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DEUXIÈME PARTIE

LE FOIE

La même idée directrice qui nous avait guidé dans l’étude des maladies du rein, a conduit nos recherches en ce qui concerne les affections hépatiques. Mais nos travaux sur ce sujet n’ayant commencé qu’il y a deux ans, les résultats obtenus sont en moins grand nombre qu’en ce qui concerne le rein.

Nous avons cherché tout d’abord, afin d’établirnos expériences sur des bases solides, à obtenir comme pour le rein, une technique aussi parfaite que possible qui nous permit d’obtenir la cellule hépatique normale. Nous avons été très étonnés alors de nous apercevoir, que ce que la plupart des auteurs décrivaient comme cellule hépatique normale était une cellule hépatique profondément altérée.

Nous avons cherché à établir l’aspect normal de cette cellule, à en donner une description la plus complète possible, à en chercher les modifications physiologiques, afin de ne pas mettre sur le compte de la pathologie, ce qui n’était qu’une variation fonctionnelle. Nous avons ensuite cherché à provoquer des altérations expérimentales de cette cellule hépatique, à en établir Yhisto-pathologie fine complètement inconnue jusque-là; nous avons expérimenté, afin de nous rapprocher le plus possible de ce qui se passe normalement et pathologiquement dans l’organisme, avec des corps organiques qui se produisent justement au cours du métabolisme

normal ou pathologique; nous avons cherché ainsi à déceler les lésions du début de la cellule hépatique.

Nous avons ensuite opéré avec des corps doués d’une toxicité beaucoup plus forte sur la cellule hépatique (poisons minéraux) et nous avons obtenu ainsi des altérations beaucoup plus intenses.

Enfin nous avons recherché les modifications du foie à la suite de l’intoxication éthérée et chloroformique.

Du reste, cette étude est loin d’être close, nous pouvons même dire que nous n’avons guère fait jusqu’ici, malgré les nombreuses expériences pratiquées (plus de 45 o), qu’ouvrir la voie a toute une série de recherches qui sont actuellement en cours', recherches qui devront être faites avec une technique histologique rigoureuse qui seule permettra d’émettre des conclusions fermes. Nous avons ainsi pu étudier dans des expériences en cours, le retentissement sur le foie des affections de différents organes, en particulier du rein ; les résultats auxquels nous sommes arrivés, grâce à notre technique, différent des données classiques, mais ces travaux n’étant pas encore publiés, nous ne faisons que les mentionner.

Nous diviserons donc ces travaux sur le foie en deux parties.

i° La cellule hépatique normale;

2° Étude expérimentale et clinique.

A. — LA CELLULE HÉPATIQUE NORMALE État clair de la cellule hépatique (87-88-97-98).

Un très grand nombre d’auteurs considèrent l’étât clair de la cellule hépatique comme l’état normal. Ils décrivent cependant à côté de quelques cellules claires quelques cellules sombres à contour irrégulier en bien moins grand nombre.

Or, à notre avis, la cellule hépatique claire est due à un artifice de préparation ; elle résulte d’une fixation défectueuse et toute étude anatomo-pathologique du foie basée sur l’état clair, est forcément

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incomplète, puisque une partie constituante importante de la cellule, et qui subit comme nous le verrons des modifications considérables, sous l’influence des agents lésionnels, a complètement disparu du fait de l’insuffisance de la fixation (voir fig. 33 et 34).

Nous devons reconnaître, qu’une série d histologistes, partisans

Fig. 34. — Cellule hépatique en état clair. Obj. Imm. Zeiss 1.5-1.30. Ocul. comp. 12.

Fig. 33. — Foie de lapin. Cellules en état clair. Fixât, au Ludsay. Col. Galeotti. Obj. Zeiss DD. Ocul. 2.

convaincus de l’état clair, ont admis actuellement le bien-fondé de notre description, en reconnaissant l’état granuleux comme l’état normal de la cellule hépatique.

Etat granuleux de la cellule hépatique normale.

Technique. — Nous avons minutieusement indiqué la technique qu’il fallait suivre : liquide J. de Laguesse comme fixateur — coloration de Galeotti. Cette méthode de fixation et de coloration n'est pas exclusive. Regaud et ses élèves notamment ont indiqué d’autres méthodes basées surtout sur la chromisation prolongée et le laquage ferrique; mais ces méthodes exigent des manipulations très longues et des durées de fixation très prolongées.

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Description. — La cellule hépatique apparaît sur les coupes comme bourrée de granulations qui remplissent toutes les cellules. Considérées à un faible grossissement, toutes les cellules hépatiques semblent constituées par un noyau clair coloré en vert présentant une granulation rouge volumineuse et un corps protoplasmique formé de granulations rouges d’égales dimensions, nettement distinctes les unes des autres (voir fig. 35).

Fig. 35. — Foie de lapin. Cellules normales en état granuleux. Fix. au liq. J. Laguesse. Col. Galeotti. 01)j. Zeiss DD. Ocul. 2.

A un fort grossissement (voir fig. 36, 37 et 38 et pl. XI, fig. 1 et 2 ), le noyau apparaît comme constitué par une membrane périphérique verte, un fin réseau à larges mailles présentant des granulations vertes irrégulières et un gros nucléole fuchsinophile coloré en rouge intense, le protoplasma est formé par un fin réseau coloré en vert avec de fines granulations vertes aux points nodaux; enfin disséminées irrégulièrement dans tout le corps de la cellule existent de nombreuses granulations rouges d’égale dimension et à contour nets et tranchants sur le reste du réseau.

Dans certaines cellules les granulations sont plus nombreuses et surtout prennent un aspect en bâtonnet ; mais la structure en bâtonnet n’est pas exclusive, puisque à côté de ceux-ci, dans la même cellule se trouvent des granulations.

Celte structure granuleuse de la cellule hépatique avait été du reste merveilleusement décrite par Alman, mais elle avait passé complètement inaperçue de la plupart des histologistes.

Des diverses preuves démontrant la réalité de l'existence de l'état

LE

granuleux —On a objecté à la description précédente que l’état granuleux résultait d'une fixation trop énergique du proloplasma et que d’autre part, il était spécial à certains animaux. Nous avons répondu à ces objections par les faits suivants qui nous paraissent irréfutables :

Fig. 36. — Cellule hépatique normale en étatgranuleux.Obj. Imm.Zeiss 1.5-1.3 D.

Ocul. comp. 12.

Fig. 37. — Cellule hépatique en état granuleux et bâtonnets.

Même légende que flg. 36.

Fig. 38. — Cellule hépatique en état granuleux,

Même légende que flg. 36.

i° L’état granuleux du foie est commun aux différents animaux que nous avons étudiés : lapin, cobaye, chien. De même, lorsqu’on peut obtenir du foie humain frais, ainsi que nous avons pu le faire en nous servant de la technique de Tuffier et Mauté, on retrouve une structure granuleuse typique dans le foie humain ;

2 ° Nous avons pu étudier à l'état frais la cellule hépatique , sans fixation, grâce à une technique spéciale. Nous avons pu ainsi

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parfaitement noter l’état granuleux de la cellule. Rien mieux, nous avons pu colorer les granulalions à l’état frais par certains colorants vitaux.

Nous insistons ici sur l'importance de ce mode d'examen, soit coupes par congélation et examen surfond noir à l’ultramicroscopie, soit dissociation, décalque, frottis ou écrasement et examen à un très fort grossissement en diaphragmant beaucoup (obj. Zeiss, 1,5- 1,3). — Nous espérons même pouvoir arriver à photographier ces granulations ou mitochondries en lumière monochromatique.

Propriétés des granulations de la cellule hépatique normale (97).

Nous avons cherché, en collaboration avec Mayer et Schaeffer, à déterminer quelques-unes des propriétés physico-chimiques des granulations ou mitochondries de la cellule hépatique normale du lapin. Nous avons recherché la solubilité et la précipitabilité de ces granulations, l’action des agents oxydants, de l’iode et du brome, du liquide de Gram, de Hubl, enfin leur caractère de colorabilité.

Nous avons abouti aux conclusions suivantes :

Les caractères des granulations du foie montrent que tout se passe comme si ces granulations contenaient, en forte proportion, des composés d’acides gras non saturés. Peut-être pourrait-on les identifier avec les lécithines du foie étudiées récemment au point de vue chimique par Leathes Hartley. Mais les caractères de solubilité des granulations indiquent qu’on n’a pas affaire à un phosphatide pur. Il s’agit sans doute d’un complexe. On ne peut qu’être frappé de l'analogie des propriétés de ces mitochondries et de celles des lécithalbumines.

Variations physiologiques des granulations (87, 88, 98).

Nous nous sommes demandé si l’aspect et le nombre des granulations varient avec l’alimentation et la nature des aliments. Étant donnée l’importance physiologique du foie comme glande digestive, il était de toute importance de sâvoir si l’organe ne

subirait pas, du fait de l’alimentation seule, des modifications structurales ; nous ne devrons pas mettre sur le compte d’une lésion pathologique des modifications purement physiologiques.'

1. Alimentation forcée. — Nous avons fait cette expérience sur le foie d’une oie normale et sur le foie d’une oie suralimentée (à l’effet de l’obtention du « foie gras »). Les pièces ont été prélevées sur l’animal vivant; nous avons bien conslaté l’existence d’amas considérables de graisse dans les cellules ; quant aux granulations; il ne semble y avoir ni multiplication, ni différence d’aspect.

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