est donc que la solution n’a pas modifié la structure de la cellule.
Nous avons, de plus, photographié le rein à l’état frais avec Mlle Chevroton et Mayer, sans adjonction de fixateur; or, les figures que nous avons eues sont identiques à celles que nous avons obtenues dans les coupes résultant de nos expériences in vitro.
L’obtention d’un liquide réno-conservateur nous a permis d’étudier l’action in vitro d’une série de substances toxiques ; cette nouvelle méthode, un peu délicate il est vrai, nous a conduit cependant à des résultats fort intéressants et nouveaux, notamment en ce qui concerne les propriétés néphrotoxiques de certains sérums, l’action des toxines microbiennes sur le rein, etc.
G. — Lésions du rein produites par injection d’acides gras, de savon et d’éther (84).
Lésions par inanition.
Nous avons, avec Mayer et Schaeffer, examiné les modifications histologiques du rein provoquées par les injections d’acides gras saturés (propionique, butyrique, valérianique, caproïque, caprylique, stéarique, palmitique), et d’un acide non saturé, l’acide oléique, ainsi que les savons de soude et les éthers éthyliques de certains de ces acides.
D’une façon générale, les injections répétées d’acides gras (6 à îo injections) produisent des lésions cantonnées au niveau des tubes contournés et réparties par îlots. Ces altérations sont caractérisées par les trois degrés de cytolyse protoplasmique. Nous n’avons eu que très rarement de la dégénérescence graisseuse des tubes contournés, mais en revanche, on constate très souvent de la périartérite et quelquefois un peu de glomérulite.
En comparant ces lésions avec celles que donnent d’autres acides comme les acides chlorhydrique, acétique, lactique, succinique, on voit qu’elles sont tout à fait semblables. II s’agit donc là de lésions qui sont toujours les témoins d’une intoxication acide rapide. Nous avons recherché si, dans certains états que l’on sait
être accompagnés d’intoxication acide, on retrouve des lésions ; analogues. Parmi ces états, nous signalerons plus particulièrement l’inanition, qui provoque, comme on sait, une perte de poids : considérable avec production d’urine acide chez le lapin.
Nous avons retrouvé des lésions tout à fait analogues chez des animaux mis à la diète absolue pendant six à sept jours et ayant perdu jusqu’à un tiers de leur poids.
Lesinjections intra-péritonéales répétées de savon de soude de ces acides gras ne donnent qu'exceptionnellemenl de la cytolyse, mais de la périartérite et de la sclérose par placards, ainsi que des lésions congestives. Parfois, on ne retrouve aucune lésion.
Les injections des éthers éthyliques, de ces acides gras provoquent une cytolyse analogue, mais moins marqué ; très souvent on ne trouve aucune lésion.
Ces constatations présentent un triple intérêt.
En premier lieu, elles nous expliquent le mécanisme de certaines auto-intoxications et leur pouvoir lésionnel vis-à-vis du rein.
En second lieu, elles nous montrent le rôle de l’inanition dans l’éclosion des troubles rénaux.
Enfin, les lésions constatées sont entièrement à rapprocher de celles que l’on observe chez les animaux producteurs de cytotoxines. En effet, on sait que lorsqu’on injecte des organes broyés : dans le péritoine, il se produit une autolyse aseptique et, d’autre > part, que parmi les produits d’autolyse, les acides gras sont des plus fréquents, particulièrement pour le foie. Une partie des lésions qui apparaissent chez les animaux producteurs des cytotoxines : est probablement due à ces acides.
H. — Lésions expérimentales par le blanc d’œuf (102, 103).
Nous diviserons nos expériences en deux classes, suivant que l’animal d’expériences est le chien ou le lapin.
Expériences sur le lapin. — Nous avons, avec Castaigne et avec Chiray, pratiqué à des lapins, reconnus non albuminuriques avant l’expérience, des injections intraveineuses et sous-cutanées d’ovalbumine. Les expériences ont été faites surtout dans le but d’établir
NEPHRITES EXPÉRIMENTALES
la physiologie pathologique de certaines albuminuries dites digestives et d’établir un nouveau mode d’examen des fonctions rénales.
Nous n’étudierons ici que les résultats expérimentaux.
Injections intraveineuses d’ovalbumine. — Une sonde introduite dans la vessie de l’animal permet de recueillir les urines de façon fractionnée avant et après l'injection.
Lorsque le lapin ne reçoit qu’une seule injection et est sacrifié immédiatement après, on note d’une part l’existence d’une polyurie abondante aussitôt après l’injection, d’autre part l’apparition de l’albumine de 3 à 10 minutes après, coexistant avec de l’oligurie. L’examen histologique ne permet de déceler que des altérations très légères des tubes contournés, les glomérules sont normaux, il n’existe pas trace d’infiltration leucocytaire.
Lorsque le lapin reçoit une série d’injections intraveineuses successives et est sacrifié un certain temps après l’injection, les altérations des tubes contournés sont très nettes (deuxième et troisième stade de cytolyse protoplasmique ; îlots de lésions chroniques) ; de plus, le tissu interstitiel présente de l’infiltration leucocytaire et de la sclérose, mais seulement lorsque les animaux sont sacrifiés plusieurs mois après la dernière injection.
Injections sous-cutanées d’ovalbumine. — 1 0 Injection unique. — Nous devons différencier les cas où le lapin est sacrifié précocement ( 3 o heures après) ou tardivement (39 jours après).
Dans le premier cas, on constate des îlots nombreux de cytolyse protoplasmique du deuxième et du troisième degré, le tissu interstitiel est absolument indemne.
Dans le second cas, il existe des lésions tubulaires chroniques sans lésions interstitielles.
2“ Injections multiples. — Nous avonsopéré sur 7 lapins, le nombre des injections pour chaque animal étant de 4 à 7 ; toujours nous avons retrouvé des altérations typiques de cytolyse protoplasmique des deuxième et troisième degrés, jamais nous n’avons noté aucune trace d'infiltration leucocytaire. Ces données vont absolument à l’encontre des résultats obtenus par M. Feuillié. Nous verrons plus loin quelles déductions on doit tirer de ces faits pour la physiologie pathologique de certaines albuminuries.
RATHERY
ÉTUDES SUR LE
Ce que nous tenons à établir ici, c’est la constance des lésions des tubes contournés à la suite de l’injection du blanc d œuf. Ces lésions
Fig. 23.— Rein d’un chien traité par des injections sous-cutanées de blanc d’œuf à forte dose et sacrifié 24 heures après. — Fixation liq. Van Gehuchten-Sauer. — Infiltration leucocytaire considérable.
sont surtout marquées lorsque l’animal est sacrifié un certain temps après l’injection (au moins 24 heures) ; elles sont moins intenses si on tue l’animal immédiatement après l’injection, alors même qu il existe déjà de l’albumine dans l’urine ; le fait, dureste, n’est pas pour
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DÛ REIN
étonner : on le retrouve à la suite d’injections d’autres toxiques.
Expériences sur le chien. — Sous la peau d’un chien nous avons injecté du blanc d’œuf, l’albuminurie était manifeste; nous sacrifions alors l’animal. Les tubes contournés présentent des lésions de cytolyse protoplasmique. Mais ce qui domine, c’est l’infiltration leucocytaire (voir fig. 23) considérable intertubulaire, périvasculaire et périglomérulaire se formant par îlots isolés. En aucun cas nous n’avons constaté la présence de ces leucocytes à l’intérieur des tubes contournés, ni leur transformation en cylindres.