II. MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
Un cas d’aphasie motrice due à un ramollissement exactement localisé au pied de la troisième circonvolution frontale gauche (6).
La question de l’aphasie est entrée récemment dans une phase toute nouvelle. Lors de notre communication à la Société médicale des hôpitaux en 1906, faite en collaboration avec le professeur Chauffard, M. le professeur Marie prit la parole pour faire remarquer combien les cas semblables à celui que nous exposions étaient rares. « La communication semble parfaitement classique au premier abord, et l’on pourrait supposer qu’elle ne doive entraîner aucune considération sociale puisqu’elle n’est que la constatation, la vérification d’un fait universellement reconnu. En réalité, il n’en est pas ainsi, et les faits d’aphasie, tels que ceux que viennent de nous communiquer MM. Chauffard et Rathery, se font de plus en plus rares. »
Il s’agit d’une malade âgée de 61 ans chez laquelle on porte le diagnostic d’aphasie motrice sans surdité verbale (la cécité verbale et l’agraphie ne pouvant être admises avec certitude) due à un ramollissement siégeant au niveau du pied de la troisième circonvolution frontale gauche.
L’autopsie vint entièrement confirmer le diagnostic de localisation posé.
On constatait à la surface de l’hémisphère gauche, au niveau de l’opercule rolandique, surtout dans la portion de ce dernier, située
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en avant de la scissure de Rolando et au niveau du pied de la troisième frontale, l’existence d’un placard rouge tranchant nettement par sa couleur sur toute la surface de l’organe. Les circonvolutions au niveau de la zone étudiée, et uniquement à ce niveau, présentent une couleur rouge,- une surface irrégulière déchiquetée et une diminution très nette de consistance.
La coupe pratiquée sur tout l’hémisphère gauche passant par le pied de la troisième frontale, en dehors, par les deux extrémités du corps calleux, en dedans, montre la capsule interne, la région des corps opto-strié et le faisceau blanc de la.troisième frontale ; on ne constate à ce niveau aucune lésion. Au niveau de la circonvolution antérieure de l’insula existe umpetit placard., du volume d’une grosse lentille s’enfonçant dans la profondeur d’un demi-centimètre, de couleur rougeâtre dans sa partie antérieure, se présentant sous forme de piqueté hémorragique dans sa partie postérieure, à consistance très diminuée.
Sur la portion de l’opercule rolandique en rapport direct avec la circonvolution antérieure de l’insula, on trouve également un petit foyer nécrotique de même volume et de même aspect. Il existe enfin, au niveau du pied de la deuxième frontale, un petit placard représentant l’étendue d’une pièce de cinquante centimes, rouge vif et ressemblant en moins aceentué au foyer situé au niveau du pied de la troisième frontale.
En écartant les lèvres de la scissure de Sylvius, on découvre facilement l’existence au niveau d’une des branches artérielles d un caillot occupant la bifurcation de l’artère ; en repérant cette artère, en constate qu’il s’agit du vaisseau de la troisième frontale.
Un cas d'ictus cérébelleux consécutif à une tumeur du vermis (26).
Une femme âgée de 33 ans entre dans le service du professeur Brissaud pour des céphalalgies violentes ; elle a été soignée chez elle pour de la neurasthénie. On porte le diagnostic de tumeur du cervelet localisée au verrais, en se fondant sur les symptômes que
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nous verrons plus loin. Le lendemain de son entrée, la malade meurt brusquement {ictus cérébelleux).
L’autopsie montre l’existence d’une tumeur occupant tout le vermis du volume d’un gros marron d’Inde débordant un peu sur le lobe droit cérébelleux.
Les symptômes présentés par la malade étaient les suivants : douleurs occipitales violentes, vertige avec inclinaison à droite, sans chute, vomissements, asthénie, troubles psychiques. L’examen ophtalmoscopique dénote l’existence d’une double névrite optique œdémateuse très accentuée.
Anesthésie locale dans la ponction lombaire (27).
Pour éviter la douleur provoquée par la ponction lombaire, nous préconisons avec le professeur Brissaud et le docteur Grenet une technique spéciale basée sur l’anesthésie locale au lieu d’élection de la ponction; c’est surtout l'insensibilisation des plaies profondes qui est importante, la perforation du ligament jaune étant souvent très douloureuse. Nous injectons dans les tissus une solution de cocaïne ou de stovaïne à 1 p. 100.
Polynévrite lépreuse unilatérale (28)
Le malade que nous présentons avec le professeur Brissaud est âgé de 42 ans, il a fait de nombreux séjours aux colonies.Son affection remonte à l’année igo3 alors qu’il était au Tonkin ; piqué par une mouche à la main gauche, il présenta très rapidement des phénomènes inflammatoires et douloureux à ce niveau.
L’intensité des crises névralgiques, la dissociation incomplète de la sensibilité, la forme même du territoire anesthésié, l'hypertrophie du cubital, le caractère des troubles trophiques, l’absence de reflexe nous semblent plus en faveur d’une polynévrite lépreuse que d’une syringomyélie unilatérale. Le fait d’une polynévrite lépreuse unilatérale est cependant exceptionnel.
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Arthropathie trophique delà hanche (29).
Il s’agit dans ce cas de lésions complexes que nous avons interprétées avec le professeur Brissaud de la façon suivante :
i° Ostéite atrophique particulièrement marquée au niveau de la partie supérieure de l’os iliaque, suivie de luxation. Cette ostéite semble relever d’un tabes. Ce dernier ne présente qu’un minimum de signe. Mais il n’est pas rare de constater, en cas d’arthropathies tabétiques précoces, une absence presque absolue des autres symptômes de l’ataxie et il semble bien qu’on puisse à côté d'un tabes mixte décrire un tabes moteur et un tabes sensitif ou trophique (Brissaud).
2°. Ostéite hypertrophique (trochanter et ischion).
L’ostéite hypertrophique tabétique, bien que rare, a déjà été signalée. Charcot et Babinski pensent qu’il s’agit de lésions surajoutées dues à l’arthrite sèche. Nous croyons qu’ici il existe une infection surajoutée et cette infection serait d’origine tuberculeuse.
Nous signalons enfin la bénignité que présentent les poussées phlegmoneuses au niveau des articulations précédemment atteintes.
Myxœdème et tumeur de l’hypophyse. Contribution à 1 étude des insuffisances pluriglandulaires (82).
Il s’agit dans le cas que nous avons observé d’une malade qui présenta le tableau clinique classique, sans aucun signe d’acromagalie, du myxœdème et à l’autopsie de laquelle on trouva une atrophie de la plupart des glandes à sécrétion interne, thyroïde, ovaire, surrénale, une persistance du thymus et une hypertrophie très nette des îlots de Langerhans au niveau du pancréas, et enfin une destruction complète de l’hypophyse par une tumeur kystique ; la tumeur, de la grosseur d’une mandarine, occupe toute la selle turcique : elle comprenait non seulement les hémisphères cérébraux, mais encore, à sa partie antérieure la carotide et les deux nerfs optiques; ainsi se trouvent expliqués les troubles de la vision constatés cliniquement. D’ailleurs, cette tumeur avait évolué à la
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façon d'une tumeur maligne, avait usé le sphénoïde et formé deux prolongements sous forme.de deux cordons qui s’étaient creusés un chemin à travers l’os ; l’un, antérieur, avait envahi le sinus sphénoïdal si bien qu’une sonde introduite dans cette cavité aboutit vers les fosses nasales ; le second, inférieur, perforait la base de l’os vers le pharynx!
A propos de cette observation, nous discutons les observations - ,oit sont relatées les rapporLs entre les lésions de la thyroïde de .^■hypophyse ; dans quelques-unes on trouve notée la coexistence du inyxœdème, mais dans aucune nous ne trouvons signalé d une façon précise, comme dans notre observation, 1 état des différentes glandes vasculaires sanguines.
Nous terminons par un exposé de la question des insuffisances pluri-gla ndulaires.
Troubles pupillaires et inégalité pupillaire temporaire à bascule dans le syndrome de Basedow (85).
Nous avons recherché, avec Sainton, à propos d’un cas de goitre exophtalmique, les troubles pupillaires que l’on pouvait voir survenir dans le goitre exophtalmique. Sur un tolal de 23o cas, nous avons trouvé que les troubles pupillaires signalés pouvaient se ranger dans quatre catégories. Les faits ou il y a dilatation pupillaire, ceux où il y a rétrécissement, ceux où il y a dilatation, puis rétrécissement ; c’est le premier cas qui est de beaucoup le plus fréquent.
Dans notre observation, le fait intéressant, c est que la dilatation inégale des pupilles a été un phénomène alternant ; il y a eu inégalité pupillaire à bascule et ce symptôme a été passager.
Après avoir discuté les différentes théories pathogéniques, que suscite ce symptôme, nous nous sommes demandé si les phénomènes pupillaires présentés par notre malade ne sont pas d’ordre toxique (hyperthyroïdie); du reste notre malade présentait en même temps que les signes pupillaires de véritables crises dyspnéiques qui avaient tout à fait l’allure des crises de dyspnée toxique.