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Mycose expérimentale due au champignon du

muguet. ( Lyon médical, 1889.)

Mes recherches sur le champignon du muguet ont été poursuivies, en collaboration avec M. Gabriel Roux,

dans les laboratoires de chimie médicale de M. le professeur Glénard et de clinique médicale de M. le professeur Bondet. Dans le résumé qui va suivre, je passerai brièvement sur les recherches d’ordre morphologique, et insisterai seulement sur les faits nouveaux d’ordre chimique ou biologique.

I. — Morphologie. — On sait que le muguet se présente dans les cultures, soit sous la forme de cellules isolées ressemblant aux cellules de levure, soit sous la forme de filaments plus ou moins enchevêtrés toujours mélangés de formes levures. Nous l’avons étudié avec soin sous ces deux aspects, dans de nombreux milieux de culture ; nous avons de plus, dans des conditions très étroites de milieu nutritif, de température, etc., observé et décrit pour la première fois avec sa véritable signification une troisième forme sporifère.

Elle est caractérisée par l’apparition, à l’extrémité de certains filaments, de cellules très exactement arrondies, à protoplasma d’abord très finement granuleux et

peu réfringent, se résolvant ensuite en grosses granulations, qui entourent comme d’une calotte sphérique un globule central hyalin (Fig. 1,3,4). La membrane d’enveloppe de cette cellule terminale s’épaissit considérablement et prend une consistance vitrée ; elle s’ouvre par

compression artificielle, en un point qui pographiquement le même, par une fente laquelle granulations et globule central f

per au dehors (Fig. 2). Au cours des ques très intéressants dont cette cellulf voit apparaître, dans les articles filame

cèdent immédiatement, du glycogène (Fig. 1), qui pénètre ensuite dans son intérieur, et disparaît des articles préterminaux, lorsque les grosses granulations de la cellule terminale se résolvent à leur tour. Le globule central agrandi s’entoure alors d’une fine membrane d’enveloppe, et persiste seul au centre de la cellule-mère (Fig. 4 B). Celle-ci reste indéfiniment intacte dans les milieux où elle a pris naissance ; mais nous avons pu très nettement saisir sur le fait la germination du globule central, lorsqu’on le transporte sur des fraises ou sur des cerises crues mais flambées (Fig. 5). Cette forme durable du champignon du muguet a très probablement besoin pour germer dans la nature d’un habitat encore inconnu, de même qu’il doit exister un autre habitat sur lequel cette forme apparaît et se développe.

La découverte de ces chlamydospores,

.l’absence maintes fois vérifiée par nous d’ascospores autorisent à rayer cet organisme du genre saccharomyces, et à réserver sa véritable place taxonomique. On verra plus loin que des considérations d’ordre chimique nous ont conduits à une conclusion identique.

II. — Conditions de variabilité de la forme du muguet. — Les quelques tentatives faites, avant nos recherches, pour rattacher les variations de forme du muguet aux conditions chimiques ou physiques de son développement, n’avaient mis en lumière que quelques faits particuliers, tels que l’influence de la température (Plaut) de l’état solide ou liquide du milieu (Plaut, Audry). Les lois générales, essentielles, de ces variations restaient inconnues. Nos expériences nous ont permis de les déterminer d’une manière assez certaine, pour pouvoir prédire à coup sûr quelle forme affectera le muguet dans un milieu

quelconque, de composition chimique définie, et dans des conditions physiques bien déterminées.

Les cultures sur milieux solides se prêtent mal à cette étude, parce que le muguet y présente une grande résistance à la filamentisation, résistance à laquelle M. Ch. Audrya eu le tort d’attribuer une importance trop exclusive. Les conclusions qui suivent résultent d’expériences de cultures dans des milieux liquides de composition chimique absolument définie :

L’étude de l’influence de l’aliment aux dépens duquel se développe le muguet, nous a conduits à une loi remarquable, qui — toutes autres actions perturbatrices étant momentanément écartées — peut s’exprimer ainsi :

Bans les cultures de muguet la complication.de la forme croît avec le poids moléculaire de l’aliment.

En d’autre termes, plus la structure moléculaire de l’aliment se complique, plus le muguet a de la tendance à prendre la forme globulo-filamenteuse, plus les filaments deviennent longs et grêles.

C’est ce que démontrent les expériences suivantes :

Une solution de sels minéraux convenables est additionnée d’un aliment azoté simple, tel que du sulfate d’ammonium, puis répartie entre divers ballons. Dans chacun d’eux on ajoute un aliment hydrocarboné différent, on stérilise, on ensemence avec une trace de muguet, et, après quelques jours de séjour à l’étuve, on examine la

Si l’aliment hydrocarboné est l’alcool, la glycérine, le lactate de sodium, le glucose, la mannite, ou toute autre substance à poids moléculaire peu élevé, il ne se développe que des formes levures. (Vig. 6;.

Si c’est le saccharose, il apparâit des filaments courts

et trapus, quand la quantité de saccharose est faible {fig. 7), plus allongés quand elle est abondante (fig- S).

Si c’est la dextrine, la gomme arabique, les filaments deviennent plus grêles et enchevêtrés, et constituent parfois d’énormes bouquet auxquels sont appendues des formes levures. (Fig. 9).

Cette même variation progressive de la forme se manifeste, quand on maintient constante, dans plusieurs milieux de culture, la nature de l’aliment hydrocarboné, en ne faisant varier que l’aliment azoté.

Ainsi, si, dans le liquide à base de glucose où l’on n’à observé que des formes levures, on substitue au sulfate d’ammonium, aliment très simple, de l’albumine, dont le poids moléculaire est très élevé, la forme globulo-filamenteuse se substitue à la forme levure (fig. 10) ; mais, comme le muguet est, avant tout, destructeur d’hydrocarbonés, il est bien plus sensible aux variations de poids moléculaire dans cet ordre d’aliments, qu’aux variations analogues dans ses aliments

Il importe, dans de telles expériences, de ne faire varier que la nature et non la quantité des aliments, car cette quantité même a une influence sur la forme, influence que nous avons mise en évidence pour le saccha-

A côté de l’influence déterminante de l’aliment, nous avons signalé certaines conditions adjuvantes, incapables de provoquer par elles-mêmes la filamentisation, mais la facilitant'beaucoup, dans les milieux dont la composition chimique est, par elle-même, favorable à cette filamentisation. Une des plus curieuses est celle des nitrates, qui ne sont pour le muguet ni un poison, ni un aliment, qui, ajoutés à un liquide à base de glucose, ne modifient pas l’aspect de la culture, mais, en présence du saccharose, provoquent le développement d’une forme filamenteuse très compliquée. Les substances toxiques provoquent l’apparition des filaments, même dans les milieux de culture qui ne renferment que des aliments simples. Il semble qu’en présence de substances nuisibles au végétal, tous les aliments deviennent compliqués pour lui.

Enfin toutes les cellules ne sont pas, au point de vue de leur aptitude à se développer sous telle ou telle forme, équivalentes. Ainsi, toute cellule qui, après une période

de souffrance, est transportée dans un liquide favorable à sa nutrition, manifeste une tendance remarquable, dans les premiers efforts de végétation, à prendre la forme globulo-fîlamenteuse. Il faut aussi faire entrer en ligne de compte l’accoutumance à certains aliments. Du muguet, cultivé pendant plusieurs générations dans des milieux où il affecte la forme globulo-fîlamenteuse, prend beaucoup plus facilement cette forme, quand on le transporte dans des liquides nouveaux, que ne ferait du muguet cultivé parallèlement pendant le même temps dans des milieux où la simplicité des aliments l’a maintenu à l’état de levure. Il y a dans ce fait l’indication très nette d’une tendance à la formation de races différenciées. L’étude des races du muguet se poursuit et sera l’objet d’un mémoire ultérieur.

Nous terminons cette partie de notre travail en expliquant, d’après les lois établies par nous, les raisons pour lesquelles le muguet affecte telle ou telle forme sur les divers milieux naturels.

III. — Influence des acides et des alcalis sur le muguet. — Cette influence a été étudiée avec une précision extrême, par la comparaison des poids des récoltes obtenues, dans des conditions absolument identiques, au sein de quantités égales d’un même liquide nutritif, dont la réaction seule variait.

On peut déduire de cette comparaison les conclusions suivantes :

1' L’acide sulfurique arrête complètement, quand sa proportion dépasse un centième de molécule par litre (0 gr. 98) l’évolution du muguet ; un deux centième de molécule (0 gr. 49) manifeste déjà une action retardatrice fort nette.

2° L’acide tartrique ne semble pas, dans la même proportion moléculaire (1 /100 de molécule = 1 gr. 50) avoir

la moindre influenoe sur le développement du champignon. 3 à 12 gr. par litre diminuent la récolte dans la proportion de 12 à 18 %• 24 grammes par litre ont même été insuffisants pour arrêter le développement, mais ont réduit la récolte au quart de sa valeur.

3° Au point de vue morphologique, une acidité faible n’a aucune influence sur la forme du muguet. Quand la dose s’élève, au point d’entraver notablement la végétation, les acides, comme toutes les substances toxiques, semblent provoquer la filamentisation.

4° Une proportion faible d’alcali (1 gr. par litre de carbonate de sodium! ajoutée à un bouillon de culture, augmente la récolte obtenue en douze à quinze jours de végétation dans la proportion de 50 à 70 %•

5° Si on élève la proportion d’alcali, il se produit d’abord un certain retard dans la végétation. Mais, si l’on abandonne pendant quelque temps les cultures à ellesmêmes, par le fait des transformations chimiques qui accompagnent le développement du muguet, l’alcalinité du milieu est saturée en partie, et la récolte croît dès lors beaucoup plus vite que dans les liquides moins alcalins au début.

6° Au point de vue morphologique, une alcalinité modérée tend à maintenir dans les cultures la forme levure exclusive; une proportion d’alcali, assez forte pour entraver notablement la végétation, agit comme un corps toxique quelconque en provoquant la filamentisation.

Ces conclusions semblent de prime abord en contradiction avec les enseignements de la clinique. Les alcalis, et notamment les eaux minérales alcalines, passent en effet pour donner, dans le traitement du muguet, les meilleurs résultats ; mais la contradiction n’est qu’apparente et disparaît devant une étude attentive des phénomènes. En effet :

1° Nous avons dit qu’une alcalinité un peu forte a pour premier effet de ralentir la végétation du muguet,

jusqu’au moment où elle est en partie saturée par le fait même des réactions chimiques qui accompagnent cette végétation. Si on empêche cette saturation par des additions répétées d’alcali — et c’est ce que l’on cherche à réaliser dans la bouche — on peut rendre permanent cet état initial de gêne.

2° Il est possible que l’alcalinité, tendant à ramener le muguet à la forme levure exclusive, le rende moins cohérent et plus facile à détacher de la muqueuse.

3° Enfin les alcalis ont sur le muguet Une action indirecte des plus remarquables et des plus imprévues, que nos expériences ont mise en évidence de la manière la plus nette. C’est la suivante :

Le muguet ne peut se développer aux dépens de la salive, qui ne renferme guère, comme matière organique, que des substances de nature albuminoïde. Il doit donc trouver les matériaux de sa nutrition dans les aliments introduits dans la bouche. Or, chez l’enfant, le seul aliment est le lait, et le.lait ne se prête pas à la culture du muguet. Mais il n’en est pas de même du lait qui a subi l’action de la salive. Nos expériences démontrent que le lait mélangé de salive devient un bon aliment pour le muguet ; mais s’il est additionné en même temps de carbonate de soude, celui-ci empêche l’action des diastases de la salive sur le lactose, et le muguet ne peut s’y développer.

Ce que je viens de dire du lactose peut s’appliquer à l’amidon qui est la base de l’alimentation hydrocarbonée chez l’adulte ; pas plus que le lactose, il n’est utilisable par le muguet, comme lui il le devient par l’action des diastases de la salive, mais les alcalis entravent cette

Le muguet, traité par les alcalis dans la bouche, meurt donc de faim, et non de l’action directe des alcalis.

En dehors de l’intérêt qu’offrent, au point de vue spécial de la théorie du traitement alcalin du muguet, les

expériences que je viens de rapporter, elles empruntent un intérêt plus général de la notion nouvelle qu’elles nous apportent du rôle dans l’organisme de certains antiseptiques.

Ce fait d'un composé chimique, qui favorise in vitro le développement d’un organisme inférieur, et l’entrave in vivo, n’est pas unique. C’est dans des actions latérales analogues à celles que nous venons de mettre en lumière pour le muguet, qu’il faudra, en pareil cas, chercher l’explication de ces phénomène paradoxaux.

IV. — Nutrition du muguet. — L’étude des conditions de nutrition d’un champignon inférieur est, aujourd’hui que la découverte du polymorphisme de ces êtres a quelque peu ébranlé les distinctions d’ordre purement morphologique, un moyen précieux d’établir son individualité spécifique. Les recherches entreprises dans cette voie, bien que peu nombreuses encore, nous ont appris déjà que chaque être a ses besoins alimentaires propres, recherche tel aliment que dédaigne une espèce voisine, et réciproquement. Chacun provoque en outre dans les substances, aux dépens desquelles il se développe, des transformations caractéristiques. C’est ainsi que les levures, que leurs formes ne permettent pas de distinguer les unes des autres, manifestent nettement leur différence spécifique par la différence de composition des alcools et des acides gras qu’elles fournissent.

Ces considérations expliquent pourquoi nous avons consacré à l’étude de la nutrition du champignon du muguet de nombreuses expériences.

Comme tous les êtres vivants, le muguet emprunte sa substance à trois ordres d’aliments : minéraux, hydrocarbonés, azotés. Nous les étudierons successivement.

A. Aliments minéraux. — Nous avons institué

toute une série d’expériences pour démontrer l’influence de l’oxygène sur le muguet. En l’absence de ce gaz, le champignon ne se développe pas et finit même par périr. Ses récoltes sont d’autant plus abondantes que l’accès de l’air y est plus large, et sont plus belles dans l’oxygène que dans l’air.

Au point de vue des aliments minéraux solides du muguet, nous avons constaté qu’il se développe bien dans

un liquide renfermant par litre :

Eau. 1,000

Phosphate de potassium . 0,75

Sulfate de magnésium. . 0,05

Sulfate de fer. 0,02

Sulfate de zinc .... 0,02

Silicate de sodium . . . trace

Le tout additionné d’un aliment hydrocarboné et d’un aliment azoté convenables. L’addition à ce liquide d’autres substances minérales ne semble pas augmenter le poids des récoltes.

B. — Aliments hydrocarbonés. — Nous avons cultivé du muguet dans d’égales quantités de liquides, renfermant, avec les substances minérales ci-dessus énumérées, du sulfate d’ammonium et un aliment hydrocarboné variable. Nos recherches ont porté sur 29 composés chimiques définis, dont la valeur nutritive peut être exprimée par les poids suivants des récoltes obtenues dans des temps égaux :

Les substances désignées dans le tableau sous la désignation générale « composés aromatiques » sont le phénol, la résorcine, l’hydroquinone, la pyrocatéchine, le pyrogallol, la phloroglucine, l’orcine, l’acide gallique. L’expérience II diffère de l’expérience I en ce que les proportions de tous les aliments hydrocarbonés y furent doublées.

Mettant de côté la peptone, qui est à la fois un aliment azoté et hydrocarboné, on voit que c’est dans la famille des hydrates de carbone que le muguet trouve ses meilleurs aliments, et qu’ils semblent d’autant meilleurs que leur poids moléculaire est moins élevé.

J’attire l’attention sur la remarquable concordance des deux expériences I et II. Non seulement les classe-

ments des aliments, d’après les poids de récolte, sont identiques, mais les rapports des poids de chaque récplte au poids de la récolte dans le glucose sont, dans les deux expériences, exprimés par des nombres très voisins. Cette concordance est une preuve précieuse de la valeur de notre méthode expérimentale.

f: Une seule exception est à signaler à propos de l’acide lactique ; elle est facile à comprendre. Dans l’expérience I le liquide renfermait 0,9 % d e oet acide, et dans l’expérience II 1,8. L’excès d’acidité est devenu un obstacle au développement.

G.—Aliments azotés. — La valeur des divers aliments azotés du muguet a été appréciée de même par la comparaison des poids des récoltes obtenues dans d’égales quantités de liquides, renfermant,..avec, les subtances minérales ci-dessus, du saccharose et un. aliment azoté variable. Le tableau suivant résume les résultats de ces expériences.

tain nombre de groupes, qu’il est curieux de voir constitués par des substances chimiquement analogues.

Les peptones doivent être mises hors de pair. Elles constituent l’aliment azoté par excellence du muguet.

Les sels ammoniacaux n’ont qu’une valeur bien moindre.

A quelque distance au-dessous, les acides amidés (glycocolle, tyrosine, asparagine) forment un groupe d’aliments de valeur à peu près équivalente. On est surpris de voir s’en détacher la leucine, qui, dans plusieurs expé- . riences, s’est montrée constamment supérieure aux sels ammoniacaux eux-mêmes.

Les amides neutres (urée, acétamide) constituent un autre groupe naturel de qualité alimentaire plus médiocre. Les matières albuminoïdes (gélatine, albumine) ne fournissent que des récoltes minimes. Le chlorhydrate d’aniline, choisi comme un type des aliments azotés aromatiques, est à peu près inutilisable. Enfin les nitrates, qui sont pour certains végétaux un aliment supérieur aux sels ammoniacaux, ne sont nullement nutritifs pour le muguet.

; Il ressort nettement de cette étude que les besoins alimentaires du muguet ne se confondent pas avec ceux de la levure de bière dont on a voulu le rapprocher.

Ainsi le muguet utilise l’alcool qui ne nourrit pas la levure, tandis qu’il ne se développe pas aux dépens de l’érythrite que la levure peut assimiler. Le muguet se distingue aussi nettement des moisissures, dont Duclaux a fait à ce point de vue une étude intéressante. Il n’assimile en effet ni l’acide acétique, ni les nitrates que l’a spergillm niger utilise fort bien.

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